Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV le 28 février 2018, sur la réforme de la SNCF, le gouvernement et le monde rural et sur l'évacuation du site d'enfouissement des déchets nucléaires de Bure. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV le 28 février 2018, sur la réforme de la SNCF, le gouvernement et le monde rural et sur l'évacuation du site d'enfouissement des déchets nucléaires de Bure.

Personnalité, fonction : LECORNU Sébastien, Malherbe Apolline (de).

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour Apolline de MALHERBE.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être avec nous, vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique, et puis vous êtes un ancien des Républicains, comme Edouard PHILIPPE, comme Bruno LE MAIRE, comme Gérald DARMANIN, puisque vous étiez le président les Républicains du département de l'Eure. Un mot d'abord sur la SNCF, on va ensuite parler bien sûr d'agriculture, de nucléaire, puisque ce sont notamment vos dossiers. Réforme de la SNCF, c'est monté très vite hier, les critiques du côté des organisations syndicales, et puis, pourtant, en sortant de leur réunion hier, il y a eu une forme de flottement. Est-ce que vous pensez que vous pouvez échapper à la grève ?

SEBASTIEN LECORNU
Les organisations syndicales elles sont dans leur rôle, c'est bien naturel, la démocratie sociale elle est là pour veiller aux intérêts des personnes, des agents qu'elle représente, donc moi ça ne me choque pas. Après, il y a une méthode qui est sur la table. Déjà il y a le constat, le constat je pense que les usagers du train l'ont fait depuis longtemps, les collectivités territoriales l'ont fait depuis longtemps, mais il fallait le formaliser, il fallait le « sincériser », le rendre techniquement viable, c'est le rapport Spinetta, avec un certain nombre de mesures qui sont sur la table, certaines ont été retenues par le Premier ministre et Elisabeth BORNE…

APOLLINE DE MALHERBE
La question, après, c'est l'ampleur, est-ce qu'il faut tout remettre sur la table ou est-ce qu'il faut juste…

SEBASTIEN LECORNU
Et d'autres ont été écartées, comme par exemple la question des petites lignes. Maintenant on rentre dans un temps qui est le temps de la concertation…

APOLLINE DE MALHERBE
Ecartées c'est vite dit, on va y revenir.

SEBASTIEN LECORNU
Ecartées, le Premier ministre l'a dit très clairement, ne faisons pas de polémique avec ce qui n'a pas lieu d'être.

APOLLINE DE MALHERBE
Ah non, alors attendez, dans ces cas-là je vous arrête tout de suite. Elisabeth BORNE, qui était à ce même micro hier, la ministre des Transports, quand on lui demande « est-ce que vous pouvez nous garantir qu'il n'y aura pas de fermeture de petites lignes ? », ne le garantit pas.

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais, ne mélangeons pas les choux-fleurs et les carottes. Est-ce que le Premier ministre a annoncé des fermetures de petites lignes ? La réponse est non. Est-ce que chaque année on va continuer à ouvrir des lignes et à fermer des lignes, en négociation avec les conseils régionaux, qui sont compétents pour le faire ? La réponse est oui. Et ça, ça a toujours existé, depuis la loi de décentralisation, et ça continuera parce que c'est l'esprit de la décentralisation.

APOLLINE DE MALHERBE
La fermeture des petites lignes…

SEBASTIEN LECORNU
Le Conseil régional de Normandie, chez moi, par exemple, Hervé MORIN, qui a l'autorité organisatrice des transports, il négocie en permanence avec la SNCF, certaines lignes ont un intérêt régional ou ont un intérêt pour l'aménagement du territoire, il les maintient, d'autres peuvent présenter un intérêt moindre, soit il les maintient, mais il réduit le cadencement, soit il ne les maintient pas. Ça c'est la loi et ça a toujours fonctionné comme ça. Donc, ne faisons pas de polémique là-dessus, sur le sujet…

APOLLINE DE MALHERBE
Tout ça veut dire que quand Edouard PHILIPPE lundi dit « il n'y aura pas de fermeture de petites lignes… »

SEBASTIEN LECORNU
Ce n'est pas dans la réforme.

APOLLINE DE MALHERBE
Au fond, il n'en sait rien puisque ce n'est pas de son ressort…

SEBASTIEN LECORNU
Arrêtons de tout mélanger.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes en train de refiler le bébé aux régions.

SEBASTIEN LECORNU
Mais non, c'est la loi de décentralisation. Moi j'ai été élu local, j'ai été président de département, j'ai été maire, moi je suis un militant de la décentralisation, quand j'ai une comptence qui m'a été donnée par l'Etat et par la loi, je suis fier et content de l'exercer, donc on ne va pas non plus, maintenant, reprocher aux Conseils régionaux d'appliquer les compétences qu'ils ont eu de par la loi, ces 20 ou ces 30 dernières.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous vous en lavez les mains.

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais non. Dans la réforme, il n'y a rien sur les petites lignes, donc n'allons pas chercher les choses là où il n'y en n'a pas. En revanche, il y a des méthodologies de concertation qui s'ouvrent, sur différents sujets. D'abord, sur l'état du service ferroviaire, je pense qu'il est important de consacrer les deux prochains mois à une vraie concertation avec les associations d'usagers, j'en ai quelques-unes chez moi à Vernon en Normandie, elles ont des choses à dire, croyez-moi, avec les collectivités territoriales, avec les cheminots, bref, sur quel est le modèle du niveau de service et de la qualité de service. Je rappelle juste quand même que, si j'avais fait, Apolline de MALHERBE, la même matinale…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ce travail-là vous ne l'auriez pas fait avant l'annonce de la réforme ?

SEBASTIEN LECORNU
Apolline de MALHERBE, on ne va pas se raconter de sornettes entre nous, si j'avais fait la même matinale il y a 3 ou 4 mois, pendant l'épisode, la pagaille à la gare Montparnasse, vous m'auriez engueulé…

APOLLINE DE MALHERBE
Bien sûr, de ce point de vue là tout le monde est d'accord qu'il y a un problème.

SEBASTIEN LECORNU
En me disant « qu'est-ce que fait le gouvernement ? Est-ce que vous faites encore confiance à Guillaume PEPY à la SNCF ? », vous nous posiez ces questions-là il y a quelques mois. Maintenant on prend les choses dans le bon sens, il y a le constat, il y a le rapport, il y a la concertation. Un, le niveau de service, deux, évidemment la question de l'ouverture à la concurrence, ça fait trop longtemps qu'on repousse ce débat-là, ouverture à la concurrence pour la ligne TGV, ouverture à la concurrence pour les lignes régionales. Il y a évidemment la question de la gouvernance, c'est-à-dire la forme juridique de l'entreprise, aujourd'hui c'est un établissement public, industriel et commercial…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous pouvez nous garantir qu'elle ne sera pas privatisée, c'est l'un des inquiétudes ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, société nationale à capitaux publics, à 100 %, avec des titres qui sont incessibles, au contraire, c'est la réaffirmation de l'attachement de la Nation à une entreprise publique et à un service public.

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a un paradoxe.

SEBASTIEN LECORNU
On peut avoir une ouverture à la concurrence avec une entreprise nationale, qui appartient à la Nation, et qui est compétitive.

APOLLINE DE MALHERBE
Le paradoxe quand même, c'est qu'on est là à dire justement qu'il y a des énormes problèmes à la SNCF et hier la SNCF présente ses résultats, et ils sont excellents, ils ont doublé leur bénéfice. Est-ce qu'il faut, du coup, tout remettre sur la table si ça va si bien ?

SEBASTIEN LECORNU
On prend notre temps, Apolline de MALHERBE, je suis content d'être avec vous ce matin, donc on prend notre temps. L'autre phase de la concertation après la gouvernance, ce sera bien évidemment la question de la modernisation sociale, c'est là où intervient la question du statut de cheminot. Là, maintenant, vous m'interrogez sur les résultats d'hier.

APOLLINE DE MALHERBE
Je vous demande pardon Sébastien LECORNU, c'est vous qui ne prenez pas le temps, avec des ordonnances, avec tout d'un coup une réforme qui est mise comme ça, dans un rapport de force.

SEBASTIEN LECORNU
On va y venir, ça va bien se passer Apolline de MALHERBE, on prend les choses dans l'ordre. Hier, effectivement, il y avait les résultats de la SNCF, ces résultats, on va juste donner quelques chiffres pour les Françaises et les Français qui nous écoutent ce matin. Le coût du ferroviaire dans ce pays c'est 24 milliards d'euros, le prix des billets, en clair, ce que la SNCF a en recettes des produits de ses ventes, c'est 10 milliards d'euros, donc il est 14 milliards d'euros. Sur ces 14 milliards d'euros, un trou en quelque sorte, il y a, grosso modo, 11 milliards d'euros de subventions publiques, essentiellement l'Etat, également les collectivités territoriales, donc il reste 3 milliards d'euros, qui vient alimenter, année après année, un stock de dette qui ne cesse d'augmenter, 47 milliards d'euros.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce que vous n'êtes pas en train d'agiter aussi un chiffon rouge ?

SEBASTIEN LECORNU
Donc les résultats d'hier, qui ont été annoncés, Apolline de MALHERBE, sont des résultats qui sont encourageants, mais qui ne sont pas à la mesure du mur de dettes qui est face à nous à la SNCF. Soyons bien claires, on peut toujours ergoter, on peut toujours prendre le problème par tous les bouts, ce que fait le gouvernement c'est une véritable opération de sauvetage de la SNCF. Une entreprise qui fait 3 milliards de dette par an, qui, pour le coup, bénéficie de subventions publiques du contribuable, extraordinairement importantes, sans cesse plus importantes, dans les 10 prochaines années ce sera 10 millions d'euros par jour consacrés au ferroviaire, et qui pour autant est à ce point dans une situation financière aussi difficile, c'est une entreprise qui est en danger.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous n'êtes pas en train de noircir le tableau ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais ce n'est pas nous qui le disons, c'est le rapport Spinetta.

APOLLINE DE MALHERBE
Hier Gérald DARMANIN dit que justement la SNCF coûte 340 euros par an et par Français. La réalité, et elle est dans le rapport Spinetta, il y avait juste à la lire, c'est que ces 200 euros par an et par Français. Donc pourquoi l'avoir gonflé comme ça ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, Gérald DARMANIN, hier, il n'a pas gonflé les choses, il a réintégré les 3,5 milliards d'euros pour le régime spécial de retraite…

APOLLINE DE MALHERBE
Il a surtout calculé ça, non pas par Français, mais par Français actif.

SEBASTIEN LECORNU
Parce que dans mes 11 milliards de tout à l'heure je ne mettais pas le régime spécial de retraite, et il a ramené ça à 50 millions de Français qui paient des impôts. Pardon, je suis désolé…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc ce n'est pas par Français.

SEBASTIEN LECORNU
Par Français qui paient des impôts. Mais n'ergotons pas…

APOLLINE DE MALHERBE
Non, mais…

SEBASTIEN LECORNU
Vous semblez satisfaite du modèle actuel. Une fois de plus, j'ai du mal à comprendre…

APOLLINE DE MALHERBE
Sébastien LECORNU, on va s'arrêter tout de suite. Sébastien LECORNU, depuis 5 minutes vous êtes en train de jouer à un jeu de dupe en disant « non mais attendez, on va y aller, on va y aller tranquillement, vous semblez satisfaite », moi je ne semble satisfaite de rien, d'abord je ne suis satisfaite de rien, le système ne fonctionne pas et je me fais le porte-parole des Français sur cette question-là.

SEBASTIEN LECORNU
Je suis content de vous l'entendre dire.

APOLLINE DE MALHERBE
Les Français, quand on leur dit hier, et c'est Gérald DARMANIN, le ministre des Finances qui le dit…

SEBASTIEN LECORNU
Le ministre du Budget.

APOLLINE DE MALHERBE
Du Budget et de ces questions-là, qui dit que « 340 euros par an et par Français », je suis là pour rétablir le chiffre précis du rapport Spinetta, de 100 euros.

SEBASTIEN LECORNU
Ce chiffre est exact, je viens de le rétablir, ramené à 50 millions de Français qui paient des impôts. Mais, une fois de plus, ne cherchons pas à caricaturer les choses, on sait qu'on doit sauver la SNCF…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais c'est en gonflant les chiffres que vous les caricaturez Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Mais non, on ne gonfle rien du tout, on donne des chiffres qui sont exacts, qui sont précis, voilà. Effectivement dans mes 11 milliards d'euros de tout à l'heure, je n'ai rien gonflé du tout puisque je n'ai pas rajouté les 3,5 milliards d'euros qui tiennent au régime spécial de retraite. Sur les ordonnances, on peut en parler là aussi, on laisse sa chance à la concertation, plus de 2 mois de concertation. Elisabeth BORNE, ma collègue ministre des Transports, elle commence les rencontres dès demain, avec une méthodologie, ordre par ordre, d'abord l'ouverture à la concurrence, puis derrière les questions du statut de l'entreprise, puis ensuite la question de la modernisation sociale et du statut de cheminot. On verra ce qui ressortira de la concertation, moi j'y crois beaucoup. Sur d'autres dossiers, d'ailleurs, j'ai appliqué cette méthode-là, que ce soit à Bure ou à Fessenheim, l'écoute, le dialogue, permet d'avoir un certain nombre de solutions.

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous pensez que ça permettrait qu'il n'y ait pas de grève, à ce stade ?

SEBASTIEN LECORNU
Sur cette affaire de grève, les choses sont bien claires, personne n'y a intérêt, en tout cas personne n'a intérêt à un rapport de force qui serait trop brutal. Une fois plus, le dialogue social s'exerce. Qu'il y ait une négociation, qu'elle soit même un peu difficile, c'est dans l'ordre des choses, j'ai encore fait ça avec les représentants syndical de Fessenheim il y a quelques semaines, c'est normal, c'est la démocratie sociale, moi ça ne me choque pas, en tout cas ça fait partie de mon identité, de mes valeurs. En revanche, le blocage, coûte que coûte, le rapport de force, coûte que coûte, personne n'y a intérêt, ni le gouvernement, le Premier ministre l'a dit très clairement chez vos confrères de France 2, ni les représentants des syndicats, ou du personnel de la SNCF, puisque je suis assuré d'une seule chose, c'est qu'ils sot attachés à leur entreprise, et qu'aujourd'hui on doit sauver l'entreprise, et je pense qu'ils en sont conscients.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous étiez hier, enfin il y a 1 an chez les Républicains, aujourd'hui ils soutiennent plutôt les annonces de réforme sur la SNCF, mais Christian JACOB, le chef des députés les Républicains, dit qu'il a peur que tout ça ne soit que du vent.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, eh bien il est bien placé, il sait de quoi il parle. Pendant la primaire, je ne sais pas si vous vous rappelez, c'était le concours à celui qui allait faire le plus d'ordonnances, chez tous les candidats.

APOLLINE DE MALHERBE
Effectivement, que ce soit François FILLON lui-même, qui avait dit qu'il y aurait…

SEBASTIEN LECORNU
Et d'ailleurs ce n'était pas un mauvais débat, c'est se dire comment on réforme vite, comment on réforme bien et comment on cherche à faire efficace, parce que les Français nous le demandent, donc ce n'était pas contre-intuitif cette affaire-là. Et aujourd'hui le patron des députés les Républicains, que je connais bien par ailleurs, il nous explique dans Le Parisien ce matin, qu'il met les deux pieds sur le frein parce que ça va trop vite, c'est quand même un peu étonnant. Les Français, s'ils nous ont demandé une seule, c'est de transformer en profondeur le pays, le faire vite, pas le faire n'importe comment, avec méthode, mais de le faire vite. Alors, que les Républicains, qui pendant la primaire, puis d'ailleurs avec le programme de François FILLON, réclamaient toujours plus de réformes, donc toujours plus, d'ailleurs, de dureté ou de difficultés, aujourd'hui, où nous avançons une réforme, qui est assez juste, qui est assez équilibrée, en tout cas la concertation est là pour enrichir cet équilibre, cette concertation…

APOLLINE DE MALHERBE
Sur le fond, d'ailleurs, ils ne le critiquent pas, les Républicains ! Ils sont divisés, mais enfin il y en a un certain nombre qui soutiennent la réforme.

SEBASTIEN LECORNU
Oui et non. Eric WOERTH, que je connais là aussi bien et que j'aime d'ailleurs beaucoup, hier il dit, sur « la Matinale » d'Europe 1, « c'est une réforme a minima. » Si elle est a minima, moi je ne considère pas qu'elle est a minima, mais si elle est a minima j'espère au moins qu'il va de la soutenir, parce qu'une fois de plus, il faut quand même aussi être cohérent, cette réforme-là personne ne s'y est attaqué, ces 10 ou ces 15 dernières années. Personne. Donc, au bout d'un moment… vous savez, quand je me suis fait virer des Républicains j'avais dit les choses avec beaucoup de sincérité et avec beaucoup de coeur.

APOLLINE DE MALHERBE
Enfin, vous avez été viré, mais vous n'y étiez plus hyper attaché, si ?

SEBASTIEN LECORNU
Rappelez-vous ce que j'avais dit…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça vous a fait quand même… ?

SEBASTIEN LECORNU
Je suis militant depuis l'âge de 16 ans, moi j'ai été élu maire, j'ai été élu président du Conseil départemental, militant parmi les militants…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous auriez voulu pouvoir rester encore aujourd'hui ?

SEBASTIEN LECORNU
Ça j'ai déjà répondu à la question, je n'y reviens pas, ce que je dis juste c'est que, j'avais dit une chose, je suis choqué que…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous dites que vous avez l'air d'en être chagrin.

SEBASTIEN LECORNU
Je vais vous y répondre autrement. Je suis choqué qu'ils préfèrent s'attacher à leur parti plutôt qu'à leur pays. Eh bien, des réformes comme la SNCF, c'est un peu des moments de vérité, c'est que, il pourrait y avoir une forme d'union nationale, le terme a été trop utilisé, mais, en tout cas, il pourrait y avoir une véritable convergence des grandes forces démocratiques de ce pays autour du sauvetage de la SNCF. Dans des grands meetings des Républicains j'ai entendu tous les leaders…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous auriez aimé une forme d'union sacrée ?

SEBASTIEN LECORNU
Parler du statut des cheminots pour se faire applaudir, d'ailleurs en disant des choses, parfois, qui étaient franchement déplacées, sur le métier de cheminot. Là, aujourd'hui, où on ouvre cette réforme, avec beaucoup de respect, beaucoup de calme, beaucoup de dialogue, beaucoup d'écoute, et les ordonnances ne sont pas un outil qui raccourcit ça, bien au contraire…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc il y aurait une forme d'hypocrisie ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais bien sûr, évidemment. A s'opposer coûte que coûte pour s'opposer, on finit par se prendre les pieds dans le tapis, et ça, c'est véritablement dommage, les ordonnances, ce sont des outils que d'autres gouvernements ont employés en leur temps, en plus, il ne faut pas faire le procès des ordonnances, c'est le Parlement qui définit la taille du stylo, l'encre du stylo, la marque du stylo. Et ensuite, c'est le Parlement, ça s'appelle l'ordonnance d'habilitation, et ensuite, l'ordonnance de ratification, c'est le Parlement qui vous revoie la copie et vous la corrige, et est capable de la corriger autant de fois qu'il le faut ; je rappelle que les ordonnances sur le droit du travail, ça doit être une centaine d'heures de débat au Parlement…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous estimez qu'elles sont parfaitement justifiées ?

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien, non, enfin, en tout cas, si on peut s'en passer, parce que le dialogue et la concertation avec la démocratie sociale permet d'aboutir et de passer par la loi normale…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est ça qu'on n'avait pas tout à fait compris au départ…

SEBASTIEN LECORNU
On peut le faire…

APOLLINE DE MALHERBE
On s'arrête un instant sur ce point…

SEBASTIEN LECORNU
Oui, bien sûr, je vous en prie.

APOLLINE DE MALHERBE
Pour vous, l'ordonnance, on a eu le sentiment quand Edouard PHILIPPE l'a annoncé lundi, que c'était les ordonnances, point barre. Depuis, on a le sentiment qu'en réalité, c'est les ordonnances s'il n'y a pas de concertation, c'est-à-dire, c'est les ordonnances, faute de mieux ?

SEBASTIEN LECORNU
Alors, pour rentrer un peu dans la technique, quoi qu'il arrive, il y aura forcément un volet ordonnances…

APOLLINE DE MALHERBE
Il n'y aura pas forcément…

SEBASTIEN LECORNU
Si, parce que vous avez des choses très, très, très…

APOLLINE DE MALHERBE
Ce que vous voulez dire, c'est qu'il n'y aura pas forcément d'ordonnances ?

SEBASTIEN LECORNU
Si ,si, pour des choses très techniques, les transferts de compétences et de charges, les centres de maintenance, enfin, des choses un tout petit peu difficiles à écrire, qu'il est plus facile d'écrire dans les ordonnances, mais ça, on a l'habitude, enfin, je veux dire, on le fait assez régulièrement, plutôt que par la loi. En revanche…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais il y aura un projet de loi ?

SEBASTIEN LECORNU
Il y aura bien un projet de loi, en tout cas, on commence par l'habilitation du projet de loi pour habiliter à faire les ordonnances mi-mars en Conseil des ministres…

APOLLINE DE MALHERBE
Et si ça marche suffisamment vite, alors dans ces cas-là…

SEBASTIEN LECORNU
Ce que le Premier ministre a dit, c'est ce qu'Elisabeth BORNE a dit. Entre nous, c'est très moderne, ça nous permet aussi de mélanger la démocratie parlementaire qui est évidemment la seule légitime pour écrire la loi, il n'y a pas de doute là-dessus, et en même temps, la démocratie sociale.

APOLLINE DE MALHERBE
Sébastien LECORNU, à l'heure du Salon de l'agriculture, vous y êtes d'ailleurs vous-même pratiquement tous les jours cette semaine, Laurent WAUQUIEZ y était hier, et il est en train d'installer cette critique, après l'idée du président des riches à l'encontre d'Emmanuel MACRON, qu'il serait le président des villes contre les campagnes, voilà ce qu'il a dit hier : c'est un monde ici qu'Emmanuel MACRON méprise et ignore.

SEBASTIEN LECORNU
Il savait qu'il était enregistré ce coup-ci ?

APOLLINE DE MALHERBE
Je crois que oui, en l'occurrence, parce que les micros étaient effectivement tout à fait sous ses yeux.

SEBASTIEN LECORNU
Je n'ai pas spécialement de commentaires à faire sur le sujet, il est dans un rôle, un jeu de rôle, il fait son bullshit, comme il dit si bien, moi, je n'ai plus envie de commenter ce que dit Laurent WAUQUIEZ.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous estimez que cette critique ne peut pas porter ses fruits ? Attention, la formule : président des riches qui, pour le coup, était de Jean-Luc MELENCHON, elle a pris, est-ce que pour vous, non, c'est… vous ne commentez pas Laurent WAUQUIEZ, mais est-ce que vous commentez le fond ?

SEBASTIEN LECORNU
Je vous l'ai dit, j'ai été maire de Vernon, ville urbaine, et j'ai présidé le département de l'Eure, département, ô combien rural, donc je me pense légitime en tant que membre du gouvernement d'Emmanuel MACRON pour parler de ces sujets, la réalité, c'est que cette opposition-là, elle est même dangereux pour le pays, il y a de la misère, il y a de la pauvreté, autant en ville qu'à la campagne. Il y a des gens qui réussissent et qui ont de véritable success story aussi bien la ville qu'à la campagne, donc cette espèce d'opposition entre ruralité et urbanité, entre la France des villes et la France des champs, elle est déjà extrêmement dépassée, elle ne correspond pas à ce qu'est devenu le pays aujourd'hui, parce que, entre-temps, il y a la péri-urbanité, il y a la banlieue, il y a également les centres bourgs qui sont dans des départements ruraux qui connaissent eux aussi des difficultés, et pour autant, c'est la ville, même si c'est seulement 4.000 ou 5.000 habitants. Bref, je comprends que Les Républicains soient en mal d'oxygène et aient besoin parfois d'asséner des contre-vérités pour retrouver un peu l'oreille et l'écoute des Français, c'est leur problème, moi, ce que je vois aujourd'hui, ce que nous faisons sur le Salon de l'Agriculture, depuis maintenant samedi dernier, on a vu la visite d'Emmanuel MACRON, ce que nous sommes en train de faire avec le monde de la chasse, qui n'avait jamais été écouté et respecté autant depuis maintenant de nombreuses années, enfin, je pourrais en citer, de nombreuses pistes ou thèmes, mesures politiques publiques, projets de loi, que nous sommes en train d'initier sur le sujet, regardez la méthanisation, ce que je suis en train de faire en lien avec Stéphane TRAVERT…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça, c'est l'un de vos dadas, vraiment aussi, cette idée de pouvoir diversifier…

SEBASTIEN LECORNU
Oui, oui, diversification des revenus des agriculteurs, comment un éleveur peut aujourd'hui avec les énergies renouvelables, l'éolienne…

APOLLINE DE MALHERBE
Les encourager davantage à créer ce gaz par méthanisation…

SEBASTIEN LECORNU
Bien sûr, mais aussi avec les éoliennes, mais aussi avec le photovoltaïque, aussi, effectivement…

APOLLINE DE MALHERBE
Il y aura des subventions là-dessus ?

SEBASTIEN LECORNU
Ah oui, bien sûr, 100 millions d'euros que le président de la République a annoncés dans le cadre du grand plan d'investissement à la main de la BPI, on va aussi faire un certain nombre d'annonces avec Stéphane TRAVERT d'ici la fin du mois de mars sur le sujet. On est pragmatique, on est concret, et ça, je pense que les acteurs du monde rural, les acteurs de la campagne, comme on dit si bien, s'en rendent compte, en tout cas, moi, je vais passer 3 jours sur le Salon, j'y vais juste après, c'est ma troisième journée, je ne sens pas ce décalage que Laurent WAUQUIEZ veut pointer, donc c'est son problème…

APOLLINE DE MALHERBE
Nicolas HULOT avait prévu de ne pas y aller, il y a été un peu en catimini hier…

SEBASTIEN LECORNU
Non, pas en catimini, mais vous connaissez son caractère, c'est un homme libre, intuitif qui n'aime pas être dans des schémas trop rigides, il a beaucoup préparé le Salon en amont, moi j'ai participé à beaucoup, beaucoup de réunions avec lui sur le sujet, notamment avec les grands syndicats, avec les filières, etc., et puis, c'est vrai qu'hier, il voulait marquer le coup sur la recherche, c'est pour ça qu'il est allé sur le stand de l'INRA Avec Frédérique VIDAL, parce qu'on voit bien que tous nos politiques publiques sont au carrefour de la recherche de demain, il est allé voir madame LAMBERT, la présidente de la FNSEA, pour échanger avec elle, c'était une visite réussie, et ses deux secrétaires d'Etat, Brune POIRSON et moi-même, on est largement déployés sur le Salon cette semaine…

APOLLINE DE MALHERBE
Le projet c'est le projet de Bure, c'est un des projets sur lesquels vous, vous, êtes particulièrement en charge, le site d'enfouissement des déchets radioactifs. On a le sentiment que vous avez lâché face à Notre-Dame-des-Landes, que vous tenez face à Bure, est-ce que c'est parce que, malgré tout, le nombre de militants, là, est quand même beaucoup moins grand ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, ça n'a rien à voir. Bure, on est sur un projet qui est délicat, parce que, il s'agit de trouver une solution à un problème qui nous a été posé par nos aïeux sur le sort des déchets nucléaires, c'est-à-dire que, aujourd'hui, on a des déchets, ils sont là, qu'est-ce qu'on en fait ? Il y a deux possibilités aujourd'hui que nous connaissons, soit, on les laisse en stockage dit de surface, c'est ce que nous faisons à La Hague, mais ça va durer des milliers d'années, on ne peut pas forcément garantir un stockage efficace, sécurisé et sûr en surface sur des milliers d'années, quand je dis des milliers d'années, c'est des dizaines de milliers d'années…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc le site a été libéré…

SEBASTIEN LECORNU
Soit un stockage en couches géologiques profondes. Et donc Cigéo aujourd'hui, c'est un laboratoire à Bure, dans lequel il n'y a aucune matière radioactive, il n'y a aucun déchet, c'est un laboratoire dans lequel on ne fait que des recherches, dans un laboratoire souterrain, sur l'argile, pour voir comment pourrait se comporter éventuellement…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que la vraie question, c'est ce qu'on va en faire, est-ce que, oui ou non, vous allez accepter l'enfouissement des déchets radioactifs ?

SEBASTIEN LECORNU
Alors, calendrier là-dessus, la décision devra être prise au début du prochain quinquennat, c'est un projet à hauteur de 150 années…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous ne vous engagerez pas là-dessus, pendant ce quinquennat…

SEBASTIEN LECORNU
Mais c'est la loi qui dit ça, ce n'est pas moi, c'est la loi de 2006, elle dit que : une déclaration d'utilité publique doit être déposée par l'ANDRA, qui est l'agence qui gère ce projet tout au long de l'année 2019, probablement d'ailleurs au premier semestre, et ensuite, autorisation de travaux après instruction par l'Autorité de Sûreté Nucléaire, ça sera au début du quinquennat…

APOLLINE DE MALHERBE
Alors pourquoi expulser ceux qui sont sur place aujourd'hui ?

SEBASTIEN LECORNU
Parce que ce sont des délinquants, parce qu'ils occupent illégalement, ils occupaient illégalement le bois Lejuc…

APOLLINE DE MALHERBE
Ils ont prévu de revenir ce week-end ; est-ce que vous serez…

SEBASTIEN LECORNU
Ce week-end, il y a une manifestation qui est prévue. Moi, les choses sont claires, et je m'adresse directement aux manifestants, on a le droit d'être contre le projet de Cigéo à Bure. Mais on emprunte les voies de droit et les voies de légalité, on a le droit de manifester, on a le droit de marquer son mécontentement, on a le droit de crier dans un micro, on a le droit de brandir des pancartes, on n'a pas le droit de jeter des pavés sur les gendarmes, on n'a pas le droit de détruire la mairie de Bure ou de casser ses vitres, comme ça a été fait la semaine dernière, et moi, là-dessus, je serai intraitable sur le sujet…

APOLLINE DE MALHERBE
Ils sont prévenus…

SEBASTIEN LECORNU
Comme l'est Gérard COLLOMB, comme l'est Edouard PHILIPPE, comme l'est Emmanuel MACRON.

APOLLINE DE MALHERBE
Ils sont prévenus Sébastien LECORNU, merci d'avoir été avec nous.

SEBASTIEN LECORNU
Merci Apolline de MALHERBE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er mars 2018

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