Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à RTL le 2 mars 2018, sur la réforme de l'assurance-chômage, la dégressivité des allocations chômage et le financement de la formation professionnelle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à RTL le 2 mars 2018, sur la réforme de l'assurance-chômage, la dégressivité des allocations chômage et le financement de la formation professionnelle.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, CHAPUIS Jérôme.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : JEROME CHAPUIS
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour.

JEROME CHAPUIS
Merci d'être avec nous sur RTL. Le gouvernement lève donc le voile ce matin sur la réforme de l'Assurance-chômage. Et l'impression qui prédomine, c'est qu'on est un peu en dessous de la main par rapport aux promesses d'Emmanuel MACRON. Un exemple, tous les salariés qui démissionnent auront le droit à l'Assurance-chômage, c'est ce que disait le candidat Emmanuel MACRON ; et dans le projet qui est présenté ce matin par la ministre Muriel PENICAUD dans Le Parisien, les conditions sont tellement strictes qu'elles ne concernent plus que 3 % des démissionnaires.

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors d'abord cet accord négocié par les partenaires sociaux servira de base à la transformation et à la concrétisation dans la loi. 1) il y a beaucoup plus de droits pour les salariés français et…

JEROME CHAPUIS
Mais vous convenez que par rapport aux promesses d'Emmanuel MACRON…

BENJAMIN GRIVEAUX
Si vous me laissez juste terminer, je me souviens assez bien des promesses d'Emmanuel MACRON, j'étais son porte-parole pendant la campagne. Qu'est-ce qu'on a dit ? On a dit : il faut pouvoir démissionner, il faut pouvoir démissionner et bénéficier de l'Assurance-chômage tous les 5 ans. L'accord prévoit 7 ans, l'accord qu'ont obtenu les partenaires sociaux ; nous on va aller plus loin, ce sera tous les 5 ans. Et pendant la campagne présidentielle, Emmanuel MACRON a dit : on ne démissionne pas sur un coup de tête parce qu'on ne se sent pas bien un matin. Il faut avoir un projet soit professionnel, un changement de métier, ce qui est prévu ; ou alors la création d'une entreprise. Et donc ça va concerner environ 30.000 personnes par an, 30.000 personnes par an ce n'est pas rien, c'est aujourd'hui des personnes qui sont parfois malheureuses dans leur emploi ou qui ne franchissent pas le pas pour créer leur entreprise. Donc pour eux, ce sont des droits…

JEROME CHAPUIS
Mais vous comprenez que les personnes qui ont entendu Emmanuel MACRON pendant la campagne dire « tous les salariés qui démissionnent…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ceux qui ont compris pendant la campagne que c'était… chacun pouvait démissionner tous les 6 mois sur des coups de tête sans doute n'avaient-ils pas bien écouté Emmanuel MACRON. Je renvoie à ce que nous avons dit pendant la campagne de manière constante, c'est pour un projet professionnel, vous pouvez avoir envie de changer de métier ou c'est aussi pour la création d'une entreprise. Et ça, on considère… les partenaires sociaux évaluent plutôt entre 15 et 20.000 personnes par an, nous on pense que ce sera plutôt 30.000 personnes par an. C'est aujourd'hui un droit nouveau qui n'existe pas.

JEROME CHAPUIS
Je disais en dessous de la main, c'est un peu la même chose pour les travailleurs indépendants. Ils devaient bénéficier de l'Assurance-chômage et on apprend ce matin que ce sera 800 € par mois pendant 6 mois, on est très loin du droit commun !

BENJAMIN GRIVEAUX
Aujourd'hui c'est 0, aujourd'hui quand vous montez une entreprise… vous avez eu l'an dernier 30.000 artisans, commerçants, exploitants agricoles…

JEROME CHAPUIS
Mais 800 € par mois…

BENJAMIN GRIVEAUX
Qui ont fait…

JEROME CHAPUIS
800 € par mois pendant 6 mois, par rapport à un salarié…

BENJAMIN GRIVEAUX
Je veux bien qu'on veuille à chaque fois voir le verre à moitié vide dans ce pays, mais sachez que moi je suis partisan d'une forme d'optimisme. On a aujourd'hui 30.000 personnes, 30.000 défaillances d'artisans, de commerçants, d'exploitants agricoles par an qui se retrouvent avec 0 sur leur compte en banque le lendemain de la défaillance constatée. Demain, on aura pour ces personnes pendant 6 mois des droits à nouveaux, à savoir 800 € par mois. Est-ce que c'est suffisant ? Ce n'est jamais suffisant quand vous avez connu une faillite, quand vous avez connu un échec, c'est difficile. Mais enfin aujourd'hui c'est 0, demain ce sera 800 € sécurisés pendant 6 mois pour leur permettre de rebondir, de ne pas se retrouver à sec parce que quand on prend des risques, quand on monte une entreprise, quand on tient un commerce, quand on est exploitant agricole et que malheureusement parfois, on doit mettre la clé sous la porte, il faut pouvoir aussi bénéficier de la solidarité nationale.

JEROME CHAPUIS
Benjamin GRIVEAUX, il y a quelque chose qui n'est pas encore très clair, même après l'interview de ce matin Muriel PENICAUD, ce sont ce qu'on peut appeler la taxation des CDD, un système de bonus-malus, est-ce que oui ou non les entreprises qui recourent trop aux contrats à durée déterminée seront taxés ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors on a en France… 90 % des embauches se font soit en CDD soit en intérim, donc l'objectif c'est de lutter contre la précarité parce que quand vous êtes embauché en CDD ou alors évidemment en intérim, vous avez des difficultés d'accès au logement, de crédit, etc., de vie quotidienne. L'objectif c'est donc de limiter ça. Toutes les branches ont jusqu'à la fin du mois de décembre pour prendre des mesures sur ce qu'on appelle les contrats courts…

JEROME CHAPUIS
Donc là, vous renvoyez ça aux partenaires sociaux ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais on fait confiance, on n'a pas de raison de ne pas leur faire confiance. Regardez l'accord qui a été signé sur l'Assurance-chômage, l'accord auquel ils sont parvenus, on peut dire que c'est un accord qui va dans le bon sens. Donc on se dit : on leur fait confiance jusqu'à la fin de l'année. En revanche si à la fin de l'année, il n'y a pas d'avancée sur ce sujet, le gouvernement prendra ses responsabilités. La confiance et à l'issue du processus, si on a des avancées on les entérine, s'il n'y a pas d'avancées on prend nos responsabilités.

JEROME CHAPUIS
Une précision, Muriel PENICAUD ne parle pas du tout de la dégressivité des allocations, c'est totalement écarté ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est totalement écarté.

JEROME CHAPUIS
D'accord. Vous dites « on fait confiance aux partenaires sociaux », est-ce que ce sera le cas aussi pour la formation professionnelle, parce que là aussi il y a un accord, est-ce que vous allez en tenir compte lors des annonces qui vont être faites lundi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors les annonces seront faites par Muriel PENICAUD lundi. Il y a deux sujets, sur le droit des salariés l'accord qui a été signé la semaine dernière prévoit sur la question de la formation professionnelle des avancées : plus de droits à la formation, plus d'heures de formation et donc ça, ça va dans le sens du projet porté par le président de la République dans le cadre de la campagne présidentielle de dire : il vaut mieux armer nos salariés pour faire face aux mutations du monde du travail, etc…

JEROME CHAPUIS
Mais ça ne va pas assez loin.

BENJAMIN GRIVEAUX
En revanche il y a un deuxième sujet qui est la question de la gouvernance, du financement, de l'architecture globale du monde de la formation professionnelle. Je rappelle, c'est 34 milliards d'euros par ans, 500 € par Français par an. Et donc il n'est pas illégitime qu'on s'interroge sur le financement, sur la gouvernance, sur l'architecture. Or, on constate que l'accord auquel sont parvenus les partenaires sociaux la semaine dernière, sur cette question importante, ne va sans doute pas suffisamment loin.

JEROME CHAPUIS
Et vous savez que c'est un casus belli pour les syndicats, pour le patronat d'ailleurs aussi ! Le financement, elle est très, très, très sensible pour eux.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais j'imagine qu'elle est très sensible pour eux mais elle est très sensible aussi pour les pouvoirs publics. Comme vous l'avez dit… ça n'est pas un casus belli, ne voyez pas… dans belli il y a belligérant, moi j'en ai assez que dans ce pays, à chaque fois qu'on veuille réformer quelque chose et changer le statu quo qui parfois est là depuis des décennies, on parle de guerre ou de conflit. Ce n'est pas ça, c'est simplement qu'on souhaite transformer un système dont on considère qu'aujourd'hui, il ne fonctionne pas puisque l'essentiel de la formation professionnelle va aujourd'hui à qui ? A des salariés déjà bien formés et pas à des gens qui en ont besoin. Il y a eu un progrès…

JEROME CHAPUIS
Il n'y a pas forcément de guerre mais il y a des différends, il y a des conflits…

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui mais c'est dans les créations d'emplois…

JEROME CHAPUIS
D'un mot…

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a des différences évidentes et il y a une volonté de transformer et une très grande détermination du gouvernement sur cette question.

JEROME CHAPUIS
D'un mot, cette question du financement de la formation professionnelle, est-ce que ça peut être un levier dans d'autres négociations, je pense par exemple à celle qui s'ouvre, qui s'est ouverte cette semaine, hier d'ailleurs sur la SNCF ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez ! Il ne faut pas mélanger tous les sujets, c'est le meilleur moyen que personne n'y comprenne plus rien. La SNCF c'est un sujet de service public du quotidien pour des millions de Français de transformation d'une grande entreprise, de préparer cette grande entreprise à quelque chose d'inéluctable qu'est l'ouverture à la concurrence, qui a été actée dans le quinquennat précédent, donc il ne faut pas tout mélanger…

JEROME CHAPUIS
Vous dites qu'il ne faut pas tout mélanger mais les réformes, elles, elles arrivent toutes en même temps et les syndicats discutent sur plusieurs fronts. Et eux, pour le coup, sont un petit peu perdus.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais tout le monde travaille beaucoup et c'est heureux parce que le pays en a besoin, parce que les Français ont manifesté une très grande forme d'impatience dans l'élection qui s'est tenue l'année dernière, parce que ça fait 20 ou 30 ans qu'il y a beaucoup d'immobilisme dans ce pays. Nous, nous n'avons pas été élus pour ne rien faire, pour rester les bras croisés et pour être les défenseurs du statu quo. Donc nous avançons sur l'ensemble des sujets parce que quand vous transformez la formation professionnelle, l'Assurance-chômage, les questions de l'apprentissage, tout cela est cohérent. Si vous ne faites qu'un morceau de ce qu'on appelle… finalement de ce qui va permettre aux salariés français, aux jeunes demain de choisir leur avenir librement et de s'engager dans des métiers et de changer de métier s'ils en ont l'envie, vous ne résolvez pas la question fondamentale de la mobilité. C'est en agissant sur la totalité des leviers en même temps qu'on transformera le pays.

JEROME CHAPUIS
Mais en agissant en même temps, vous prenez le risque de ce qu'on appelle « la convergence des luttes », autrement dit d'un printemps social explosif.

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous savez, on prend le risque de transformer le pays, un pays qui est immobile depuis 30 ans, donc ce risque-là…

JEROME CHAPUIS
Vous n'avez pas de crainte que le trafic ferroviaire par exemple soit complètement bloqué lors des prochaines vacances scolaires au printemps ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je suis sûr d'une chose, c'est que le plus grand risque… le plus grand risque serait de ne rien faire.

JEROME CHAPUIS
D'un mot, puisqu'on parlait d'emplois, 1.000 emplois menacés à Blanquefort après la décision de FORD de ne plus investir sur son site de Gironde, Bruno LE MAIRE reçoit tout à l'heure les représentants ; et puis Alain JUPPE qui sera là aussi puisqu'il est lui-même élu de Bordeaux, de la Gironde. Ils en appellent à l'Etat tous, est-ce que vous allez répondre présents ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez ! Bruno LE MAIRE va les recevoir tout à l'heure, donc je ne vais pas me substituer au ministre auprès duquel j'ai travaillé pendant 6 mois à Bercy. Mais une chose est certaine, il y aura – vous le savez – une action de l'Etat sur les questions de formation, de reconversion, d'accompagnement, c'est traditionnel et l'Etat l'a fait de manière et de manière constante sur des sites industriels de cette nature-là. Il faut d'abord 1) qu'il puisse recevoir les salariés, savoir quel est l'état des lieux, discuter avec les partenaires sociaux. Je veux dire, on ne va pas décréter depuis Paris des choses, il faut d'abord discuter avec les gens, savoir ce qui se passe sur le terrain, ce qu'ils nous en disent, ce qu'ils en comprennent et ce qu'ils attendent.

JEROME CHAPUIS
Benjamin GRIVEAUX, je change de sujet, est-ce que vous étiez hier soir à l'Elysée pour écouter « Pierre et le loup » et le président dans le rôle du récitant ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non parce qu'hier soir, c'était réservé au personnel de l'Elysée, à leurs enfants et à quelques classes d'enfants qui viennent plutôt de quartiers populaires.

JEROME CHAPUIS
Vous entendez le débat, est-ce que c'est vraiment la place d'un président de se prêter à ce type de représentation ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Une chose c'est sûr c'est que le rôle du président, c'est à la fois d'être auprès de nos militaires, de l'armée de terre hier, auprès de nos agriculteurs samedi dernier et aussi d'être un passeur de culture. Quelqu'un qui transmet la culture et qui la transmet à la jeune génération, moi je trouve ça plutôt rafraîchissant.

JEROME CHAPUIS
On entendait d'ailleurs dans le journal de 7 h 00 une de vos collègues, Marlène SCHIAPPA dans les répétitions du « Monologue du vagin » au côté de deux anciennes ministres, Roselyne BACHELOT, Myriam EL KHOMRI. Vous vous y mettez quand au théâtre ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez ! Moi je n'ai pas le talent de certains, il faut savoir…

JEROME CHAPUIS
Ça ne vous tente pas ?

BENJAMIN GRIVEAUX
J'ai peut-être quelques autres talents mais je n'ai pas celui-là. J'aurai aimé l'avoir mais peut-être que ce sera une autre vie après la vie que je connais en ce moment.

JEROME CHAPUIS
Et le rôle de maire de Paris par exemple, ça vous tente ça pour le coup ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors j'ai gagné un déjeuner puisque j'étais certain que vous alliez me poser la question, avec les membres de mon cabinet qui me doivent donc un déjeuner.

JEROME CHAPUIS
En même temps, vous faites tout pour qu'on vous pose la question, il y a une députée de Paris qui dit cette semaine que vous seriez un bon maire. Et cette députée ce n'est pas n'importe qui, c'est votre propre suppléante, alors ça c'est un peu téléphoné, pardon !

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous savez, 1) Elise FAJGELES qui est ma suppléante et qui est aujourd'hui députée à la Commission des lois qui va… projet de loi asile-immigration, ce n'est pas une marionnette à qui on fait dire quelque chose. Invitez-la, vous verrez que ça n'est pas le genre de femme et de parlementaire à qui on fait dire ce qu'on veut.

JEROME CHAPUIS
Vous êtes d'accord en tout cas avec la Une du Figaro ce matin qui dit que l'après HIDALGO a déjà commencé à Paris ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, moi vous savez, on juge un mandat à l'issu du mandat. Je demande aux Français de juger le quinquennat du président de la République à son terme ; le mandat de Madame HIDALGO se termine en 2020, nous sommes en mars 2018, donc c'est à la fin qu'on juge un mandat et pas avant.

JEROME CHAPUIS
Merci beaucoup Benjamin GRIVEAUX d'avoir été l'invité de RTL ce matin.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 mars 2018

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