Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec France Info le 5 mars 2018, sur la situation politique en Italie et en Allemagne, l'avenir de la construction européenne, les élections européennes de 2019, le conflit syrien, la question israélo-palestinienne et sur la réforme de la SNCF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec France Info le 5 mars 2018, sur la situation politique en Italie et en Allemagne, l'avenir de la construction européenne, les élections européennes de 2019, le conflit syrien, la question israélo-palestinienne et sur la réforme de la SNCF.

Personnalité, fonction : LOISEAU Nathalie, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre des affaires européennes;

ti :

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Nathalie LOISEAU.

NATHALIE LOISEAU
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Les électeurs italiens se sont déplacés en nombre hier pour élire leurs députés, le résultat c'est que le parti populiste 5 Etoiles de Beppe GRILLO, arrive en tête, et la coalition de droite et d'extrême droite arrive elle aussi en tête, en fait on ne sait pas trop, c'est cafouilleux aujourd'hui en Italie, mais ce qui est certain, les commentateurs le disent comme ça, c'est que les anti-européens sont arrivés en tête du scrutin, on écoute l'un des responsables de la formation 5 Etoiles.

ALESSANDRO DI BATTISTA, DU MOUVEMENT 5 ETOILES – CE MATIN A ROME
Si ces résultats sont confirmés, il s'agira d'un triomphe du mouvement 5 Etoiles, d'une véritable apothéose qui démontre tout le travail que nous avons fait, et surtout cela démontre autre chose, c'est que tout le monde devra venir parler avec nous.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà, le mouvement de Beppe GRILLO, incontournable en Italie, c'est une mauvaise nouvelle pour la construction européenne telle que vous la défendez, Nathalie LOISEAU ?

NATHALIE LOISEAU
Alors d'abord, on attend les résultats définitifs. Il n'y a le triomphe de personne, puisque personne n'a la majorité absolue, personne ne peut gouverner seul, et quand on entend le mouvement 5 Etoiles dire « tout le monde devra parler avec nous », c'est vraisemblable, mais en même temps il y a quelques semaines, le mouvement 5 Etoiles disait « nous ne gouvernerons que seuls et avec personne d'autre ». Donc, il y a ce qui se dit...

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a quelques semaines, les socio-démocrates allemands disaient : « Jamais plus avec Angela MERKEL ».

NATHALIE LOISEAU
Il y a ce qui se dit avant l'élection...

JEAN-MICHEL APHATIE
Et il y a ce qui se fait.

NATHALIE LOISEAU
... et il y a ce qui va se passer après.

JEAN-MICHEL APHATIE
On est bien d'accord.

NATHALIE LOISEAU
Là-dessus, il est beaucoup trop tôt pour le dire, le président de la République italienne va consulter, ça va prendre du temps...

JEAN-MICHEL APHATIE
Bien sûr. Les anti-européens en tête du scrutin, disent les analystes, vous partagez ce sentiment ?

NATHALIE LOISEAU
Les anti-européens... les antisystèmes, ça c'est certains, parce que le mouvement 5 Etoiles s'est positionné contre le système, les populistes aussi, il y a eu une campagne avec des mots très durs, avec des violences d'ailleurs. Sur l'Union européenne, les uns et les autres ont changé leur discours au fur et à mesure de la campagne, on avait vu par exemple la Ligue parler d'une sortie de l'euro et puis finalement repartir en arrière. Ce qui est frappant, c'est que ce pays fondateur de l'Union européenne, est dans une phase d'euro-déception ; je ne dirais pas d'euroscepticisme, mais c'est un pays qui a connu une crise majeure, avec un niveau de chômage élevé. C'est un pays qui a fait face à un afflux migratoire qu'il n'avait jamais connu dans son histoire, et qui s'est senti seul, abandonné par l'Union européenne, à un moment où les questions migratoires n'étaient pas dans les compétences de l'Union européenne.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais ça vous inquiète ce résultat, ça vous laisse présager des journées difficiles pour les institutions européennes ? Ça suscite quel sentiment chez vous ?

NATHALIE LOISEAU
Alors, pas de catastrophisme. Ça montre simplement que partout en Europe, les partis traditionnels sont fatigués.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, c'est plus que ça quand même, ce n'est pas les partis traditionnels, c'est autre chose, c'est …

NATHALIE LOISEAU
Ce n'est pas forcément que ça. Non, regardez, regardez même à droite...

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un état d'esprit, ce n'est pas la répétition de MACRON en 2016.

NATHALIE LOISEAU
Entre Forza Italia et la Ligue, il semblerait, je le dis avec précautions puisque les résultats définitifs ne sont pas encore connus, il semblerait que la Ligue soit passée devant le parti de Silvio BERLUSCONI, ce qui veut dire que, aujourd'hui, Silvio BERLUSCONI n'attire pas comme dans le passé, il est là depuis longtemps dans le paysage. Il y a un dégagisme, il y a une soif de renouvellement, on l'a vu partout.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je reste sceptique sur le commentaire, le dégagisme en France en 2017 et le dégagisme en Italie, je ne sais pas s'ils ont la même teinte, on va voir...

NATHALIE LOISEAU
Ah ben l'offre n'est pas la même, c'est clair, je préfère être en France qu'en Italie.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça je ne sais pas, mais on va voir un tweet de Marine LE PEN qui se félicite du résultat de l'élection en Italie : « La progression spectaculaire et l'arrivée en tête de la coalition de la Ligue – vous en parliez – de notre ami et allié, est une nouvelle étape du réveil des peuples ». Donc il y a quand même quelque chose qui se passe et qui ne correspond pas à ce que vous défendez au gouvernement.

NATHALIE LOISEAU
Eh bien il est clair que Marine LE PEN, elle, allait exploiter le succès, très relatif, mais le succès quand même de la Ligue puisqu'ils sont dans le même groupe...

JEAN-MICHEL APHATIE
Exploiter ou s'en réjouir.

NATHALIE LOISEAU
Exploiter.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord, c'est votre sentiment. Vous dites qu'on ne sait pas qui a gagné, voyez, on est juste après les élections, on ne sait pas qui a gagné. Pourquoi ? Parce que le scrutin italien, un peu complexe, introduit de la proportionnelle qui ne facilite jamais la lecture des résultats, et en France, si on a bien compris la réforme qui se prépare, on va introduire de la proportionnelle lors des élections législatives. Pourquoi est-ce qu'on fait des bêtises quand on connait le résultat et qu'on voit les conséquences ?

NATHALIE LOISEAU
Alors, le scrutin italien, il n'introduit pas de la proportionnelle, les deux tiers des siège sont pourvus à la proportionnelle. Ce n'est pas une petite dose pour mieux répartir. En France, on se plaint depuis longtemps...

JEAN-MICHEL APHATIE
A tort peut-être.

NATHALIE LOISEAU
... que le système majoritaire à deux tours...

JEAN-MICHEL APHATIE
On se plaint peut-être à tort.

NATHALIE LOISEAU
... fait gagner fortement...

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous vous en plaignez, vous ?

NATHALIE LOISEAU
...une majorité...

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous vous en êtes plaint l'an dernier ?

NATHALIE LOISEAU
Pas du tout.

JEAN-MICHEL APHATIE
Eh bien voilà.

NATHALIE LOISEAU
Mais si certains...

JEAN-MICHEL APHATIE
Pourquoi changer ce qui marche, ça c'est...

NATHALIE LOISEAU
Non, si certains sont insuffisamment représentés, si le sentiment c'est que le gagnant l'emporte et prend toute la mise, il faut travailler là-dessus, mais le système...

BRUCE TOUSSAINT
En Italie, il faut 40 % pour pouvoir constituer la majorité, donc là aussi la différence.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, c'est vrai.

BRUCE TOUSSAINT
La majorité est à 40.

NATHALIE LOISEAU
C'est un système extraordinairement compliqué, Matteo RENZI avait perdu un référendum quand il avait voulu changer le système institutionnel italien. La majorité qui sort aujourd'hui, avait fait cette réforme qui manifestement ne fonctionne pas, qui en tout cas a comme conséquence qu'aucun parti ne peut gouverner seul. Il y aura une coalition, on ne sait pas laquelle.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ne fonctionne au fond que les choses simples, on le sait, nous, nous avons un scrutin simple et nous allons le complexifier, ce sont les joies de la politique. Je voulais montrer une dernière image à propos de ce qui s'est passé hier en Italie. Silvio BERLUSCONI s'avance pour voter, et hop, comme un diable de sa boite, surgit une Femen. Voilà, on va la voir. Silvio BERLUSCONI... et voilà, elle monte sur l'urne et elle est seins nus et donc elle est expulsée. Ça dit la dégradation du débat politique en Italie ?

NATHALIE LOISEAU
Oh non, parce que des Femen, on peut en voir surgir dans notre pays aussi, c'est anecdotique. Je ne suis pas sûre qu'elles défendent des causes qui sont entendues très largement avec ce type de comportement. Je ne suis pas fan, à titre personnel. Là-dessus, je ne me moquerais pas d'un pays voisin, ça peut arriver à tout moment, n'importe où, c'est anecdotique, ça ne dit pas grand-chose.

BRUCE TOUSSAINT
On a bien, pour ce qui concerne Silvio BERLUSCONI, vous vous réjouissez quand même de son score, plus faible qu'annoncé.

NATHALIE LOISEAU
Ah non, je ne me réjouis pas du tout...

BRUCE TOUSSAINT
Ah d'accord.

NATHALIE LOISEAU
Je dis simplement que...

BRUCE TOUSSAINT
C'est ce que j'avais compris.

NATHALIE LOISEAU
Ce que je vois partout, en Allemagne on a, dans quelques jours, un gouvernement qui va être constitué avec la CDU de madame MERKEL, la CSU, le SPD. C'est une bonne nouvelle, ce sont des partis pro-européens...

JEAN-MICHEL APHATIE
On va en parler, oui.

NATHALIE LOISEAU
Ils ont signé un contrat de coalition ensemble, qui comporte beaucoup de choses positives, ce sont quand même des partis qui ont souffert au dernier scrutin. Je disais simplement : les partis traditionnels, partout en Europe, réussissent moins bien que dans le passé, il n'y a plus de situation acquise, il y a une envie de renouvellement de l'offre politique, considérable, à travers l'Europe.

BRUCE TOUSSAINT
Vous restez avec nous, il est 08h40, l'essentiel de l'info, Hedwige COUPEZ.
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BRUCE TOUSSAINT
Nathalie LOISEAU, ministre des Affaires européennes, est l'invitée de France Info ce matin. Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous venez de l'évoquer, Nathalie LOISEAU, en Allemagne, les militants du SPD, à 66 %, ont finalement validé l'accord de coalition avec Angela MERKEL. On écoute Olaf SCHOLZ, le président par intérim des sociaux-démocrates allemands, qui se félicite, hier, de ce vote.
OLAF SCHOLZ, CHEF DU SPD PAR INTERIM, HIER A BERLIN – TRADUCTION

Nous y voyons maintenant clair, le SPD fera son entrée dans le prochain gouvernement fédéral. Cela n'a pas été une décision facile pour le parti social-démocrate, le résultat du contrat de coalition a été discuté de manière ouverte et transparente ces dernières semaines.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors, l'Europe, c'est une volonté de vivre démocratiquement, ça suppose qu'on soit honnête avec les électeurs, sinon, la démocratie n'a pas de sens. Les sociaux-démocrates allemands, pendant la campagne électorale, et puis, juste après avoir enregistré un résultat catastrophique lors de ces élections en septembre, on dit : avec MERKEL, plus jamais. Et puis, six mois après, on se félicite de l'accord que les sociaux-démocrates trouvent avec MERKEL, c'est quand même curieux, non ?

NATHALIE LOISEAU
C'est Martin SCHULZ qui l'avait dit, il était celui qui conduisait les sociaux-démocrates, il ne l'est plus aujourd'hui, ce qui est très intéressant, très particulier à la vie politique allemande, c'est ce temps de discussion, qui permet aux partis de se mettre d'accord sur un projet de gouvernement, c'est très détaillé, c'est très précis…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, oui, toujours.

NATHALIE LOISEAU
Et c'est ce qui fait aussi que les militants du SPD ont été interrogés, ils ont voté, donc s'ils avaient voulu ne pas participer à la coalition, ils auraient parfaitement pu le faire, ce n'était pas seulement les dirigeants des partis qui ont décidé.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas un accroc de plus à une philosophie qui nous anime en Europe, dans chaque pays européen ? Jamais plus avec MERKEL, et puis, finalement, avec MERKEL…

NATHALIE LOISEAU
Enfin, celui qui avait dit jamais plus n'est plus là…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, mais enfin, les autres sont là ! Ils l'ont dit aussi, eux…

NATHALIE LOISEAU
D'accord, mais les militants ont dit…

JEAN-MICHEL APHATIE
Je ne sais pas ce qu'a dit exactement monsieur Olaf SCHOLZ, mais il a dû le dire.

NATHALIE LOISEAU
Je ne suis pas sûre, connaissant bien la vie politique allemande, je ne suis pas sûre que c'était largement partagé, et en tout cas, les militants, de la manière la plus démocratique qui soit, et au vu d'un contrat de coalition très précis ont dit : nous sommes d'accord pour ce nouveau gouvernement. C'est une bonne nouvelle, parce que les engagements pro-européens de ce futur gouvernement sont forts, et nous allons pouvoir travailler en franco-allemand, à la fois de manière bilatérale, et plus largement, dans l'Union européenne, pour faire bouger cette Europe, qui en a besoin. Qu'est-ce que disent les électeurs partout en Europe ? Pas nécessairement qu'ils ne veulent plus d'Europe, mais qu'ils veulent une Europe qui fonctionne différemment de ce qu'ils ont connu jusqu'à maintenant.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous pensez que là, vous pourrez faire avancer des projets avec Angela MERKEL, qui est quand même assez faible ?

NATHALIE LOISEAU
Ah, non, je suis très confiante parce que c'est une Européenne convaincue…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais elle aura les moyens de…

NATHALIE LOISEAU
Son image est forte en Allemagne, son parti a moins bien réussi que précédemment, mais elle reste une personnalité politique de référence, et elle a des engagements pro-européens très forts.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et on peut se demander si on ne se prépare pas à des lendemains difficiles en Europe, parce que, en Allemagne, maintenant, l'opposition, c'est l'alternative pour l'Allemagne, c'est-à-dire l'extrême droite. On écoute son leader, Alexander GAULAND.

ALEXANDER GAULAND, CHEF DE FILE DE L'AFD – TRADUCTION
Nous allons faire la chasse à madame MERKEL, nous allons récupérer notre peuple et notre pays. Et nous allons balayer le gouvernement, vous pouvez compter là-dessus !

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà, ça, ce sont des propos qui ont quelques mois, mais qui identifient bien la nature de l'opposition aujourd'hui en Allemagne. Alors, est-ce que ça ne prépare pas à des lendemains difficiles, ces coalitions en trompe-l'oeil ?

NATHALIE LOISEAU
Non, je pense que ce à quoi on doit être très attentif, c'est ne pas laisser ce type de parti parler au nom du peuple, vous l'avez entendu, il disait : nous allons renverser le gouvernement au nom du peuple allemand. Il ne représente pas la majorité…

JEAN-MICHEL APHATIE
15 % des voix.

NATHALIE LOISEAU
Il faut donner la parole aux citoyens sur l'Europe, c'est ce qu'on va faire partout en Europe, 26 pays sur 27, on va organiser des consultations cette année, pour faire en sorte d'entendre ce que les populations ont à dire sur l'Union européenne, ce qu'elles apprécient, les critiques, les propositions, ne pas laisser les extrémistes dire : je suis le peuple, il n'y a rien de plus dangereux.

JEAN-MICHEL APHATIE
On comprend, Nathalie LOISEAU, que – c'est votre rôle au fond – votre verbe soit diplomatique, mais l'opposition en Allemagne aujourd'hui, c'est l'extrême droite, les partis anti-européens rencontrent un grand succès en Italie. L'extrême droite est au gouvernement en Autriche, on assassine un journaliste slovaque, ça, donc, sans que ça suscite quoi que ce soit de particulier…

NATHALIE LOISEAU
Ah, ça, vous ne pouvez pas dire ça, « sans que ça suscite quoi que ce soit », je ne crois pas…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, mais enfin, on ne peut pas dire que ça a fait un grand débat…

NATHALIE LOISEAU
Ah, si, ça fait un énorme débat en Slovaquie…

JEAN-MICHEL APHATIE
La Pologne est un problème…

NATHALIE LOISEAU
Si, si, attention à ce qu'on dit…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais en France, en tout cas, non, la Pologne est un problème important pour l'Europe, la Hongrie en est un. Et évidemment, dans votre propos, on ne retrouve pas tous ces éléments, tous ces nuages qui s'amoncellent sur l'Europe.

NATHALIE LOISEAU
Parce que je n'ai pas l'habitude de faire de l'amalgame et de mettre ensemble des choses qui n'ont rien à voir les unes avec les autres.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous croyez vraiment que ça n'a rien à voir ?

NATHALIE LOISEAU
Ah, eh bien, écoutez, déjà…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça ne dessine pas un tableau un peu noir de l'Europe ?

NATHALIE LOISEAU
Ce que vous dites sur la Slovaquie me choque, parce que je vois un gouvernement slovaque qui indique qu'il y aura des conséquences fortes à ce qui s'est passé, je n'ai aucune raison de leur faire un procès à l'avance. En revanche, sur les questions d'état de droit, je vous rejoins, c'est-à-dire que l'Union européenne, ça n'est pas simplement un marché, un marché unique, ça n'est pas simplement des subventions que l'on verse d'un pays vers un autre, ou d'une région vers une autre, ce sont des valeurs communes. Et là-dessus, nous sommes très engagés, la France, l'Allemagne, l'Espagne, les Pays-Bas par exemple, à faire respecter ces varus communes ; on a eu un débat la semaine dernière sur l'état de droit en Pologne, au Conseil, et on est entré dans une procédure qu'on appelle diplomatiquement, comme vous le dites, de dialogue, mais de dialogue très exigeant avec la Pologne. Nous, nous portons une position qui est ferme et qui est simple : nous souhaitons conditionner le versement des crédits européens, au respect de l'état de droit, parce que, précisément, l'Union européenne, c'est une Union de valeur.

JEAN-MICHEL APHATIE
Si on dit que ça va mal en Europe aujourd'hui, qu'il y a quand même des motifs d'inquiétude, des problèmes face auxquels vous semblez impuissants, on se trompe beaucoup ?

NATHALIE LOISEAU
On oublie que la croissance est revenue en Europe, on oublie que le chômage baisse en Europe, on oublie que les crises que l'Europe a eues à surmonter, elle les a traitées avec une certaine efficacité. On oublie qu'on est le continent le plus attractif, rien n'est parfait…

JEAN-MICHEL APHATIE
On oublie ? Vous n'avez pas tort de dire les choses comme ça, ou oublie !

NATHALIE LOISEAU
Oui, oui…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça ne compte pas, des éléments d'inquiétude semblent supplanter tout cela.

NATHALIE LOISEAU
Ah, il est clair qu'un certain nombre de partis populistes jouent avec les populaires. Regardez par exemple dans un pays comme la République tchèque, où la campagne électorale s'est faite contre l'accueil de migrants, alors qu'il n'y a pas de migrants en République tchèque. On ne doit pas devenir les otages de ces partis qui agitent des terreurs parfois irrationnelles, on a à traiter efficacement, ensemble des enjeux qui à l'échelle de notre continent... la question migratoire, elle ne se traitera pas de manière nationale. Les enjeux de changements climatiques, les enjeux de : qu'est-ce qu'on fait face aux grands acteurs du numérique, ce n‘est pas quelque chose qu'on va traiter recroquevillés dans nos frontières nationales. Là-dessus, les populistes vendent du vent, vendent du mensonge.

JEAN-MICHEL APHATIE
Les élections européennes seront importantes, elles ont lieu l'année prochaine ?

NATHALIE LOISEAU
Elles seront très importantes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Scrutin national en France, la désignation, le choix…

NATHALIE LOISEAU
Liste nationale, oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Liste nationale, oui, le choix d'une tête de liste sera important pour le gouvernement, sa majorité, il y a un profil…

NATHALIE LOISEAU
D'une tête de liste, mais pas seulement, le choix sur la liste de gens qui ont vraiment envie…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a un profil, parlons de la tête de liste…

NATHALIE LOISEAU
Le choix sur la liste de gens qui ont vraiment envie d'être des députés européens, de travailler à Strasbourg, à Bruxelles, comme le font par exemple les députés allemands qui sont beaucoup plus présents…

JEAN-MICHEL APHATIE
Beaucoup plus présents que les Français…

NATHALIE LOISEAU
Et beaucoup plus travailleurs que certains des nôtres.

JEAN-MICHEL APHATIE
Que certains des nôtres. Le portrait-robot de la tête de liste, ce serait quoi ?

NATHALIE LOISEAU
Quelqu'un qui a une conviction européenne forte…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez un nom en tête ?

NATHALIE LOISEAU
Pas encore.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pas encore. Si nous le voulions, vous ne nous le donneriez pas de toute façon ?

NATHALIE LOISEAU
Ce ne serait peut-être pas moi qui vous le donnerai.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc on ne va pas insister ?

BRUCE TOUSSAINT
Vous restez avec nous, Nathalie LOISEAU.
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BRUCE TOUSSAINT
Nathalie LOISEAU, ministre des Affaires européennes, est l'invitée de France Info ce matin. Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le président syrien Bachar el-ASSAD a pris la parole hier pour démentir toute utilisation de la part de son armée des armes chimiques dans la bataille de la Ghouta que l'on vient d'évoquer, il a dit que les pays occidentaux quand ils affirmaient que les armes chimiques étaient utilisées utilisaient la calomnie. Est-ce que c'est une déclaration que vous prenez en compte ou est-ce que l'évidence dans votre esprit est celle-ci, Bachar el-ASSAD utilise l'arme chimique ?

NATHALIE LOISEAU
Ce qu'il faut c'est une enquête internationale qui permette de savoir d'où viennent les bombardements chimiques dont on a constaté les conséquences sur des populations civiles. Ce qui se passe à la Ghouta orientale est une tragédie épouvantable, vous avez 400.000 personnes qui sont prises dans une nasse, qui n'ont pas reçu de convoi humanitaire depuis janvier, l'ONU est en train d'essayer d'en acheminer un, ça sera le premier depuis le mois janvier, sont non seulement des bombardements et peut-être des bombardements chimiques…

JEAN-MICHEL APHATIE
Chimiques.

NATHALIE LOISEAU
Peut-être, je le dis parce qu'il n'y a…

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce qu'il faut être précautionneux mais en fait l'enquête internationale que vous réclamez ne se mettra pas en place, parce que la Russie par exemple ne le souhaite pas, et donc l'affaire…

NATHALIE LOISEAU
Non, il y a des moyens de…

JEAN-MICHEL APHATIE
L'affaire est terminée avant même qu'elle ait commencé !

NATHALIE LOISEAU
Non, il y a des moyens de savoir ce qui est utilisé et par qui c'est utilisé et ces moyens, nous souhaitons les utiliser. Mais…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais pas une enquête internationale officielle qui rendrait un verdict incontestable, ce sont toujours des résultats – on l'a vu en 2013 – qui sont discutés !

NATHALIE LOISEAU
Qui sont encore contestés, l'urgence c'est le respect de la trêve, pour une fois il y a eu une résolution du Conseil de sécurité qui appelait à une trêve humanitaire, l'urgence c'est de la faire respecter…

JEAN-MICHEL APHATIE
Qui n'a pas été respectée.

NATHALIE LOISEAU
C'est pour ça que Jean-Yves LE DRIAN est allé à Moscou la semaine dernière, qu'il est aujourd'hui à Téhéran. La France parle à tous les protagonistes extérieurs, tous ceux qui interviennent en Syrie, le président de la République a encore parlé avec le président turc. Il y a une urgence tout d'abord pour venir en aide aux populations civiles qui sont martyrisées et aussi à revenir à des négociations. Il n'y a à l'évidence depuis 7 ans pas de solution militaire en Syrie, donc il est urgent de faire en sorte que l'ensemble des parties syriennes puissent travailler à un règlement politique.

BRUCE TOUSSAINT
Il y a eu une trêve qui n'a duré que quelques heures, pour permettre justement le passage de quelques convois. Est-ce qu'il faut une nouvelle trêve, c'est une trêve qui avait été demandée par l'ONU à l'unanimité cette fois !

NATHALIE LOISEAU
Oui, non il faut faire respecter cette trêve, pour le moment rien n'est…

BRUCE TOUSSAINT
Elle n'a duré que quelques heures.

NATHALIE LOISEAU
Pour le moment rien n'est entré.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que Bachar el-ASSAD a décidé de poursuivre le combat, il l'a encore dit hier : je continuerai à mener des actions militaires à la Ghouta.

NATHALIE LOISEAU
C'est la raison pour laquelle nous parlons avec ceux qui appuient Bachar el-ASSAD, parce que Bachar el-ASSAD aujourd'hui, s'il est toujours au pouvoir et s'il a encore les moyens de combattre, c'est parce qu'il est soutenu par des puissances étrangères.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais on ne voit pas que la Russie change de ligne, vous pensez que l'Iran – puisque vous l'évoquiez, le ministre des Affaires étrangères se trouve aujourd'hui à Téhéran – peut modifier son discours et son soutien à Bachar el-ASSAD, ça n'est pas non plus le plus probable évidemment !

NATHALIE LOISEAU
C'est notre rôle de faire entendre notre voix, la voix de la France et aussi celle de l'Europe en faveur des populations, en faveur du respect de la trêve. Demain, il faudra reconstruire la Syrie, il y a des grandes chances qu'on se retourne vers l'Europe, donc il est indispensable que l'Europe fasse entendre sa voix, fasse respecter ses valeurs.

JEAN-MICHEL APHATIE
Dans les tensions nombreuses qui existent aujourd'hui sur la planète, on a noté hier que Benyamin NETANYAHOU, le Premier ministre israélien a convié le président TRUMP à l'inauguration de l'ambassade américaine qui sera donc déplacée à Jérusalem au mois de mai… d'avril ou mai, je ne sais plus exactement la date, mais enfin c'est très rapide maintenant. Ce serait une erreur que Donald TRUMP accepte cette invitation d'après vous Nathalie LOISEAU ?

NATHALIE LOISEAU
Donald TRUMP, c'est lui-même qui a pris la décision de délocaliser l'ambassade américaine à Jérusalem. Nous n'y sommes (nous) pas favorables, c'est prendre le problème à l'envers. Il faut travailler à un véritable processus de paix qui conduise à Israël et la Palestine vivant en paix côte à côte, dans le respect de la sécurité de l'un et de l'autre, et faisant de Jérusalem la capitale des deux Etats. La décision américaine, nous ne l'avons pas approuvée, nous l'avons dit puisqu'elle préempte le règlement final de la crise au Proche-Orient, c'est donc une erreur oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais si Donald TRUMP se trouvait dans les locaux de l'ambassade le jour de son inauguration, ce serait sans doute un symbole qui rajouterait de la tension dans une région où il y en a déjà beaucoup ?

NATHALIE LOISEAU
Surtout, cela rend plus difficile un rôle indispensable des Etats-Unis comme médiateur d'un processus de paix.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc l'inauguration prochaine de l'ambassade des Etats-Unis à Jérusalem. Dans le débat français, la SNCF occupe une grande place, on fait porter sur l'Europe le poids des problèmes de la SNCF, c'est ce qu'expliquait hier sur France Inter le député de la France insoumise Eric COQUEREL.
(…)

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que c'est vraiment bien de mettre la SNCF en concurrence avec d'autres opérateurs, est-ce que ça ne va pas accroître les problèmes de la compagnie ?

NATHALIE LOISEAU
J'ai envie de dire à Monsieur COQUEREL de voyager un petit peu en Europe, de voir ce qui se passe là où le service public ferroviaire a été ouvert à la concurrence. C'est quelque chose qui fonctionne, aujourd'hui c'est ce qui est…

JEAN-MICHEL APHATIE
Quels pays ?

NATHALIE LOISEAU
Un peu partout en Europe. C'est aussi ce qu'appellent de leurs voeux…

JEAN-MICHEL APHATIE
Un peu partout, ce n'est pas très précis mais…

NATHALIE LOISEAU
Les régions de France qui souhaitent pouvoir ne pas être dans un tête-à-tête avec la SNCF…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a un pays où ça a bien marché ?

NATHALIE LOISEAU
La SNCF…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a un pays qui peut servir de modèle ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez ! Ça marche bien en Allemagne, ça marche bien… je vous dis à peu près partout en Europe. Nous sommes parmi les derniers à aller vers l'ouverture à la concurrence. Ce n'est pas l'ouverture à la concurrence qui n'a pas encore eu lieu qui est responsable des problèmes que la SNCF a accumulés depuis des années : une dette abyssale, une baisse du niveau de services. On est tous attachés à avoir une SNCF qui fonctionne bien.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Nathalie LOISEAU, très bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 mars 2018

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