Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à Europe 1 le 28 février 2018, sur la phase de concertation menée dans le cadre de la réforme de la SNCF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à Europe 1 le 28 février 2018, sur la phase de concertation menée dans le cadre de la réforme de la SNCF.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, SWITEK Maxime.

FRANCE. Ministre des transports;

ti : MAXIME SWITEK
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

MAXIME SWITEK
Merci beaucoup à vous d'être là ce matin en direct, dans ce studio, avec nous, Emmanuel DUTEIL, chef du service économie d'Europe 1, qui aura une question pour vous dans un instant. Mais d'abord, la SNCF évidemment, les syndicats ce matin vous tendent, en quelque sorte, la main, pas d'appel à la grève pour l'instant, ils sont d'accord pour discuter avec vous, mais si au 15 mars, vous maintenez votre projet de réforme par ordonnances, là, il y aura une grève dure, qu'est-ce que vous leur répondez ce matin ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi, je leur réponds que depuis le début, depuis lundi, là, j'ai annoncé qu'on allait ouvrir deux mois de concertations. Cette concertation, elle va démarrer dès demain avec chacune des organisations syndicales, donc la concertation démarre.

MAXIME SWITEK
Mais est-ce que vous êtes d'accord pour faire un geste et pour dire : attendez, par exemple, attendez, les ordonnances, on verra, ou est-ce que c'est fait, c'est écrit, ça passera par ordonnances ?

ELISABETH BORNE
La méthode, c'est : il y a, à la fois, urgence à avancer et en même temps, la volonté du gouvernement, c'est la concertation. Il va y avoir deux mois de concertation, il va y avoir trois mois de débat parlementaire, mais les deux vont avancer parallèlement, et c'est la concertation qui va nourrir le débat parlementaire, et on l'a dit, à chaque fois que la concertation aura permis d'avancer sur un sujet, alors, on mettra dans la loi les dispositions à la place des ordonnances.

MAXIME SWITEK
Mais puisqu'il est déjà écrit qu'il y aura des ordonnances, puisqu'il est déjà écrit que vous souhaitez réformer le statut de cheminot, qu'est-ce qu'il y a à négocier dans ces concertations ?

ELISABETH BORNE
Je le redis, à chaque fois que la concertation aura permis d'avancer sur un sujet, on le mettra dans la loi à la place des ordonnances. Je voudrais peut-être aussi revenir sur pourquoi on fait cette réforme. On fait cette réforme pour un meilleur service public ferroviaire parce qu'on a tous besoin d'un transport ferroviaire performant, on fait aussi cette réforme pour avoir une SNCF plus efficace, moins cloisonnée, qui ait tous les atouts dans un secteur qui va s'ouvrir à la concurrence. Et on fait cette réforme pour avoir des cheminots bien préparés, bien formés aux métiers de demain. Une fois qu'on a dit ça, moi, j'ai proposé quatre thèmes de concertation, on va débattre, pendant deux mois, de l'amélioration du service public ferroviaire. Ensuite, il y a trois thèmes de concertation, le premier, c'est l'ouverture à la concurrence, comment elle va se passer, dans quel calendrier, quelles garanties les cheminots vont avoir en cas de transfert, on a un deuxième sujet, c'est l'organisation de la SNCF, on veut une SNCF plus unifiée, et en même temps, plus performante, moins cloisonnée. Et puis, le troisième sujet, eh bien, c'est la modernisation sociale du secteur, avec effectivement la question de l'arrêt du recrutement au statut, on a dit à l'avenir, on ne recrutera plus au statut à la SNCF…

MAXIME SWITEK
A l'avenir, ça veut dire quand ?

ELISABETH BORNE
A quelle échéance, eh bien, justement, ça fait partie de la concertation.

MAXIME SWITEK
Ça fait partie de la concertation. Encore un mot sur les syndicats, hier, Gérald DARMANIN disait – votre collègue du gouvernement – disait qu'il ne croyait pas à un mouvement dur, est-ce que vous considérez qu'aujourd'hui, les syndicats de la SNCF ne sont pas suffisamment puissants pour aller vers un mouvement dur ?

ELISABETH BORNE
Personne n'a intérêt à un mouvement dur à la SNCF, la méthode, c'est la concertation, je l'ai dit, on a trois thèmes de concertation, on a un thème dont on va débattre…

MAXIME SWITEK
Vous l'avez dit…

ELISABETH BORNE
Et donc engageons la concertation dès demain.

MAXIME SWITEK
Lundi, le Premier ministre a expliqué aux Français que les Français payaient de plus en plus cher pour un service public, la SNCF, qui marche de moins en moins bien, sauf qu'hier, le patron de la SNCF a présenté ses résultats, des résultats records, bénéfices multipliés par deux, fréquentation en hausse très nette ; présenter la SNCF comme une entreprise en perdition, ça ne tient plus, ça ne tient pas, Elisabeth BORNE

ELISABETH BORNE
La SNCF a présenté des bons résultats, il y a une partie de choses qui sont des résultats comptables, on a vu en 2017 que la fréquentation a augmenté, il y a eu plus de monde dans les trains, donc ça montre que les Français, ils veulent un service public ferroviaire performant, donc c'est une bonne nouvelle, ces résultats ne règlent en rien les problèmes du secteur, donc des financements publics de plus en plus importants, les contribuables qui payent toujours plus pour le service public ferroviaire, une dette qui ne cesse de gonfler, trois milliards d'euros de dette supplémentaires par an…

MAXIME SWITEK
Mais la dette, elle n'a pas de rapport avec le service que rend la SNCF aux Français…

ELISABETH BORNE
Ecoutez, la dette, c'est une menace pour la SNCF, et donc les gouvernements précédents disaient : il n'y a pas de problème avec la dette, nous, on dit : il y a un problème avec la dette, il faut s'en occuper, parce que c'est une menace pour le service public ferroviaire, et puis par ailleurs, et puis par ailleurs, c'est aussi parce qu'il y a cette dette, qui n'arrête pas d'augmenter, qu'on a insuffisamment mis d'argent dans le réseau, donc, nous, on dit : il faut investir dans le réseau, on va mètres 36 milliards d'euros dans les dix prochaines années pour remettre à niveau le réseau, c'est considérable, c'est 50 % de plus que ce qu'on a fait dans les dix dernières années, il faut vous rendre compte, ça veut dire dix millions d'euros par jour pendant dix ans pour améliorer le réseau existant.

MAXIME SWITEK
Mais quand on voit, encore une fois, les résultats présentés hier, on peut se demander si vous ne sur-jouez pas l'urgence, l'urgence à réformer ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que les Français, ils ont besoin d'un service public ferroviaire plus performant. Quand on a des trains qui arrivent en retard, c'est du stress pour aller au travail le matin, quand vous êtes à Limoges, que vous mettez 25 minutes de plus pour aller à Paris qu'il y a trente ans, on voit bien qu'il y a des choses qui doivent changer, et je pense que les cheminots, ils savent aussi qu'il y a des choses qui doivent changer, quand il faut remonter une information, parce qu'il y a un problème, par exemple sur une caténaire, et qu'il ne se passe rien, ils voient qu'il y a des choses qui doivent changer, quand ils sont face à des voyageurs énervés après la panne de Montparnasse, ils voient qu'il y a des choses qui doivent changer. Donc ne disons pas que rien ne doit changer, je pense que ça, ce n'est vraiment pas rendre service à la SNCF. On va avancer, on doit avancer, rapidement, et c'est ce qui va faire l'objet de la concertation dans les deux mois qui viennent.

MAXIME SWITEK
Je reviens à la méthode et aux ordonnances, le gouvernement il y a déjà eu recours pour la réforme du code du travail, et on se souvient de l'argument qui était utilisé par la majorité, l'an dernier, cette réforme était écrite noir sur blanc dans le programme d'Emmanuel MACRON, en quelque sorte, les Français en l'élisant avaient voté pour cette réforme du code du travail. Là, j'ai encore cherché ce matin, je suis allé récupérer le programme d'Emmanuel MACRON, il n'y a pas un mot sur la SNCF, vous assumez de réformer par surprise ?

ELISABETH BORNE
On ne réforme pas par surprise, on a fait un diagnostic, on a mis tous les sujets sur la table, c'est le rapport de Jean-Cyril SPINETTA, et moi, je le redis : on veut avancer vite, on veut avancer dans la concertation, à chaque fois qu'on aura avancé sur un sujet dans la concertation, le résultat viendra dans le projet de loi à la place des ordonnances et on aura le débat au Parlement.

MAXIME SWITEK
L'urgence, c'est le statut, le statut de cheminot ?

ELISABETH BORNE
L'urgence, c'est une SNCF bien préparée pour l'ouverture à la concurrence, c'est des cheminots bien préparés, c'est un réseau mieux entretenu, c'est de tous ces sujets-là qu'on va discuter avec les syndicats.

MAXIME SWITEK
Alors, vous parlez du réseau, sur les petites lignes, le Premier ministre l'a annoncé, vous n'y touchez pas, pas aujourd'hui en tout cas, mais qui va payer, qui va payer pour leur maintien, qui va payer pour leur réfection dans les années qui viennent, ce sont les régions ou l'Etat ?

ELISABETH BORNE
L'Etat est engagé dans les contrats de plan Etat/Région à mettre 1,5 milliard d'euros sur ces petites lignes, les engagements seront tenus.

MAXIME SWITEK
Et les régions ?

ELISABETH BORNE
On est engagé ensemble, l'Etat et les régions, à mettre 1,5 milliard d'euros sur ces lignes, et je voudrais le redire, on emploie le terme de « petites lignes », je pense qu'il est impropre, c'est des lignes qui sont très importantes pour beaucoup de Français, dans ces lignes…

MAXIME SWITEK
C'est par opposition aux lignes à grande vitesse…

ELISABETH BORNE
Oui, oui, eh bien, justement, mais je pense que c'est important d'avoir en tête qu'il n'y a pas que les lignes à grande vitesse, il y a des lignes qui sont très importantes tous les jours pour beaucoup de Français, dans ces lignes, vous avez par exemple la ligne Nantes-Bordeaux, donc, vous vous rendez compte que sur la ligne Nantes-Bordeaux, on met 55 minutes de plus aujourd'hui que ce qu'on mettait il y a 40 ans. Vous avez des lignes dans les plaines d'Alsace, c'est des lignes très importantes, donc moi, je voudrais que demain, ce soit des RER, des lignes qui transportent beaucoup de voyageurs et qui évitent d'avoir beaucoup de voitures dans la périphérie de Strasbourg.

MAXIME SWITEK
Elisabeth BORNE, est-ce que vous avez lu ce matin le Canard Enchaîné ?

ELISABETH BORNE
Ah non.

MAXIME SWITEK
Non ? Alors je vais le lire pour vous en quelque sorte, le Canard raconte ce matin comment la SNCF surfacture systématiquement ses services aux régions, et comment elle gagne de l'argent comme ça, elle prend des commissions sur tout, dès qu'il faut repeindre un train régional, etc., elle prend une commission, est-ce que vous voulez aussi mettre votre nez, entre guillemets, votre nez là-dedans ?

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est important qu'on sorte de ce qui est un peu une méfiance aujourd'hui sur les comptes de la SNCF dans leurs relations avec les régions, et donc ça aussi, il faut qu'on ait une SNCF transparente, et c'est d'autant plus important qu'il va y avoir une ouverture à la concurrence, donc il faut que les régions aient confiance dans la SNCF.

MAXIME SWITEK
Aient confiance en Guillaume PEPY ? Hier, Marine LE PEN disait qu'il fallait commencer par se débarrasser du patron de la SNCF, se débarrasser de Guillaume PEPY.

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas un sujet de personne, on est en train d'engager une réforme importante pour le service public ferroviaire, l'Etat va avancer, on a demandé à la SNCF d'avoir aussi un nouveau projet d'entreprise, on avance ensemble pour un meilleur service public ferroviaire, une SNCF plus performante, efficace, moins cloisonnée et pour des cheminots bien préparés.

MAXIME SWITEK
Ça veut dire que dans quelques mois, quand la SNCF ne sera plus qu'une société unique, entre guillemets, que tout aura été réunifié, comme vous le souhaitez dans cette réforme, Guillaume PEPY sera toujours le patron de la SNCF ?

ELISABETH BORNE
Guillaume PEPY, le Premier ministre l'a dit, il a la confiance du gouvernement, mais ce n'est pas un sujet de personne, je pense qu'il faut être conscient… enfin, ce dont on est en train de parler, c'est très important, c'est très important, il y a plus de quatre millions de Français qui prennent le train tous les jours, ils veulent avoir des trains qui marchent, qui arrivent à l'heure, moins de stress pour aller au travail, donc c'est de ça dont on est en train de parler.

MAXIME SWITEK
Et pas de Guillaume PEPY ? Pour l'instant, on ne sait pas s'il sera toujours le patron ?

ELISABETH BORNE
Ce n'est pas un sujet de personne, ce n'est pas un sujet de personne.

MAXIME SWITEK
Ce n'est pas un sujet pour vous. Emmanuel DUTEIL, je le disais, le chef du service économie, est dans ce studio avec nous. Emmanuel, qui a une question sur un tout autre sujet.

EMMANUEL DUTEIL
Oui, alors, vous n'avez pas lu le Canard Enchaîné, mais est-ce que vous avez regardé la météo ce matin, Elisabeth BORNE ?

ELISABETH BORNE
Oui, une météo à grand froid…

EMMANUEL DUTEIL
Voilà, Laurent CABROL nous annonce un épisode neigeux qui partirait du Sud jusqu'au Nord, avec peut-être de la neige demain sur Paris. Cette fois, vous êtes prête, on ne sera pas bloqué sur la N118 ? On ne sera pas bloqué à l'aéroport de Nice ?

ELISABETH BORNE
Les services de l'Etat, dès qu'on a des alertes météo, ils sont mobilisés, et vraiment, moi, je voudrais leur rendre hommage, parce que, quand on a des épisodes neigeux comme ça, ils travaillent à déneiger évidemment toute la journée, toute la nuit, donc on est…

MAXIME SWITEK
Est-ce que donc, vous avez retenu les leçons de la dernière fois, où on a eu des portions de routes bloquées, on a eu des gens qui ont passé des heures entières et des nuits entières dans leur voiture, ce n'est pas acceptable là aussi pour les utilisateurs, vous vouliez que pour le train, tout fonctionne bien, pour la voiture, c'est parfois compliqué aussi dans ces moments-là…

ELISABETH BORNE
A chaque fois qu'on a un épisode de ce type-là, on en tire toutes les expériences, et donc on a…

EMMANUEL DUTEIL
Et qu'est-ce qu'on fera mieux alors ce coup-ci ?

MAXIME SWITEK
Oui, qu'est-ce qui a été fait depuis ?

ELISABETH BORNE
Je ne vais pas rentrer dans le détail de la RN 118, il y a eu des voies qui ont été fermées, ce n'était pas forcément la bonne idée, en tout cas, dès qu'on a un épisode neigeux, les agents de l'Etat, ils sont sur le terrain, avec des engins pour saler, des engins pour déneiger, et donc on pré-positionne les engins de salage et de déneigement, vous avez vu que la dernière fois, et je sais que ce n'est pas agréable pour les transporteurs routiers, mais on empêche que les camions viennent se mettre sur les voies rapides avec le risque de bloquer la circulation. Donc les agents seront pré-positionnés, le salage va se faire, les engins vont tourner toute la journée et toute la nuit, pour permettre aux automobilistes de circuler, et s'il le faut, on leur demandera aussi de prendre des précautions comme la dernière fois, quand il tombe 10 ou 15 centimètres de neige, il faut éviter de prendre sa voiture…

MAXIME SWITEK
Et pas de fermeture, ce coup-ci, de voies ?

ELISABETH BORNE
Ça dépendra de la météo, franchement, ça dépendra de la météo, si on a besoin effectivement de dire aux automobilistes de ne pas prendre leur voiture, on le fera.

MAXIME SWITEK
Et on verra ça dans les heures qui viennent. Merci beaucoup Elisabeth BORNE, ministre des Transports, d'avoir été en direct avec nous ce matin sur Europe 1 !


source : Service d'information du Gouvernement, le 1er mars 2018

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