Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes à France-Info le 20 février 2018, sur le harcèlement sexuel et les plaintes pour viol. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes à France-Info le 20 février 2018, sur le harcèlement sexuel et les plaintes pour viol.

Personnalité, fonction : SCHIAPPA Marlène, ACHILLI Jean-François .

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes;

ti :


JEROME CADET
Notre invitée, Marlène SCHIAPPA, bonjour.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

JEROME CADET
Secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes-hommes. Bonjour Jean-François ACHILLI.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Bonjour Jérôme CADET.

JEROME CADET
On commence avec Laurent WAUQUIEZ, les enregistrements de Laurent WAUQUIEZ, épisode 2.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui, saison 2, « Quotidien » sur TMC en avait gardé sous le coude, suite donc hier de cet enregistrement, à son insu, il faut le préciser, du président des Républicains vendredi dernier devant les étudiants de l'école de commerce EM de Lyon. Tendez bien l'oreille, Marlène SCHIAPPA, Laurent WAUQUIEZ a eu ces mots doux à l'égard des députés d'En Marche.

LAURENT WAUQUIEZ
L'équilibre des pouvoirs, ça, ça fait vraiment partie d'une illusion ! Vous croyez qu'un parlementaire a le moindre pouvoir aujourd'hui ? Vous avez vu les guignols d'En Marche ? Ils sont tous avec le petit doigt sur la couture, ils doivent tous voter la même chose, quand ils osent apporter la moindre dissonance ils se font taper dessus avec une matraque. Il n'y a aucun équilibre des pouvoirs en France. Donc il y a une dictature totale en France ! L'alignement entre l'exécutif et le législatif c'est une vaste foutaise !

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous êtes une guignol Marlène SCHIAPPA ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, moi sur ces propos, il y a deux choses qui m'interpellent, la forme et le fond. Sur la forme. Moi, comme Laurent WAUQUIEZ, en tant qu'élue locale il m'est arrivé de faire des interventions, que ce soit en école primaire ou à l'ENA, au demeurant moi j'étais bénévole, mais apparemment ce n'est pas le cas de tout le monde. Quand j'ai fait ces interventions, je les ai toujours préparées en me demandant quel message je voulais transmettre aux étudiants, aux jeunes, aux enfants. Là, moi la question que je me pose, c'est quel message Laurent WAUQUIEZ a-t-il voulu transmettre ? Qu'est-ce qu'il s'est dit en allant donner son cours, quelle vision de la politique il a voulu transmettre à ces jeunes ? Parce que là, tout ce qu'on voit, c'est de l'aigreur, de la haine, de la rancoeur, je trouve que c'est extraordinairement, au-delà de cynique, négatif, il y a quand même beaucoup, aussi, de méchanceté.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Quand il dit dictature totale dans ce pays, sans aucun contrepouvoir, ce sont des mots qui vont rester sans suite, selon vous ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, on va voir, moi je trouve que ce sont des mots très forts. Je pense que c'est grave. Ce sont des mots qu'on n'accepte pas de la part d'une candidate à une émission de télé-crochet sur TF1, je ne vois pas pourquoi on accepterait ces mots d'un président d'un parti qui est censé être un grand parti d'opposition. Et moi je pense que Les Républicains, les militants des Républicains eux-mêmes, qui sans doute, pour la plus grande partie, ne se reconnaissent pas dans ces propos, vont réagir.

JEROME CADET
Vous faites un parallèle avec l'affaire Mennel, la candidate de « The Voice », qui a renoncé finalement, là, la critique de Laurent WAUQUIEZ c'est de dire que les députés de la République En Marche ils n'ont pas leur mot à dire lorsqu'ils sont à l'Assemblée nationale. Sur le fond de cette accusation ?

MARLENE SCHIAPPA
Sur le fond c'est évidemment totalement faux. Je crois que Gilles LEGENDRE, qui est un député de Paris, a invité Laurent WAUQUIEZ à venir suivre les députés de la République En Marche. Il y a un groupe parlementaire qui est très uni, qui renouvelle la vie politique, qui vient d'être élu, là, il y a quelques mois, donc évidemment, est uni autour d'un programme. Les députés n'ont pas à s'excuser d'être cohérents et d'appliquer le programme pour lequel ils ont fait campagne.

JEROME CADET
L'expression consacrée ces députés godillots, c'est comme ça qu'on dit Jean-François ACHILLI, à peu près depuis le début de la Ve République…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est une autre formulation là !

JEROME CADET
Ce n'est pas une accusation nouvelle qui est portée là, Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Non, en soi, pourquoi pas, mais ça se débat, c'est le débat public, mais moi ce qui me choque c'est vraiment le mot de dictature. Je ne vois pas comment on peut traiter son propre pays de dictature, et je trouve qu'y compris en termes de diplomatie il y a un certain nombre de propos qui sont choquants, sur Angela MERKEL, sur Justin TRUDEAU, pardon, mais les propos tenus sur Justin TRUDEAU sont profondément choquants, et traiter son propre pays de dictature c'est scandaleux.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Et sur Alain JUPPE qui a cramé la caisse à Bordeaux aussi.

MARLENE SCHIAPPA
Mais tout ce vocabulaire est indigne.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Je vous propose d'écouter ce qu'a dit Gilles PLATRET, c'est l'un des porte-paroles des Républicains, il était en point presse hier, il est monté au créneau pour essayer de prendre la défense de son président. On l'écoute.

GILLES PLATRET, PORTE-PAROLE DES REPUBLICAINS
On a coupé, recollé, expurgé, pour avoir finalement des bouts de phrases, dont vous savez très bien, les uns et les autres, qu'elles ont été complètement coupées de leur contexte. Est-ce que ça c'est du journalisme ? Non. Ça c'est éventuellement un exercice au niveau CAP d'ajusteur-monteur.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Commentaire Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Moi je voudrais saluer tous les monteurs et toutes les monteuses qui nous regardent et qui font un métier à la fois très technique et aussi artistique, qui est essentiel au journalisme et qui n'a pas à être dénigré de la sorte.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Par delà la déclaration, ces mots qui sont très difficiles à assumer aussi, malgré tout la méthode, les bouts de phrases, sortis du contexte, ce n'est pas pour prendre la défense de Laurent WAUQUIEZ, mais c'est ce que vous pouvez dire vous aussi quand il y a parfois des épisodes. Souvenez-vous, lorsqu'Emmanuel MACRON, le président, avait critiqué « ceux qui foutent le bordel », c'était un déplacement de terrain en Corrèze, il y avait des manifestants sociaux. Là aussi, les uns et les autres, vous étiez monté au créneau pour dire ces propos sont sortis hors du contexte. Est-ce qu'il n'y a pas là, malgré tout, une part de vérité ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, moi je pense qu'il y a deux choses. Je me suis interrogée, bien sûr, quand j'ai entendu les propos de Laurent WAUQUIEZ, mais je crois qu'il faut se rappeler que ce ne sont pas des propos privés, ce n'est pas quelque chose qu'il a dit un soir, épuisé en rentrant chez lui, à sa femme ou à des amis, en disant « aujourd'hui je n'en peux plus, untel a fait ci, untel a fait ça », et ensuite on se ressaisissant. Ce sont, encore une fois, des propos publics, à la jeunesse, ça veut dire que ce qu'il a envie de transmettre à la jeunesse c'est ça, et très sincèrement ça nous interroge aussi sur la qualité des interventions qui sont données dans ces écoles.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Alors, il va s'exprimer ce soir Laurent WAUQUIEZ, est-ce que selon vous le président des Républicains est disqualifié de la vie politique de ce pays, ou bien, comme l'a expliqué Jean-Christophe CAMBADELIS dans Le Figaro, il y aura eu finalement 48 heures où on n'aura parlé que de lui, c'est un petit peu de la pub positive.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, comme on dit aux Etats-Unis, « bad ad, still ad », la mauvaise pub c'est toujours de la pub, maintenant moi je ne fais pas partie des gens qui appellent les autres à la démission à tout va, je pense que c'est à chacun de prendre ses responsabilités, et c'est surtout au parti, au parti Les Républicains, qu'il représente, de nous dire s'il peut rester ou pas, ça ce n'est pas à moi de le dire.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
« Trumpisation » de la vie politique nationale, comme l'a dit Xavier BERTRAND sur le plateau de BFMTV ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne sais pas. Moi, vraiment, la vraie question que je me pose, mais c'est peut-être un prisme que j'ai, mais vraiment ma question, quand j'entends ces propos, c'est vraiment : où est l'humanité, où est le sens humain, où est l'empathie ? Moi je me suis engagée en politique pour améliorer la vie des gens, pas pour les mépriser et pas pour insulter les gens qui se sont aussi engagés en politique.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Et puis il y a cette conclusion étonnante, Jérôme CADET l'a soulignée ce matin sur France Info, cette conclusion de Laurent WAUQUIEZ lui-même, il dit « il faut que je me dise que tout ce que je dis va sortir. » Ça s'appelle une prophétie auto-réalisatrice ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est ça, c'est de l'auto-sabotage. Enfin, quelque part, effectivement la question se pose, est-ce qu'il le souhaitait ? Je ne sais pas, c'est à lui de nous le dire, on verra ce qu'il dit. Moi je pense que s'en sortir par le haut ce serait de dire « écoutez, j'ai vrillé, je n'étais pas au meilleur de moi-même et je regrette mes propos, je présente mes excuses », non pas seulement à Nicolas SARKOZY, même si c'est déjà un début, mais à l'ensemble des Français, à commencer par les étudiants qui n'arrivaient pas mérité, je crois, de supporter un tel séminaire.

JEROME CADET
Marlène SCHIAPPA, secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes-hommes, d'autres questions pour vous juste après l'info. (…) Marlène SCHIAPPA, secrétaire d'Etat à l'Egalité Femmes/hommes, notre invitée ce matin. Jean-François ACHILLI, avec ce dossier à nouveau à la Une de l'actualité, celui des violences faites aux femmes et du harcèlement.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous avez lu Libération ce matin, Marlène SCHIAPPA ?

MARLENE SCHIAPPA
J'ai vu la couverture, je n'ai pas eu le temps de lire l'article.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Alors, je vais vous éclairer, notre confrère titre ce matin sur des pratiques de viols, agressions, harcèlement au sommet du syndicat étudiant UNEF. Libé a recueilli le témoignage accablant de 16 militantes victimes entre les années 2007/2015, qui met notamment en cause le président d'alors, du syndicat, Jean-Baptiste PREVOST, décrit comme piochant dans les fichiers de l'UNEF pour multiplier les relations sexuelles. Alors, c'est ce que raconte Libération à travers des témoignages ce matin. Avez-vous eu vent de cette enquête, qualifiée par notre confrère, de très difficile ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, écoutez, moi j'en avais parlé dans mon livre, « Le deuxième sexe de la démocratie », que j'ai sorti il y a quelques semaines, dans lequel je m'interroge justement sur la manière dont on peut lutter contre les abus sexuels et le harcèlement sexuel dans la vie politique. Je crois que là, ça sort sur l'UNEF, je pense qu'il y a sans doute d'autres mouvements de la vie politique française qui sont aussi impactés par ce type de procédé, il faut les combattre très fermement.

JEROME CADET
Qu'est-ce qui vous permet de dire ça, Marlène SCHIAPPA ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, simplement, d'abord, « une tradition », contre laquelle il faut lutter, et la politique, vous savez que ce sont des enjeux de pouvoir, et on voit très bien à quel point, là, sont décrits des systèmes qui reposent sur une forme d'abus de pouvoir et sur un mélange entre vie intime, vie personnelle et responsabilité politique donnée à telle ou telle personne. Au demeurant, il y a des gens qui se sont exprimés sur ce sujet. Par exemple, au Front national, vous aviez des militants qui ont parlé de cela, en disant qu'ils avaient été victimes eux-mêmes de harcèlement sexuel. Il y avait l'affaire BAUPIN, dans Europe écologie les Verts, avec un certain nombre d'autres témoignages, et au demeurant, il y a un certain nombre d'autres témoignages que j'ai relatés dans le livre que je viens de citer, de personnes, qui me font état de telles situations. Je crois que c'est pour ça qu'il faut que chaque partie, chaque mouvement, prenne ses responsabilités, et c'est pour ça que moi, dès le congrès de la République En Marche ! dès le conseil de la République En Marche ! à Lyon en novembre, j'avais annoncé que la République En Marche ! se dotait d'un protocole de lutte contre le harcèlement sexuel. Parce que la tolérance au harcèlement sexuel ça commence quand on dit : chez moi il n'y en a pas, c'est que chez les autres. Moi je pense qu'il y a un risque, partout où il y a du pouvoir et partout où il y a un amas très large de personnes.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Laurent JOFFRIN, le patron de Libé, parle ce matin de mettre à jour, un système, une mentalité, et non de dresser on ne sait quel pilori. Il écrit : une plainte a été déposée, des pétitions circulent, les victimes sont libres ou non de donner suite à leur témoignage. Marlène SCHIAPPA, que faire quand la presse se fait l'écho de telles pratiques, est-ce qu'il faut inciter les femmes à aller plus loin ou est-ce qu'il faut prendre la main et éventuellement engager des poursuites ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je crois qu'il faut créer toutes les conditions les plus sereines et les plus efficaces possible, pour que les femmes puissent porter plainte, et qu'il puisse y avoir une judiciarisation. Donc je ne suis pas dans l'injonction « vous êtes obligé de porter plainte », parce que c'est un choix personnel, mais je pense que si les femmes elles-mêmes, ou des témoins ont des éléments, ils doivent évidemment se rendre auprès de la police, pour que la justice puisse faire son travail et sanctionner ce qui doit être sanctionné.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Alors des femmes signalent des agressions, elles restent parfois souvent, même trop souvent sans suite. Ecoutez cette affirmation de Caroline de HAAS, qui était la militante féministe, il y a une semaine tout rond, l'invitée ici même de Jean-Michel APHATIE et de Bruce TOUSSAINT, elle a déclaré ceci.

CAROLINE DE HAAS – 13 FEVRIER SUR FRANCE INFO
Il y a entre 95 et 98 % des plaintes pour viol, entre 95 et 98 %, qui sont vraies, qui sont vérifiées. D'accord ? Ce que je trouve très étonnant, c'est que quand une femme prend la parole ou quand quelqu'un rapporte un fait de viol, la première réaction c'est de penser que la victime fait partie des 2 à 5 % de fausses plaintes.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous validez cette statistique et cette affirmation de la cofondatrice du Mouvement Osez le féminisme ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, on sait qu'il y a effectivement entre 3 et 5 % de fausses dénonciations, de dénonciations de plaintes qui ne sont pas vérifiées, ce sont les chiffres officiels, et on sait également, d'après les chiffres de nos ministères respectifs, Justice, Intérieur, secrétariat d'Etat à l'Egalité femmes/hommes, qu'il y a en moyenne seulement 1 % des violeurs qui finissent par faire de la prison, effectivement.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Qu'est-ce que vous dites ce matin ? Est-ce que la justice fait bien son travail ou tout reste à faire ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, ces chiffres, ils ne sont pas satisfaisants...

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est la question qui est posée.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, mais j'y réponds. Ces chiffres ne sont pas satisfaisants, je l'ai dit, la garde des Sceaux l'a dit également. C'est pour ça que nous, d'abord, nous présentons un projet de loi en 2018 pour une meilleure condamnation des violences sexistes et sexuelles, et c'est pour ça que le ministre de l'Intérieur, Gérard COLLOMB, a annoncé, quand il a présenté la police de la sécurité du quotidien la semaine dernière, un certain nombre de mesures fortes et importantes, comme notamment la création d'une plateforme, à destination de ces femmes victimes de violences sexistes et sexuelles, pour qu'elles ne soient plus seuls, et qu'elles puissent parler avec des policiers et des policières, formés, qui puissent les renseigner sur les plaintes, et les tenants et les aboutissants de celles-ci.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous aviez surpris tout le monde, je sais que chaque fois on revient là-dessus avec vous, vous aviez pris la défense de Nicolas HULOT, alors, je précise, il ne s'agit pas d'une affaire de viol, c'est juste, voilà, il y a une présomption d'innocence concernant le ministre en question. Vous aviez pris sa défense...

MARLENE SCHIAPPA
Il y a une présomption d'innocence pour tout le monde, y compris d'ailleurs dans l'UNEF, tant que les gens ne sont pas condamnés.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous regrettez cette tribune, qui était une sorte de montée en défense d'un ministre qui était un petit peu dans la tourmente à ce moment-là...

MARLENE SCHIAPPA
Ma tribune ?

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui.

MARLENE SCHIAPPA
Je ne la regrette absolument pas, je l'assume totalement. J'ai passé...

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous comprenez que vous avez été critiquée là-dessus ou pas ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est le jeu du débat public, mais moi ce que je regrette surtout, c'est qu'il y ait des propos qui aient été sortis de leur contexte totalement, y compris sur l'antenne de France Info. Quand on me fait dire : « Marlène SCHIAPPA dit : laissez Nicolas HULOT tranquille, parce que c'est un homme charmant », c'est faux, ça n'est pas ce que j'ai dit. Si j'ai pris la peine d'écrire une tribune de 8 000 signes, et vous qui êtes journaliste, vous savez que 8 000 signes, c'est long, si j'ai pris la peine d'écrire une tribune longue de deux pages de 8 000 signes pour expliquer mon malaise face, un, à l'article de L'Ebdo, deux, à cette espèce de chasse journalistique qui a suivi en direction des travaux que j'étais en train de mener, ce n'est pas pour qu'on déforme mes propos. J'ai dit au début : je pourrais vous dire, Nicolas HULOT est un homme charmant, mais ça ne donnerait rien, ni dans un sens, ni dans l'autre. Donc je trouve asses déplorable que l'on sorte des mots de leur contexte, pour fabriquer de nouvelles phrases et me faire tenir une ligne qui n'est pas ma ligne. Le titre de cette tribune était très clair, je disais : pourquoi cet... voilà pourquoi cet article bafoue la parole des femmes. Pourquoi ? Parce que dans l'enquête de L'Ebdo, on avait deux femmes citées, une dont on nous disait « elle a été victime de harcèlement sexuel », mais elle-même dit « c'est faux, je n'ai jamais été victime de harcèlement sexuel », et une deuxième qui a déposé une plainte pour viol et qui dit : « Moi je ne veux pas me retrouver en Une des journaux », elle se retrouve en Une des journaux. Je me dis, quel message est envoyé aux femmes, qui peut être ont des plaintes à déposer, vérifiées, qui vont aller déposer des plaintes et qui finalement vont se dire : « Ma plainte, elle risque de se retrouver en Une des journaux, je ne veux pas de ça, donc je ne vais pas déposer plainte ».

JEROME CADET
L'idée de votre tribune c'est de rappeler les limites dans lesquelles doivent se faire les dénonciations ?

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, c'était ça aussi, mais ça c'est un discours que j'ai tenu depuis le début. J'entends parfois dire « elle a changé d'avis », etc., c'est faux, je vous invite à regarder la toute première interview que j'ai donnée sur ce sujet dans le journal Le Parisien, le titre était : « Twitter ne peut pas remplacer les tribunaux ». Je crois qu'il faut accompagner la libération de la parole des femmes, j'ai soutenu et je soutiens encore totalement le mouvement « me too », qui permet à beaucoup de femmes, en même temps, partout dans le monde, de faire part...

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Il faut qu'il se poursuive, il faut qu'il s'amplifie ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, ça nous a permis aussi d'alerter...

JEROME CADET
Il n'est pas allé trop loin, parfois, dans la dénonciation, de mouvement ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, justement, c'est ce que je dis dans cette tribune. Je crois que beaucoup de gens attendaient...

JEROME CADET
Eu égard au respect de la présomption d'innocence dont on parlait.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, mais beaucoup de gens attendaient que ça aille trop loin, qu'il y ait une rumeur, une dénonciation de trop, etc. et là L'Ebdo a offert sur un plateau, des arguments aux gens qui étaient des détracteurs au mouvement « Me too ». Mais il faut que la parole des femmes se libère, il faut que l'écoute continue à se libérer, parce que c'est grâce à « Me too » que la société a pu prendre confiance de l'ampleur de violences sexistes et sexuelles, et il faut qu'on améliore les politiques publiques qui mènent à la condamnation, c'est ce sur quoi on travaille depuis dix mois maintenant.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Caroline de HAAS disait : il n'y a pas que des rumeurs, il y a des informations au fond. Vous êtes d'accord avec ça ou pas ? Elle va plus loin que vous finalement.

MARLENE SCHIAPPA
Non, les rumeurs, ça existe. Moi, quand j'entends des gens dire : « Je connais une amie, qui a vu une amie, qui a entendu une amie, qui connait une amie, qui un jour a été violée par telle personne », ce n'est pas un fait, moi je l'ai toujours dit, où on a connaissance de faits, on est témoin, et il faut aller dénoncer, et si on ne le dénonce pas, c'est gravissime, ou on n'a pas connaissance de faits et on ne peut pas jeter des noms comme ça.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous tweetez beaucoup, je ne sais pas si c'est vous qui le faites personnellement sur votre compte, vous avez tweeté ceci, vous étiez en Gironde hier pour le Tour de France de l'égalité, vous avez tweeté : « Comme vous j'écoute la radio, j'entends parfois : ah, Marlène SCHIAPPA a encore quelque chose à dire. Eh bien oui, j'ai encore des choses à dire », grosso modo vous allez vous exprimer non stop. C'est ça l'idée ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas non stop. L'idée générale, c'est un discours que j'ai fait effectivement en Gironde, puisque j'ai été à la rencontre de femmes victimes de violences et d'associations avec des députés. L'idée générale c'est de dire qu'il y a deux leviers : un, l'action publique, les politiques publiques, et deux la parole publique. Et si on veut mener ce combat culturel pour abaisser le seuil de tolérance de la société, notamment aux violences sexuelles mais plus largement aux inégalités femmes/hommes, ça passe par une parole publique qui soit forte et incarner, donc, oui, ce que l'on va dire, c'est que tant qu'il y a une femme tous les trois jour qui va mourir sous les coups de son conjoint, tant que les femmes seront payées à 27 % de moins que les hommes, tant qu'il y aura 84 000 viols de femmes par an, oui, j'aurais encore quelque chose à dire.

JEROME CADET
On va en reparler, parce que vous venez de nous le dire, vous avez encore des choses à nous dire ce matin. (…) Jean-François ACHILLI, la SNCF en marche vers la réforme.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui, d'ailleurs est-ce que ce sera l'emblème de ce quinquennat ? La méthode, le calendrier, c'est pour lundi prochain, parmi les sujets qui fâchent, vous le savez, il y a la disparition possible du statut des cheminots, l'ouverture à la concurrence, ça c'est déjà plus ancien, la suppression annoncée de petites lignes. Guillaume PEPY était votre invité ce matin Jérôme CADET sur France Info, le patron de la SNCF qui ne redoute pas de grande grève.

JEROME CADET (EXTRAIT FRANCEINFO CE MATIN)
Est-ce que vous craignez une grande grève dans les semaines qui viennent, lorsque le gouvernement aura annoncé sa réforme ?

GUILLAUME PEPY, PRESIDENT-DIRECTEUR GENERAL DE LA SNCF
Non, parce que plus il y a d'explications, moins il y a de tensions. Les cheminots, les syndicats de cheminots, ils ont intérêt à ce qu'il y ait un avenir pérenne pour la SNCF. Donc moi je suis persuadé que l'écoute, la concertation, la négociation, vont permettre d'éviter une grande grève.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Est-ce que vous ne jouez pas – quand je dis vous c'est le gouvernement, c'est Guillaume PEPY le patron de la SNCF – vous ne jouez pas les Français contre les grévistes ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, je ne pense pas du tout que ce soit le sujet. Je pense, au demeurant, que les Français sont très attachés à la SNCF.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Parce qu'il risque d'y avoir une grande grève, vous le savez.

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, on va voir. Moi je pense que les appels à la grève avant même qu'on connaisse le contenu de telle ou telle réforme, c'est un petit peu audacieux, et de la même manière on ne peut pas condamner à l'avance une grève qui n'a pas encore eu lieu. Donc, moi je crois vraiment à la concertation, au dialogue. Il y a un rapport qui a été remis, le rapport Spinetta, qui fait un certain nombre de constats, qui dresse un état des lieux très complet et chiffré, en regardant la situation en face, de la SNCF, et maintenant ça va être au gouvernement, à la ministre particulièrement, Elisabeth BORNE, de prendre un certain nombre de décisions. Mais je crois que tout ça va se faire dans la concertation, tout à fait cohérente.

JEROME CADET
Pour l'instant la CGT a appelé à une manifestation le mois prochain. Vous n'êtes pas parisienne Marlène SCHIAPPA, vous êtes originaire de la Sarthe, est-ce qu'on craint chez vous des disparitions de petites lignes, est-ce que c'est une préoccupation pour vous ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, c'est évidemment une préoccupation. Vous savez qu'en Sarthe il y a beaucoup de « TGVistes », dont des gens qui prennent le TGV tous les jours, et moi, dans mon département, j'ai un député qui s'appelle Damien PICHEREAU, qui est très engagé sur la mobilité, il avait lui-même remis un rapport à la ministre des Transports, et il a obtenu un certain nombre de garanties sur le maintien de lignes qui passent notamment par Le Mans et Alençon, donc je crois qu'il n'y a pas d'inquiétude à cet égard.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Marlène SCHIAPPA, un autre grand sujet est sur la table, c'est la loi Immigration-Asile qui arrive demain en Conseil des ministres, Aurélien TACHE, député la République En Marche, a présenté ses 72 propositions pour favoriser l'intégration des immigrés. Les deux mesures phares c'est, grosso modo, la hausse des heures d'apprentissage du français, et aussi une réduction de l'interdiction d'accéder à l'emploi qui passe de 9 à 6 mois. Est-ce qu'au fond ce n'est pas un petit peu de baume au coeur, de petits coups de barre à gauche, avant une loi qui s'annonce assez rude demain ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, je ne crois vraiment pas que ce soit ça, je pense que d'abord…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Parce qu'elle est controversée, y compris dans les rangs de la République En Marche.

MARLENE SCHIAPPA
Alors, tout à l'heure, quand on était tous d'accord on traitait les députés de godillots, et maintenant quand il y a des débats internes on dit que les choses sont controversées…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'était le propos de Laurent WAUQUIEZ !

JEROME CADET
C'était guignols plus précisément.

MARLENE SCHIAPPA
Je ne vous attribue pas les propos de Laurent WAUQUIEZ, Monsieur ACHILLI, pas du tout, mais j'observe qu'il y a effectivement des débats au sein du groupe parlementaire, et c'est très sain, et c'est pour ça que le ministre Gérard COLLOMB, le ministre de l'Intérieur, est pleinement à l'écoute de ce que proposent les députés. Je crois qu'il y a un certain nombre de choses vraiment intéressantes, dans le rapport d'Aurélien TACHE, les deux que vous avez citées particulièrement. Le fait de renforcer les cours de français, moi j'ai été référente pour des écoles, dans une autre vie, en tant qu'élue locale, j'ai vu des parents qui parlaient très mal le français et, du coup, qui étaient handicapés pour aider leurs enfants tout simplement dans leurs devoirs, donc je pense que c'est vraiment quelque chose de positif pour l'intégration.

JEROME CADET
Ça veut dire, Marlène SCHIAPPA, qu'un demandeur d'asile va prendre des cours de français, il va commencer à s'intégrer, vous avez prononcé le mot, il va travailler, et peut-être, au bout de la procédure, il va être renvoyé chez lui.

MARLENE SCHIAPPA
Non, puisque justement, ce que propose le rapport d'Aurélien TACHE, mais nous verrons ce qui est retenu au final…

JEROME CADET
Non, il ne quittera pas le territoire national ?

MARLENE SCHIAPPA
La proposition c'est qu'on puisse travailler au bout de 6 mois. Pourquoi 6 mois ? Parce que 6 mois c'est le délai pour obtenir une réponse. Donc, en fait, on considère que quand l'Etat n'a pas donné de réponse au bout de 6 mois, eh bien il y a une autorisation de travail, et moi je trouve ça plutôt sain d'autoriser à travailler plutôt que de leur dire « vous devez rester et vous n'avez le droit d'absolument rien faire en France. »

JEROME CADET
Ce qui n'empêchera pas d'expulser quelqu'un qui sera en train de travailler, qui aura progressé en français, qui se sera intégré.

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, on va voir. Là, vous prenez le cas extrême et moi je crois qu'il y a un cas général qu'il faut regarder avec cette volonté d'intégration et le débat aura lieu au Parlement et le texte de loi sera enrichi comme il l'est depuis des mois dans la totale concertation entre le ministre et le groupe parlementaire La République en marche et les autres députés au demeurant.

JEROME CADET
Marlène SCHIAPPA, vous recevez aujourd'hui un rapport sur l'égalité femmes-hommes ou inégalité plus précisément en ce qui concerne la formation professionnelle. Il y a des inégalités importantes entre les femmes et les hommes dans ce secteur ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui. Ecoutez, effectivement c'est un rapport qui va m'être remis par le conseil supérieur de l'égalité professionnelle qui a pour secrétaire générale Brigitte GRESY et il y a un certain nombre de sujets dans lesquels il y a effectivement des inégalités entre les femmes et les hommes, notamment dans la formation. Les chiffres nous disent que les femmes ont moins accès à la formation et moins accès aussi à la formation continue. Moins accès également au financement. C'est pour ça que c'est important pour nous de faire notamment ce qu'on appelle un budget sensible au genre de l'Etat. D'autres pays le font, le Maroc, le Canada et bien d'autres pour voir où va l'argent public. Est-ce que l'argent public finance plus les hommes ou plus les femmes ? En ce qui concerne la formation, si on s'aperçoit que l'argent public de la formation finance davantage les hommes que les femmes, il y a effectivement un rééquilibrage important à faire.

JEROME CADET
Ce qui est le cas aujourd'hui à vous écouter.

MARLENE SCHIAPPA
Le rapport va m'être remis tout à l'heure, je ne peux pas dévoyer le rapport.

JEROME CADET
Le suspense n'a pas l'air très épais. Vous pourriez pénaliser des entreprises qui formeraient moins leurs salariées é-e-s que leurs salariés é-s ?

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Il va falloir être plus coercitif, Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument. Mais vous savez qu'en matière d'égalité professionnelle, on a quasiment douze lois si je compte les décrets d'application depuis les années 80, depuis 83 puisque je prends la première loi justement vraiment dure d'Yvette ROUDY sur le sujet qui ne sont pas appliquées. Et là, on voit également – je reboucle avec le sujet d'avant – on voit à quel point le rôle des parlementaires est important dans le contrôle de l'action du gouvernement. Si depuis trente ans les parlementaires avaient contrôlé les lois votées présentées par le gouvernement, on aurait pu se rendre compte que ces lois étaient inopérantes et enfin nous allons augmenter les contrôles aléatoires et appliquer les sanctions telles que prévues par la loi.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Il y aura une prochaine émission sur tout ça.

MARLENE SCHIAPPA
Avec plaisir.

JEROME CADET
Puisque vous avez toujours quelque chose à dire. Marlène SCHIAPPA, secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes hommes invitée de Franceinfo ce matin. Merci également à Jean-François ACHILLI, bonne journée.

MARLENE SCHIAPPA
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 février 2018

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