Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail à BFMTV le 12 février 2018, sur la formation professionnelle, l'apprentissage et l'augmentation du pouvoir d'achat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail à BFMTV le 12 février 2018, sur la formation professionnelle, l'apprentissage et l'augmentation du pouvoir d'achat.

Personnalité, fonction : PENICAUD Muriel, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre du travail;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invitée est Muriel PENICAUD, ministre du Travail. Bonjour.

MURIEL PENICAUD
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais vous parler d'apprentissage, de pouvoir d'achat mais je voudrais commencer avec les travailleurs détachés en France. Les chiffres sont tombés il y a quelques jours : 516 000 travailleurs détachés en France en 2017 hors transport routier. C'est un record. Qu'allez-vous faire ?

MURIEL PENICAUD
Pourquoi il y a plus de travailleurs détachés en France ? Il y a une première raison, c'est que le système de déclaration statistique est juste meilleur. Donc il y a des gens qu'on ne voyait pas qu'on voit maintenant. Et puis, il y a des pénalités plus fortes pour les entreprises qui ne déclarent pas. Donc il y a une partie qui n'est pas forcément une augmentation mais c'est une augmentation du chiffre visible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a quand même une augmentation.

MURIEL PENICAUD
Je pense que ça augmente aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a quand même une augmentation. Même s'il est visible aujourd'hui, il y a une augmentation.

MURIEL PENICAUD
Il y a quand même une augmentation et je pense qu'une des raisons, et ça viendra d'ailleurs sur le sujet formation professionnelle et apprentissage, c'est qu'il y a beaucoup d'entreprises aussi qui ne trouvent pas des compétences dans le bâtiment, dans l'agriculture et qui, du coup, font venir aussi des travailleurs détachés. Donc d'une part, et je présiderai tout à l'heure le comité national de lutte contre le travail illégal, notamment le travail illégal dans le détachement – il y en a dans d'autres domaines aussi – il est très important d'être très strict sur les règles et de les faire appliquer de façon…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous allez prendre des mesures ?

MURIEL PENICAUD
Oui, j'annoncerai tout à l'heure seize mesures pour renforcer la lutte contre le travail illégal.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Renforcement des sanctions financières, c'est cela ?

MURIEL PENICAUD
Renforcement des sanctions financières, du nombre de contrôles…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De 2 000 à 3 000 euros ?

MURIEL PENICAUD
Je ferai une conférence de presse spéciale sur le sujet tout à l'heure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, enfin d'accord, mais…

MURIEL PENICAUD
Donc augmenter les sanctions financières et puis surtout beaucoup mieux organiser le contrôle. Le contrôle pour qu'il soit efficace, il faut que tous les services coopèrent ensemble : les services des finances, de la fiscalité, du travail. Mais je pense aussi qu'il faut qu'on se batte sur le sujet des compétences parce que le travail détaché, ça bénéficie aussi aux Français. Il y a des Français, plus de 300 000, qui vont à l'étranger, mais il faut que ce soit la compétition loyale. C'est le sens de la directive détachée que le président de la République a portée, que j'ai négociée avec mes collègues au Conseil des ministres européens, donc on sera très attentifs aux règles et il faut se battre sur les compétences.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc je vois renforcement des sanctions financières de 2 000 à 3 000 euros en cas de fraude au détachement, généralisation de la publicité des condamnations pour travail illégal.

MURIEL PENICAUD
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça aussi c'est très…

MURIEL PENICAUD
Ça, ça va avoir de l'effet parce qu'on va publier le nom de ceux qui font du travail illégal.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez publier le nom des entreprises…

MURIEL PENICAUD
Qui utilisent de façon illégale. Il y a un détachement légal et il y en a qui ne pratiquent pas ça légalement. On publiera leur nom.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez publier leur nom.

MURIEL PENICAUD
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Renforcement des sanctions administratives en cas de fraude à l'établissement, extension des pouvoirs des préfets pour ordonner la fermeture ou la cessation d'activité. Ça aussi c'est l'une des mesures qui sera annoncée. Elargissement de l'accès des agents de contrôle aux données essentielles pour mieux lutter contre le travail illégal et contre la fraude au détachement. Ça aussi ?

MURIEL PENICAUD
Voilà. Tout ça je vais l'annoncer tout à l'heure effectivement. Vous êtes bien informé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est mon métier. Muriel PENICAUD, le pouvoir d'achat des Français, parce que l'inquiétude est là, elle existe. Est-ce que le pouvoir d'achat des Français augmente ?

MURIEL PENICAUD
Le gouvernement a mis en place toute une série de mesures qui augmentent le pouvoir d'achat, notamment des actifs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous dites ce matin que le pouvoir d'achat des Français augmente.

MURIEL PENICAUD
Le SMIC a augmenté de plus de 30 euros… De plus de 20 euros, il augmentera d'un peu plus de 30 euros à la fin de l'année. L'allocation travailleur handicapé, l'allocation vieillesse, la taxe d'habitation baisse, il y a beaucoup… Enfin l'Etat, le gouvernement a mis beaucoup d'argent sur la table pour augmenter le pouvoir d'achat et notamment pour encourager la reprise du travail. La prime d'activité aussi augmente de 20 euros. C'est quand on a un salaire bas, une rémunération basse et qu'on reprend un travail pour avoir un vrai différentiel. Après, il est vrai qu'en même temps il y a des prix qui augmentent et c'est ça que ressentent, je pense, nos concitoyens. C'est que d'un côté…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ne serait-ce que le prix du gazole, ne serait-ce que ça.

MURIEL PENICAUD
Donc sur la feuille de paie ça augmente. Ça, c'est clair.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça augmente de 20 euros.

MURIEL PENICAUD
Oui, 20 euros pour quelqu'un qui est au SMIC. Oui, ça fait à peu près 300 euros dans l'année. Ça va augmenter plus, à la fin de l'année ce sera près de 300 euros…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais si je suis retraité et que je touche 1 500 euros bruts par mois, la hausse de 1,7 % de la CSG me coûte entre 6 et 800 euros par an.

MURIEL PENICAUD
Oui, mais la taxe d'habitation aussi va baisser pour 30 %. Elle va baisser de 30 % pour 80 % des Français et vous savez qu'elle va être supprimée. Ce qui est difficile je pense pour nos concitoyens, c'est qu'ils voient des choses qui diminuent, des choses qui augmentent. Au total, on constatera…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il fallait tout faire en même temps.

MURIEL PENICAUD
Mais on fait tout à la fois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non.

MURIEL PENICAUD
Le pouvoir d'achat augmentera.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas la taxe d'habitation, non.

MURIEL PENICAUD
La taxe d'habitation, c'est une baisse qui va être très importante pour énormément de Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Au mois d'octobre.

MURIEL PENICAUD
Oui, mais sur l'année, il y a un certain nombre de choses qui sont visibles et encore une fois, pour les salaires les plus bas et pour les revenus les plus bas liés au travail, ça augmente tout de suite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais la CSG ? Je parlais taxe d'habitation effectivement qui sera en octobre, mais la CSG a augmenté tout de suite. 1,7.

MURIEL PENICAUD
La CSG augmente mais pas pour les retraités qui ont les niveaux les plus bas. D'autre part, l'allocation minima vieillesse augmente aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
1 500 euros, c'est bas ou c'est haut ?

MURIEL PENICAUD
Ça, vous savez, c'est toujours bas quand c'est soi. Je ne vais pas débattre là-dessus parce que je pense que c'est un débat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, mais alors…

MURIEL PENICAUD
Mais je pense qu'aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y avez pensé. J'imagine que vous y avez pensé. Vous avez pensé à ces retraités qui perdent 6, 7 ou 800 euros dans l'année.

MURIEL PENICAUD
Je crois que beaucoup de retraités…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je me fais leur porte-parole ce matin.

MURIEL PENICAUD
Oui mais l'argent, il vient d'où ? Des impôts. Les gens veulent que les impôts baissent, que les charges sur les salaires baissent. Ça a été un signal très fort dans la campagne présidentielle. On a le niveau de charges le plus élevé d'Europe. Oui, on fait un choix qui est plutôt privilégié que le travail paye, que les jeunes puissent trouver un travail et d'une certaine façon, on demande une solidarité intergénérationnelle. Oui, c'est vrai. Mais je crois qu'on ne peut pas tout. L'argent ne tombe pas du ciel. Il faut aussi faire des choix et faire des choix Là, on a fait un choix qui est les niveaux les plus bas, les revenus les plus bas, les jeunes, le travail. Oui, c'est un choix de société. Je crois qu'on ne peut pas tout faire à la fois, il faut aussi l'assumer. Et le pouvoir d'achat va augmenter pour une grande majorité des Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les cotisations sur les heures supplémentaires seront supprimées dès 2020, c'est bien cela ?

MURIEL PENICAUD
Oui. Les cotisations sur le travail supplémentaire au-delà des 35 heures est un sujet connu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Pas de défiscalisation des heures supplémentaires, non.

MURIEL PENICAUD
Non, ce n'est pas défiscalisation. C'est sur les charges sociales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà, les cotisations.

MURIEL PENICAUD
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, d'accord. Vous confirmez ?

MURIEL PENICAUD
Oui, enfin c'est ce qu'a dit le Premier ministre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dès 2020, c'est ce que dit le Premier ministre.

MURIEL PENICAUD
Le Premier ministre l'a dit, je vous le confirme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le rattrapage salarial femmes-hommes dans l'entreprise. Très important, sujet très important. En Allemagne, une salariée femme peut demander à son comité d'entreprise ou à la direction de son entreprise de récupérer les bulletins de salaire de six hommes qui occupent le même poste dans l'entreprise. C'est possible en France ? Si nous faisions cela en France ?

MURIEL PENICAUD
C'est un sujet sur lequel je me suis beaucoup engagée depuis une vingtaine d'années partout où j'étais. Pourquoi c'est un sujet essentiel ? Aujourd'hui à travail égal, il n'y a pas salaire égal. Ce qui est contraire à la loi, ce qui est scandaleux, ce qui est évidemment inéquitable pour les femmes mais qui est aussi mauvais pour tout le monde, parce qu'une société qui n'est pas juste, qui n'est pas équitable… Les entreprises qui ont aujourd'hui une vraie politique d'égalité, on voit qu'elles sont plus performantes, plus innovantes. Aujourd'hui à travail égal, il y a 9 % d'écart et tous postes confondus 25 %. Donc pour ça, c'est pour ça que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut réellement sanctionner.

MURIEL PENICAUD
Il y a déjà des sanctions, donc ça ne suffit pas. La sanction ne suffit pas, donc il faut… Là, je crois qu'on a un état d'esprit et ça, je n'avais jamais vu ça jusqu'à ce point aujourd'hui, où maintenant beaucoup de gens disent : « Ça suffit. » Et moi, je peux vous dire qu'au niveau du gouvernement on dit : « Ça suffit. »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais est-ce que ça suffit de dire : « Ça suffit » ?

MURIEL PENICAUD
Non, bien sûr que non. Mais donc on est en train de discuter avec les partenaires sociaux, donc là on fait du bilatéral en ce moment. Dans quelques semaines, on va réunir les partenaires sociaux et on prendra un certain nombre de mesures importantes. Moi la transparence, le salaire des autres…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ?

MURIEL PENICAUD
Culture française.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'y êtes pas favorable.

MURIEL PENICAUD
Non, je veux voir qui va oser le proposer. Mais non, la culture française, je pense que ce n'est pas quelque chose qui est adapté.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Ce qu'on fait en Allemagne est impossible…

MURIEL PENICAUD
Voilà, mais on a d'autres manières de faire, donc je suis confiante qu'on trouvera et que d'ici fin mars, comme je l'ai annoncé, on aura un certain nombre de mesures fortes qui ne sont pas que des mesures de l'Etat. Il faut aussi que les partenaires sociaux dans le cadre du dialogue social qui est renforcé par les ordonnances sur le code du travail puissent aussi, dans les entreprises, dans les branches, négocier sur ce sujet. Donc il faut que tout le monde s'y mette : les partenaires sociaux, l'Etat et puis aussi dans les familles. Voilà. Vous, est-ce que vous accepteriez que votre fille soit moins payée que votre fils ? Je crois qu'il faut aussi que, voilà, tout le monde prenne conscience que c'est absolument inacceptable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Muriel PENICAUD, parlons de la réforme de l'apprentissage parce que 1,3 million de jeunes sont sans qualification ni travail, ce qui est considérable. Vous voulez développer évidemment l'offre d'apprentissage, on va être très concret, de 16 ans à 30 ans vous proposez dans votre réforme.

MURIEL PENICAUD
On propose d'aller jusqu'à 30 ans parce qu'aujourd'hui, il y a des jeunes qui ont un peu galéré, ou ils ont cherché leur chemin, ou ils sont passé à l'étranger, ou ils ont commencé l'université mais finalement ça ne leur plaît pas, et qui se réveillent à 24, 26, 28 ans et disent : « Ça y est moi, je sais. J'ai trouvé ce que je veux. » Et aujourd'hui, on les empêche de se former dans le métier qu'ils veulent parce qu'on leur dit : « Trop tard. » Alors il ne faut pas qu'il y ait de « trop tard », un jeune c'est à son rythme et l'important, c'est qu'il puisse faire la formation du métier dont il rêve, qui va le passionner, même s'il a 28 ans. Par contre, il sera payé à partir de 26 ans au SMIC ou au minimum de la convention collective.

JEAN-JACQUES BOURDIN
500 euros d'aide pour passer son permis. Je suis apprenti, je n'ai pas mon permis, je suis aidé à hauteur de 500 euros.

MURIEL PENICAUD
Etre apprenti, c‘est prendre sa vie en main, c'est être… souvent, c'est des jeunes un peu plus mûrs que les autres, parce que finalement, ils décident d'avoir plus d'autonomie, dans l'autonomie, il y a le permis de conduire, et puis, il y en a beaucoup qui sont en zone rurale ou dont l'entreprise est éloignée, et qui aujourd'hui ne peuvent pas aller en apprentissage parce qu'ils n'ont pas le permis. Et quand on commence et qu'on a 16 ans ou 20 ans, on n'a pas forcément les moyens de se payer le permis. Donc l'Etat va mettre 500 euros pour chacun, et puis, avec les régions, nous allons négocier avec tout le système de formation, auto-école, pour que, eh bien, il y ait des prix négociés, pour que les 500 euros représentent au moins la moitié du permis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les horaires de travail pour un apprenti, en boulangerie par exemple, je vais pouvoir commencer à quelle heure ?

MURIEL PENICAUD
Alors, les horaires de travail ne posent pas de problème dans la grande majorité des secteurs, mais il y a deux secteurs où il y a un problème, il y a un problème qui est la boulangerie, j'étais l'autre jour au salon de la boulangerie, j'ai vu des jeunes passionnés et des tuteurs passionnés, il y avait une compétition mondiale, les meilleurs boulangers du monde sont français, sauf que quand ils sont jeunes, ils n'ont pas le droit d'apprendre à faire le pain, pourquoi ? Parce que le pain, eh bien, figurez-vous, on aime bien avoir notre baguette fraîche, ça se fait tôt le matin ! Donc aujourd'hui, ils ne peuvent travailler qu'à partir de 06h, demain, ils pourront travailler à partir de 05h. Alors, à 05h, ça veut dire qu'à 13h, ils ont fini. Mais il faut qu'ils puissent faire le pain dans la boulangerie. Et le deuxième secteur, c'est le bâtiment, aujourd'hui, quand il y a un chantier du bâtiment, donc les jeunes vont avec l'équipe, dont ils font partie sur le chantier, pour apprendre leur métier et puis, comme ils n'ont pas le droit de déroger aux 35h, même si le chantier est sur 40h, eh bien, pendant les cinq heures suivantes, ils ne sont pas payés, ils regardent, ils ne peuvent pas rentrer parce qu'ils n'ont pas, en général, de moyen de transport, ils sont venus avec la camionnette de l'entreprise ; et donc demain, ils pourront travailler 40h mais en étant payés en heures supplémentaires avec des compensations. C'est juste du bon sens, ça concerne quelques secteurs, mais il faut que le jeune puisse apprendre en situation réelle, c‘est le principe de l'apprentissage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et en cas de rupture du contrat d'apprentissage, une entreprise n'aura plus à saisir les Prud'hommes, je crois ?

MURIEL PENICAUD
Elle n'aura pas à saisir préalablement, évidemment, le jeune a le droit de recourir aux Prud'hommes comme tout salarié…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment, évidemment. Alors qui va financer l'apprentissage, les branches professionnelles ?

MURIEL PENICAUD
Alors, aujourd'hui, ce sont déjà…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, en partie, en partie…

MURIEL PENICAUD
Les entreprises, parce que c'est la taxe d'apprentissage…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais en partie…

MURIEL PENICAUD
Une grande partie aujourd'hui est payée par la taxe d'apprentissage…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, qui va être remplacée d'ailleurs…

MURIEL PENICAUD
Qui va être remplacée, parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par la contribution alternance.

MURIEL PENICAUD
On va faire une seule contribution pour à la fois tout ce qui est à l'alternance, ce sera plus simple pour les entreprises, plus logique, et donc ça sera toujours cette contribution des entreprises qui ira à l'apprentissage, mais l'idée, c'est d'avoir un système aujourd'hui, vous l'avez dit, ce qui, moi, me choque, c'est qu'il y a 1.300.000 jeunes qui ne se projettent pas dans l'avenir, ça c'est… c'est pour ça qu'il faut révolutionner l'apprentissage, on ne peut pas rester là avec autant de jeunes qui se ne projettent pas, mais pour ça, il faut que les jeunes puissent trouver des entreprises, les entreprises, des jeunes, mais il faut que le financement soit fluide. Aujourd'hui, c'est un système archi-complexe, je ne sais pas si vous avez regardé comment ça marche…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, non, mais j'ai regardé, et vraiment, c'est vrai que c'est compliqué…

MURIEL PENICAUD
Il faut plusieurs heures pour comprendre comment ça marche…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais les régions…

MURIEL PENICAUD
Et demain, avec le système qu'on va mettre en place, après la concertation qu'on a eue avec tout le monde, eh bien, dès qu'un jeune et une entreprise se rencontrent, ils pourront avoir le financement pour le contrat, ça paraît simple, mais aujourd'hui, ce n'est pas le cas, le système est tellement compliqué que parfois le jeune et l'entreprise sont d'accord, et ne trouvent pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc les régions sont un peu hors-jeu dans cette affaire…

MURIEL PENICAUD
Non, elles ne sont pas hors jeun parce que moi, j'ai beaucoup discuté avec elles, j'ai passé des heures et des heures…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça, je sais, ça, je sais, oui…

MURIEL PENICAUD
Avec elles, et en fait, il y a quatre sujets sur lesquels elles seront pilotes, et elles seront les pilotes. Le premier, c'est, on l'a annoncé avec Jean-Michel BLANQUER et Frédérique VIDAL, c'est le sujet de l'orientation, alors elles ne vont pas se substituer aux autres, mais elles vont coordonner les relations entre l'école et l'entreprise, parce que, aujourd'hui, moi, je le vois, j'ai visité une dizaine de CFA, les dernières semaines et on a emmené les partenaires sociaux et les régions, en Suisse, au Danemark, qu'est-ce qu'on voit ? Eh bien, c'est que la plupart du temps, les jeunes et les familles, mais comment ils peuvent savoir que près de chez eux, il y a un centre d'apprentissage numérique, il y a plein d'emplois ou un centre de boulangerie, et donc ça, il faut…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, alors, justement, vous allez développer la formation ?

MURIEL PENICAUD
Et donc, il faut.. les régions vont organiser la relation entre les entreprises et les écoles au collège, au lycée, pour que, il y ait une égalité des chances, aujourd'hui, il n'y a pas d'égalité des chances pour l'apprentissage parce que la plupart des jeunes et des familles, ils ne savent pas, cette formation, elle aboutit à combien de diplômes, combien d'emplois, on gagne combien à la sortie, c'est tout ça qu'on veut mettre en place et on le mettra en place avec les régions et les entreprises…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc une meilleure information, une meilleure orientation ?

MURIEL PENICAUD
Une meilleure information, et au choix, il ne faut pas de l'orientation subie, mais il faut que ce soit les jeunes qui choisissent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je change de sujet, le burn-out, c'est une réalité pour vous ?

MURIEL PENICAUD
Le burn-out est une réalité, j'avais en 2010 avec Henri LACHMANN, le patron de SCHNEIDER ELECTRIC et Christian LAROSE…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je me souviens…

MURIEL PENICAUD
CGT, fait un rapport sur la prévention des risques psychosociaux, qui est le mot officiel du burn-out. Ce qu'on avait vu, c'est qu'il y a beaucoup de liens entre l'organisation du travail, le management et le risque du burn-out. Le burn-out, c'est parfois des comportements, mais c'est souvent un système où l'individu n'a plus sa place, où…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le chef a toujours raison…

MURIEL PENICAUD
Non, ou pire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Entre autre…

MURIEL PENICAUD
Quand il n'y a pas de chef, les systèmes matriciels, et on est responsable, mais on ne sait pas devant qui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce, à vos yeux, une maladie professionnelle, pourquoi est-ce que ce n'est pas reconnu comme une maladie professionnelle ?

MURIEL PENICAUD
Parce que toute la communauté médicale dont l'organisation médicale de santé mondiale, l'OMS, dit que ça n'est pas une maladie professionnelle, par contre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous dites ce matin : ce n'est pas une maladie professionnelle ?

MURIEL PENICAUD
Non, par contre, ça ne veut pas dire que le burn-out ne peut pas se développer, il peut se développer dans le monde du travail, bien sûr. Mais c'est la comme la dépression, ce n'est pas une maladie professionnelle, et pourtant, il y a des personnes qui peuvent faire une dépression qui sont en entreprise. Et certains facteurs dans l'entreprise peuvent aggraver une situation. Donc ça ne veut pas dire que le burn-out n'existe pas, mais ça veut dire qu'au sens médical, ça n'est pas une maladie professionnelle. Par contre, je crois qu'on peut faire beaucoup, et je suis d'accord avec Laurent BERGER, quand il dit : la clef, c'est la prévention. Aujourd'hui en France, on a un système qui, quand c'est trop tard, compense, voilà, on a la réparation, comme on die, fin, la réparation financière, vous savez, la réparation psychologique, elle est plus importante, mais par contre, la prévention, je crois que c'est très important, et ça, on peut faire beaucoup de choses dans l'entreprise, dans l'entreprise comme dans le monde public, parce que c'est dans le secteur public aussi, ce n'est pas à lier au secteur privé ou au secteur public, c‘est dans tous les milieux de travail, c'est aussi hors travail, c'est aussi dans les médias, enfin, il y en a partout, donc je crois que toutes les démarches de prévention, c‘est le plus important…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne comprends pas, franchement, je ne comprends pas pourquoi on ne reconnaît pas le burn-out comme maladie professionnelle. Franchement, je…

MURIEL PENICAUD
Une maladie professionnelle, ça voudrait dire quelque chose qui n'existe que dans le monde professionnel et qui est lié 100 % au monde professionnel, c'est comme si vous disiez la dépression est une maladie professionnelle. C'est la même chose.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Muriel PENICAUD, lorsqu'on porte un voile, il est parfois difficile de trouver du boulot, de trouver du travail. Discrimination ?

MURIEL PENICAUD
Alors sur ce sujet-là, la loi est très claire pour l'entreprise comme pour tous les secteurs. Il ne peut pas y avoir de discrimination à l'embauche quel que soit le motif. Aujourd'hui, il y a de la discrimination syndicale parfois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça existe, oui.

MURIEL PENICAUD
Il y a de la discrimination ethnique, il y a de la discrimination au nom. Tout ça, ce qui remonte à l'Inspection du travail et au Défenseur des droits le montre. C'est d'ailleurs pour ça qu'on va mettre en place les emplois francs pour aider les jeunes des quartiers, la ville prioritaire à avoir un avantage compétitif par rapport aux autres parce qu'aujourd'hui on constate qu'effectivement ils ont deux moins de chance à même qualification d'avoir un emploi. La discrimination existe. Elle est illégale et donc la discrimination à l'embauche là doit être combattue. Après, dans l'entreprise il faut un dialogue pour savoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'abord, il y a un règlement intérieur dans certaines entreprises.

MURIEL PENICAUD
Le but, c'est que le règlement intérieur définisse les modalités. Mais la discrimination à l'embauche, non. Ça, c'est illégal et ce sera combattu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais elle existe la discrimination.

MURIEL PENICAUD
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Lorsqu'une jeune femme porte un voile et se rend à un entretien d'embauche par exemple…

MURIEL PENICAUD
Et qu'elle habite tel quartier et qu'elle a telle adresse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qu'elle habite tel quartier, il y a une discrimination. Ça peut arriver.

MURIEL PENICAUD
Et donc ça, c'est interdit par la loi. Et donc ce qui est intéressant, c'est aussi – évidemment, on sanctionne quand c'est flagrant - mais le plus intéressant, c'est de prévenir ça. Et pour ça, je vois qu'il y a beaucoup de préjugés sur les jeunes des quartiers, jeunes femmes voilées ou jeunes garçons. Et donc ce que font par exemple Mozaïk RH, Nos quartiers ont du talent, on travaille avec tous les secteurs associatifs et on va le travailler dans les emplois francs ou, au contraire, donner une chance de plus à ces jeunes qui ont autant de valeur que les autres, qui ont autant à apporter aux entreprises et à la société. Et pour ça, il faut qu'ils puissent avoir la chance de réussir. C'est un peu, vous savez, c'est pareil avec le sujet des migrants. Cette semaine, j'étais aux Compagnons du Devoir et puis avec l'AFPA sur la construction de la ligne 14 en couverture. Des migrants, il y avait des Afghans, il y avait des Erythréens, il y avait des Soudanais mais là, on est en train de leur permettre sur des métiers on ne trouve pas les compétences, de se former, de trouver un emploi, de s'insérer. Vous auriez vu la fierté qu'ils ont. Mais ils vont donner à la France, ils vont aussi contribuer, donc il ne faut pas faire de ségrégation. Moi, je crois que, en tout cas, la discrimination à l'embauche je la combattrai, nous la combattrons à la fois par la sanction mais aussi par la prévention en aidant plus ces jeunes que les autres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Muriel PENICAUD.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 février 2018

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