Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Public Sénat le 26 février 2018, sur le glyphostate, les négociations entre l'Union européenne et les pays du Mercosur, la biomasse, l'évacuation du site de Bure, les voies sur berge à Paris et sur la réforme de la SNCF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Public Sénat le 26 février 2018, sur le glyphostate, les négociations entre l'Union européenne et les pays du Mercosur, la biomasse, l'évacuation du site de Bure, les voies sur berge à Paris et sur la réforme de la SNCF.

Personnalité, fonction : LECORNU Sébastien, VIGUIER Cyril.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :
CYRIL VIGUIER
Bonjour à tous, rebonjour à ceux qui nous rejoignent, deuxième partie de cette matinale d'infos en direct du Salon de l'agriculture aujourd'hui avec évidemment la presse quotidienne région ale, les télés locales de France, les Indéradios – 130 radios qui sont nos partenaires sur tout le territoire français – et avec TV5 Monde. Aujourd'hui l'invité politique de Territoires d'Infos, ce matin en direct, c'est le ministre auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, c'est Sébastien LECORNU, bonjour, merci d'être avec nous. Vous êtes un habitué de Territoires d'Infos ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, exactement, merci de m'inviter sur le salon, ça me fait très plaisir.

CYRIL VIGUIER
Merci d'être avec nous. Pour vous interroger, à mes côtés : Marcelo WESFREID, du Figaro, pour Public Sénat, bonjour Marcelo...

MARCELO WESFREID
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Et Patrice MOYON de Ouest France, bonjour Patrice, merci d'être avec nous ce matin.

PATRICE MOYON
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Sébastien LECORNU, on vous voit partout : Fessenheim, Bure, La Hague, Flamanville, dès qu'il y a un sujet chaud vous y êtes, dès qu'il y a un sujet énergie c'est vous, est-ce que c'est vous le ministre de l'Energie avant d'être le ministre de plein exercice de la Transition écologique et solidaire ?

SEBASTIEN LECORNU
Ah ! Non, non, non, mais vous allez m'attirer des difficultés dès le début du salon et dès le lundi matin, non le ministre d'Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas HULOT est évidemment le ministre de l'écologie.

CYRIL VIGUIER
Non, j'avais bien compris, vous avez compris ma question...

SEBASTIEN LECORNU
Après il est vrai, il est vrai, il est vrai...

CYRIL VIGUIER
Comme il ne vient pas et que vous êtes là...

SEBASTIEN LECORNU
Non, non, attendez, il est vrai que je me suis spécialisé sur les questions d'énergie qui me passionne – d'ailleurs c'est ce qui va m'appeler à parler de méthanisation beaucoup avec mes amis agriculteurs sur le salon cette semaine...

CYRIL VIGUIER
On va y venir dans un instant.

SEBASTIEN LECORNU
A vrai dire ça fait 10 ans que je fais le Salon de l'agriculture, je l'ai fait comme jeune collaborateur de Bruno Le MAIRE où j'organisais ses déplacements ici lorsqu'il était ministre de l'Agriculture, j'y ai gardé d'ailleurs beaucoup d'amis parmi les professionnels et les responsables agricoles ; ensuite, je l'ai fait comme élu local, notamment en tant que président du Conseil département de l‘Eure - d'ailleurs tout à l'heure j'irai inaugurer le stand pour cette semaine de mon département avec mon successeur Pascal LEHONGRE -et puis bien sûr je vais aussi le faire avec ma nouvelle casquette de secrétaire d'Etat à la Transition écologique pendant trois jours, sachant que Brune POIRSON – ma collègue secrétaire d'Etat – va venir également deux jours. Voilà !

MARCELO WESFREID
Sébastien LECORNU, une question justement, Nicolas HULOT vous en parliez il ne vient pas, est-ce que ça peut paraitre un peu étonnant, certains parlent de dérobade, vous comprenez ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, enfin vous savez les commentaires des uns et des autres il faut apprendre désormais à s'en méfier, quoi que fasse Nicolas HULOT il est commenté de toute façon, donc il serait venu trop longtemps on aurait dit : « il pique la vedette à Stéphane TRAVERT », il ne vient pas du tout on dit que : « il se dérobe », franchement c'est un peu pénible. La vérité c'est que Nicolas HULOT il a préparé largement ce Salon de l'agriculture, il a multiplié les rencontres ces dernières semaines avec l'ensemble des grands syndicats, avec le réseau des Chambres consulaires agricoles, avec les grands décideurs du monde agricole et de la pêche d'ailleurs – parce que Nicolas HULOT est ministre de la Mer – ces rencontres-là ont donné lieu à un certain nombre de pistes de travail très opérationnelles sur lesquelles on va y revenir dont la méthanisation d'ailleurs fait partie, il a pris la parole effectivement chez vos confrères du JDD et son ministère va être largement représenté cette semaine par les services mais également par ses deux secrétaires d'Etat Brune POIRSON et moi-même.

MARCELO WESFREID
Justement dans cette interview au Journal Du Dimanche il fait état de l'interdiction du glyphosate en introduisant l'idée qu'il pourrait y avoir des exceptions d'ici trois ans, comment vous l'expliquez, à quoi vous l'attribuez et est-ce que ce n'est pas d'une certaine façon une reculade ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, il n'y a pas de nouveauté non plus là-dessus, il a toujours été très pragmatique sur les glyphosates. Si on prend un instant quand même pour en parler, puisque c'est un sujet qui est difficile et qui parfois n'est pas évident de le maîtriser et de le comprendre tant il est complexe : 1) déjà le glyphosate il y a un doute sérieux sur sa dangerosité, ça ce n'est pas nous qui le disons, ce sont l'ensemble des scientifiques et des experts qui ont travaillé sur le sujet, d'ailleurs c'est ce qui a amené à prendre un certain nombre de décisions d'interdiction déjà du glyphosate par exemple pour les collectivités territoriales dans les espaces publics, par exemple pour les particuliers. La question est plus délicate pour le monde agricole puisque les agriculteurs sont dépendants, ont besoin du glyphosate pour travailler - et donc ça pose la question des solutions de substitution - et cette question-là il faut qu'elle soit regardée avec pragmatisme et c'est bien sûr aux scientifiques, notamment par exemple à l'INRA, à des grands centres de recherches, que de donner les pistes de substitution possibles. Moi ce que je note c'est que depuis qu'on mène ce combat sur les glyphosates où je le rappelle normalement l'autorisation devait être donnée par la Commission européenne de le renouveler pour une période de 10 ans, grâce à l'action diplomatique de la France, le président de la République qui s'est beaucoup investi comme vous le savez sur le sujet, l‘horizon a été ramené à cinq et en interne – c'est-à-dire sur le sol français – nous avons choisi de le ramener à trois ans et, dans ces trois ans, nous devons trouver des solutions de substitution. Après, si toutes les solutions de substitution ne sont pas trouvées dans le délai de trois ans sur certains types d'exploitations ou sur certaines zones géographiques spécifiques, il y aura effectivement un certain nombre de dérogations ou d'exceptions qui représenteraient peu ou prou 5 % de l'ensemble du territoire français, ce qui n'est pas grand-chose. Le pragmatisme doit commander à cette décision sur les glyphosates, il ne faut pas prendre les agriculteurs en traite sur le sujet, ils ont besoin de ce pragmatisme - ça été redit d'ailleurs à madame LAMBERT, la présidente de la FNSEA, j'ai eu l'occasion de la recevoir sur le sujet et d'autres sujets il y a maintenant quelque temps - et vous notez aussi à quel point le plus grand syndicat agricole français lui aussi commence à prendre la parole sur la diminution des pesticides, sur le développement du biocontrôle, bref il y a un virage qui se fait.

PATRICE MOYON
Sébastien LECORNU, autre sujet sensible, l'agriculture française a été confrontée à un certain nombre de crises ces dernières années, aujourd'hui l'Union européenne est dans la dernière ligne droite des négociations avec les pays du Mercosur, il y a un certain nombre...

SEBASTIEN LECORNU
Oui.

PATRICE MOYON
Quelles sont les lignes rouges aujourd'hui pour la France sur ces négociations-là pour la viande, viande bovine notamment, pour le sucre, pour l'éthanol ?

SEBASTIEN LECORNU
Et même parfois certains fruits et légumes. Les lignes rouges elles sont clairement établies, d'ailleurs au passage aujourd'hui le président de la République l'a dit très clairement lors de sa visite au salon samedi dernier, le ministre d'Etat Nicolas HULOT l'a dit aussi hier, le compte n'y est pas sur les négociations actuelles, d'ailleurs les négociateurs eux-mêmes qui traitent avec le Mercosur sur le sujet le disent très clairement, nous on ne veut pas de traiter de libre échange qui amoindriraient nos standards environnementaux, notamment aussi nos standards climatiques sur toute notre politique liée au climat, liée à la COP21, etc., donc aujourd'hui le compte n'y est pas, les négociations doivent se poursuivre avec cette volonté française justement de ne pas amoindrir – comme on l'avait fait d'ailleurs pour le CETA avec le veto climatique – nos standards. Ça veut dire que là aussi il faut regarder cette question avec pragmatisme, aujourd'hui une grande partie de la viande bovine consommée par exemple dans les cantines sont déjà de la viande importée, donc ce n'est pas de la faute du Mercosur, ce qu'il faut c'est véritablement définir des grandes lignes rouges de force, elles l'ont été notamment par exemple sur la volaille - dont on entend les poulets derrière nous - puisque les Français sont de grands consommateurs de filets par exemple...

PATRICE MOYON
... aujourd'hui en France 88 % de la viande consommée est de la viande d'importation déjà, donc il y a vrai risque ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais c'est bien pour ça qu'il faut faire du en même temps, en même temps et très dur sur les lignes rouges liées à la négociation du Mercosur et en même temps développer des circuits courts dans les cantines scolaires ou même dans les cantines des Ehpad, bref liés à la commande publique, pour arriver à recréer des filières locales qui permettent de trouver des débouchés pour nos agriculteurs, notamment effectivement dans les cantines – moi je l'ai fait dans mon département – mais ce n'est pas toujours évident, donc il faut qu'on arrive à accompagner tout ça, c'est l'objectif de 50 % de bio et ou de produits de proximité de qualité dans les cantines à horizon de la fin du quinquennat que nous allons tenir.

PATRICE MOYON
Autre inquiétude celle portant sur le budget de la politique agricole commune qui pourrait être revu à la baisse avec le départ des Anglais, Phil HOGAN - le commissaire à l'Agriculture - dans un entretien à Ouest France a dit que l'une des options ça pourrait être d'augmenter la contribution des états membres, est-ce que c'est une solution que vous défendez ?

SEBASTIEN LECORNU
Moi je ne suis pas là pour la défendre, je ne suis pas ministre en charge de cela et je suis très attentif à ne pas empiéter sur les platebandes de mon ami Stéphane TRAVERT, toutes les options sont sur la table. L'idée est claire, la PAC elle est là pour protéger les agriculteurs, la PAC elle est là, l'Europe donc est là pour amoindrir les coûts, les chocs lorsque l'agriculture française rencontre un choc – d'ailleurs c'est tout le débat sur les ICHN – et donc toutes les pistes sont sur la table pour le gouvernement français pour préserver ce modèle, ça fait partie aussi des nombreuses conversations que Nathalie LOISEAU – la ministre en charge des Affaires européennes – a avec l'ensemble des pays européens, notamment nos amis Allemands.

CYRIL VIGUIER
C'est Sébastien LECORNU, le ministre auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, qui est l'invité politique de Territoires d'Infos ce matin.

MARCELO WESFREID
Sébastien LECORNU, vous avez fait des annonces sur la méthanisation, vous comptez beaucoup – le président aussi l'a dit devant les agriculteurs à l'Elysée – pour notamment développer le biogaz, c'est une solution qui a déjà été... on se souvient que Stéphane LE FOLL, l'ancien ministre de l'Agriculture, en parlait beaucoup aussi, alors une question : pourquoi jusqu'à maintenant ça n'a pas pris, quels sont les verrous que vous comptez faire sauter avec votre nouveau plan ?

SEBASTIEN LECORNU
Un mot déjà sur le fond. La méthanisation ça fait effectivement longtemps que tout le monde en parle, il y a eu un certain nombre de progrès ces dernières années, mais le compte n'y est pas en termes de massification pour en avoir un véritable levier à l'échelle nationale, on a besoin des agriculteurs pour la transition énergétique, les énergies renouvelables, le vent, les éoliennes sont souvent posées dans des champs, le photovoltaïque, historiquement les bâtiments d'élevage ont souvent été les premiers bâtiments à accueillir les panneaux solaires et bien évidemment la biomasse et donc en particulier la méthanisation, c'est-à-dire que pour développer les énergies renouvelables moi qui m'occupe d'énergie auprès de Nicolas HULOT j'ai besoin des agriculteurs - d'ailleurs il y a pratiquement 50.000 exploitations agricoles qui de près ou de loin ont déjà des installations d'énergies renouvelables - et inversement les agriculteurs dans leur volonté d'avoir des prix, d'une part ont besoin aussi de diversifier leur revenu d'autre part, si vous mettez un revenu médian agricole à 25.000 euros par an, je crois que les dernières études donnent à peu près ce chiffre-là, toutes énergies renouvelables confondues cela pourrait permettre de créer 15.000 euros supplémentaires de richesse et de revenu pour nos amis agriculteurs par année. Pourquoi ça n'a pas fonctionné jusqu'à présent, ou mal fonctionné, ou pas assez vite fonctionné ? Deux séries de raisons très simples, mais je voulais d'abord refaire la pédagogie du pourquoi on se mettait sur cette méthanisation : la première raison, elle est bien évidemment sur les questions de simplification réglementaires, comme je l'ai fait pour l'éolien, comme je le ferai pour le photovoltaïque, il faut qu'on arrive à simplifier, c'est la classification en ICPE – c'est un peu barbare pour ceux qui nous regardent – mais bref c'est notre capacité à avoir un champ réglementaire plus simple, notamment autour du qualificatif de déchet, d'épandage, du digestable (phon) ; et puis la deuxième raison c'est qu'un méthaniseur ça coûte très, très cher, c'est très capitalistique en investissement, et on ne va pas demander à un agriculteur d'hypothéquer sa ferme pour se doter d'un méthaniseur, et c'est pour ça que dans le grand plan d'investissement voulu par Stéphane TRAVERT et par le président de la République il y a 100 millions d'euros sur la table par la BPI pour aider à l'investissement et moi j'ai mis le monde bancaire autour de la table également pour aider les agriculteurs à franchir le cap.

MARCELO WESFREID
Sur le nucléaire vous êtes extrêmement présent, on le rappelait à l'instant : La Hague, Flamanville, etc., vous étiez à Bure sur le site d'enfouissement des déchets nucléaires, l'intervention très musclée de 500 gendarmes pour déloger une quinzaine d'écologistes c'est la méthode assez forte qu'a utilisé le gouvernement, derrière vous vouliez rencontrer un certain nombre d'élus opposés ou d'opposants tout à fait modérés, ils ne sont pas venus à la rencontre avec vous, est-ce que la méthode dure ne les a pas braqué ?

SEBASTIEN LECORNU
On n'a pas expulsé les écologistes.

MARCELO WESFREID
Des militants anti...

SEBASTIEN LECORNU
Non, non. Non, non.

MARCELO WESFREID
Opposés à...

SEBASTIEN LECORNU
Non, non, non.

MARCELO WESFREID
Des zadistes.

SEBASTIEN LECORNU
Non, non, non, on a expulsé des délinquants, des gens affiliés à l'ultra gauche et parfois des mouvements anarchistes, à des gens dont la violence est le mode opératoire, à des gens qui s'en sont pris aux gendarmes, qui ont fait de la garde à vue parce qu'ils...

MARCELO WESFREID
Oui, mais des opposants...

SEBASTIEN LECORNU
Moi j'étais très attaché...

CYRIL VIGUIER
C'était très différent qu'à Notre-Dame-des-Landes, vous voulez dire ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui.

CYRIL VIGUIER
Mais ça n'était pas le même genre d'après vous de population ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, ce n'était pas le même genre. Attendez, on va être très clair, Cigéo est un projet de long terme, sur lequel d'ailleurs aujourd'hui il n'y a aucune matière radioactive à Bure, sur lequel aujourd'hui il n'y a jamais qu'un laboratoire qui teste potentiellement la capacité à faire ce site d'enfouissement pour les déchets nucléaires, le premier colis de déchets nucléaires si le calendrier devait être tenu ce serait 2030, donc les gens qui occupent illégalement le Bois Lejuc comme ils l'ont fait jusqu'à présent, comme tous celles et ceux qui empruntent la voie de la violence sont des délinquants...

MARCELO WESFREID
Des délinquants, vous dites ? Des délinquants ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, je le dis. Parce que moi, je ne peux pas me permettre cette assimilation entre des opposants légaux, des associations, des élus locaux.

MARCELO WESFREID
Alors des opposants légaux qui ont boycotté votre présence.

SEBASTIEN LECORNU
J'y arrive, j'y arrive mais c'est très important. On ne peut pas assimiler des gens qui empruntent les voies de droit, qui peut-être attaqueront le projet Cigéo devant le tribunal administratif, devant le Conseil d'Etat. Ces gens-là doivent être respectés, c'est pour ça d'ailleurs que j'aurai l'occasion encore de les recevoir dans les semaines qui viendront au ministère. Des opposants illégaux qui, eux, occupent illégalement un bois, sont violents, commettent des vols dans les commerces alentour, commentent des dégradations. La mairie de Bure a encore été saccagée, le monument aux morts de Bure a été profané au mois de juin dernier. Bref, on ne peut pas assimiler les opposants illégaux avec les opposants légaux. Moi, je suis très attaché à cette dimension-là. La réponse de dimanche dernier était une réponse du retour de l'Etat de droit. L'Etat de droit, c'est aussi la concertation et la consultation, c'est ce que je m'employais à faire. Les associations effectivement ont boudé le rendez-vous vendredi matin que je leur proposais. Ce n'est pas très grave parce que j'avais déjà eu l'occasion de les voir avant et vu l'échelle du projet - c'est pour ça que je commençais par son calendrier – croyez bien que j'aurai l'occasion de les revoir.

PATRICE MOYON
Sur ce territoire où il y a eu beaucoup d'argent public aussi d'investi, quel est le projet de développement ? Parce qu'on est sur des territoires qui sont très isolés entre la Meuse et la Haute-Marne. Comment est-ce que le gouvernement va accompagner véritablement ce développement pour ne pas qu'il y ait du saupoudrage et finalement qui ne débouche sur rien de concret ?

SEBASTIEN LECORNU
Votre question est absolument centrale. Cela pose la question de l'acceptabilité locale du projet, de la lutte contre la désertification de ces territoires ruraux pour laquelle effectivement il y a beaucoup d'argent qui sont sur la table grâce à ce projet Cigéo. Près de sept cents millions d'euros d'ailleurs a été mobilisé depuis le début des années 2000 et sur lesquels il faut qu'on soit en capacité d'écrire le projet de territoire pour la suite. « On », ce sont les élus locaux, les départements, l'ensemble des chambres consulaires et, bien évidemment, le gouvernement. C'est pour cela que je vais réunir le Comité de Haut Niveau du projet Cigéo le 7 mars prochain et qu'on va se dire deux, trois vérités sur la suite de l'écriture du projet de territoire pour prendre des décisions à l'horizon du prochain Comité de Haut Niveau qui se tiendra au mois de septembre ou au mois d'octobre prochain. Moi j'ai déjà des idées très concrètes mais, comme je crois à la décentralisation, je ne veux pas me substituer aux décideurs locaux. Mais évidemment le numérique ; évidemment là aussi la méthanisation par exemple pour les agriculteurs sur lequel on pourrait imaginer des schémas de méthanisation sur les deux départements ; évidemment la transition énergétique au sens large du terme ; la performance énergétique des bâtiments. Autant de sujets qui me sont chers sur lesquels Cigéo doit être une opportunité de faire de ces départements des départements pilotes et en avance.

MARCELO WESFREID
Sébastien LECORNU, ça coince à Paris. Sur les voies sur berg, le tribunal administratif a dit : « Ce n'est pas possible ». Est-ce que vous dites à Anne HIDALGO de revoir sa méthode et surtout d'accepter la main tendue de la présidente de région Valérie PECRESSE qui veut faire un projet alternatif ?

SEBASTIEN LECORNU
Vous savez, je ne suis pas Ban KI-MOON. Je ne vais pas m'interposer entre Valérie PECRESSE et Anne HIDALGO. Je n'ai pas la prétention de pouvoir régler cela. Blague à part, je suis membre du gouvernement qui a porté les ordonnances sur la concertation et sur l'évaluation environnementale au Parlement. Je suis donc celui qui, le dernier en date, a poussé les curseurs sur les enquêtes publiques, a poussé les curseurs sur la capacité à saisir la commission du débat public pour un certain nombre de projets ayant un impact sur l'environnement. Vous pensez bien que de l'autre côté, lorsque la maire de Paris qui, et c'est bien louable et c'est bien qu'elle le fasse, s'empare du dossier de la pollution de l'air et de la lutte contre la pollution de l'air, lorsqu'elle néglige l'enquête publique, lorsqu'elle est parfois un peu brutale et autoritaire dans la manière de s'y prendre avec ses concitoyens, négligeant une fois de plus, j'insiste, l'étude d'impact qui est une étude d'impact légale qui est obligatoire puisqu'il y a des fermetures de circulation, fondamentalement je ne peux pas l'encourager. C'est pour cela que je souhaite que, de nouveau, la mairie de Paris se remette autour de la table avec l'ensemble des collectivités territoriales et, pourquoi pas, le conseil régional d'Ile-de-France et surtout fasse preuve de pédagogie pour expliquer la décision et, une fois de plus, porte beaucoup d'attention à l'étude d'impact. Ce sont des lois de la République qu'il s'agit d'appliquer. C'est pour ça que le tribunal administratif a annulé cet arrêté.

PATRICE MOYON
Pédagogie, Sébastien LECORNU. L'actualité aussi de cette semaine, c'est la réforme de la SNCF, le rapport Spinetta qui a été remis. Est-ce qu'il faut effectivement passer par des ordonnances pour réformer la SNCF et dans quel cadre ? Est-ce que c'est pour le statut ? Est-ce que c'est pour la question du statut des cheminots ? La question de la société ?

SEBASTIEN LECORNU
Ecoutez, on est tous impatient de savoir. On le saura dans la matinée, je crois, puisque le Premier ministre va annoncer la méthode.

CYRIL VIGUIER
Ce matin.

SEBASTIEN LECORNU
Ce que je veux vous dire, c'est que le statut quo autour de la SNCF n'est plus possible. On n'a jamais mis autant d'argent en subventions publiques sur la question ferroviaire. Il n'y a jamais eu autant de mécontentement de la part de nos concitoyens qui sont, par ailleurs, des usagers du service public ferroviaire, des clients de la SNCF. Je pense que les débats et l'actualité autour de la gare Montparnasse résonnent encore dans notre esprit de manière tout à fait récente. On ne peut donc pas être immobile sur cette question de la SNCF.

MARCELO WESFREID
Mais est-ce que vous êtes prêt à aller à l'épreuve de force, Sébastien LECORNU ?

SEBASTIEN LECORNU
Ça veut dire qu'il y a la question du statut de l'entreprise, c'est ce que le rapport Spinetta pointe. Il y a la question du statut des agents de la SNCF, on aura la réponse ce matin avec le Premier ministre. Il y a la question des lignes, également des petites lignes comme on dit, les lignes d'intérêt régional, sur lesquelles les conseils régionaux doivent se mobiliser. Bref, il y a un certain nombre de pistes qui sont sur la table dont notamment la gestion de la dette de la SNCF qui est quelque chose d'un peu technique pour nos concitoyens mais qui est fondamental parce que c'est ce qui ampute nos capacités à prévoir…

MARCELO WESFREID
Mais est-ce que vous êtes prêt à l'épreuve de force ?

SEBASTIEN LECORNU
Non mais vous voyez bien sur quoi Emmanuel MACRON a été élu, le mouvement et la promesse de la transformation et du changement. Vous voyez pourquoi quelqu'un qui vient des Républicains comme moi a accepté la main tendue du président de la République à l'égard de ceux qui n'avaient pas voté pour lui au premier tour pour la même raison. C'est la promesse qu'on a ouvert une fenêtre dans le pays qui nous permet profondément de le transformer parce que c'est ce que veulent nos concitoyens, tout en écoutant…

MARCELO WESFREID
Mais avec le risque de blocage si une grève massive se déclenche.

SEBASTIEN LECORNU
Non, parce que tout en écoutant – c'est ce que j'allais vous dire – tout en écoutant nos concitoyens y compris dans la démocratie sociale. Ce que va dire le Premier ministre tout à l'heure, c'est un calendrier et une méthode et, de ce que j'en sais, il y aura une bonne place pour la concertation avec l'ensemble des partenaires sociaux sur ce sujet comme dans d'autres. Vous l'avez vu à Fessenheim, vous l'avez vu à Bure. Ce sont mes propres dossiers. Quelle est la méthode ? On prend du temps, on écoute et en même temps on décide.

CYRIL VIGUIER
Sébastien LECORNU, Arnaud MONTEBOURG dit que l'on peut changer le monde. Il se lance dans la culture des amandes, développer aussi les filières du miel. C'est plus efficace que la politique, le privé ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais il renvoie une image moderne de ce que sont les anciens ministres là où d'autres s'accrochent beaucoup parfois pour revenir ou rester, lui montre qu'une vie est possible après la politique. Je le crois profondément moi-même. J'espère qu'il m'offrira un pot de miel.

CYRIL VIGUIER
Ça sera votre cas alors, vous, après ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui. J'ai trente et un ans, je disais que ça fait dix ans que je viens sur le salon.

MARCELO WESFREID
Vous êtes le benjamin du gouvernement.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, benjamin tout en étant le plus vieux probablement puisqu'effectivement ça fait déjà dix ans que je fais de la politique.

CYRIL VIGUIER
Et vous imaginez autre chose après ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, bien sûr. C'est souhaitable y compris…

CYRIL VIGUIER
Quoi par exemple ? Vous avez réfléchi à tout ça ?

SEBASTIEN LECORNU
Pourquoi pas une vie économique d'entrepreneur ou une vie associative. Vous voyez, je vois Pascal CANFIN, dont je ne partage pas toutes les opinions initiales, qui après avoir été ministre devient directeur général de WWF. Il continue son engagement, d'autres entreprennent. Je trouve cela assez sain.

CYRIL VIGUIER
Merci Sébastien LECORNU, ministre auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, d'avoir été en direct avec nous ici au Salon de l'agriculture.

SEBASTIEN LECORNU
Merci de m'avoir invité.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 février 2018

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