Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec BFMTV le 9 février 2018, sur la limitation de vitesse à 80km/h, la police de sécurité au quotidien, la politique d'immigration, l'enseignement du fait religieux à l'école et sur la réforme constitutionnelle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec BFMTV le 9 février 2018, sur la limitation de vitesse à 80km/h, la police de sécurité au quotidien, la politique d'immigration, l'enseignement du fait religieux à l'école et sur la réforme constitutionnelle.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti :

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité ce matin Gérard COLLOMB, ministre de l'Intérieur, ministre des Cultes, Gérard COLLOMB bonjour.

GERARD COLLOMB
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Hier matin à cette place était installé Nicolas HULOT, vous avez peut-être regardé ce moment très fort. Gérard COLLOMB, est-ce qu'ensuite en Conseil des ministres, il s'est exprimé, est-ce que vous avez parlé de ce qui lui arrivait ?

GERARD COLLOMB
Non, il ne s'est pas exprimé, le président de la République a commencé son propos en disant qu'il comprenait que c'était des moments difficiles, qu'il devait tenir dans ces moments-là. Il y avait beaucoup d'émotion mais Nicolas HULOT n'a pas parlé, il a traité les dossiers qu'il avait à traiter dans le Conseil des ministres de manière digne. Mais on voyait évidemment qu'il était très, très affecté.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le président de la République lui a apporté son soutien en Conseil des ministres, clairement devant tous les autres ministres ?

GERARD COLLOMB
Oui, il lui a dit qu'il fallait tenir, qu'il comprenait que c'était des moments extrêmement difficiles. Mais que voilà ! S'il n'était pas attaqué lui personnellement, que beaucoup d'autres seraient attaqués. Donc d'une certaine manière, c'était les uns les autres qui trouvaient sur la critique d'un certain nombre d'accusations qui n'étaient pas toujours fondées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Gérard COLLOMB, nous allons parler de la police de sécurité du quotidien, mais auparavant, auparavant je voudrais commencer avec la route. 80 km/h sur 400.000 km de routes nationales, ça gronde partout en France et vous le savez, vous êtes élu territorial, vous connaissez la France, ça gronde. Est-ce que vous allez suspendre cette mesure ?

GERARD COLLOMB
Vous savez ! C'est le Premier ministre qui peut suspendre la mesure. C'est vrai que les gens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'approuvez cette mesure ou pas ?

GERARD COLLOMB
Les gens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Complètement, franchement, franchement.

GERARD COLLOMB
Ne comprennent pas, si vous me dites… moi j'ai un devoir de réserve, j'approuve toujours les mesures du gouvernement et donc je les défends…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourtant vous êtes un indépendant.

GERARD COLLOMB
Oui, je suis indépendant…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De nature !

GERARD COLLOMB
Mais je suis membre d'une équipe, donc c'est vrai que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle ne vous plaît pas cette mesure Gérard COLLOMB, franchement ?

GERARD COLLOMB
C'est vrai qu'on aurait pu regarder quelles étaient les tranches les plus accidentogènes. En même temps, je comprends la volonté de réduire le nombre de morts. Vous voyez après des années où on avait réduit l'accidentologie, elle a réaugmenté au cours des deux dernières années. Donc je comprends qu'on cherche les mesures qui permettent évidemment d'éviter qu'il y ait un certain nombre de morts, de blessés. Quand on voit des jeunes dans des centres de rééducation, on dit quel gâchis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais qu'on cherche c'est une chose Gérard COLLOMB, mais qu'on trouve est autre chose, qu'on trouve la bonne mesure c'est autre chose.

GERARD COLLOMB
Je suis d'accord avec vous, il y en a quelques-unes qui sont excellentes par exemple qui vont se faire dans l'avenir. Vous allez devoir souffler dans votre voiture, vous aurez un éthylotest et si vous êtes alcoolisé, elle ne démarrera pas. Ça c'est me semble-t-il une bonne mesure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
80 km/h, ce n'est pas certains que ce soit une bonne mesure.

GERARD COLLOMB
Ça c'est vous qui le dites !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, c'est vous qui le pensez.

GERARD COLLOMB
Non, c'est vous qui le dites.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous savez la différence… laissez-moi finir, c'est vous qui le pensez.

GERARD COLLOMB
Non, non, non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pensez la même chose que moi, mais j'en suis… vous voulez que je vous dise, j'en suis persuadé, j'en suis persuadé. Alors je vais vous poser une autre question sur les radars embarqués, est-ce qu'ils vont être généralisés ?

GERARD COLLOMB
Alors nous avons une expérience en Normandie des radars embarqués, au départ nous avions 2 gendarmes ou 2 policiers qui conduisaient une voiture et, donc, leur rôle était mineur. Quand on parle de la police de sécurité du quotidien, comme vous le savez, ça vise à remettre un certain nombre d'agents plutôt dans la rue, dans les campagnes au contact des populations. Si quelqu'un peut effectivement conduire sans être policier ou gendarme, quelqu'un d'extérieur, c'est la voiture en fait qui fait le travail. Et celui qui est titulaire du marché des radars n'est pas payé au nombre d'amendes mais il a un forfait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va être généralisé ?

GERARD COLLOMB
Il y a une expérience qui aujourd'hui est généralisée en Normandie, ensuite cela dépendra, on va faire une étude de ce qu'auront donné les résultats. Mais peut-être effectivement que c'est une bonne mesure, ça peut être une bonne mesure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il paraît qu'il y a un problème sur l'appel d'offres, j'ai vu…

GERARD COLLOMB
Oui, j'ai entendu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
ANTICOR qui a déposé plainte.

GERARD COLLOMB
J'ai entendu dire ça, donc je vais regarder ce qu'est le marché. Moi, je suis prêt à regarder vraiment de très près parce que la personne en plus, c'est le directeur de la Sécurité routière, il me semble être quelqu'un de parfaitement honnête. Donc… mais je vais regarder le problème.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-il vrai… nous allons apprendre et connaitre aujourd'hui des mesures sur l'apprentissage, est-il vrai que vous allez aider les apprentis majeurs pour passer leur permis de conduire, 500 € d'aide, c'est vrai ou pas ?

GERARD COLLOMB
Oui, c'est vrai que nous voulons donner tous les moyens de réussir aux jeunes, en particulier que l'apprentissage nous semble une bonne méthode. Vous voyez, ça a été…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc 500 € à chaque apprenti majeur pour passer son permis ?

GERARD COLLOMB
C'est le Premier ministre qui prendra in fine la décision, mais elle est effectivement dans les mesures qui sont envisagées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qui vont être annoncées.

GERARD COLLOMB
Et qui pourraient être annoncées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qui vont être annoncées.

GERARD COLLOMB
Et qui pourraient être annoncées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ! Nous verrons si c'est pourrait ou si c'est vont. Moi j'aime bien employer le présent Gérard COLLOMB. La police de sécurité au quotidien, donc 30 quartiers prioritaires, on est bien d'accord ?

GERARD COLLOMB
30 quartiers prioritaires sur cette année, donc 15 dès septembre, 15 autres en décembre. Et ensuite sur le quinquennat, 60 au total, c'est-à-dire qu'il y en a encore 30 autres. Au fur et à mesure que les écoles de gardiens de la paix sortiront, on étendra pour aller jusqu'à 60 ; et aujourd'hui 20 départements pour la gendarmerie concernée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça fait aujourd'hui dans l'année, si j'ai bien compris, 450 à 900 policiers, c'est ça ?

GERARD COLLOMB
Pour ces quartiers, c'est 600 et puis 500 gendarmes pour…

JEAN-JACQUES BOURDIN
600 policiers, 500 gendarmes nouveaux, on est bien d'accord ?

GERARD COLLOMB
Absolument…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce ne sont pas des redéploiements ?

GERARD COLLOMB
Non, non, non, on crée pour le quinquennat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ! Parce que j'avais un doute.

GERARD COLLOMB
Non parce qu'un certain nombre de vos confrères ont cru cela, ce ne sont pas des redéploiements. Sur le quinquennat, nous créons 10.000 postes nouveaux, plus ceux qu'on va redéployer en embauchant des personnels administratifs, etc.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que vont faire ces policiers dans ces quartiers prioritaires ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez tout ce que nous disons, c'est que nous voulons distinguer les différentes sortes de quartiers de délinquance, parce qu'évidemment vous avez des choses totalement différentes. Vous n'avez pas la même chose quand vous êtes dans un quartier comme Trappes ou quand vous êtes dans une ville moyenne, la délinquance n'est pas la même. Et donc nous voulons, sur les quartiers de reconquête républicaine, faire en sorte que le droit soit à nouveau respecté. Nous aurons un couple police-justice qui sera assez proche, de manière à ce que les sanctions deviennent effectives. Nous ferons la forfaitisation, c'est-à-dire taper tout de suite au porte-monnaie ; et puis ensuite éventuellement judiciariser, c'est-à-dire mettre une amende qui sera de l'ordre de 200 €.

JEAN-JACQUES BOURDIN
200 € d'amende pour quoi, on commet quel…

GERARD COLLOMB
Quels types de délits, les petits délits, c'est-à-dire par exemple le trafic de cannabis ou bien harcèlement sexuel ou bien occupation sauvage et attitude agressive vis-à-vis de personnes, voilà. C'est ces petits délits-là qui vont être sanctionnés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ces petits délits du quotidien qui seront sanctionnés d'une amende de 200 € !

GERARD COLLOMB
Ceux qui gâchent la vie de nos concitoyens. Vous savez dans ces cités, vous avez deux types de délinquance. Vous avez la délinquance par exemple autour des stupéfiants – cocaïne, héroïne – menée par des bandes puissantes ; et puis vous avez toute une série de petits jeunes qui viennent là parce qu'évidemment ils sont entrainés dans des quartiers miséreux. Donc pour les uns c'est la forfaitisation, pour les autres c'est effectivement des enquêtes et essayer de démanteler les réseaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ces policiers ou gendarmes, parce que des gendarmes seront déployés dans 20 départements, ces policiers ou gendarmes auront à leur disposition des tablettes, des Smartphones, ils seront équipés donc, c'est en quelque sorte la création d'une…

GERARD COLLOMB
Des caméras piétons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Brigade numérique !

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, c'est effectivement faire entrer la police et la gendarmerie au 21ème siècle. Jusqu'à présent quand vous étiez policier et que vous contrôliez quelqu'un, vous étiez obligé d'appeler le commissariat pour savoir s'il était fiché quelque part. Là, vous l'avez directement sur votre tablette et, donc, en l'espace de 2 minutes vous pouvez savoir s'il est fiché au fichier TAJ, antécédents judiciaires, voire même au fichier de la radicalisation. Et donc en 2 minutes le contrôle est terminé, ce qui va apaiser les contrôles qui sont menés par la police ou par la gendarmerie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dépôt de plainte en ligne bientôt…

GERARD COLLOMB
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que nous pourrons bientôt déposer plainte en ligne ?

GERARD COLLOMB
Alors nous expérimentons aujourd'hui des pré-dépôts de plainte en ligne et, donc, nous pensons que d'ici 1 an on pourra effectivement déposer des plaintes en ligne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On déposera plainte en ligne d'ici 1 an. A Nice, il y a une expérience qui est tentée, la présence d'un policier municipal dans les établissements scolaires. Vous approuvez cette initiative ?

GERARD COLLOMB
Je crois qu'il vaut mieux développer déjà au sein des écoles les équipes anti-radicalisation, parce que c'est ça le vrai problème. Je ne sais pas ce que le policier apportera en plus, je connais la volonté de Christian ESTROSI de développer la sécurité et je dois dire que je l'approuve totalement. Moi je suis allé visiter sa salle de vidéo protection qui est absolument extraordinaire. Mais ce dont on a besoin au sein des établissements scolaires, c'est de lutter contre ceux qui se radicalisent, à la fois un certain nombre de jeunes et puis quelques fois de personnels administratifs, voire – on l'a vu par le passé – un certain nombre de professeurs, même si évidemment ils sont minoritaires. Et pour les autres, il faut leur apprendre quel discours on doit tenir pour faire face à ces jeunes qui sont tentés par une idéologie radicale islamiste.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement… enfin justement, même si les radicaux islamistes ne sont pas nécessairement des immigrés, le projet de loi asile-immigration présenté le 21 février, vous le présenterez le 21 février, les demandeurs d'asile, un tiers accède au statut, on est bien d'accord et les autres ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, il faut les renvoyer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, alors justement…

GERARD COLLOMB
Je crois que ce que l'on veut faire de la loi que l'on va présenter, c'est pouvoir examiner la situation des personnes qui arrivent en l'espace de 6 mois. En 6 mois, on saura si effectivement on donne l'asile ou bien s'il faut renvoyer les personnes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
6 mois, pas plus ?

GERARD COLLOMB
6 mois, pas plus. Donc ensuite, on renvoie les personnes et nous sommes en train de travailler avec l'ensemble des pays d'où sont originaires ces personnes, de manière à pouvoir conclure des accords avec eux pour qu'ils puissent être renvoyés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous les renverrez, vous pourrez les renvoyer tous ?

GERARD COLLOMB
Absolument, je vous rappelle déjà qu'en l'espace de 6 mois, nous avons augmenté de 17 % sur l'année le nombre d'éloignements. Et nous allons effectivement continuer à éloigner, parce que nous ne pouvons pas faire autrement. Il faut dire à ces jeunes – vous voyez c'est plutôt l'Afrique occidentale aujourd'hui est concernée – que leur avenir est chez eux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou l'Albanie.

GERARD COLLOMB
Et qu'on va les aider. Ou l'Albanie, moi je suis allé en Albanie il y a 4 mois, les autorités sont totalement d'accord. Ils me disent : « c'est votre loi qui ne marche pas », justement nous allons changer la loi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Edi RAMA est d'accord ?

GERARD COLLOMB
Il est d'accord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Edi RAMA c'est le président albanais !

GERARD COLLOMB
Absolument et si vous voulez, nous avons commencé à renvoyer un certain nombre d'albanais et je n'ai jamais eu aucune difficulté. Ils ont même accepté qu'une brigade albanaise vienne en France pour regarder un peu la situation dans les lieux où il y avait beaucoup d'Albanais.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le délai de recours pour les demandeurs d'asile déboutés va-t-il passer d'un mois à 15 jours ?

GERARD COLLOMB
Oui, dans la mesure où nous voulons accélérer les procédures, l'ensemble des délais seront raccourcis. Mais en même temps…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc d'un mois à 15 jours !

GERARD COLLOMB
Oui mais en même temps, nous allons donner des effectifs supplémentaires, à la fois à l'OFPRA, à la fois CNDR, c'est-à-dire la Cour d'appel dans les préfectures de manière à ce qu'on puisse traiter plus vite les dossiers. Parce qu'aujourd'hui par exemple, il faut 2 mois pour pouvoir aller dans une préfecture et déposer votre demande. Oui, partout on va raccourcir les délais.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que la durée maximale de la rétention va passer à 90 jours ?

GERARD COLLOMB
Elle va passer à 90 jours, la moyenne en Europe est à peu près de 160, pourquoi ? Parce que quelques fois quand il faut des laissez-passer consulaires, on ne vous les donne pas dans les 90 jours et, donc, vous ne pouvez pas renvoyer la personne, vous êtes obligé de la libérer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que la philosophie de votre projet de loi, c'est l'immigration choisie, franchement ?

GERARD COLLOMB
C'est si vous voulez permettre de faire que ceux qui sont victimes de persécution du point de vue de leur origine ethnique, religieux ou bien pour des problèmes politiques soient accueillis, mais que les migrants économiques soient effectivement renvoyés et qu'on leur trouve un avenir chez eux. Quand le président débloque au Sénégal 200 millions d'euros c'est pour cela, c'est pour que l'avenir soit là-bas et que l'avenir ne soit pas forcément le mirage de l'Europe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes ferme, vous êtes ferme sur cette question, l'immigration va baisser en France ?

GERARD COLLOMB
Oui, l'immigration… enfin l'immigration…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'immigration oui.

GERARD COLLOMB
On avait 100.000 demandes d'asile, je veux effectivement qu'on en ait moins dans les prochaines années.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien, vous avez un objectif ?

GERARD COLLOMB
Oh ! Je n'ai pas d'objectif, vous savez le mouvement est tout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-il vrai que dès le dépôt d'une demande d'asile, des cours de français automatiques seront donnés à ceux qui demandent l'asile ?

GERARD COLLOMB
C'est une discussion…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Permis de travail, droit à la formation et même certaines prestations sociales, c'est vrai ou pas ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, c'est une discussion que l'on a avec les parlementaires. Mais à partir du moment où on réduit à 6 mois, aujourd'hui on comprend puisque ça dure 2 ans, 3 ans, 4 ans, à partir du moment où on réduit à 6 mois, moi je préfère que l'on concentre les moyens sur ceux qui vont rester en France. A ceux-là il faut donner plus de cours de français, il faut leur permettre d'acquérir une situation professionnelle et, donc, une formation. Il faut concentrer les efforts…

JEAN-JACQUES BOURDIN
…Un permis de travail, un droit à la formation ?

GERARD COLLOMB
Pour ceux dont on pense a priori qu'ils vont s'installer, parce que quand vous venez d'une région…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais dès le dépôt de la demande d'asile ?

GERARD COLLOMB
Non, pas dès le dépôt mais ensuite, nous concentrerons… aujourd'hui vous devez avoir 200 heures de cours, ce n'est pas suffisant et donc il faut étendre ça. Vous n'avez pas le droit à la formation, il faut donner la formation. Bref ! Il faut que les gens qui restent ici puissent avoir une chance de réussir en France, pas qu'ils aillent grossir des quartiers en difficultés qui, déjà, ont tendance à se marginaliser. Moi, je veux une France de la réussite, je ne veux pas une France de l'échec.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Deux dernières questions, la première sur le renforcement de l'enseignement du fait religieux à l'école, vous y êtes favorable ?

GERARD COLLOMB
Oui, à condition si vous voulez qu'il y ait effectivement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment peut-on renforcer l'enseignement du fait religieux à l'école ?

GERARD COLLOMB
Tout simplement il faut le traiter comme on traite l'ensemble des problèmes. Nous, nous avons étudié la guerre des religions, donc Henri IV…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On n'est pas obligé d'étudier la religion sous l'angle de la guerre systématiquement !

GERARD COLLOMB
On peut les étudier avec une approche critique et, donc pas une approche religieuse, une approche critique des religions et c'est ce que veut faire mon collègue BLANQUER.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous approuvez totalement ?

GERARD COLLOMB
Et j'approuve totalement parce que savoir ce qu'est la religion de l'autre et quelles sont les différences me semble quelque chose d'importance, quelles sont aussi les ressemblances parce qu'on voit bien que les religions monothéistes ont quand même un suivi dans l'histoire et des racines communes. Donc c'est intéressant d'apprendre cela aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors Gérard COLLOMB, je sais que vous êtes très attaché au fonctionnement des institutions. La réforme constitutionnelle que prépare le président de la République vous convient-elle ? Je veux dire par-là, je ne sais pas ce qu'il y aura dans le texte, mais il est murmuré qu'on pourrait réduire le nombre de députés et sénateurs. Vous êtes favorable à cela ?

GERARD COLLOMB
Oui, je pense qu'effectivement on pourrait fonctionner avec moins de députés et de sénateurs, que c'est quelque chose qui d'ailleurs est attendu par le public. Parce qu'on considère qu'aujourd'hui, le coût de fonctionnement de nos institutions est un coût trop élevé. Donc réduire et faire en sorte qu'il y ait des gens plus… qu'il y ait des débats qui soient en tout cas plus engagés, moi j'admire la façon dont les choses se passent par exemple aux communes. On voit que le Premier ministre, il est vraiment face à face, comme vous et moi. Et je trouve que c'est bien…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a du monde, il y a du monde aux communes.

GERARD COLLOMB
Il y a du monde mais c'est plus direct.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Gérard COLLOMB et le non-cumul dans le temps, pas plus de 3 mandats consécutifs, qu'en pensez-vous ?

GERARD COLLOMB
Ça à mon avis si vous voulez pour les élus locaux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franchement, sincèrement ?

GERARD COLLOMB
Je ne pense pas que ce soit une bonne chose…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais je vous parle des grands élus, je vous parle des sénateurs, des députés, des maires de très grandes villes, franchement ?

GERARD COLLOMB
Ecoutez ! Moi j'ai toujours pensé que c'était l'électeur qui, d'une certaine manière, était maitre et qu'il avait le droit d'enlever l'élu qui ne lui convenait pas. Après, le temps en particulier pour une ville c'est un temps long, vous ne faites pas en un…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous n'êtes pas favorable à cette mesure ?

GERARD COLLOMB
Moi je me rallierai à des mesures, mais on connait le fond de ma pensée là-dessus. On voit par exemple…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous n'êtes pas favorable à cette mesure Gérard COLLOMB !

GERARD COLLOMB
Que sur le cumul des mandats contre lequel j'étais, aujourd'hui ça pose des difficultés parce qu'au niveau du Sénat par exemple, qui est censé représenter les élus locaux, vous n'avez plus d'élu local, vous en avez des anciens élus locaux mais vous n'en avez plus avec qui vous pouvez discuter. D'ailleurs c'est pour cela qu'on a crée la Conférence nationale des territoires, pour pouvoir justement trouver un lieu de dialogue entre le gouvernement et ses élus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous n'êtes pas favorable à ce non-cumul au bout de temps de temps ?

GERARD COLLOMB
Par contre si vous voulez, maintenant c'est fait c'est fait, on n'y reviendra plus. Mais par contre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans le temps ?

GERARD COLLOMB
Une réforme comme celle du CESE, ouvrir un peu est quelque chose qui me semble bon parce qu'aujourd'hui, on a une institution qui ne correspond plus à notre société. Oui, il faut avancer sur les réformes, moi réduire le nombre de parlementaires j'y suis totalement favorable. Faire ensuite qu'on ait des réformes qui marchent mieux et qui fassent mieux fonctionner, qu'on ne passe pas son temps en réunion mais qu'on fasse avancer les lois, oui c'est nécessaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais le mandat dans le temps, on n'y touche pas ! 3 ans…

GERARD COLLOMB
Le mandat dans le temps, c'est le président de la République qui indique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai compris oui, vous suivrez même si vous n'êtes pas d'accord !

GERARD COLLOMB
Vous savez, j'ai déjà suivi par le passé alors que sur le cumul des mandats, nous avions un léger désaccord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être venu nous voir, Gérard COLLOMB, ministre de l'Intérieur.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 février 2018

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