Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à Radio Classique le 21 février 2018, sur les déclarations de Laurent Wauquiez sur Emmanuel Macron, le droit d'asile et le climat politique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à Radio Classique le 21 février 2018, sur les déclarations de Laurent Wauquiez sur Emmanuel Macron, le droit d'asile et le climat politique.

Personnalité, fonction : MAHJOUBI Mounir, DURAND Guillaume.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au numérique;

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GUILLAUME DURAND
Mounir MAHJOUBI, bonjour, bienvenue. On va parler évidemment ensemble du numérique. Un mot sur l'affaire WAUQUIEZ, enfin un mot, quelques mots, puisqu'il a dit à propos justement de la majorité actuelle, que vous connaissez bien puisque vous lui appartenez, « quand je les ai traités de guignols j'ai été assez sobre, c'est pire que ça. » Donc, est-ce qu'on est face à un gouvernement et à un Parlement qui est entièrement composé de gens qui sont au garde-à-vous devant MACRON ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je veux surtout parler des déclarations du monsieur, il rappelle les pires personnages, vous savez, ces personnages cyniques qui, dans le théâtre, commentent tout ce qu'ils font sans faire, et dans tous les commentaires qu'il fait, eh bien on est dans le commentaire de l'action, on est dans le méta-commentaire, qui est tout ce sur quoi nous, nous nous sommes construits, à la République En Marche, en opposition. La raison pour laquelle nous avons gagné ces élections c'est parce qu'on dénonce le fonctionnement historique de ces partis, on dénonce cette façon cynique de faire de la politique, distancier des vraies personnes et des vraies causes. Ce n'est pas possible d'avoir d'un côté le leader de l'opposition qui serait la voix d'une France qu'on n'entend pas, mais qui, dans les coulisses dit, quand il parle de nous, quand il parle de tous les autres, en fait il crache au visage de tous les Français qui votent pour lui, il crache au visage de tous ces Français de droite qui leur ont fait confiance.

GUILLAUME DURAND
Pardonnez-moi, mais c'est un peu le contraire qu'il dit, il dit « moi je m'adresse à » - en gros – « des lignes politiques que je considère comme » - que ce soit celle de JUPPE, ou celle de MACRON – « comme inopérantes. » « En revanche » dit-il, « Emmanuel MACRON, ils foutent le bordel », enfin il a rappelé un certain nombre de phrases, « fainéants », etc., lui il s'adresse aux Français, « c'est les Français qu'il insulte, ce qui n'est pas mon cas. » Vous lui répondriez quoi ce matin ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je lui réponds que la raison pour laquelle aujourd'hui nous sommes dans l'action, et la raison pour laquelle aujourd'hui nous sommes, dans ce gouvernement, complètement dédiés à notre travail, c'est parce qu'on a des certitudes et qu'on les a présentées aux Français il y a quelques mois, et que depuis plusieurs semaines, depuis plusieurs mois, on fait la démonstration que ce que nous avons dit nous le faisons. Ce que brise monsieur WAUQUIEZ c'est ce lien entre le discours et l'action. Il dit, de façon très claire, que ce qu'il dit n'est pas forcément la vérité, que ce qu'il dit n'est pas forcément ce qu'il fait, que ce qu'il fait n'est pas forcément ce qu'il dit. Nous il y a une certaine unité. Et si vous voulez parler de la cohésion de notre groupe, regardez les débats qui ont permis d'enrichir les projets de lois, notamment le projet de loi, dont on parlera, sur l'immigration. Le débat, chez nous, il est fort, et il vient de toutes les expertises et les origines de chacun, et ça, ça a permis, dans notre mouvement, de, en permanence, à partir du programme présidentiel que nous avons porté avec Emmanuel MACRON, de toujours être sur la ligne qui est celle qui nous a amenés ici et qui résonne avec les Français.

GUILLAUME DURAND
Mounir MAHJOUBI, aussi, l'un des axes de WAUQUIEZ, qui d'ailleurs porte plainte, c'est de dire, au fond, les journalistes se sont énamourés de MACRON, il s'attaque à « Quotidien », ils sont jeunes, ils sont branchés, MACRON c'est leur tasse de thé, WAUQUIEZ c'est tout ce qu'ils détestent, donc ils essayent de le déglinguer toute la journée. Et WAUQUIEZ c'est un peu son argument, c'est-à-dire, au fond, il y a deux poids deux mesures en France, il y a la presse qui est à genoux devant MACRON et la presse qui vomit sur WAUQUIEZ.

MOUNIR MAHJOUBI
Vous ne pouvez pas vous-même poser les mêmes questions quand il y a les Unes qui parlent des problèmes de relation entre Emmanuel MACRON et la presse, la semaine d'après me dire est-ce que la presse n'est pas complètement enamourée d'Emmanuel MACRON. Je trouve simplement que le président a une relation équilibrée avec les médias, qui ont un rôle essentiel dans notre démocratie. Et c'est plutôt intéressant d'avoir les deux voix qui émergent régulièrement, avec certains qui disent que nous sommes trop loin de ces journalistes, qu'on ne leur fait pas assez confiance, et d'autres qui diraient que nous sommes dans une connivence…

GUILLAUME DURAND
On peut être éloigné et amoureux, c'est même la base, c'est la base de Marivaux.

MOUNIR MAHJOUBI
Oui, mais là ce n'est pas de l'amour, il ne faut pas parler d'amour. On est chacun à un certain endroit de la démocratie, on joue tous un rôle essentiel.

GUILLAUME DURAND
Dernière question sur ce thème, là je parle de stratégie politique à quelqu'un qui est évidemment, qui est au gouvernement, mais qui est aussi parlementaire. En fait, dans le raisonnement de WAUQUIEZ, en dehors des mots, il y a cette idée que, en gros, s'il fait comme FILLON, moins les costumes, il sera de toute façon au deuxième tour, donc c'est la raison pour laquelle il assassine MACRON à longueur de journée. C'est ça son raisonnement. J'en prendrai un peu à Marine LE PEN, en plus la nièce arrive, donc ça va poser des problèmes, donc en récupérant l'intégralité de l'électorat de François FILLON, c'est-à-dire 20 %, moins les affaires personnels, j'ai toutes les chances d'être au deuxième tour face à Emmanuel MACRON, c'est ça le raisonnement.

MOUNIR MAHJOUBI
Vous me permettrez de ne pas faire d'analyse tactique pour la droite et d'analyste technique pour la droite, par contre ce qu'on peut dire c'est que, oui, il y a une volonté chez monsieur WAUQUIEZ, et dans le groupe qui l'entoure, d'aller plus à droite que la droite actuelle. Mais ce qui est intéressant c'est qu'avec ce qu'il vient de faire, il arrivera aussi à dégoûter ceux qui, à droite, viennent chercher le sérieux de l'action, viennent chercher la rigueur de l'action, et ça je pense qu'il est en train de les perdre.

GUILLAUME DURAND
Question concernant ce projet de loi Immigration. Gérard COLLOMB intervient ce matin dans Le Parisien pour, alors je ne dis pas tenter d'expliquer, mais en tout cas pour expliquer ce projet de loi, la manière dont il a été amendé. Au fond, par rapport à ce qu'étaient les grands projets qui circulaient dans la presse il y a 3 mois, il y avait beaucoup de raffermissement de la position du gouvernement, et puis maintenant on a l'impression qu'Edouard PHILIPPE, qui est intervenu, avec les amendements, on est plus dans une conciliation. Malgré ça, toutes les associations hurlent, et surtout ceux qui sont chargés ce matin de faire fonctionner cette régulation du droit d'asile, ils sont tous en grève. Il n'y a pas une situation un peu curieuse ?

MOUNIR MAHJOUBI
La situation curieuse c'est celle qu'on a aujourd'hui, celle qu'on a depuis plusieurs années. Une situation où un droit d'asile, le droit d'asile c'est pouvoir l'attribuer ou pas, si on se dit que tout le monde a le droit d'asile, alors ça ne s'appelle plus le droit d'asile, ça s'appelle l'immigration inconditionnelle. Ça, aujourd'hui, on n'a pas fait le pacte social d'immigration inconditionnelle. Peut-être que ce sera le cas dans plusieurs décennies, peut-être que quand on aura recréé des équilibres politiques et économiques à travers le monde, peut-être qu'on arrivera dans cet internationalisme. Aujourd'hui il y a une situation effective, réelle, avec aujourd'hui des migrants, des personnes, qui souhaitent venir dans ce pays, je peux en parler particulièrement, moi je suis issu d'une famille qui a fait de l'immigration, légale, à une période où on avait envie que des migrants économiques puissent venir en France, et puis à un moment on a dit là on ne peut plus. Et puis, il y a ce droit inconditionnel à l'asile qui est de dire, quand on est dans cette situation - nous l'avons, en France, exprimé depuis toujours – vous, et nous avons le devoir de vous accueillir et de vous offrir le meilleur avenir. Sauf qu'aujourd'hui on accueillait, mais on n'offrait pas le meilleur avenir, pendant la période de traitement on n'offrait pas les meilleures conditions, et il y avait, à la fois pour ceux à qui on disait oui, et à la fois pour ceux à qui on disait non, un manque d'humanité au quotidien, parce que, attendre, sans aucun statut, et sans aucun revenu, ce n'est pas humain.

GUILLAUME DURAND
Mais il y a une chose qui est assez particulière dans cette affaire-là, c'est que, au fond, beaucoup de gens qui nous écoutent ce matin, entendent parler de ce projet de loi qui est déposé au Conseil des ministres, mais ils n'ont rien compris, finalement, à la procédure. C'est-à-dire, il se passe quoi, et pendant combien de temps, pour qu'on décide de savoir si quelqu'un obtient le droit d'asile ou est débouté du droit d'asile ?

MOUNIR MAHJOUBI
C'est ça que le texte doit participer à fluidifier, à rendre plus clair. C'est-à-dire qu'il y a de nombreuses exceptions qui existent, de nombreux accrocs, et puis il y a des lieux qui sont encombrés, c'est-à-dire des lieux où il y a de très nombreuses demandes. Quand on arrive, quand un migrant arrive, il va se signaler, alors généralement à des associations à qui on a délégué le premier point de contact, et donc il va déclarer sa situation, et là, ces associations, qui ont reçu une délégation, vont évaluer, avec la personne, sa situation, l'aider à la remplir. Parce que, il ne faut pas oublier qu'on parle de personnes qui sont fatiguées, qui sont dans un parcours de migration, qui maîtrisent mal le français, qui, étant dans un parcours de migration, n'ont pas avec elles un dossier cartonné, parfait, avec toutes les pièces classées de façon chronologique…

GUILLAUME DURAND
Et ça dure combien de temps ?

MOUNIR MAHJOUBI
Eh bien il y a cette première partie, qui peut être plus ou moins longue selon les personnes, de première constitution du dossier. Vous vous rendez compte, avant même qu'on rentre dans un processus validé, on peut être déjà dans plusieurs mois de constitution. Moi je le vois avec les associations dans le 19e, il y a un vrai enjeu d'accompagner ces personnes, à ce moment-là. Et puis après c'est une fois que le dossier est déposé, véritablement, avec un récépissé qu'on espère recevoir, mais malheureusement, face à l'encombrement, il n'y a parfois pas de récépissé qui arrive. Et donc il y a cette période qui peut, là aussi, durer plusieurs mois.

GUILLAUME DURAND
Six mois on dit.

MOUNIR MAHJOUBI
Ça dépend des fois, parfois c'est plus court, et on en est très heureux quand c'est plus court, et puis jusqu'à 6 mois, et parfois, il faut le dire, dans des… plus long.

GUILLAUME DURAND
Mais est-ce qu'on peut donner les chiffres au fond, est-ce que le gouvernement, aujourd'hui, a une idée précise d'une sorte de statistique, c'est-à-dire d'un chiffre qui permettrait de savoir, ou en tout cas qui serait donné aux Français, on va en débouter, 50 %, 60 %, ou 20 %, est-ce qu'il y a un chiffre qui existe ?

MOUNIR MAHJOUBI
Tout l'objet de cette loi c'est d'apporter plus de clarté, plus de transparence, pour être capable d'expliquer, aux Français, ceux à qui on a dit oui, ce qu'on a fait pour eux, ce qu'on a investi pour eux, et là c'est important de le rappeler…

GUILLAUME DURAND
Mais il n'y a pas un quota dans la tête du gouvernement ?

MOUNIR MAHJOUBI
Non, mais le droit d'asile, il n'y a pas de quota sur le droit d'asile, c'est-à-dire que tous ceux qui ont à bénéficier de ce droit d'asile en bénéficieront. Le droit d'asile il a été créé parce qu'on a considéré, parce que nous avons ces valeurs humanistes, qu'il y avait des situations dans le monde qui étaient inacceptables, des trajectoires humaines inacceptables dans leur pays d'origine, et que quand ils se présentaient à la porte du pays des droits de l'Homme, eh bien on devait leur créer une place dans la société. Mais créer une place dans la société, ce n'est pas les faire attendre 6 mois, 1 an, pour dire oui, et une fois qu'on leur a dit oui, ne rien leur donner. La question c'est, ceux à qui on dit oui, comment on les forme, comment on les mets dans l'emploi, comment on leur propose un emploi, comment on les accompagne dans leur trajectoire vers la France.

GUILLAUME DURAND
On pourrait parler évidemment de cette situation pendant des heures, parce que vous savez qu'il y a, par exemple, plein de gens en Libye qui sont candidats à l'immigration, et qu'on se demande comment on va faire puisque certains les ont comptés, ils seraient près d'1 million, donc évidemment ça devient très compliqué pour l'Europe. Mais changeons de sujet et terminons par votre domaine qui est le domaine du numérique. C'est vrai que, par exemple, je ne prends qu'un seul exemple, parce que c'est le plus célèbre pour les gens qui nous écoutent, il faut toujours faire un peu de pédagogie, vous avez un grand moteur de recherche mondial qui est Google et un moteur de recherche français qui est Qwant, et la part de marché de Google est toujours écrasante, alors qu'il y a des pays comme la Corée, le moteur de recherche coréen c'est 50 %, et Google c'est 50 %. Comment se fait-il qu'on n'y arrive pas, et comment se fait-il aussi que les investissements, par rapport à ce qui se fait en Arabie Saoudite ou dans les pays d'Asie, en Chine notamment, les investissements soient si faibles ?

MOUNIR MAHJOUBI
Alors, sur la situation que vous décrivez. Déjà il faut quand même rappeler, on est dans une dynamique de croissance, 10.000 start-up en France, on n'a jamais eu autant d'entreprises innovantes. Sur la croissance, on n'en n'a jamais autant qui sont passées à l'étape 2, l'étape suivante, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas encore des géants, mais on est en train de créer, petit à petit, ça a mis 5 ans pour créer cet écosystème de start-up. Là, dans cet écosystème il va y avoir les « scales-up », c'est-à-dire celles qui ont le potentiel de devenir des Google, de grossir très vite, et toute la stratégie du gouvernement aujourd'hui c'est de dire dans cet écosystème qu'on a réussi à construire, on va continuer à le nourrir, partout sur le territoire, mais on va aussi identifier, à l'intérieur, ceux dont on se dit qu'ils ont le plus grand potentiel à l'international, pour les aider à flécher plus vers eux l'investissement, à plus flécher vers eux l'accompagnement, parce que ces boîtes-là elles ont le potentiel de devenir des géants. Mais je vais vous donner des secteurs sur lesquels on peut devenir vraiment premier. Sur l'intelligence artificielle, aujourd'hui, le niveau de recherche qu'on a en France permettra, dans les usages qui vont arriver dans les années à venir, qu'on ait des applications où la France sera première. Sur la cybersécurité, on fait partie des grandes Nations du monde de la cybersécurité, eh bien je peux vous dire qu'aujourd'hui, entre l'offre israélienne, l'offre américaine, l'offre chinoise et l'offre russe, eh bien il y a beaucoup de pays dans le monde qui nous regardent en se disant on préférerait qu'elle soit française notre offre de sécurité, de cybersécurité. Sur la santé, et la santé connectée, en France on a une culture, une histoire de la santé, parce qu'on la rembourse depuis longtemps, parce qu'on en a fait un engagement national, et ça fait qu'on a parmi nos start-up françaises les meilleures de start-up de santé.

GUILLAUME DURAND
Mais Mounir MAHJOUBI, la situation économique elle est toujours la même, les parts de marché elles existent, les parts de marché de Facebook, les parts de marché…

MOUNIR MAHJOUBI
Et regardez Yahoo, Yahoo il y a quelques années, c'était bien les premiers, aujourd'hui est-ce que vous êtes connecté à cette plateforme ? Non, depuis longtemps vous ne le faites plus. Eh bien, les géants de demain, en 5 ans, c'est le temps Internet…

GUILLAUME DURAND
Donc vous considérez ce matin que Google ce n'est pas une fatalité qu'ils aient 90 %, ou 95 %, ou 98 % de part de marché ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ce n'est absolument pas une fatalité, et il y a plein d'éléments sur lesquels moi je suis convaincu que nos entreprises françaises vont pouvoir émerger, que les entreprises européennes vont pouvoir émerger, mais surtout, que ces plateformes, qui nous rendent des services au quotidien et qu'on aime tous, sinon on ne les utiliserait pas, eh bien elles peuvent aussi avoir un comportement plus vertueux dans l'économie, notamment par l'ouverture des données, la capacité à plus de concurrence dans les sous-secteurs qu'elles peuvent influencer. Et puis il y a ce sujet de la fiscalité, qui va permettre, aussi, que ces plateformes nous rendent à la fois des services au quotidien, mais qu'elles payent le juste prix de la solidarité des pays dans lesquels elles font leur chiffre d'affaires.

GUILLAUME DURAND
Merci Mounir MAHJOUBI d'être venu ce matin commenter l'actualité politique et celle de votre participation dans ce gouvernement d'Edouard PHILIPPE, à savoir le numérique. Bonne journée à vous.

MOUNIR MAHJOUBI
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 février 2018

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