Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à BFM TV le 27 février 2018, sur l'annonce de la réforme de la SNCF par voie d'ordonnances et la priorité donnée aux "transports du quotidien". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à BFM TV le 27 février 2018, sur l'annonce de la réforme de la SNCF par voie d'ordonnances et la priorité donnée aux "transports du quotidien".

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, Malherbe Apolline (de).

FRANCE. Ministre des transports;

ti : APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être avec nous. Vous êtes ministre des Transports. Réforme de la SNCF, le Premier ministre, vous étiez à ses côtés, a annoncé hier que vous alliez procéder par ordonnances. En quoi avez-vous besoin d'ordonnances ? Ce statut, notamment des cheminots, la SNCF, créée en 1945, et même parfois avant pour le statut, et soudain il y aurait une telle urgence qu'il faudrait passer en force.

ELISABETH BORNE
D'abord il ne s'agit pas de passer en force, mais peut-être, avant de parler de la méthode, je voudrais revenir sur pourquoi…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais elle est trop symptomatique.

ELISABETH BORNE
Oui, parce qu'il y a effectivement urgence à agir. Pourquoi il y a urgence à agir ? Parce que le service public ferroviaire c'est très important pour tous les Français, il y a 4 millions de Français qui prennent le train chaque jour. Et qu'est-ce qu'ils constatent les Français ? Ils constatent que la qualité de service elle n'est pas au niveau attendu. Je pense qu'ils voient bien de quoi je parle, quand on a des trains qui arrivent en retard, c'est du stress le matin quand on doit aller à son travail, c'est aussi du stress quand on doit aller chercher ses enfants à la crèche, c'est aussi se sentir obligé de prendre le train d'avant quand on a un rendez-vous important, donc la qualité de service n'est pas au rendez-vous. Alors, on pourrait se dire c'est parce qu'on a voulu faire des économies, eh bien justement pas, on n'a jamais dépensé autant d'argent, les contribuables n'ont jamais dépensé autant d'argent dans le service public ferroviaire.

APOLLINE DE MALHERBE
Sur le constat, personne ne vous remettra en cause, Philippe MARTINEZ, le patron de la CGT, qui était mon invité sur RMC à 8h10, disait « réforme oui, mais cette manière de procéder, à la fois sur le fond et sur la forme », il parle d'attaque gravissime contre le service public.

ELISABETH BORNE
Personne n'attaque le service public. Personne n'attaque le service public, ce que veut le gouvernement c'est un meilleur service public ferroviaire pour tous les Français. Et, effectivement, il y a urgence à agir.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous allez braquer tout le monde. Vous avez la majorité, vous avez l'opinion publique avec vous, pourquoi choisir de passer en force ?

ELISABETH BORNE
Il y a urgence à agir et en même temps on veut de la concertation. Moi je l'ai dit hier, on ouvre deux mois…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais c'est de la concertation pour du beurre quand on parle d'ordonnances.

ELISABETH BORNE
Attendez. La concertation, elle démarre cette semaine, il y a beaucoup de sujets à discuter. Moi j'ai proposé aux organisations syndicales qu'on se rencontre dès jeudi, j'ai proposé à chacune des organisations syndicales qu'on se voit dès jeudi, parce qu'il y a beaucoup de sujets à discuter.

APOLLINE DE MALHERBE
Sur quoi est-ce qu'ils auront une marge de manoeuvre ?

ELISABETH BORNE
Mais il y a beaucoup de sujets à discuter. On sait depuis des années qu'il faut ouvrir à la concurrence, moi je préférerais que mes prédécesseurs s'en soient occupés, ça fait des années qu'on sait qu'il faut ouvrir à la concurrence.

APOLLINE DE MALHERBE
On le subit ?

ELISABETH BORNE
On ne le subit pas, on va ouvrir à la concurrence, mais on aurait pu s'en occuper…

APOLLINE DE MALHERBE
Non, mais on le subit, ce choix d'ouvrir à la concurrence c'est un choix européen.

ELISABETH BORNE
D'abord, il y a un cadre européen, que chacun connaît depuis des années, et donc si on s'en était occupé avant il y aurait moins d'urgence, donc il y a un cadre européen, mais l'ouverture à la concurrence, dans tous les pays où elle a été faite, c'est plus de services, un meilleur service, pour les Français. Donc voilà, c'est ça qu'on veut faire, donc il y a effectivement urgence à agir, mais il y a place pour la concertation, moi je tiens à le dire.

APOLLINE DE MALHERBE
Quels points, je reviens à ma question précise, sur quels points est-ce que vous laisserez de la marge aux organisations syndicales ?

ELISABETH BORNE
Il y a beaucoup de sujets à discuter.

APOLLINE DE MALHERBE
Lesquels ?

ELISABETH BORNE
Alors, l'ouverture à la concurrence, on a dit qu'on voulait une ouverture…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais l'ouverture à la concurrence, ils ne peuvent pas remettre en cause le principe.

ELISABETH BORNE
Le principe il est clair, il est connu depuis des années, mais quel calendrier, on a dit qu'on voulait une ouverture à la concurrence progressive, quel calendrier ? C'est un premier point important à discuter avec les organisations syndicales.

APOLLINE DE MALHERBE
Quel calendrier également pour les engagements sur le statut de cheminot ?

ELISABETH BORNE
Quel calendrier aussi, on a dit clairement, à l'avenir on ne recrutera plus au statut. Quel calendrier ?

APOLLINE DE MALHERBE
A partir de quand ?

ELISABETH BORNE
Quel calendrier, à partir de quand ? Et sur l'ouverture à la concurrence, et moi je le dis clairement, les cheminots se posent beaucoup de questions. Si la SNCF perd un contrat, les cheminots ils savent qu'ils vont être transférés dans une autre entreprise. Ecoutez, moi ceux que j'ai encore vus la semaine dernière ils disent « comment ça va se passer ? », donc ça il faut absolument qu'on puisse en parler. Il faut parler de tous ces sujets, les mettre sur la table, et prendre le temps de la concertation.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous comprenez leur inquiétude ?

ELISABETH BORNE
Moi je comprends leur inquiétude, je comprends leur inquiétude, donc ça veut dire qu'il faut en parler, qu'il faut mettre les sujets sur la table. Vous savez, ça fait des années que justement, quand on a des sujets qui inquiètent, on n'en parle pas, et ne pas parler des sujets ça ne fait pas que les sujets n'existent pas.

APOLLINE DE MALHERBE
Supprimer le statut de cheminot, on a un peu l'impression que, du coup, le cheminot c'est un peu le mal dont souffrirait aujourd'hui la SNCF. Ce matin un auditeur de RMC nous téléphonait, il s'appelle Gurvan, il nous expliquait, il était 8h00 du matin, qu'il avait travaillé toute la nuit, il est agent SNCF, il avait travaillé dans le froid sur un pont au dessus de la Garonne, et il touche 1250 euros bruts par mois. Ça vous paraît normal ?

ELISABETH BORNE
Mais attendez, personne ne met en cause les cheminots. Moi je connais bien les cheminots, je connais la difficulté de leur métier…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais c'est satisfaisant ça ?

ELISABETH BORNE
La question de la rémunération, ce n'est pas de ça dont le gouvernement est en train de s'occuper…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça aussi ce sera sur la table ?

ELISABETH BORNE
Ça ne se discute pas avec le gouvernement, la rémunération des cheminots, mais moi je suis parfaitement consciente que les cheminots ont un métier difficile, et les cheminots, vous savez, quand ils sont face à des voyageurs qui sont mécontents, par exemple après les incidents de Montparnasse, vous croyez qu'ils veulent que rien ne change ? Moi je sais que les cheminots ils attendent aussi que la SNCF change. Des cheminots, moi j'en ai aussi entendus qui me disent « nous on fait remonter des problèmes, quand on est conducteur on fait remonter des problèmes, il ne se passe rien. » Alors, on va leur expliquer c'est parce qu'ils sont à SNCF Mobilités et que c'est SNCF Réseau qui doit s'en occuper. Je pense que les cheminots ils savent aussi, très bien, qu'il faut que ça change. Et donc, ça va changer, on va en discuter, il y a beaucoup de sujets à discuter, des sujets de calendrier, le sujet du sac-à-dos social, donc qu'est-ce que les cheminots, quand ils vont être transférés, vont emmener comme avantages.

APOLLINE DE MALHERBE
Lesquels ? Est-ce qu'il y a déjà des choses sur lesquelles vous dites ne vous inquiétez pas, on n'y touchera pas ?

ELISABETH BORNE
Très clairement, les cheminots ils ont un régime de retraite, quand ils seront transférés ils partiront avec leur régime de retraite…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ces régimes de retraite, eux aussi ils seront revus dans quelques années, vous en avez parlé, vous savez que c'est sur la table.

ELISABETH BORNE
La réforme des retraites, il y a une réflexion globale qui concerne tous les Français.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce qui veut dire que le sac-à-dis il est temporaire, il y a un moment où dans le sac-à-dos vous continuerez à enlever des choses.

ELISABETH BORNE
Attendez, il n'y a aucune remise en cause des retraites des cheminots, ce n'est absolument pas le sujet…

APOLLINE DE MALHERBE
Pas à ce stade.

ELISABETH BORNE
Il y a une réforme globale des retraites qui concerne tous les Français, il y a une réforme globale qui concerne tous les Français.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais le statut de retraite des cheminots sera discuté.

ELISABETH BORNE
Il y aura une discussion sur l'ensemble des régimes de retraite, et ce n'est pas de ça dont on est en train de parler…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous ne pouvez pas leur garantir aujourd'hui, c'est quand même aussi une de leurs inquiétudes, que leur retraite, leur statut de retraite, ne sera pas touché dans les années qui viennent.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on est en train de parler des futurs recrutés…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais eux ils ont forcément ça en tête.

ELISABETH BORNE
Moi je suis bien consciente qu'il y a des questions, il est normal… il y a des sujets dont on n'a pas parlé…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais là-dessus vous ne pouvez pas les rassurer, vous ne pouvez pas leur dire « non on n'y touchera pas. »

ELISABETH BORNE
Je suis en train de leur dire qu'on n'est pas en train de faire une réforme des retraites des cheminots, on est en train de faire une réforme pour améliorer le service public…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc ils se disent on est mangé à cette sauce-là maintenant, et puis on sera mangé à l'autre dans quelque temps.

ELISABETH BORNE
Je comprends qu'il y a des inquiétudes, il y a beaucoup de sujets à discuter, sur l'ouverture à la concurrence, sur la façon dont ça va se passer pour les cheminots, sur le calendrier de l'ouverture à la concurrence, sur effectivement les cheminots… et ils me disent « notre statut c'est la contrepartie de contraintes particulières », très bien, demain il va y avoir des autres entreprises ferroviaires avec des salariés qui vont faire le même métier, donc ces contraintes, mettons-les sur la table, discutons-en, et effectivement il y a une convention collective maintenant dans le secteur ferroviaire, eh bien s'il y a des contraintes…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc prendre en compte ces contraintes.

ELISABETH BORNE
S'il y a des contraintes, elles sont valables pour les cheminots de la SNCF, elles seront valables pour les cheminots des autres entreprises ferroviaires et donc ça doit se discuter dans la convention collective.

APOLLINE DE MALHERBE
Les organisations syndicales se retrouveront à 17h00 aujourd'hui pour décider ensemble d'un mouvement, sans doute de grève, assez rapide. Voilà ce que disait que Philippe MARTINEZ à mon micro à 8h10 tout à l'heure.

PHILIPPE MARTINEZ, SECRETAIRE GENERAL DE LA CGT
Je dis que c'est les cheminots qui vont décider, il y a urgence, mais en même temps il y a à construire un mouvement avec les cheminots, et à discuter avec les cheminots, en tout cas on ne peut pas laisser faire ça sans rien faire et donc la réponse sera appropriée, dès ce soir, à l'attaque qui est portée contre les cheminots et les usagers. C'est la notion de service public qui est en danger en changeant le statut de l'entreprise, en favorisant le fait que, rapidement, des capitaux privés puissent rentrer dans la SNCF.

APOLLINE DE MALHERBE
Deux points. D'abord la question de la mobilisation, et notamment de la grève, vous ne craignez pas de bloquer le pays ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je souhaite le dialogue, la concertation, ma méthode c'est le dialogue, la concertation. Donc, la concertation, elle démarre dès cette semaine, j'ai proposé à chacune des organisations syndicales qu'on se voit jeudi. Donc, mettons les sujets sur la table. Je le redis, ce n'est pas en ne parlant pas des sujets qu'ils n'existent pas, et donc il faut en parler.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous comprenez bien qu'il y a un peu un double langage, parce que vous dites, ma méthode c'est le dialogue et la concertation, et en même temps les ordonnances, ce n'est par raccord.

ELISABETH BORNE
Je suis désolée, ça peut très bien coexister. On a dit qu'on allait présenter un projet de loi d'habilitation qui permet de faire des ordonnances, mais on a dit, aussi, qu'il faut que la concertation se déroule, et que quand la concertation aura suffisamment avancé, alors on remplacera, on remplacera les ordonnances par des dispositions législatives dans la loi.

APOLLINE DE MALHERBE
Elisabeth BORNE, il va y avoir un rapport de force, et du côté des cheminots, évidemment, l'outil ce sera la grève.

ELISABETH BORNE
Le rapport de force, ce n'est pas ce que souhaite le gouvernement, le gouvernement il souhaite la concertation, 2 mois de concertation, j'ai proposé hier un calendrier, on a beaucoup de sujets à discuter, donc commençons par discuter.

APOLLINE DE MALHERBE
L'autre point sur lequel Philippe MARTINEZ revenait tout à l'heure, c'est la question du service public, est-ce que vous allez vers la privatisation de la SNCF ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, c'est toujours les amalgames comme ça, pour créer de l'inquiétude, et c'est comme ça qu'on n'avance pas. Personne, personne ne parle de privatisation. Le Premier ministre l'a dit très clairement…

APOLLINE DE MALHERBE
Ni aujourd'hui, ni demain ?

ELISABETH BORNE
Ni aujourd'hui, ni demain, on l'a dit très clairement, la SNCF c'est une entreprise publique, qui fait des missions de service public, qui est dans le patrimoine des Français, et qui le restera. Et j'entendais aussi le fait que l'ouverture à la concurrence ça allait être moins de services dans les régions, c'est les régions qui définissent le service public, que ce soit la SNCF ou une autre entreprise, les régions continueront à définir quels services elles veulent dans leur région.

APOLLINE DE MALHERBE
La question évidemment des petites lignes. Dans le rapport Spinetta il parlait de 9000 kilomètres de petites lignes non rentables qu'il faudrait fermer, est-ce que ce matin vous pouvez nous dire, Elisabeth BORNE, qu'aucun de ces kilomètres ne sera supprimé ?

ELISABETH BORNE
Ça n'a aucun sens de parler de lignes non rentables, ces lignes elles sont dans les contrats de service public définis par les régions, donc, les régions, elles soutiennent ces lignes et elles continueront, demain, comme aujourd'hui, à les soutenir. Et quand on parle de petites lignes, moi j'ai eu l'occasion de dire, c'est un terme que je n'aime pas, ce n'est pas des petites lignes, c'est des lignes qui sont essentielles pour beaucoup de Français, voilà, donc c'est des lignes qui sont importantes. C'est pour ça que l'Etat et les régions vont mettre 1,5 milliard dans le cadre des contrats de plan Etat-Région pour moderniser ces petites lignes. Je pense que ceux qui les utilisent, ceux qui utilisent ces petites lignes, ils savent très bien que ces lignes ont besoin de modernisation, quand on roule à 60 km/h sur une de ces lignes, on voit qu'il y a besoin de moderniser ces petites lignes, ces lignes, et il y a justement 1,5 milliards qui va être investi.

APOLLINE DE MALHERBE
Je vous repose la question précisément, est-ce que vous vous engagez à ce qu'aucun des 9000 kilomètres, pas un seul kilomètre de ces lignes-là, ne soit fermé ?

ELISABETH BORNE
Mais ce n'est pas moi qui décide, c'est des lignes sur lesquelles…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous ferez en sorte que ces lignes ne soient pas fermées ?

ELISABETH BORNE
1,5 milliard vont être investis dans ces lignes, dans le cadre des contrats de plan avec les régions, comme c'était prévu.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous ne dites pas qu'elles ne seront pas fermées, vous ne savez pas ?

ELISABETH BORNE
Mais ce n'est pas ma décision, ce n'est pas ma décision, c'est des décisions qui vont se prendre dans les régions, et là, pour l'instant, on les modernise ces petites lignes, 1,5 milliard.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc on ne peut garantir que les petites lignes ne fermeront pas ?

ELISABETH BORNE
C'est la décision qui sera prise dans les régions.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous n'allez pas dire, imposer…

ELISABETH BORNE
Moi je dis l'Etat va respecter ses engagements et le milliard cinq, 1,5 milliard, c'est beaucoup d'argent, qui est prévu, il va être dépensé. Et je voudrais le dire aussi, parce qu'on nous suspecte de nous désengager du ferroviaire, vous savez que dans les 10 prochaines années on va dépenser 36 milliards d'euros, 36 milliards d'euros, c'est énormément d'argent, c'est plus qu'on n'a jamais dépensé pour moderniser le réseau ferré national, c'est 10 millions d'euros par jour pendant 10 ans. 10 millions d'euros par jour pendant 10 ans pour moderniser un réseau sur lequel il y a eu des mauvais choix d'investissement, pendant des années on a fait des lignes à grande vitesse, au détriment du réseau.

APOLLINE DE MALHERBE
Comment on en est arrivé-là ?

ELISABETH BORNE
Eh bien, voilà, je viens de vous le dire, l'Etat a sa responsabilité, l'Etat, et ce n'était pas moi, mais l'Etat a sa part de responsabilité…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais la SNCF, c'était vous…

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas la SNCF qui a décidé…

APOLLINE DE MALHERBE
Elisabeth BORNE, vous étiez… vous avez été pendant près de… de 2002 à 2007, directrice de la stratégie de la SNCF…

ELISABETH BORNE
Oui, eh bien, donc, je vous dis, ce n'est pas la SNCF qui a pris ces décisions, ce n'est pas la SNCF qui a décidé…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous avez alerté à ce moment-là ?

ELISABETH BORNE
Ça fait des années, vous savez, ça fait depuis 2005 qu'on a un rapport qui dit qu'il faut remettre de l'argent sur le réseau classique, ça fait depuis 2005, et donc nous allons le faire, 36 milliards d'euros dans les 10 prochaines années, c'est 50 % de plus que ce qu'on a fait au cours des 10 dernières années.10 millions d'euros par jour pendant 10 ans.

APOLLINE DE MALHERBE
Ces choix stratégiques, désormais, vous allez les faire évoluer, c'est-à-dire, les petites lignes, vous dites : on va tenter de les maintenir, mais enfin, on entend quand même que vous n'avez pas totalement la main là-dessus et que vous ne pouvez pas prendre l'engagement qu'elles ne seront pas fermées, de l'autre côté, est-ce que sur le TGV, est-ce que sur tout ça, il va y avoir aussi d'autres choix ?

ELISABETH BORNE
On a dit clairement que la priorité du gouvernement, c'est les transports de la vie quotidienne, ceux que les Français prennent tous les matins pour aller au travail, ceux qu'ils ont besoin de prendre pour aller chercher leur enfant à l'école, donc notre priorité, c'est les trains de la vie quotidienne, et c'est bien pour ça qu'on va mettre plus d'argent qu'aucun gouvernement n'en a mis sur ce réseau classique.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous dites : c'était la faute de l'Etat, et ça n'était pas la faute de la SNCF, est-ce que ce n'est pas…

ELISABETH BORNE
Sur ces choix…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que ce n'est pas un peu facile ?

ELISABETH BORNE
Sur ces choix, c'est clairement la stratégie de l'Etat, et c'est bien pour ça qu'on a voulu avoir une réflexion globale. Et c'était le sens de la mission qui a été confiée à monsieur SPINETTA, il faut avoir une réflexion globale, s'occuper de la stratégie d'investissement, s'occuper de la préparation d'ouverture à la concurrence, vous savez, ne pas se préparer à une ouverture à la concurrence dont on sait qu'elle va venir depuis des années, c'est fragiliser l'entreprise. Et toutes ces non-décisions, ce statu quo, c'est ça qui met en danger le service public…

APOLLINE DE MALHERBE
L'entreprise, c'est Guillaume PEPY, le visage de la SNCF depuis 10 ans, il peut rester ?

ELISABETH BORNE
Le Premier ministre a dit clairement que Guillaume PEPY a la confiance du gouvernement, on a demandé à Guillaume PEPY et à Patrick JEANTET de nous préparer un projet d'entreprise, c'est, vous avez compris, cette réforme, c'est deux jambes, c'est à la fois le gouvernement qui prend ses responsabilités…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais donc, en fait, personne, à un moment ou à un autre, ne paie les responsabilités de tous ces choix dont vous dites qu'ils font qu'on en est là aujourd'hui…

ELISABETH BORNE
C'est des choix qu'on a faits depuis des années, ce n'est pas un sujet de personne. Nous, on va s'engager pour investir dans le réseau ferré. Et par ailleurs, on s'engage pour mettre en place un cadre qui va permettre à la SNCF d'être plus responsabilisée, d'être plus agile, plus responsable, voilà, et qui va permettre que les décisions, elles se prennent au bon niveau, qui va permettre que la SNCF soit bien préparée pour l'ouverture à la concurrence.

APOLLINE DE MALHERBE
Deux dernières questions, l'une sur les petites gares, on a parlé des réseaux, du rail, mais il y a également des gares qui étaient visées dans le rapport Spinetta, est-ce que vous pouvez, là encore, vous engager sur la non-fermeture des petits gares ?

ELISABETH BORNE
Le Premier ministre a dit très clairement que nous ne suivrons pas les préconisations de Jean-Cyril SPINETTA sur la question des petites lignes, dont je redis que ce sont des lignes essentielles pour beaucoup de Français…

APOLLINE DE MALHERBE
Petites lignes, petites gares, elles ne fermeront pas…

ELISABETH BORNE
Ce sont les régions qui définissent les services, les services du quotidien, les fameux TER, les lignes, les services, les gares sont définis par les régions.

APOLLINE DE MALHERBE
Un mot enfin sur votre majorité, elle n'aura pas finalement à se prononcer, puisque vous allez passer au-dessus avec les ordonnances, elle n'aurait pas été…

ELISABETH BORNE
Alors, je me suis fait mal comprendre, l'objectif, c'est que, il y ait un débat au Parlement sur le texte de loi lui-même, au fur à mesure de la concertation, on remplacera la loi d'habilitation par une loi avec les dispositions dont on pourra…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous commencez par les ordonnances, et progressivement…

ELISABETH BORNE
Au fur et à mesure, on remplace par une loi qui fera l'objet d'un débat au Parlement.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous avez peur de quoi, pourquoi est-ce que justement, vous n'auriez pas été directement donner la possibilité à votre majorité de s'en saisir ?

ELISABETH BORNE
Mais, on n'a pas peur… Qu'est-ce qu'on aurait dit si on avait déposé sur la table aujourd'hui un projet de loi qu'on aurait concerté avec personne, donc la loi d'habilitation, elle donne le temps de mener la concertation, dès que la concertation a avancé, on remplace dans la loi, on met les dispositions dans la loi à la place des ordonnances.

APOLLINE DE MALHERBE
L'urgence, c'est cette réunion de l'intersyndicale ce soir à 17h, vous leur dites quoi ?

ELISABETH BORNE
Eh bien, je leur dis que je les attends jeudi pour démarrer la concertation et qu'il y a beaucoup de choses à discuter.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci beaucoup Elisabeth BORNE d'avoir été avec nous. Ministre des Transports.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er mars 2018

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