Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec France Inter le 9 février 2018, sur le conflit en Syrie, le budget militaire, les soupçons de malversation dans le transport aérien militaire et sur le logiciel Louvois de gestion de la paye des militaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec France Inter le 9 février 2018, sur le conflit en Syrie, le budget militaire, les soupçons de malversation dans le transport aérien militaire et sur le logiciel Louvois de gestion de la paye des militaires.

Personnalité, fonction : PARLY Florence , DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Ministre des armées;

ti : NICOLAS DEMORAND
Notre invitée jusqu'à 9h00 est la ministre des Armées, bonjour Florence PARLY.

FLORENCE PARLY
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Merci d'être au micro de France Inter. La situation, on l'entendait avec Marc FAUVELLE dans le journal de 8h00, la situation dégénère en Syrie. Sommes-nous face à une escalade dangereuse, êtes-vous inquiète ?

FLORENCE PARLY
Nous sommes préoccupés, très préoccupés, et nous suivons évidemment la situation de très près. Ce qui se passe en Syrie est complexe, mais ce qui est certain c'est que des bombardements très importants ont lieu. Ces bombardements, nous appelons évidemment à leur arrêt, cela a été demandé à plusieurs reprises, et nous appelons également à ce que des couloirs humanitaires puissent être ouverts parce que ce sont des populations civiles qui sont visées. Il y a deux lieux particuliers qui sont visés, d'une part la poche d'Idlib, d'autre part la banlieue Est de Damas, ce qu'on appelle la zone de la Ghouta, et ce sont des combats qui sont inacceptables par leur violence et par leurs conséquences sur les populations.

NICOLAS DEMORAND
La position de la France c'est donc de demander, pour l'instant, corridor humanitaire pour acheminer…

FLORENCE PARLY
Et arrêt.

NICOLAS DEMORAND
Et arrêt.

FLORENCE PARLY
Et arrêt des bombardements.

NICOLAS DEMORAND
Vous pensez qu'elle peut aboutir cette position, je pense notamment au corridor humanitaire ? Les Russes disent déjà ce n'est pas d'actualité, ça ne se fera pas.

FLORENCE PARLY
Vous savez, l'important c'est de pouvoir parler à tous les partenaires, et c'est ce que la France s'efforce de faire. Je disais que la situation est complexe en Syrie, on sait aussi que les Turcs sont impliqués en ce moment dans la partie Nord, donc je crois qu'il faut garder les idées claires. La France a un objectif, et un seul, qui est de lutter contre Daesh et de finir, terminer ce combat contre Daesh, donc que tout ce qui vient perturber, divertir, les uns, les autres, de cet objectif, est à bannir, est à proscrire.

NICOLAS DEMORAND
Madame la ministre, avez-vous la confirmation, je dis bien la confirmation, que des barils de chlore ont été utilisés par les forces du régime syrien sur des populations civiles syriennes ?

FLORENCE PARLY
On a des indications possibles d'utilisation du chlore, mais nous n'avons pas de confirmation absolue, et c'est donc ce travail de confirmation que nous sommes en train de faire, avec d'autres d'ailleurs, parce que, évidemment, il faut que les faits soient établis.

NICOLAS DEMORAND
En mai dernier Emmanuel MACRON indiquait qu'une ligne rouge, très clair, je le cite, existait de notre côté, du côté de la France donc, l'utilisation d'une arme chimique par qui que ce soit ferait, je cite toujours le président, l'objet de représailles et d'une riposte immédiate de la part des Français. On y est, non ?

FLORENCE PARLY
Justement, on ne sait pas le dire avec certitude, et c'est cela qu'il faut parvenir à établir.

NICOLAS DEMORAND
Donc, pour l'instant, faute de preuve, la ligne rouge n'a pas été franchie ?

FLORENCE PARLY
Pour l'instant, faute de certitude, sur ce qui s'est passé, sur les conséquences de ce qui s'est passé, on ne peut pas dire que nous en sommes là où vous dites.

NICOLAS DEMORAND
Encore une question précise. Est-ce qu'un baril de chlore est une arme chimique ?

FLORENCE PARLY
Un baril de chlore, si vous l'avez dans votre cuisine pour nettoyer votre évier, ce n'est pas une arme chimique, un baril de chlore s'il est utilisé dans une configuration d'arme, devient une arme.

NICOLAS DEMORAND
Alors, vous avez présenté, on y vient, la Loi de Programmation Militaire, il y a deux phases, d'ici la fin du quinquennat, puis au-delà, on va voir ces questions de découpage. 295 milliards d'euros sont sur la table, je vais le dire dans mes mots, on a l'impression que, du treillis, du gilet pare-balles, jusqu'au prochain sous-marin nucléaire, il fallait vraiment tout reprendre du sol au plafond, ou en tout cas investir massivement ?

FLORENCE PARLY
Alors, la situation qu'ont connue les armées au cours des 15 dernières années est connue. D'un côté le budget des Armées, de la Défense à l'époque, a fait l'objet, en particulier depuis 2008, d'une forte réduction, et je remonte même, en avant, le ministère des Armées s'est reconfiguré de façon très forte puisque la conscription a été abolie, nous sommes passés à une armée de métier, donc tout ceci a considérablement changé les formats, et donc ce ministère a vu ses moyens se réduire. Et, paradoxalement, au moment où ces moyens se réduisaient le plus, je rappelle, 60.000 suppressions de postes depuis 2007, c'est le moment où la France a vu ses interventions, ses opérations, s'accroître, à l'extérieur d'abord, au Sahel, au Levant, mais aussi sur notre territoire avec l'enclenchement de l'opération Sentinelle. Donc, il y a eu ce qu'on appelle un ciseau…

NICOLAS DEMORAND
Un effet de ciseau, voilà.

FLORENCE PARLY
Voilà, un ciseau, entre d'un côté des ressources orientées à la baisse, et de l'autre des engagements orientés à la hausse. Et donc ceci n'a pas produit au départ d'effets visibles, parce que les armées ont conduit leurs missions avec énormément d'efficacité et de façon exemplaire, mais, plus le temps passe, plus les effets d'usure apparaissent. Et c'est donc ce que nous avons voulu faire, d'une part réparer, en quelque sorte, cette usure qui s'est opérée à la fois sur les équipements, et puis aussi sur les hommes et les femmes, et d'autre part préparer l'avenir. Parce que, si vous vous en souvenez, nous avions lancé une sorte de revue stratégique il y a quelques mois, et cette revue stratégie nous a montré que nous continuions d'évoluer dans un monde difficile, dans lequel « l'imprévisionnabilité », l'instabilité, sont de mise, et où les conflits sont de plus en plus durs tout en étant parfois asymétriques, nous venons d'en parler. Donc, cet environnement-là justifie que nous ayons une ambition pour nos armées, qui est une ambition que nous nous sommes fixés pour le long terme, pour 2030, et nous avons ensuite décliné les moyens, les programmes, dont nous avions besoin pour pouvoir atteindre cette ambition. Et puis par ailleurs, j'ajoute peut-être le plus important, c'est l'engagement que le président de la République avait pris, dès la campagne présidentielle, de porter l'effort de défense à 2 % de la richesse nationale en 2025, conscient qu'il était du constat que j'ai dressé tout à l'heure sur la situation de nos armées.

NICOLAS DEMORAND
Que répondez-vous au député, alors il est spécialiste, CORNUT-GENTILLE, qui estime que ce budget est survendu, pour reprendre son mot, l'essentiel se jouera après le quinquennat, il y aura révision en 2021, c'est un budget au conditionnel, a-t-il dit.

FLORENCE PARLY
Je crois que…

NICOLAS DEMORAND
Il y a un trompe-l'oeil ?

FLORENCE PARLY
Au Parlement il y a des spécialistes du conditionnel, et les huit mois que je viens de passer dans cette fonction montrent qu'effectivement nous avons besoin, et je trouve ça finalement normal, de démontrer, pas à pas, que ce sur quoi nous nous engageons, nous le faisons. Et donc, en 2017, on m'avait dit que les annulations de crédits ne permettraient pas de réaliser le budget dans son intégralité, eh bien nous avons démontré, à la fin de l'année, que cette suspicion était infondée, puisqu'il n'a pas manqué 1 euro au budget des armées en 2017. Et je pense…

NICOLAS DEMORAND
Et donc vous lui dites je parle au présent, au futur, pas au conditionnel.

FLORENCE PARLY
Je ne parle pas au conditionnel. Donc, nous prenons des engagements, ce sont des engagements très forts, et ces engagements ils seront vérifiés, pas à pas, mois après mois, et le Parlement, j'en suis certaine, aura à coeur d'assurer ce contrôle. Ce qui est important, je crois, c'est de pouvoir donner une vision et de pouvoir, aussi, s'engager ce sur quoi on peut s'engager. Et nous avons, en tant que gouvernement, un objectif qui est aussi celui de la maîtrise des finances publiques. Donc, investir autant d'argent que ce que la Loi de Programmation Militaire prévoit, pour régénérer nos armées et moderniser notre défense, c'est un effort exceptionnel, sachant le contexte dans lequel nous sommes, qui est un contexte de pilotage et de maîtrise de nos finances publiques.

NICOLAS DEMORAND
C'est-à-dire les 2 % pour l'armée doivent se conjuguer avec les 3 % demandés à la France.

FLORENCE PARLY
Exactement.

NICOLAS DEMORAND
Et là il n'y aura pas d'effet de ciseau, c'est-à-dire on ne va pas cisailler une partie du budget de la défense pour rentrer dans les clous demandés par Bruxelles ?

FLORENCE PARLY
Eh bien justement, c'est une des caractéristiques de cette Loi de Programmation, c'est en effet qu'elle est sincère, ça aussi c'est un autre procès qu'on nous a souvent fait, qu'il n'y avait pas tous les crédits…

NICOLAS DEMORAND
Les budgets sont insincères.

FLORENCE PARLY
Que les opérations extérieures n'étaient pas correctement budgétées, que nous comptions sur des recettes qui ne viendraient jamais, tout cela c'est terminé, puisque les règles sont posées dans cette Loi de Programmation Militaire, et par exemple on dit que, la provision pour opérations extérieures, si elle est insuffisante, elle sera financée par l'interministérielle, et que si cette provision est trop importante, eh bien le budget des armées en conservera le bénéfice.

NICOLAS DEMORAND
Quelques questions qui touchent à l'armée Florence PARLY. Le Parquet national financier enquête en ce moment sur des soupçons de malversation dans le transport aérien militaire, une société française est particulièrement mise en cause. Est-ce que cette entreprise est aujourd'hui écartée des marchés publics de votre ministère ?

FLORENCE PARLY
Alors tout d'abord, moi j'ai enclenché un article 40, article 40 ça veut dire que quand une autorité, quelle qu'elle soit, une personne a connaissance d'un fait qui pourrait laisser penser que la loi n'a pas été respectée, elle a l'obligation de le signaler et d'en saisir la justice. C'est ce que j'ai fait, sur la base des éléments que j'avais en ma possession, et depuis cette société n'est plus en contrat avec notre ministère.

NICOLAS DEMORAND
Autre question, qu'on avait suivie sur France Inter, sur le logiciel Louvois, qui gère la paye des militaires et qui est, de notoriété publique, une folie kafkaïenne informatique. Quand est-ce que le nouveau logiciel, Source Solde, si je ne m'abuse, quand est-ce que ce nouveau logiciel va entrer en vigueur ?

FLORENCE PARLY
Eh bien il entrera en vigueur lorsque nous serons certains qu'il n'y a pas de nouveau bug, parce que le pire ce serait de reproduire ce qui s'est passé au moment du passage sur le logiciel Louvois, et qui a causé tant de troubles, et tant de difficultés, à un grand nombre de militaires. Donc, je ne veux pas que cette situation se reproduise, et donc je prendrai le temps nécessaire pour m'assurer que lorsque la bascule sera initiée…

NICOLAS DEMORAND
Opérée, oui.

FLORENCE PARLY
Nous aurons la certitude que cela fonctionne.

NICOLAS DEMORAND
Six mois, 1 an, 2 ans, 3 ans ? Pour l'instant vous n'avez pas d'échelle de temps.

FLORENCE PARLY
Pour l'instant nous comptons en termes de mois, mais je ne veux pas m'engager parce que je pense que ce serait tout à fait imprudent, et encore une fois c'est l'objectif qui prime.

NICOLAS DEMORAND
Une question de moi. Va-t-on continuer, toujours sur Louvois, à exiger des militaires surendettés, parce qu'il y a eu des cas de cette nature, qu'ils remboursent les trop versés par erreur, à cause de Louvois, ou bien allez-vous décréter un moratoire, ou des recours gracieux pour les plus touchés ?

FLORENCE PARLY
Alors, cette situation est très largement derrière nous, elle a été gérée pendant de nombreux mois. Aujourd'hui le logiciel Louvois est quasiment sans erreur, pas totalement sans erreur, nous sommes passés de 97 à 98 % de fiabilité, ce qui veut dire qu'il y a encore 2 % d'erreurs, et c'est donc 2 % qui sont inacceptables, mais les phénomènes qui avaient conduit à ces trop versés, donnant lieu à des remboursements, sont très largement derrière nous.

NICOLAS DEMORAND
Comment travaille le gouvernement alors que deux affaires touchent deux ministres cruciaux, Gérald DARMANIN, Nicolas HULOT, quel est l'atmosphère ?

FLORENCE PARLY
L'atmosphère est au travail, et rien ne serait pire que de se laisser divertir par des affaires qui n'en sont pas. Je ne vais pas revenir sur la journée d'hier, qui a été, sur le plan médiatique, un véritable tourbillon, qui est un tourbillon qui n'est fondé sur aucun élément tangible, et donc je crois que, plus que jamais, il faut que nous fassions, d'abord nous fassions corps autour de nos collègues, dont la probité est mise en cause de façon totalement injustifiée, et donc nous sommes au travail. Mais c'est difficile, évidemment, surtout pour ceux qui en sont les victimes.

NICOLAS DEMORAND
Encore beaucoup de questions à vous poser, Florence PARLY, on se retrouve après la revue de presse.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 février 2018

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