Interview de Mme Françoise Nyssen, ministre de la culture à France-Inter le 7 mars 2018, sur la diffusion de TF1 par Canal + et les zones blanches et la TNT. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Françoise Nyssen, ministre de la culture à France-Inter le 7 mars 2018, sur la diffusion de TF1 par Canal + et les zones blanches et la TNT.

Personnalité, fonction : NYSSEN Françoise, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Ministre de la culture;

ti :

NICOLAS DEMORAND
Françoise NYSSEN, bonjour.

FRANÇOISE NYSSEN
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Merci d'être ici en studio. CANAL+, on va commencer par là, ne diffuse plus TF1 à ses abonnés, ORANGE et FREE menacent de faire la même chose, ce sont potentiellement 18 millions de Français qui peuvent ne plus pouvoir regarder TF1, le CSA a été saisi pour règlement rapide de la crise. Que peut faire la ministre de la Culture dans un dossier de ce genre ?

FRANÇOISE NYSSEN
Je vous rappelle d'abord qu'il s'agit d'un conflit commercial entre des sociétés, que j'en appelle à leur intelligence, bien sûr, et vous l'avez dit, ils ont porté la problématique devant le CSA.

NICOLAS DEMORAND
Et vous ?

FRANÇOISE NYSSEN
On ne peut pas ne pas se dire que c'est terrible pour les Français qui n'ont pas accès. Alors, je vous rappelle quand même que la TNT est gratuite, et que la grande majorité des Français, pour autant qu'ils ont toujours leur antenne, peuvent accéder aux chaînes gratuitement par la TNT.

NICOLAS DEMORAND
Mais donc vous, comme ministre, vous ne pouvez rien faire ?

FRANÇOISE NYSSEN
J'en appelle à l'intelligence des sociétés, et si elles ne le sont pas, il faudra réfléchir. Nous avons une grande loi sur l'audiovisuel à la fin de l'année, il faudra réfléchir dans ce sens-là.

NICOLAS DEMORAND
A mettre quels genres de choses dans cette loi ?

FRANÇOISE NYSSEN
Il faudra réfléchir pour voir comment intervenir, il s'agit là, je le répète, d'un conflit… il n'est pas admissible que les Français ne puissent pas avoir accès, c'est pour ça qu'on est très attaché à la TNT.

NICOLAS DEMORAND
Selon le patron de TF1, dans Le Parisien ce matin, 1,5 million de Français dans les zones blanches, les fameuses zones blanches, ne peuvent avoir la TNT que via le satellite, et donc via CANAL+, alors je vous pose la question: est-il normal qu'ils soient privés d'une chaîne dont la diffusion est garantie par l'Etat, sur ce million et demi de personnes ?

FRANÇOISE NYSSEN
Absolument, ce n'est pas normal, et c'est pour ça que ce conflit…

NICOLAS DEMORAND
Mais là vous dites à CANAL+ remettez le signal pour ce million et demi de personnes ?

FRANÇOISE NYSSEN
Arrivez à une conclusion heureuse de la négociation commerciale que vous avez, en tant que patrons responsables, à mener entre vous. Il y a déjà des négociations qui sont arrivées à un aboutissement entre SFR et TF1, il s'agit de cela.

NICOLAS DEMORAND
Si un accord financier est trouvé, dernière question sur le sujet, accepterez-vous que ce soit les Français qui, via leur abonnement, je ne sais pas, à CANAL+, aux différents opérateurs, aux différentes box, que ce soit donc les Français qui payent l'addition d'un accord financier ?

FRANÇOISE NYSSEN
Les abonnements via les box et tout ça, ont déjà un coût, et c'est d'ailleurs un problème parce que, pour des Français, ce n'est pas possible de payer cela, je pense que c'est aux fournisseurs d'accès de réfléchir à comment faire…

NICOLAS DEMORAND
A ne pas répartir ou faire payer l'addition par les abonnés.

FRANÇOISE NYSSEN
Je pense que les Français ont déjà beaucoup de choses à payer et ce n'est pas l'idée d'aller dans un sens de toujours augmenter la facture pour les Français. Vous l'avez dit, ces programmes doivent être accessibles, ils le sont par la TNT, il faut qu'ils soient accessibles pour la majorité des Français.

NICOLAS DEMORAND
Alors, Françoise NYSSEN, venons-en à l'audiovisuel public, dites-nous quel profil vous recherchez pour diriger la holding qui va venir chapeauter les entreprises de l'audiovisuel public – ce n'est pas un acte de candidature. Quelqu'un du privé, a-t-on pu lire, Madame la ministre, est-ce vrai ?

FRANÇOISE NYSSEN
D'abord, vous parlez de holding, on ne parle pas de holding, on pose les questions, on réfléchit. L'audiovisuel public est confronté à un monde qui change, ce n'est pas peu de le dire, on est passé en quelques années de 6 chaînes à 27 chaînes sur la TNT, précisément, une centaine de chaînes via les boxe, avec des usages complètement différents aussi, puisque maintenant les Français regardent des vidéos, des formats courts, sur des supports complètement différents, et il est urgent de réfléchir à une transformation, à la faveur justement de l'explosion, l'éclosion du numérique, il ne s'agit pas seulement de réagir, mais de penser à des nouveaux usages, de travailler ensemble, et de travailler d'une autre façon. Et, depuis le début, ce que nous préconisons, c'est de travailler ensemble, et c'est évident que pour travailler ensemble c'est toujours plus facile quand on peut coordonner les choses, et donc on est dans…

NICOLAS DEMORAND
On est sous le même chapeau.

FRANÇOISE NYSSEN
Cette réflexion, mais pour autant on n'a pas parlé, ni de fusion, ni de holding, on réfléchit à comment faire pour travailler, en bonne intelligence, ensemble.

NICOLAS DEMORAND
Donc il n'est pas acquis, aujourd'hui, qu'il y ait un super patron dirigeant la totalité de l'audiovisuel public ?

FRANÇOISE NYSSEN
L'idée, bien sûr, c'est d'imaginer des systèmes plus responsables, où les conseils d'administration nomment les directeurs exécutifs, et pour un travail coordonné, on peut réfléchir à une présidence non exécutive.

NICOLAS DEMORAND
Qui nommerait ce président, cette présidente ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ça pourrait être le CSA, tout ça est à mettre en place et en réflexion.

NICOLAS DEMORAND
Donc, le super, ou la super présidente, à la tête de l'ensemble du secteur, pourrait être nommé….

FRANÇOISE NYSSEN
Tout ça est à l'étude, ce qui est important c'est de voir pour quoi et vers où on veut aller, plus de travail en coopération, plus d'adaptation, aujourd'hui, au numérique. Je voudrais vous dire une chose, parce que… aujourd'hui, au niveau du numérique, l'audiovisuel public investit de l'ordre de 2 à 3 %, de son budget, en Angleterre, à la BBC, c'est 7 %, au Canada c'est 12 %, la mesure n'est pas encore pleinement prise de cette nécessité de transformation. Si on ne veut pas être largué, laissé au bord du chemin, il faut le réfléchir ainsi.

NICOLAS DEMORAND
Mais en tout cas la modalité de nomination n'est toujours pas arrêtée, ça pourrait être par le…

FRANÇOISE NYSSEN
Ça fait partie des chantiers de réflexion.

NICOLAS DEMORAND
Ça pourrait être par le président de la République, ça pourrait être par vous-même ?

FRANÇOISE NYSSEN
A réfléchir.

NICOLAS DEMORAND
Le 14 avril Radio France devrait avoir un nouveau PDG, nommé par le CSA, à quoi servira-t-il dans l'architecture que vous venez de décrire, il ou elle ? S'il y a un super patron, est-ce qu'on aura un super exécutant dans chacune des branches de l'audiovisuel public ?

FRANÇOISE NYSSEN
Pour l'instant on est sur la nomination d'un président, en l'état par le CSA, les choses continuent normalement, et je tiens quand même à vous rappeler que pour autant tout continu, la preuve en est, on est là aujourd'hui, il y a des équipes. Dans le travail qu'on a mis en place avec l'ensemble des sociétés de l'audiovisuel public, c'est une centaine de personnes qui ont travaillé à réfléchir aux pistes. Je rappelle que les chaînes, la radio, ce sont des gens qui y travaillent, et que je tiens à saluer pour l'excellence de leur travail, et qui font, et ça continue.

NICOLAS DEMORAND
Et pourtant elle tourne à la radio.

FRANÇOISE NYSSEN
Et pourtant elle tourne.

NICOLAS DEMORAND
Alors, répondez-moi, est-ce que le futur patron des entités de l'audiovisuel public, ou la future patronne, sera encore PDG ou simplement directeur ou directrice générale d'une entité ?

FRANÇOISE NYSSEN
Pour l'ensemble ou pour…

NICOLAS DEMORAND
Non, en dessous.

FRANÇOISE NYSSEN
En dessous ce sera… écoutez, dans les conseils de surveillance et directoires il y a un président directeur général d'un directoire et il y a un président du conseil de surveillance, donc, je dirais ce n'est pas tellement le titre qui est important, que le fait qu'il soit responsable exécutif, qu'il préside, qu'il dirige. Je crois que pour les Français ce qui est important c'est de savoir qu'il y ait quelqu'un en responsabilité, qui soit nommé par son conseil d'administration, et qui soit en dialogue, en dialogue avec son conseil d'administration.

NICOLAS DEMORAND
Allez, une dernière question, Françoise NYSSEN, sur ce mécano qui est en train de se mettre en place. Le nouveau, à la nouvelle PDG de Radio France nommé par le CSA le 14 avril prochain, sera-t-il démis de ses fonctions quelques mois plus tard quand la super holding, ou la super structure, sera sur pied, on sait ça déjà, ou pas ?

FRANÇOISE NYSSEN
Non, là on est, sur ce processus-là, nomination du nouveau président de Radio France, 14 avril, vous l'avez dit, on saura…

NICOLAS DEMORAND
Mais on ne sait pas la durée de son mandat à ce stade ?

FRANÇOISE NYSSEN
A priori les choses continuent et on verra. Non, ce qu'on peut dire, et vous le savez, et les Français le savent, c'est qu'on réfléchit à une grande loi sur l'audiovisuel à la fin de l'année, et à ce moment-là toutes les questions seront posées et seront réfléchies.

NICOLAS DEMORAND
On est à France Inter, les comptes de la maison sont à l'équilibre, de la maison Radio France, Madame la ministre de la Culture, les audiences sont bonnes, les audiences sont rajeunies…

FRANÇOISE NYSSEN
Elles progressent.

NICOLAS DEMORAND
Elles progressent, oui, oui, on est content, et on rougit, c'est la couleur d'ailleurs de l'antenne. La puissance numérique du groupe Radio France est indubitable, sincèrement, Madame la ministre, est-ce ça la honte de la République ?

FRANÇOISE NYSSEN
Sincèrement, l'audiovisuel public, et la radio, dont vous faites partie, vous l'avez dit, est écouté, regardé, par les Français. De quoi s'agit-il aujourd'hui ? Il s'agit de s'adapter à ce qui est en train de se passer. Je répète, si à la faveur de transformation, et des usages, et de l'explosion de la proposition, et du vieillissement aussi, si on ne se pose pas des questions on risque d'être…

NICOLAS DEMORAND
Mais ce n'est pas la honte. Une chose est de réfléchir intellectuellement à l'avenir de nos métiers, pas la honte…

FRANÇOISE NYSSEN
Vous le dites, l'important c'est de réfléchir, et c'est de cela qu'il s'agit, et de réfléchir en fonction, non pas en essayant de subir, mais en essayant de proposer et de se recentrer sur les missions du service public, sur la question de toucher les publics, elle est essentielle cette question-là, sur la question de l'offre que les Français attendent aussi, en termes culturel par exemple, il y a une véritable demande. Mais, je vous rappelle, aujourd'hui on parle des publics, l'âge moyen des Français c'est aux environs de 40 ans, l'âge moyen des téléspectateurs c'est autour de 60 ans, il y a une réalité, on ne peut pas ne pas prendre en compte ces problématiques et les poser au fond.

NICOLAS DEMORAND
Alors, sortons des médias audiovisuels et parlons du Passe culture, qui est justement pour les jeunes de 18 ans. La mise en oeuvre de cette promesse présidentielle, eh bien voilà, est en train de se faire, là on en est encore au stade exploratoire, même si les choses prennent forme. Alors, ces jeunes, est-ce qu'ils vont pouvoir s'abonner à Netflix, à Deezer, est-ce qu'ils vont pouvoir aller au restaurant avec leur 500 euros, qu'est-ce qu'ils vont pouvoir faire ? Parce que, dans Passe culture, j'ai l'impression que c'est surtout culture le mot qui est difficile à définir.

FRANÇOISE NYSSEN
C'est vraiment un outil contre la ségrégation culturelle. Finalement, si je devais vous dire les choses simplement, pourquoi est-ce que j'ai accepté d'être ministre de la culture, justement pour lutter contre cette ségrégation culturelle, et là c'est un enjeu contre cette ségrégation culturelle. C'est vraiment un outil d'accès à la culture. Vous parlez des jeunes, depuis le début on a réfléchi, on réfléchit à ce Passe culture en termes d'application mobile où sera proposée, au fur et à mesure du travail que nous élaborerons, et c'est là où je voulais en venir, avec les jeunes. Encore hier on avait un premier comité d'orientation, après plusieurs laboratoires ouverts, pour ne pas dire « open lab. », avec des jeunes, on en a fait un en Seine-Saint-Denis, un en Bas-Rhin, je me rends demain en Guyane, qui sont des régions tests pour ce Passe culture, on travaille avec les jeunes. Mais, ce que je peux vous dire, c'est qu'à travers ces moments…

NICOLAS DEMORAND
Mais nous on est vieux aujourd'hui, vous nous l'avez rappelé Françoise NYSSEN, alors, c'est quoi la culture pour les jeunes ?

FRANÇOISE NYSSEN
D'abord, vous n'êtes pas vieux, et je peux vous dire que dans cette grande réunion nous avons réuni des élus, des acteurs, des responsables d'institutions, des artistes, parce qu'il ne faut quand même pas oublier que la culture elle est d'abord là parce qu'il y a des artistes, il y a des créateurs, et des jeunes, ça s'est terminé sur l'idée de, beaucoup d'entre nous, qu'est-ce qu'on aimerait bien avoir 18 ans aujourd'hui parce que c'est quand même formidable de rentrer…

NICOLAS DEMORAND
On irait au musée, on irait au théâtre…

FRANÇOISE NYSSEN
De rentrer dans l'âge de la citoyenneté, qui est un moment fort, avec un passeport culturel, et ce passeport ça pourrait être l'accès, comme on l'a dit, à des lieux d'expositions, des théâtres, ça peut être de la pratique artistique, ou culturelle, parce que vous savez que c'est un des axes forts, et je dis toujours que la culture n'est pas un supplément d'âme, elle est constitutive de la personnalité de l'individu, et la culture elle doit être à l'école depuis le plus jeune âge, donc c'est la pratique, et aussi, bien sûr, des achats de livres, des achats de musique…

NICOLAS DEMORAND
Et on verra pour Netflix et Deezer.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 mars 2018

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