Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France 2 le 23 février 2018, sur la pollution de l'air, l'évacuation du site de Bure, Nicolas Hulot, les pesticides et sur le Front national. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France 2 le 23 février 2018, sur la pollution de l'air, l'évacuation du site de Bure, Nicolas Hulot, les pesticides et sur le Front national.

Personnalité, fonction : POIRSON Brune.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire

ti :

JEFF WITTENBERG
Bonjour à vous, Brune POIRSON !

BRUNE POIRSON
Bonjour !

JEFF WITTENBERG
Merci d'être avec nous ce matin, et d'abord le grand froid qui s'installe, on l'a entendu dans le journal et son corolaire dans plusieurs agglomérations, la pollution. On attend des pics de pollution qui vont encore atteindre des sommets dans les prochains jours. Est-ce que vous approuvez le combat d'Anne HIDALGO contre la circulation des voies sur les voies sur la Seine ? Une décision qui a été retoquée par le tribunal administratif de Paris.

BRUNE POIRSON
Vous savez, en France la pollution de l'air, elle est responsable de 40 000 morts prématurées. Elle est aussi responsable de pathologies qui sont importantes, qui sont très gênantes pour la santé des Français, par exemple de l'asthme. Vous savez aussi qu'il y a beaucoup de tout-petits dans des villes comme Paris qui ont des bronchiolites à répétition.

JEFF WITTENBERG
Et donc il faut supprimer la voiture ?

BRUNE POIRSON
Et donc la priorité, c'est la lutte contre la pollution de l'air. C'est une priorité que demandent aussi les Français et donc Anne HIDALGO quand elle prend des mesures contre la pollution de l'air de même que l'ensemble des maires de France qui le font, eh bien, elles rencontrent un écho plus que favorable du côté du gouvernement.

JEFF WITTENBERG
Donc elle a raison de continuer à prendre ces arrêts et ces arrêtés ?

BRUNE POIRSON
Il y a une décision de justice qui a été prise. Maintenant, il appartient à la maire d'explorer toutes les voies de recours possibles mais il est certain que quand on prend des mesures de lutte contre la pollution de l'air, eh bien, le gouvernement ne peut qu'encourager des mesures volontaristes contre la pollution de l'air.

JEFF WITTENBERG
Mais est-ce qu'il est démontré que ce sont les mesures les plus efficaces pour lutter justement contre la pollution car on sait la circulation automobile se déporte ailleurs sur d'autres axes, donc il y a plus de trafic et donc plus de pollution ? C'est ce que les usagers constatent tout simplement !

BRUNE POIRSON
Mais vous savez, c'est aller vers une société qui est moins polluée, lutter contre la pollution de l'air quand on a des villes qui ont été organisées autour de la voiture, eh bien, ça prend du temps. C'est une transition qui est progressive et lutter contre la pollution de l'air aussi, ça demande de s'attaquer à beaucoup de facteurs différents.

JEFF WITTENBERG
Mais justement sur le chauffage urbain, sur le chauffage au bois, sur les polluants venus de l'Est de l'Europe, que faites-vous ?

BRUNE POIRSON
Oui mais vous savez, entre autres mais ne nous y trompons pas, c'est quand même les émissions de CO2 qui sont et notamment des véhicules et d'ailleurs, vous savez, nous, on a mis en place une prime à la conversion pour encourager les Français à changer de véhicule de façon à ce qu'ils roulent dans des véhicules qui sont moins polluants, c'est la prime à la conversion, on les aide, et notamment les foyers les plus modestes avec une prime jusqu'à 2 000 euros pour changer de véhicule.

JEFF WITTENBERG
Donc on a entendu votre soutien, Anne HIDALGO, Nicolas HULOT votre ministre, lui, n'a pas caché un certain malaise hier après que l'opération qui a eu lieu à Bure pour déloger les opposants au futur site d'enfouissement nucléaire, est-ce que vous vous approuvez cette façon qu'il a eu de dire par exemple qu'il n'avait pas spécialement d'état d'âme, mais on comprend bien qu'il était précédemment sur ce dossier sur une autre position ? Quelle est la vôtre en tout cas ?

BRUNE POIRSON
Je vais répondre à votre question, juste d'être un petit instant revenir sur le projet. CIGEO, c'est un projet qui, à Bure dans la Meuse et qu'est-ce que c'est que ce projet ? C'est un projet d'enfouissement des déchets hautement radioactifs ou des déchets moyennement radioactifs mais qui ont une vie longue, c'est-à-dire des déchets qui sont radioactifs et qui vont l'être encore pendant des dizaines de milliers d'années. Ils sont issus des centrales de nos centrales nucléaires françaises et donc il faut que nous trouvions des moyens sécurisés de les stocker et la moins mauvaise des solutions si vous voulez qu'on ait trouvée, c'est celle de l'enfouissement des déchets à 500 mètres sous Terre à CIGEO …

JEFF WITTENBERG
Et donc Nicolas HULOT était contre ce projet précédemment. C'est bien qu'il trouvait comme beaucoup d'experts que ce projet est plutôt dangereux !

BRUNE POIRSON
Vous savez, aujourd'hui, c'est la meilleure des solutions qu'on ait trouvée et puis vous savez aussi Nicolas HULOT il a parlé de réversibilité et d'adaptabilité du projet parce que c'est une réalité. On le sait vous savez, stocker des déchets nucléaires, il vaudrait mieux éviter d'en stocker, vous le savez aussi bien que moi sauf que si cette caméra elle fonctionne et si oui, il y a de l'électricité dans ce studio, si les téléspectateurs, ils peuvent nous écouter derrière devant leur poste de télévision, eh bien, c'est parce qu'il y a probablement une centrale nucléaire derrière, c'est pas notre décision, ce sont des décisions qui avaient été choisies et prises il y a 30, 40 ans sauf qu'aujourd'hui il y a des déchets nucléaires. Vous savez, moi, je ne suis pas pour les déchets nucléaires, j'imagine que vous ne l'êtes pas. D'ailleurs, je vous mets au défi de trouver …

JEFF WITTENBERG
Non mais ce n'est pas vraiment le problème. Non, le problème qu'on se pose aujourd'hui, c'est par exemple, j'en reviens, pardon, à Nicolas HULOT, après les révélations sur des plaintes qui ont été déposées contre lui, cette affaire de Bure où visiblement il n'est pas très à l'aise, est-ce que vous constatez quand même, vous qui travaillez avec lui, aujourd'hui comment vit-il cette période ? Est-ce qu'il n'a pas des envies d'ailleurs tout simplement ?

BRUNE POIRSON
Absolument pas. Vous savez, Nicolas HULOT, là encore il a un discours de vérité, il a raison. Quand il dit « c'est un projet qui est réversible et qui est adaptable » parce qu'il a raison c'est-à-dire qu'on s'est laissé, on se laisse la possibilité à CIGEO si jamais on trouve des technologies qui sont meilleures de stockage qui sont plus sécurisées, eh bien à ce moment-là, il faut que nous ayons les marges de manoeuvre pour les mettre en oeuvre. C'est ça, la réalité !

JEFF WITTENBERG
Allez, Brune POIRSON, on va passer à un autre sujet si vous voulez bien, le Salon de l'agriculture qui ouvre ses portes ce week-end, on entendait également, est-ce que vous avez l'impression puisque vous êtes secrétaire d'Etat au ministère de l'Écologie que l'agriculture a vraiment pris déjà le tournant du bio ? On a appris cette semaine, vous aviez d'ailleurs réagi, que les trois quarts des fruits, 40% des légumes que nous consommons contiennent des pesticides, qu'est-ce que vous faites pour lutter contre ce phénomène, notamment sur l'interdiction du glyphosate ? On a l'impression que c'est au point mort !

BRUNE POIRSON
Ça, c'est une très mauvaise impression, je vous le dis tout de suite, nous sommes en train de travailler à un plan de sortie du glyphosate et des pesticide, je vais y revenir mais vous savez, le président de la République l'a dit hier : il faut opérer un changement et une transition du monde agricole vers un modèle qui soit non seulement plus respectueux de l'environnement mais surtout qui permette aux agriculteurs de vivre de leur travail. Vous savez, les agriculteurs, ils se lèvent tous les matins très tôt pour nous nourrir, ils passent des heures dans leurs champs pour nous nourrir …

JEFF WITTENBERG
Ça ne répond pas tout à fait à ma question.

BRUNE POIRSON
Si, si …

JEFF WITTENBERG
L'agriculture intensive est toujours celle qui est majoritaire !

BRUNE POIRSON
C'est lié, c'est lié ! Pourquoi parce qu'il y en a un sur deux qui se verse un salaire qui est inférieur à 400 euros par mois, le revenu mensuel moyen des agriculteurs, c'est 1 250 euros par mois, il faut, comme l'a dit le président de la République, il faut trouver des solutions pour que les agriculteurs, ils vivent avec le juste prix payé, c'est ça véritablement …

JEFF WITTENBERG
Et tant pis pour le bio dans l'immédiat, c'est ce que vous dites !

BRUNE POIRSON
Non absolument pas. Ça fait partie de la transition. C'est exactement, c'est une des solutions qui fait partie de la transition pour faire des agriculteurs vraiment des exploitants agricoles. Et d'ailleurs, nous gouvernement, nous sommes dans l'intégralité et à plusieurs vraiment très mobilisés pour promouvoir une agriculture qui soit plus respectueuse de l'environnement mais surtout aussi …

JEFF WITTENBERG
Et le glyphosate, j'y reviens, il sera interdit quand ?

BRUNE POIRSON
Le président de la République l'a dit, nous devons dans les trois années qui vont venir trouver des produits de substitution et vous savez, nous travaillons aussi sur un plan de sortie des pesticides. Il y a le ministère de la Recherche, le ministère de l'Agriculture, mon ministère, le ministère de la Transition écologique et solidaire et le ministère de la Santé qui travaillent actuellement à la recherche concrète de solutions pour sortir des pesticides et il y a un plan qui va être annoncé fin mars.

JEFF WITTENBERG
Une toute dernière question et si vous pouvez nous répondre rapidement, vous êtes-vous étiez, j'ai jusqu'à votre entrée au gouvernement députée élue sen juin dernier de la circonscription qui avait été précédemment celle de Marion MARECHAL-LE PEN, la troisième du Vaucluse et on a parlé de la petite-fille de Jean-Marie LE PEN hier puisqu'elle a fait un discours remarqué aux Etats-Unis. Qu'est-ce que ça vous inspire ? Finalement, elle revient dans le jeu politique.

BRUNE POIRSON
Moi, ce que ça m'inspire surtout, c'est finalement qu'on est encore ici typiquement dans un discours d'extrême droite, il ne faut pas s'y tromper, ce n'est pas un discours conservateur, c'est un discours d'extrême droite qui est porté, c'est-à-dire que, derrière les sourires, derrière des mots qui sur le coup peuvent flatter l'ego il y a un discours qui est mortifère. Vous savez, quand elle dit « l'Amérique en premier aux Américains », « l'Angleterre en premier aux Anglais », « la France en premier aux Français », eh bien, ça c'est un discours où on demande aux Nations de se dresser et donc on les met en compétition les uns contre les autres sauf que sur le podium il n'y a qu'une seule place. Donc ça, ce n'est pas du patriotisme, c'est du nationalisme et ça, ça mène à la guerre et vous savez moi, là, ce que je retrouve, c'est surtout les mêmes façons, les mêmes techniques que ce que j'ai connu dans ma circonscription, c'est-à-dire c'est la technique LE PEN sauf que quand vous regardez, le bilan LE PEN, eh bien, c'est une feuille blanche, en tout cas pour les Vauclusiens, ça l'a été !

JEFF WITTENBERG
Merci Brune POIRSON.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 février 2018

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