Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec France 2 le 27 février 2018, sur la réforme de la SNCF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec France 2 le 27 février 2018, sur la réforme de la SNCF.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, DARET Guillaume.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti :

THIERRY BECCARO
Guillaume DARET, aujourd'hui votre invité c'est...

GUILLAUME DARET
C'est Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie. Alors, quel impact la réforme de la SNCF aura-t-elle sur les finances de notre pays ? Faut-il s'attendre à un long conflit social ? Eh bien, tout de suite, ses réponses.

- Jingle -

GUILLAUME DARET
Bonjour à tous, bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Guillaume DARET.

GUILLAUME DARET
Merci d'être avec nous ce matin. Edouard PHILIPPE a donc annoncé hier la méthode et le calendrier de la réforme de la SNCF. Suppression du statut de cheminot, recours aux ordonnances, ça ne passe pas du tout auprès des syndicats. La CGT se dit déjà prête à un mois de grève dure pour vous faire plier. « Je ne laisserai personne cracher à la figure des cheminots », dit Laurent BERGER. Pourquoi avoir choisi cette option du bras de fer ?

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas le bras de fer du tout, le Premier ministre l'a expliqué très clairement, c'est la volonté d'aller vite, parce qu'on ne peut pas attendre pour transformer la SNCF, qui est un service public qui perd de l'argent, donc le service est moins bon pour les usagers. Vous dites : « Je ne laisserai personne cracher à la figure des cheminots », mais personne n'a envie de cracher à la figure des cheminots. Moi je respecte les cheminots, je pense qu'ils jouent un rôle absolument essentiel, simplement il faut transformer la SNCF pour qu'elle soit plus efficace, que le service soit meilleur pour les usagers. Si on aime la SNCF, ce qui est mon cas, eh bien on veut cette transformation.

GUILLAUME DARET
La suppression du statut de cheminot, en quoi ça améliore le service pour les usagers ?

BRUNO LE MAIRE
Parce que ça permet d'être plus compétitif, ça permet d'avoir des marges de manoeuvre pour investir. Vous voyez bien aujourd'hui l'état ferroviaire français, l'état des lignes. Moi je suis élu à Evreux, je vois bien à quel point la ligne de Normandie, Paris – Evreux, est plus loin Le Havre, aujourd'hui c'est des retards, c'est des lignes qui doivent être modernisées, c'est des investissements qui doivent être faits, qui sont colossaux. Où est-ce qu'on préfère mettre l'argent des Français ? Dans les intérêts de la dette de la SNCF, c'est-à-dire plus d'un milliard d'euros qu'il faut payer chaque année, ou dans l'achat de nouvelles rames, de nouveaux trains et de l'amélioration du service public ferroviaire. Justement, le choix est fait, celui du Premier ministre est très clair : il faut investir pour les rails, pour le ferroviaire, pour les rames SNCF.

GUILLAUME DARET
La dette, justement, ça vous concerne j'allais dire plus particulièrement en tant que ministre de l'Economie et des Finances, la dette de la SNCF c'est près de 47 milliards d'euros fin 2017. « L'Etat prendra sa part de responsabilités », a dit le Premier ministre. Ça veut dire quoi ? Que vous allez effacer la dette de la SNCF ?

BRUNO LE MAIRE
Ça veut dire que, une fois qu'on aura fait la transformation de la SNCF, une fois qu'on aura transformé le statut des cheminots, dans le respect, une fois encore, des cheminots et du travail qu'ils font. Une fois qu'on aura permis à la SNCF de renouer avec les bénéfices, parce que ce n'est pas parce que c'est un service public, qu'il doit perdre de l'argent chaque année...

GUILLAUME DARET
Mais quelle part de cette dette vous allez prendre en charge ?

BRUNO LE MAIRE
Nous pourrons envisager de reprendre la dette de la SNCF, mais la reprise de la dette de la SNCF par l'Etat, ce qui est un geste fort, un geste majeur...

GUILLAUME DARET
A 100 % ?

BRUNO LE MAIRE
Ça doit être un point d'aboutissement...

GUILLAUME DARET
A 100 %, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
... pas un point de départ de la transformation. Ça, nous verrons, le Premier ministre l'a dit très clairement hier, d'ici la fin du quinquennat, nous pourrons envisager cette reprise de la dette de la SNCF.

GUILLAUME DARET
Est-ce que vous pensez que ça sera plutôt un tiers, la moitié, 100 % ? Parce que ça va peser dans les finances publiques.

BRUNO LE MAIRE
La priorité, Guillaume DARET, je le redis, c'est transformer la SNCF, la rendre plus compétitive, dégager des bénéfices et au bout du compte, à la fin de cette transformation, nous pourrons envisager que l'Etat reprenne la dette de la SNCF.

GUILLAUME DARET
Ce que se disent ce matin ceux qui nous écoutent, peut-être, c'est : est-ce que c'est nous qui allons payer, est-ce que c'est les Français, le contribuable, qui va payer cette dette si l'Etat la reprend ?

BRUNO LE MAIRE
L'objectif c'est justement que le contribuable ait moins à payer, parce que la SNCF sera plus compétitive, parce qu'elle dégagera des marges de manoeuvre, parce qu'elle sera plus rentable. Aujourd'hui elle perd 3 milliards d'euros par an...

GUILLAUME DARET
Mais cette dette...

BRUNO LE MAIRE
On ne peut pas continuer comme ça, on va droit dans le mur. Et je le redis...

GUILLAUME DARET
Mais cette dette, ce n'est pas le contribuable français qui la paiera, au final ?

BRUNO LE MAIRE
Mais, le Premier ministre l'a dit très clairement, c'est un point d'aboutissement, la question de la dette, donc regardons d'abord la question qui se pose aujourd'hui, c'est le statut des cheminots, c'est l'amélioration du service qui est rendu aux usagers, c'est la régularité des trains, c'est la modernisation des lignes, c'est ça la priorité absolue.

GUILLAUME DARET
Sur la question de la méthode, qui est très critiquée, le secrétaire général de la CFDT, Laurent BERGER, dit aussi : « La méthode MACRON c'est : vous discutez et je tranche ». C'est ça votre conception du dialogue social ?

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas du tout ce que nous proposons, enfin il y a un mois de discussions devant nous. Enfin, ça fait...

GUILLAUME DARET
C'est une drôle de discussion, avec la menace des ordonnances, en fixant le point d'arrivée.

BRUNO LE MAIRE
Mais, Guillaume DARET, ça fait 30 ans qu'on recule devant la transformation nécessaire de la SNCF. Ça fait 30 ans qu'on voit le service se dégrader, que l'on voit des lignes qui sont en mauvais état, qu'on voit des investissements qu'on ne peut pas faire parce qu'on n'a plus l'argent pour le faire, et on recule...

GUILLAUME DARET
Donc vous jouez l'opinion publique contre la SNCF, contre les cheminots.

BRUNO LE MAIRE
Mais, on joue les Français, on joue l'intérêt général, c'est l'intérêt général des cheminots, c'est l'intérêt général de la SNCF, c'est l'intérêt général de tous les usagers du train qui sont des millions, qu'ils soient sur des grandes lignes, sur les petites lignes, dans des lignes de banlieue ou dans des grandes lignes de TGV, d'avoir un meilleur service public ferroviaire. Moi je suis très attaché...

GUILLAUME DARET
Quand le président de la République, au Salon de l'agriculture, Bruno LE MAIRE...

BRUNO LE MAIRE
Guillaume DARET, je suis très attaché au service public ferroviaire et c'est justement parce que je pense que c'est une part de l'identité nationale, notre culture nationale, que j'estime qu'il est indispensable d'aller vite dans cette transformation.

GUILLAUME DARET
Ça peut se faire avec Guillaume PEPY, qui est là depuis 10 ans, qui est peut être en partie responsable de l'état de la SNCF ?

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est un très bon connaisseur aussi de la SNCF, du fonctionnement de cette entreprise, c'est quelqu'un qui aime profondément cette entreprise et c'est toujours utile d'avoir à la tête d'une entreprise, quelqu'un qui aime ses salariés et qui aime l'entreprise elle-même.

GUILLAUME DARET
On parle beaucoup de la SNCF, mais il y a d'autres entreprises qui sont face à de graves difficultés, EDF par exemple, je crois que c'est près de 75 milliards d'euros de dette brute. Est-ce que cette entreprise ne doit pas aussi profondément se transformer ?

BRUNO LE MAIRE
Mais toutes les entreprises publiques doivent se transformer, elles sont toutes confrontées à des révolutions, la révolution du transport avec l'ouverture du ferroviaire à la concurrence. C'est ce que nous préparons avec le Premier ministre.

GUILLAUME DARET
Ce sera le cas d'EDF aussi, comme la SNCF ?

BRUNO LE MAIRE
EDF, la transformation c'est la transformation des énergies renouvelables, la transformation énergétique qui est beaucoup plus rapide que prévu. Il faut investir massivement dans les énergies renouvelables, dans le solaire, dans l'éolien, dans l'éolien offshore, c'est ce que fait aujourd'hui à EDF, toutes les entreprises publiques ont vocation à accomplir cette transformation qui nous permettra de garder des services publics à la française. Vous savez, quand on est attaché à une part d'identité française, que sont les services publics, eh bien soit vous les laisser dépérir comme on le fait depuis des années, et dans ce cas-là ils disparaîtront, soit vous les adaptez à cette modernité, vous les adaptez aux défis contemporains, c'est ce que nous faisons avec le gouvernement, avec le président de la République, et dans ce cas-là, non seulement ils survivront mais ils seront plus forts.

GUILLAUME DARET
Bruno LE MAIRE, un mot sur votre ancienne famille politique, qui continue de se déchirer suite aux propos de Laurent WAUQUIEZ. Alain JUPPE a dénoncé hier, je cite, « des propos d'une vulgarité extrême ». Est-ce que vous appelez Alain JUPPE à vous rejoindre à la République En Marche ! ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je crois qu'Alain JUPPE a voulu rétablir un certain nombre de vérités, de faits, et il a eu raison. Vous savez...

GUILLAUME DARET
Ça vous a choqué les propos de Laurent WAUQUIEZ ?

BRUNO LE MAIRE
... en politique, je préfère la vérité aux mensonges et je préfère la sincérité au double langage.

GUILLAUME DARET
Les propos de Laurent WAUQUIEZ vous ont choqué ? Ce matin il sera au Salon de l'agriculture, il veut représenter cette France rurale, dit-il, qu'Emmanuel MACRON ne représenterait pas.

BRUNO LE MAIRE
Emmanuel MACRON représente la France rurale, il la défend, il l'a défendue au Salon de l'agriculture. J'ai été 3 ans au ministère de l'Agriculture, je serai jeudi au Salon de l'agriculture. Moi, j'aime les paysans, j'aime l'agriculture et je peux vous garantir que dans ce gouvernement, nous sommes tous aussi attachés que n'importe quelle autre famille politique à la défense des paysans, mais là aussi, à leur offrir un avenir. Tous ceux dont la seule proposition est de dire : « on ne bouge pas, on ne change pas », l'immobilisme ceux-là ils plantent la France. Voilà la réalité. Ils plantent les paysans, les cheminots, la SNCF, les services publics. Nous, avec le Président de la République et le Premier ministre, nous voulons aider à la transformation qui permettra à la France de rester ce qu'elle est.

GUILLAUME DARET
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Merci Guillaume DARET.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er mars 2018

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