Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, avec France Inter le 27 février 2018, sur la réforme de la SNCF , l'hébergement d'urgence face à la situation de grand froid et sur le logement social. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, avec France Inter le 27 février 2018, sur la réforme de la SNCF , l'hébergement d'urgence face à la situation de grand froid et sur le logement social.

Personnalité, fonction : MEZARD Jacques.

FRANCE. Ministre de la cohésion des territoires

ti :


NICOLAS DEMORAND
Votre invité, Hélène FILY, est le ministre de la Cohésion des territoires.

HELENE FILY
Jacques MEZARD, bonjour.

JACQUES MEZARD
Bonjour.

HELENE FILY
Dites-nous le gouvernement a choisi le chantage pour négocier avec les cheminots, vous coopérez ou on tranche avec des ordonnances à la carte ?

JACQUES MEZARD
Ce n'est pas une question de chantage, il s'agit de trouver des solutions pour remédier à un problème qui dure depuis de longues années avec une SNCF sur laquelle on met 14 milliards d'euros des contribuables chaque année, avec un endettement qui est de l'ordre de 50 milliards d'euros et un déficit qui s'accroit de trois milliards d'euros chaque année, ce sont des sujets qui sont connus des Français sur lesquels le président de la République et le gouvernement ont décidé d'agir tout simplement.

HELENE FILY
Et la négociation se fait avec une épée de Damoclès ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez ce n'est pas une épée de Damoclès, si transformer ce pays vous considérez que c'est du chantage moi ce n'est pas mon avis, nous avons besoin impérativement de faire évoluer un certain nombre de sujets, de répondre à des questions qui sont connues de nos concitoyens. Si ça fonctionnait bien, on le saurait. Ça fait de longues années qu'aucun gouvernement dans ceux qui se sont succédés n'ont pris le taureau par les cornes, il ne s'agit pas de brusquer les choses, il s'agit de trouver des solutions, les Français le savent on ne peut pas continuer comme ça.

HELENE FILY
Il s'agit pour Edouard PHILIPPE de réussir là où Alain JUPPE a échoué ou en 95 ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez, si nous pouvons réussir – et nous le souhaitons – je pense que ce sera la meilleure des choses pour ce pays.

HELENE FILY
Avez-vous cédé sur les petites lignes ? Ça ne se décide pas à Paris, il se passe quoi alors, un diagnostic région par région ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez je suis l'élu d'un département où il n'y a que des petites lignes et où il n'y a pas de solution alternative, donc ce que nous avons dit – et c'est en tout cas ce que j'ai exprimé aussi au sein du gouvernement - c'est qu'il était indispensable de ne pas avoir une vision j'allais dire parisienne de ce sujet mais d'étudier cela au cas par cas avec évidemment les collectivités territoriales et les Régions. Il y a un certain nombre de lignes considérées comme petites, mais qui ne sont pas petites pour ceux qui les utilisent, qui sont indispensables parce qu'il n'y a pas de solution alternative, donc le gouvernement ne poussera pas à trouver une solution en supprimant comme ça les petites lignes.

HELENE FILY
Ce sera au cas par cas et ce sont les Régions qui endosseront, qui assumeront la responsabilité de fermer ?

JACQUES MEZARD
Il y aura... vous parlez de concertation, là ce n'est pas du chantage, nous avons impérativement besoin de travailler avec les Régions qui ont une compétence transport qui a été définie par la loi en concertation avec les Régions pour trouver des solutions adaptées. Mais il ne s‘agissait pas de supprimer les petites lignes, ça n'aurait aucun sens.

HELENE FILY
Puisqu'on parle territoire et puisqu'on est sur la route des régions, ça fait débat ou pas au sein du gouvernement les limitations de vitesse, vous êtes pour ou contre vous ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez ma position je l'ai exprimée et il y a une solidarité gouvernementale...

HELENE FILY
Donc, vous êtes plutôt contre ?

JACQUES MEZARD
Je me suis exprimé là-dessus, je considère là aussi que la situation est différente selon les territoires et que quand on est dans un département où il n'y a que des petites lignes ferroviaires, où il n'y a pas d'autoroute ou à une heure et quart de trajet, où il n'y a pas d'avion le samedi, pas le dimanche matin, où il y a souvent des pannes avec l'avion, eh bien il faut tenir compte de la réalité des territoires et ce n'est pas forcément en ayant simplement une vision de ce qui se passe bien dans un certain nombre de métropoles qui ont aussi des problmes que l'on peut solutionner ce genre de choses.

HELENE FILY
Monsieur le Ministre donc contre les limitations de vitesse, on l'a bien compris.

JACQUES MEZARD
Non, ça c'est un résumé je n'ose pas dire simpliste mais rapide.

HELENE FILY
Vous avez un autre dossier important dans votre ministère qui concerne la situation qu'on vit en ce moment, la situation de grand froid, Emmanuel MACRON avait promis que plus personne ne dormirait dans la rue à la fin de l'année 2017, on en est encore loin Jacques MEZARD ?

JACQUES MEZARD
Oui, on en est loin, nous avons fait beaucoup mais nous n'avons pas solutionné tous les problèmes à ce niveau-là. Nous avons aujourd'hui ouvert 15.000 places de plus que l'année dernière, moi je ne m'en réjouis pas, ça veut dire qu'il y a beaucoup de misère, beaucoup de difficulté dans ce pays, je me suis bien gardé de m'embarquer dans des querelles de chiffres moi, j'essaie avec mon équipe et le gouvernement de trouver des solutions adaptées sachant qu'il y a encore beaucoup de nos concitoyens qui sont dans de très graves difficultés par rapport à l'hébergement, par rapport au logement.

HELENE FILY
Quelles mesures est-ce que vous prenez cette semaine qui est particulièrement glaciale ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez nous avons ouvert depuis jeudi dernier ne serait-ce que sur l'Ile-de-France 1.000 places de plus, on est sur cette période hivernale à, à peu près, 16.000 places nouvelles ouvertes, ce qui veut dire aujourd'hui – là nous sommes mardi – que nos centres d'hébergement peuvent accueillir ceux qui sont dirigés sur ces places d'hébergement, je peux dire que nous avons assez de places, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas nombre de nos concitoyens qui sont encore dans la rue, soit qu'ils ne sont pas repérés, soit que nous avons des difficultés aussi parfois à les convaincre de suivre les équipes. Ça, c'est la réalité.

HELENE FILY
Mais est-ce qu'il ne faut pas aussi plus globalement dans la problématique de l'hébergement d'urgence réquisitionner des logements qui sont vacants, des bureaux inoccupés, on sait qu'il y en a beaucoup, en tout cas les associations le pointe ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez, dans le projet de loi ELAN que nous soumettrons bientôt au conseil des ministres et ensuite au Parlement, il y a des mesures effectivement qui faciliteront cela.

HELENE FILY
Parlons du projet de loi ELAN justement dans quelques semaines présenté, va-t-on vers une loi SRU à la carte, ouvrez-vous la porte à la révision de la loi qui impose je le rappelle de 20 à 25 % de logements sociaux aux communes, vous l'avez laissé entendre ?

JACQUES MEZARD
Je n'ai pas laissé entendre cela de cette manière-là, je suis pour le maintien du principe de la loi SRU, je l'ai dit, redit, réaffirmé, il y a simplement un certain nombre d'adaptations qu'on peut considérer comme mineures...

HELENE FILY
A la carte.

JACQUES MEZARD
Pas à la carte. Il y a des réalités concrètes, par exemple depuis la loi SRU il y a eu les fusions d'intercommunalités, il y a certaines communes qui n'étaient pas dans le champ de la loi SRU qui y entrent soudainement et auxquelles on doit appliquer les mêmes délais qu'elles ne peuvent pas mathématiquement, techniquement suivre, c'est un exemple.

HELENE FILY
Donc il n'est que question de délai, rien d'autre ?

JACQUES MEZARD
Il est question d'adaptation ! Et ce que je dis simplement, c'est que le... vous savez moi je reçois les courriers de très nombreuses communes...

HELENE FILY
Qui demandent des exemptions ?

JACQUES MEZARD
Oui. Mais je crois que les décisions que j'ai prises cet été par rapport aux exemptions il n'y a pas eu beaucoup de critiques, parce que je crois avoir suivi globalement les recommandations de la Commission nationale qui avait statué à l'unanimité, je crois aussi avoir demandé aux préfets de revoir un peu la copie quand il y avait trop d'exemptions et je crois que j'ai pris des solutions équilibrées, mon souhait là-dedans ce n'est pas de faire de l'idéologie, encore une fois c'est de prendre des solutions concrètes.

HELENE FILY
La loi de finance a laissé des traces chez les bailleurs sociaux, sils sont nombreux à reporter des projets de construction ou de rénovation, il y a Montpellier, Angers, Brest, Clermont-Ferrand, est-ce qu'il y a un trou dans la raquette avec la baisse des loyers que vous leur avez imposée pour financer la baisse des APL ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez je constate aujourd'hui que par exemple en ce qui concerne la restructuration des bailleurs sociaux globalement une grande majorité du secteur est d'accord pour considérer que cette restructuration elle est nécessaire...

HELENE FILY
C'est-à-dire un rapprochement de certains organismes ?

JACQUES MEZARD
C'est de mutualiser, c'est de trouver des moyens de diminuer les frais de fonctionnement et d‘un autre côté l'Etat - et nous l'avons dit, mais nous le faisons – apporte un certain nombre de solutions financières justement pour permettre cela.

HELENE FILY
Ça c'est sur l'organisation, le paysage. Mais sur ces travaux qu'on est obligés de reporter, parce qu'on n'a plus les moyens, ils n'ont plus suffisamment de fonds propres pour les tenir...

JACQUES MEZARD
Ecoutez, écoutez, on jugera les constructions avec les résultats. Qu'un certain nombre – et je ne dirais pas le contraire – de bailleurs sociaux ont considéré que la pilule était un peu amère, ce n'est pas moi qui vous dirait le contraire ; il y avait aussi pour certains la volonté de rester dans un système qui n'était pas totalement performant – et j'essaie d'utiliser diplomatiquement les mots qui conviennent – mais c'est un secteur dont nous avons besoin, sur lequel l'Etat apporte financièrement un certain nombre de solutions et nous verrons à la fin de l'année où on en est, mais notre volonté c'est de faciliter évidemment la construction de logements sociaux.

HELENE FILY
C'est un peu trop tôt donc pour faire le bilan, mais vous tirerez le bilan...

JACQUES MEZARD
Bien sûr !

HELENE FILY
Et vous ferez un diagnostic... des projets reportés...

JACQUES MEZARD
Bien sûr !

HELENE FILY
Annulés ?

JACQUES MEZARD
Bien sûr ! Nous avons besoin de logements sociaux dans ce pays.

HELENE FILY
Merci beaucoup Jacques MEZARD, ministre de la Cohésion des territoires, d'avoir accepté notre invitation ce matin sur France Inter.

JACQUES MEZARD
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er mars 2018

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