Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à France-Info le 14 février 2018, sur la réforme du baccalauréat et l'accès à l'université. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à France-Info le 14 février 2018, sur la réforme du baccalauréat et l'accès à l'université.

Personnalité, fonction : VIDAL Frédérique, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation;

ti :

BRUCE TOUSSAINT
L'invitée politique de France Info ce matin est Frédérique VIDAL, ministre de l'Enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Frédérique VIDAL.

FREDERIQUE VIDAL
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
La réforme du baccalauréat est présentée aujourd'hui en Conseil des ministres, alors, si on l'a bien compris, l'objectif, c'est de faire davantage de contrôles continus, moins d'épreuves écrites. Certains enseignants déplorent cette réforme en disant : eh bien, le contrôle continu, ça va entraîner une inégalité dans le baccalauréat, et je vous propose d'écouter une enseignante qui dit, elle, autre chose, elle dit : le grand oral nous amènera à nous interroger surtout ou à nous fixer surtout sur des questions de comportements, d'attitudes, et ce n'est pas terrible pour le baccalauréat. On l'écoute.

CLAIRE GUEVILLE, RESPONSABLE DES QUESTIONS LYSEES SNES FSU (EXTRAIT DU JT DE FRANCE 2 HIER SOIR
Le risque, c'est que ça devienne une sorte d'évaluation, j'allais dire, eh bien, de tout ce qui n'est pas de l'ordre du scolaire, c‘est-à-dire du comportement, de la façon de se présenter.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà, c'est une enseignante du SNES, que le journal de 20h de France 2 avait interrogée hier soir. C'est vrai que l'égalité d'avant va un peu disparaître au profit d'une subjectivité plus grande ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, je crois que ça va être surtout beaucoup plus d'équité, puisque…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah, vous croyez ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui, oui, j'en suis persuadée parce que…

JEAN-MICHEL APHATIE
D'équité ? Parce que ça n'est pas équitable aujourd'hui ?

FREDERIQUE VIDAL
Ce qui est vraiment essentiel, je crois, c'est que, comme ce qui se passe dans le supérieur, c'est que, on refasse de l'enseignement un véritable moteur de l'ascenseur social. Et donc il faut qu'on soit en capacité de faire travailler les élèves, évidemment, non seulement sur les fondamentaux, mais…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais on le faisait déjà !

FREDERIQUE VIDAL
Absolument.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et les épreuves sanctionnaient ce travail…

FREDERIQUE VIDAL
Mais aussi dans le cadre de cet oral, puisque c'est cet oral qui était interrogé, je pense que c'est très important qu'on accompagne l'ensemble des élèves pour leur permettre de s'exprimer, de prendre la parole en public, c'est quelque chose qui est très important dans le monde d'aujourd'hui…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et est-ce que vous convenez que le contrôle continu, là, qui dépend de l'enseignement reçu dans chaque lycée, n'étant pas le même d'un lycée à un autre, il y a des formes d'inégalités, le baccalauréat n'aura plus tout à fait la même valeur, pas la valeur égalitaire qu'il a aujourd'hui en tout cas ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, en fait, là, on est sur une présentation qui va être faite aujourd'hui en Conseil des ministres, et je sais que Jean-Michel BLANQUER a travaillé justement sur ce sujet, c'est-à-dire comment faire en sorte que, justement, ce contrôle continu soit le plus général possible. Donc il y avait plusieurs pistes qui étaient évoquées, et il nous dira tout à l'heure celles qui ont été retenues…

BRUCE TOUSSAINT
Ça dénature un peu l'ADN du bac !

FREDERIQUE VIDAL
Non, je pense que le baccalauréat, il faut bien le voir et le replacer dans ce qu'il est, c'est-à-dire une étape et non pas une barrière ou un but en soi, et on a beaucoup parlé, depuis des années, du continuum entre le lycée et la licence, du bac - 3 vers le bac + 3, et je crois que ce qui est important, c'est que le baccalauréat effectivement soit reconnu comme le premier diplôme de l'Enseignement supérieur…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est le cas aujourd'hui…

FREDERIQUE VIDAL
C'est le cas. Et que donc il prépare vraiment à cet enseignement supérieur…

JEAN-MICHEL APHATIE
On ne comprend pas bien, là, c'est une question de gros sous, c'est pour ça qu'on le réforme ? Ça coûtera moins cher de le faire ?

FREDERIQUE VIDAL
Je ne suis même pas persuadée que ça coûtera moins cher, en tout cas, le point d'entrée n'a certainement pas été celui-là. Le point d'entrée a été de savoir comment est-ce que, on accompagnait mieux les élèves vers cette étape, qui est le baccalauréat.

BRUCE TOUSSAINT
C'est devenu un cliché de dire le bac ne vaut plus rien, on le donne à tout le monde, etc. Est-ce qu'il sera, d'une certaine façon, réévalué, pour ensuite… revalorisé ?

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est-à-dire, qu'il y ait moins de gens qui l'aient, c'est ça que vous voulez dire, Bruce ?

BRUCE TOUSSAINT
Est-ce que le bac…

JEAN-MICHEL APHATIE
Sera plus sélectif ?

BRUCE TOUSSAINT
Oui, d'une certaine façon.

FREDERIQUE VIDAL
Non, vraiment, une fois de plus, ce n'est vraiment pas l'idée. L'idée, c'est qu'on soit en capacité d'accompagner les jeunes vers ce diplôme qui est à la fois un diplôme qui a une très forte valeur symbolique, dès qu'on parle du bac, effectivement, on touche à quelque chose qui est un symbole extrêmement fort, c'est comme un rite de passage vers l'âge adulte, finalement, et donc ça, c'est effectivement très important. C'est pour ça que, il y a des épreuves qui restent, des épreuves écrites, c'est pour ça qu'il y a cette idée aussi d'oral, qu'il y a aussi cette forme de symbole qui est fort. Mais l'objectif, une fois de plus, c'est que, on a beaucoup travaillé la massification, et c'est très important, parce que, plus le niveau d'études s'accroît, plus les pays vont bien, et ça, je pense que c'est largement démontré, il faut qu'on travaille maintenant à la démocratisation, et c'est un autre sujet.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bon, donc, on verra le détail puisque la présentation en Conseil des ministres sera suivie par les explications du ministre de l'Education, Jean-Michel BLANQUER. De votre côté, vous, vous défendez un projet de loi réformant l'Enseignement supérieur ou du moins, l'entrée des lycéens dans le système universitaire. Le texte, il est presque voté maintenant par le Parlement, puisque, hier, sénateurs et députés se sont entendus sur une version définitive, c'est un texte qui suscite beaucoup de scepticisme, beaucoup d'inquiétude, d'abord, ça n'est pas une surprise, mais ils sont intéressants à écouter, de la part de vos opposants.

ERIC COQUEREL, DANS L'HEMYCICLE
Une fois que vous aurez fait vos dix choix, si au bout d'un moment les dix choix sont récusés, eh bien, on se retrouvera avec des bacheliers qui, en réalité, n'auront pas de place dans les établissements, c'est à ça que ça conclut.

BENOIT HAMON, DOC FRANCE INTER
Les pré-requis, c'est de la sélection, ça existait déjà, mais c'est de la sélection à l'entrée de l'université désormais. La question, c'est : aujourd'hui, décourage-t-on des étudiants ou tout cas des lycéens et des bacheliers de rentrer à l'université ? Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà. Décourage-t-on des bacheliers de rentrer à l'université, c'est ce que craint Benoît HAMON, et cette crainte est aussi celle de lycéens, que l'on écoute.

ETUDIANT A POITIERS, FRANCE 3 NOUVELLE-AQUITAINE
En bac L, ne pourront plus faire par exemple psychologie par exemple, donc c'est des attendus, ça va être dans les filières, tout ce qui est considéré comme scientifique, on va demander à ce qu'ils sortent précisément d'un bac scientifique et pas d'un autre bac, c'est aussi la fin du bac comme diplôme national d'entrée à l'université, comme un vrai passeport d'entrée à l'université.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voyez, beaucoup de gens lisent votre réforme comme une réforme qui va entraîner de la sélection.

FREDERIQUE VIDAL
Alors je pense que, effectivement, ça veut dire qu'on a encore un grand travail de pédagogie à faire, puisque sur chacune de ces trois allégations, évidemment, je n'en porte aucune, et je ne suis d'accord avec aucune d'entre elles, d'abord, nous avons mis en place une commission, c'est-à-dire que cette année, contrairement à ce qui se passait les années précédentes, lorsque un lycéen n'aura aucune proposition à accepter, par exemple s'il fait uniquement des voeux dans des filières sélectives, une commission rectorale, qui regroupera l'ensemble des chefs d'établissement, prendra contact avec ce lycéen et lui fera des propositions, ça, c'est la première chose…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, pour trouver autre chose, mais si aucun de ses voeux n'est accepté, ça veut dire qu'il a été sélectionné négativement ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui, mais enfin, plus de 50 % des formations sélectionnent aujourd'hui. Donc quand vous avez – et c'est le cas de très nombreux lycéens – des lycéens qui ne demandent que des BTS ou des IUT, il faut aussi qu'on les accompagne et qu'on soit en capacité de leur proposer à la limite d'autres BTS ou d'autres IUT, parce que, on a encore à ce sujet de l'information, de l'orientation correcte, on a 13.000 formations qui sont inscrites sur la plateforme, c'est d'énorme, 13.000 formations, et il faut les aider dans cette jungle.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous dites chaque lycéen trouvera sa place à l'université, mais est-ce qu'il trouvera la place qu'il souhaite…

FREDERIQUE VIDAL
Je dis chaque lycéen trouvera sa place dans l'Enseignement supérieur...

JEAN-MICHEL APHATIE
Supérieur, voilà, mais est-ce que c'est…

FREDERIQUE VIDAL
Ça, c'est déjà…

JEAN-MICHEL APHATIE
… Qu'il souhaite, qu'il demande, on essaiera de creuser la conversation…

FREDERIQUE VIDAL
D'accord. Sur le sujet…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, non, excusez-moi, on essaiera de creuser la conversation…

BRUCE TOUSSAINT
Dans une minute, si vous voulez bien. Merci beaucoup, vous restez avec nous, Frédérique VIDAL. 8h40, l'essentiel de l'info.

///

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc vous répondiez aux critiques de ces opposants à votre réforme ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, en fait je rétablie simplement la vérité. En ce qui concerne les attendus et les prérequis, là encore, c'est de l'information qu'on donne aux lycéens. Vous savez, quand vous êtes en bas d'un amphi de première année et que semaines après semaines vous voyez les étudiants disparaître, et que quand vous leur dites « mais pourquoi est-ce que vous ne venez plus en cours ? », ils vous répondent « parce que ce n'est pas du tout ce que je pensais, parce que je ne savais pas qu'on attendait ça de moi », moi je pense que c'est important de les prévenir avant. Mais il faut bien comprendre que, contrairement à ce que disait le lycéen dans la dernière partie de l'interview, et c'est vraiment très important de le redire à tout le monde, on pourra parfaitement aller faire de la psycho avec un bac L, ou décider de faire une filière scientifique avec un bac qui n'est pas un bas scientifique. Simplement, on sera prévenu que, comme on a probablement un certain nombre de choses à rattraper…

JEAN-MICHEL APHATIE
On a un déficit.

FREDERIQUE VIDAL
Eh bien, l'université offrira ça. Donc on sera bien inscrit dans la licence de son choix, mais simplement l'université mettra en place ces cours de rattrapage, de méthodologie, pour aider à réussir.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et si l'étudiant ne les suit pas, ces cours de rattrapage, de méthodologie, qu'est-ce qu'on lui dit ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, il y a une forme d'obligation puisque le parcours personnalisé est un parcours qui va être prescrit par l'établissement, et ce que dit la loi c'est que, si l'étudiant refuse cette prescription, il n'est pas inscrit.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah, il n'est pas inscrit, donc…

FREDERIQUE VIDAL
Mais c'est une forme d'accompagnement vers la réussite. Moi ce que je souhaite c'est que les étudiants qui arrivent dans l'enseignement supérieur, y restent et en sortent diplômés, ce que je ne souhaite pas c'est une carte d'étudiant pour tout le monde et je ne m'occupe plus des étudiants ensuite, c'est une carte d'étudiant pour tout le monde, et on amène les étudiants vers la réussite.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors, le mot de « sélection » fait peur dans ce débat sur l'université, ça fait 30 ans qu'il fait peur, tout le monde le sait, on a déjà vécu ça avant dans d'autres vies. On a noté qu'un sénateur, le sénateur Les Républicains Jacques GROSPERRIN, a déposé la semaine dernière – c'est un peu technique, mais on va essayer de décrypter tout cela simplement – la semaine dernière au Sénat un amendement où il dit « en plus de toutes les conditions, les prérequis, etc., il faut que les responsables des universités puissent connaître les débouchés professionnels pour savoir combien d'étudiants ils peuvent accueillir. » Donc, on voit bien là que l'idée de sélection par le biais de l'amendement du sénateur GROSPERRIN a fait son chemin, et un amendement qui a été en partie accepté par la commission mixte paritaire hier, c'est vraiment technique, je m'en excuse, qui entre députés et sénateurs a finalisé le texte qui sera voté définitivement demain au Parlement. Et on écoute le sénateur GROSPERRIN, après cette commission mixte, lui le mot de « sélection » il l'assume, et il le revendique.

JACQUES GROSPERRIN, SENATEUR LR DU DOUBS
Il me semble fondamental que les étudiants le comprennent, d'ailleurs je crois qu'ils l'ont très bien compris, qu'il y ait une forme de sélection qui existe pour entrer à l'université, parce qu'il ne faut surtout pas les envoyer dans des filières où ils sont voués à l'échec.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc le but, tout le monde le partage, on n'envoie pas les gens à l'échec, mais le moyen pour éviter ça c'est la sélection.

FREDERIQUE VIDAL
Non, ce qui existe actuellement c'est la sélection par l'échec.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est lui qui le dit !

FREDERIQUE VIDAL
On a eu ce débat notamment dans l'enceinte du Sénat…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc, si on ne veut plus d'échec, il faut sélectionner.

FREDERIQUE VIDAL
Ce qui existe actuellement c'est la sélection par l'échec, ce que l'on met en place c'est les moyens d'accompagner les étudiants vers la réussite.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un peu du marketing dit comme ça.

FREDERIQUE VIDAL
Non, pour moi l'important ce n'est pas qu'on s'attache et on s'accroche sur un mot, l'important c'est vraiment la philosophie de ce texte. Lorsque l'on a dans le projet de loi de Finances comme objectif d'amener 30 % d'une classe d'âge diplômée de licence, alors qu'ils sont inscrits dans une licence, c'est-à-dire qu'on affirme, dans le projet de loi de Finances, depuis des années, que ça n'a aucune importance que 70 % des étudiants qui s'inscrivent à l'université n'obtiennent pas de licence, moi c'est quelque chose qui me dérange, et c'est contre ça que je travaille. Après, que les gens appellent ça comme ils veulent, j'allais dire ce n''est pas mon sujet. L'insertion professionnelle est une mission des universités, mais c'est loin d'être la seule. Les universités elles ont quatre missions principales : produire de la connaissance, transmettre de la connaissance, assurer l'insertion professionnelle des étudiants, et assurer la diffusion de la culture scientifique et technique.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc on…

FREDERIQUE VIDAL
Et donc l'insertion professionnelle est une de ces quatre choses, c'est pourquoi c'est ce que j'avais indiqué lors des débats parlementaires, c'est évidemment une mission, c'est important que ce soit pris en compte, c'est loin d'être la seule.

JEAN-MICHEL APHATIE
Quelques questions rapides, puisque vous êtes technicienne, vous pourrez nous répondre j'espère. Il y aura combien d'étudiants à la rentrée prochaine en France, et combien de places pour faire face à cet afflux d'étudiants ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors ça aussi c'est une question qui est très intéressante. On attend un peu plus de 650.000 bacheliers, aujourd'hui il reste plus de 130.000 places dans l'enseignement supérieur, néanmoins, comme ces places ne sont pas forcément dans les filières qui intéressent les étudiants, on en rajoute 22.000 à la rentrée prochaine.

JEAN-MICHEL APHATIE
22.000, et vous espérez, à partir de là, satisfaire toutes les demandes ?

FREDERIQUE VIDAL
On sera largement au-dessus de la demande. Maintenant, ce qu'il faut travailler c'est l'adéquation entre les souhaits des étudiants et les lieux où sont situées les places.

JEAN-MICHEL APHATIE
Un plan de départs volontaires a été annoncé dans la fonction publique, est-ce que les universités vont souffrir de ce plan de départs volontaires ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, c'est très particulier les universités, puisque depuis l'autonomie, en fait, il y a délégation de la masse salariale, et toute la politique de ressources humaines est faite dans chaque université par les conseils d'administrations et les présidents.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais il y a beaucoup de fonctionnaires dans les universités.

FREDERIQUE VIDAL
Oui, mais ce sont des fonctionnaires, si je puis dire, dont la gestion est déléguée aux établissements.

JEAN-MICHEL APHATIE
Qui ne seront pas concernés par ce plan ?

FREDERIQUE VIDAL
Qui, de toutes les façons…

JEAN-MICHEL APHATIE
On le sait, on ne le sait pas ?

FREDERIQUE VIDAL
Ça existe déjà.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, mais le plan de départs volontaires ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui, mais le plan, c'est ce que je vous dis, dans le monde universitaire, que ce soit les enseignants-chercheurs, ou les chercheurs, il y a très souvent des va-et-vient entre le monde académique et le monde non-académique, et donc je pense que ça ne changera pas forcément grand-chose, c'est dans tous les cas volontaire…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais il n'y a pas que des chercheurs dans les universités, il y a beaucoup de métiers…

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, vous avez raison, tous les personnels administratifs ont aussi des possibilités de mobilité.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais ce n'est pas la mobilité…

FREDERIQUE VIDAL
La mobilité, pour sortir de la fonction publique, en mode de départ volontaire, c'est quelque chose qui a toujours existé au sein des universités.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, mais là on nous annonce un plan pour en faire plus, donc la question que je vous posais, mais peut-être que je n'aurai pas la réponse…

FREDERIQUE VIDAL
Non, on est toujours sur du départ volontaire, et, comme je vous le dis, ce sont des choses qui existent déjà…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non…

FREDERIQUE VIDAL
Dans les labos et les établissements.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, non, on n'y est pas toujours, là on va y être spécialement puisqu'on nous l'a annoncé. Est-ce qu'on va faire un effort supplémentaire pour qu'il y ait moins de gens qui travaillent dans les universités, parce que les universités ont des finances qui ne sont pas toujours en bon état, tout le monde le sait ?

FREDERIQUE VIDAL
Je ne pense pas que la problématique des universités soit d'avoir trop de personnel.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais la problématique des universités c'est d'avoir des finances saines.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc il peut y avoir une contradiction entre les deux.

FREDERIQUE VIDAL
Mais ça c'est le rôle des présidents, le rôle du Conseil d'administration, c'est comme ça depuis la loi sur l'autonomie.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc on attendra que les ministres concernés précisent leur plan pour avoir une réponse. Vous êtes un peu ministre de la jeunesse, d'une certaine manière.

FREDERIQUE VIDAL
Alors, ce n'est pas moi qui ai la compétence jeunesse, mais bien sûr, sur ce sujet, c'est essentiel que, comme sur beaucoup d'autres d'ailleurs, on travaille ensemble avec Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous devez avoir un oeil attentif sur le service civique volontaire, la ministre de la Défense a dit la semaine dernière que ce service ne serait pas obligatoire, puis elle a complété plus tard en disant qu'il ne serait pas non plus facultatif. Moi, personnellement, j'adore, et hier soir Christophe CASTANER à « C à vous » était à peu près aussi clair que la ministre de la Défense.

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a la volonté que ce soit obligatoire, mais qu'on prenne en compte des situations individuelles. Il ne s'agit pas d'une obligation militaire, il s'agit d'un service national de citoyenneté. Ça doit garder son caractère obligatoire, mais vous voyez bien qu'aujourd'hui on n'est pas sur le texte de loi…

ANNE-ELISABETH LEMOINE
Obligatoire, enfin systématique en fait, mais pas obligatoire.

CHRISTOPHE CASTANER
Pour tous, mais moi je rêve d'une société où servir pendant 1 mois l'intérêt collectif ne soit pas une obligation.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors, on s'amuse, parce que finalement on ne comprend rien. Obligatoire ou facultatif, est-ce que vous avez une opinion Frédérique VIDAL ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors ce n'est pas une opinion que j'aie. Je crois que ce qui est en train de se préparer c'est en réflexion et on en saura plus fin avril. On n'a pas les solutions toutes faites et on ne les dévoile pas au fur et à mesure, on y réfléchit, on les fait avancer, on les fait évoluer. L'objectif, et là encore il faut le rappeler, qu'est-ce que c'est ? C'est qu'on soit en capacité de recréer ce qui existait au moment du service militaire, c'est-à-dire la possibilité, pendant un temps défini, d'avoir, ensemble, des gens qui probablement auraient pu ne jamais se rencontrer dans leur vie, de manière à ce que l'on crée de la cohésion.

JEAN-MICHEL APHATIE
Obligatoire ou facultatif ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, obligatoire, mais par contre pas forcément…

BRUCE TOUSSAINT
C'est ce qu'a dit le président hier soir devant des journalistes, et il a dit obligatoire, et de 3 à 6 mois.

FREDERIQUE VIDAL
Obligatoire, c'est très clair, pas forcément militaire, et je pense que…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah, obligatoire c'est très clair ? D'accord !

FREDERIQUE VIDAL
Obligatoire c'est très clair, oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Parce que même CASTANER il ne savait pas quoi !

FREDERIQUE VIDAL
C'est toujours pareil, c'est comme sur…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais si le président a dit que c'est obligatoire…

BRUCE TOUSSAINT
Et 3 à 6 mois.

FREDERIQUE VIDAL
La question c'est est-ce qu'on joue sur les mots ? Voilà, obligatoire, ça veut dire qu'effectivement une classe d'âge, dans son ensemble, va avoir ce service national universel. Le service militaire, pour vous il était obligatoire ou il n'était pas obligatoire ? Il y avait pourtant des gens qui en étaient dispensés, et je pense…

JEAN-MICHEL APHATIE
Moi je l'ai fait obligatoirement.

FREDERIQUE VIDAL
Voilà, mais il ne faut pas qu'on joue sur les mots. Effectivement, il y aura des cas particuliers, il y aura des aménagements…

JEAN-MICHEL APHATIE
S'il n'en s'était tenu qu'à moi je ne l'aurais pas fait.

FREDERIQUE VIDAL
Ça pourra être militaire ou ça pourra être civil, voilà, je crois que c'est tout ce qui est en débat, et la réponse ce sera fin avril.

(…)

BRUCE TOUSSAINT
Frédérique VIDAL, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, est l'invitée de Franceinfo. Un tout dernier mot sur le service obligatoire. Je me disais que trois à six mois, ça ne va pas être pratique pour vos étudiants. Ils vont rater quelques partiels le temps d'aller faire le service.

FREDERIQUE VIDAL
Une fois de plus ce qu'il faut bien comprendre, c'est que la forme n'est pas définie.

BRUCE TOUSSAINT
Ils pourront donc peut-être faire les deux.

FREDERIQUE VIDAL
On pourra probablement valoriser une forme d'engagement. Une fois de plus, la discussion est en cours. On en saura plus et les choses seront fixées fin avril. On y travaille au niveau de l'éducation, au niveau de l'enseignement supérieur, au niveau des armées. Une fois de plus, rappelons l'objectif. L'objectif, c'est qu'il faut que nous soyons en capacité d'avoir cette forme de cohésion sociale qui se produise dans notre jeunesse.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est une vérité de l'action publique. Ce qui paraît simple à énoncer, le candidat MACRON a dit un mois de service national obligatoire, est extrêmement difficile à réaliser. On le comprend en vous écoutant et on comprend que le débat n'est pas encore tranché.

FREDERIQUE VIDAL

Non. C'est normal puisqu'on a dit qu'on aurait une position à partir de fin avril.
JEAN-MICHEL APHATIE
Deux élections législatives partielles se sont déroulées il y a dix jours maintenant. Toutes les deux ont vu la défaite du candidat La République en marche. Certains ont dit que les Français sont mécontents que le pouvoir d'achat notamment ne se traduise pas - c'était une des promesses du candidat MACRON – dans les fiches de paie. Les retraités notamment font partie des mécontents parce que la hausse de la CSG aurait pu les fâcher. Quand il entend cela, Bruno BONNELL qui est chef d'entreprise, député La République en marche du Rhône, se met un peu en colère. On écoute Bruno BONNELL, c'était aux Grandes Gueules de RMC au début de la semaine.

BRUNO BONNELL, DEPUTE LA REPUBLIQUE EN MARCHE – DOCUMENT NUMERO 23
On entend que ça, le pouvoir d'achat, comme si la vie se résumait au pouvoir d'acheter. En France, les gens sont soignés. En France, les gens peuvent aller à l'école. En France, vous avez des pas de trous sur la route. Attendez, je voudrais finir mon point ! C'est si vous vous contentez de regarder uniquement les – vous avez dit trois cents qui sont une caricature – mais l'argent qu'il y a dans la poche des gens et dire : « Vous vous définissez par rapport à ce pouvoir d'achat et par ce pouvoir d'acheter », vous oubliez quelque chose d'autre qui est la qualité de la vie.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pouvoir d'achat ou qualité de vie, qu'est-ce que vous pensez du propos de Bruno BONNELL ? Est-ce que vous ressentez les choses comme lui ou pas du tout ?

FREDERIQUE VIDAL
Je pense qu'on est dans une période où les gens ont souhaité qu'il y ait un changement à la tête de l'Etat. Les gens ont souhaité que le pays soit gouverné différemment. Les gens souhaitent que les choses changent, que le pays se transforme, que le pays se répare. Je crois que c'est ça le mandat qui nous a été donné.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le pouvoir d'achat, il y a un problème ou pas ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, il n'y a pas de problème. Une fois de plus, le pouvoir d'achat c'est important parce que ce qu'on a dans sa poche selon ce qu'on a et la quantité de ce qu'on a, ça a une importance plus ou moins grande si je puis dire. Le pouvoir d'achat va être, a été augmenté au mois de janvier, sera encore augmenté au mois d'octobre. Il y aura un plein effet sur l'année 2019 des différentes mesures qui ont été mises en place. Ça, c'est un sujet qui effectivement intéresse les Français.

BRUCE TOUSSAINT
Le pouvoir d'achat augmente ? Le pouvoir d'achat augmente c'est ce que vous nous dites ce matin.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument. Sur l'ensemble des mesures qui ont été prises, un certain nombre de personnes ont déjà vu cet effet d'augmentation du pouvoir d'achat. D'autres verront cet effet augmenter ou le verront apparaître augmenter au mois d'octobre, d'autres en 2019 lorsque…

BRUCE TOUSSAINT
L'augmentation de salaire, ce n'est pas forcément l'augmentation du pouvoir d'achat. Ce n'est pas forcément aussi automatique.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument mais je crois qu'au-delà de ce qui est mis en place, lorsqu'on aide les gens à avoir des voitures moins polluantes, lorsqu'on met en place des choses qui vont permettre d'améliorer la qualité énergétique des logements, on participe au pouvoir d'achat. Mais ce que je voudrais dire pour conclure, c'est qu'évidemment la qualité de la vie c'est très important. Et la qualité de la vie, c'est aussi la capacité de se projeter dans l'avenir avec optimisme et je crois que c'est ça qui est très important et qu'il faut que notre pays retrouve.

JEAN-MICHEL APHATIE
Votre collègue Nicolas HULOT est dans la tourmente depuis la publication de l'article de l'Ebdo. Il est l'objet d'une plainte pour violences sexuelles. Vous n'étiez pas au courant de cette plainte ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, bien sûr.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous voudriez en savoir plus ? Quand on accuse quelqu'un même si les faits sont prescrits, quelqu'un qui a une fonction politique importante, on parle souvent de devoir d'exemplarité. Les faits sont prescrits ; il est légitime ou pas de demander ce qui s'est passé ? Qu'est-ce que vous en pensez ?

FREDERIQUE VIDAL
Je crois que Nicolas HULOT s'est exprimé et l'a dit lui-même. Les faits sont prescrits, ça c'est un compte, mais pour lui ça n'était pas le plus important. Ce qui était le plus important, c'était effectivement, et je crois qu'il aurait aimé le faire, de pouvoir démontrer en tout cas qu'il n'y avait pas de culpabilité de sa part.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce qu'on a besoin de savoir plus de choses ou pas ?

FREDERIQUE VIDAL
Je crois que ce qui va être prévu dans la loi qui est en préparation, c'est effectivement que le délai de prescription soit allongé.

JEAN-MICHEL APHATIE
Là pour un dirigeant politique, est-ce qu'il faut éclaircir les situations ? Est-ce qu'on peut vivre comme ça ? L'action publique est difficile ?

FREDERIQUE VIDAL
D'abord, lorsqu'un jugement a été rendu, il faut respecter le jugement qui a été rendu.

JEAN-MICHEL APHATIE
Prescription donc pas de jugement. Il n'y a pas eu de jugement, il y a prescription.

FREDERIQUE VIDAL
Même si effectivement le tribunal de grande instance a effectivement indiqué que les faits étaient prescrits. Je crois probablement que Nicolas HULOT aurait préféré pouvoir s'expliquer et pouvoir se défendre. Vous savez, c'est très compliqué parce qu'on ne sait pas qui sont les victimes. Ce qui est important, c'est que chaque victime puisse avoir une écoute dans le cadre de quelque chose qui soit pris en charge par la justice et pas par les médias.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Frédérique VIDAL. Bonne journée à vous.

FREDERIQUE VIDAL
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 février 2018

Rechercher