Interview de Mme Annick Girardin, ministre des Outre-mer, avec RMC le 9 mars 2018, sur les efforts du gouvernement en faveur de la sécurité et du développement à Mayotte. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Annick Girardin, ministre des Outre-mer, avec RMC le 9 mars 2018, sur les efforts du gouvernement en faveur de la sécurité et du développement à Mayotte.

Personnalité, fonction : GIRARDIN Annick, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre des Outre-mer;

ti :

JEAN-JACQUES BOURDIN
Annick GIRARDIN bonjour.

ANNICK GIRARDIN
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et merci d'être avec nous pour parler essentiellement de la situation à Mayotte. D'abord, vous partez pour Mayotte, vous allez y aller ?

ANNICK GIRARDIN
Oui, je pars pour Mayotte. A partir de maintenant, je suis moi prête, une question de dialogue possible sur le territoire. Je serai à Mayotte parce qu'à partir de maintenant je peux y être, parce que je suis toujours là où je suis le plus utile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous allez partir pour Mayotte quand ?

ANNICK GIRARDIN
Je suis prête…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce week-end ?

ANNICK GIRARDIN
Je serai là pour juste après la rentrée des classes, puisque je dois veiller à la rentrée des classes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc après la rentrée des classes, vous serez sur l'île ?

ANNICK GIRARDIN
Si le dialogue est possible sur le territoire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ! La rentrée des classes lundi aura lieu ?

ANNICK GIRARDIN
La rentrée des classes lundi aura lieu du point de vue de l'Etat. Si je suis effectivement restée à Paris pour négocier avec l'ensemble de mes collègues ministres, c'est de sécuriser la rentrée scolaire, c'est la première des demandes des Mahorais, la sécurité sur leur territoire et d'abord en milieu scolaire, dans le transport puisque je vous le rappelle, s'il y a eu une explosion à Mayotte ce n'est pas parce qu'effectivement tout va mal à Mayotte. Oui ! Ça fait très longtemps qu'à Mayotte, il faut avoir un autre accompagnement, un autre modèle de relation entre l'Etat et le territoire. Mais c'est parce qu'il y a eu effectivement des violences en milieu scolaire qui sont inadmissibles. Donc la priorité du gouvernement, ça a été de répondre à l'organisation sécuritaire de cette rentrée des classes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc elle aura lieu…

ANNICK GIRARDIN
Nous sommes au rendez-vous, elle aura lieu sauf si effectivement – et moi je le regretterai – les barrages soient maintenus et les écoles, puisque certains maires aujourd'hui appellent à la fermeture des écoles. Moi je rappelle à tout le monde que les élèves, pour beaucoup, ont des examens dans 3 mois ; et que oui il fallait répondre à la sécurité mais oui maintenant, il faut permettre aux enfants d'aller à l'école.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous demandez aux maires de tout faire pour faciliter l'accès aux établissements scolaires !

ANNICK GIRARDIN
Tout à fait, c'est notre responsabilité partagée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ! L'élection législative partielle des 18 et 25 mars aura-t-elle lieu ?

ANNICK GIRARDIN
Il faut qu'elle ait lieu, là aussi c'est extrêmement important. Nous avons sécurisé les établissements scolaires, c'est 3 escadrons de mobiles qui sont partis, ce sont des réserves sur le territoire, les réserves citoyennes qui ont été multipliées par deux, c'est l'éducation nationale qui a apporté également des renforts complémentaires. Il faut maintenant aussi que l'on puisse permettre les élections de la fin de semaine prochaine et suivante…

JEAN-JACQUES BOURDIN
18 et 25 mars !

ANNICK GIRARDIN
18 et 25 mars, il faut que ça se fasse. Nous sommes en France, il y a des législatives, elles doivent être organisées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien ! Donc elles seront organisées, il n'y a pas de doute. Annick GIRARDIN, que va faire l'Etat maintenant, on demande beaucoup à l'Etat encore une fois, mais c'est un département français Mayotte où il y a d'énormes problèmes. Taux de pauvreté à 84 %, 84 % de la population qui est sous le seuil de pauvreté ; et l'insécurité, insécurité, tous les témoignages que nous recevons ici nous disent que l'insécurité est très grande à Mayotte. Que va décider l'Etat ?

ANNICK GIRARDIN
Alors l'Etat a décidé de renforcer bien sûr dans un premier temps la sécurité pour les établissements scolaires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ?

ANNICK GIRARDIN
Et l'organisation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Complètement, renforcer…

ANNICK GIRARDIN
Et l'organisation des élections. Ces 3 escadrons aujourd'hui sont sur le territoire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien d'hommes ?

ANNICK GIRARDIN
Il y aura au total 200 personnes de plus, ça fait… ça nous amène à 1.000, 1.000 personnes en mesure aujourd'hui de faire de la sécurité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
1.000 gendarmes ou policiers ?

ANNICK GIRARDIN
Policiers, gendarmes, militaires capables de faire la sécurité et la lutte contre l'immigration, parce que c'est la deuxième priorité des Mahorais, parce qu'il y a 45 % de la population qui est étrangère à Mayotte. Je ne sais pas si les gens se rendent bien compte de ce que ça veut dire, ça veut dire donc que cette lutte contre l'immigration, il faut qu'on puisse être à la hauteur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comment…

ANNICK GIRARDIN
De deux manière : 1) en mettant les moyens, il y a d'ailleurs un patrouilleur qui est arrivé aujourd'hui au port de Mayotte ; mais 2) en relançant la coopération avec les Comores. Il n'y aura pas de solution à l'immigration illégale à Mayotte si on ne règle pas ou du moins si on n'aide pas aussi les Comores et Madagascar dans leur développement. Parce que franchement, il faut savoir aussi que quand on touche un RSA à Mayotte, c'est l'équivalent d'un… un mois de RSA c'est l'équivalent d'un an de salaire aux Comores. On voit bien que la France, Mayotte, la France dans cette partie du monde aspire la pauvreté qui entoure Mayotte : Comores, Madagascar. Comment on travaille avec les Comores pour permettre effectivement d'apporter une solution à la fois à Mayotte et aux Comores, c'est-à-dire comment on aide au développement des Comores. Autre réflexion que nous avons, et pas d'ailleurs que pour Mayotte, aussi pour la Guyane, l'hôpital extraterritorial. Soyons très clair, il n'y a pas d'hôpital côté Comores, j'ai été secrétaire d'Etat au Développement pendant 2 ans, nous avons travaillé sur la construction d'un hôpital, il est aujourd'hui présent aux Comores, il faut maintenant que nous puissions aider à son développement aux Comores. Mais en même temps pour l'instant, nous accueillons les Comoriennes à Mayotte…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui viennent accoucher.

ANNICK GIRARDIN
C'est la première maternité de France…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui viennent accoucher à Mayotte pourquoi ? Parce que les enfants naissent sur le sol français…

ANNICK GIRARDIN
Tout à fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et donc à 16 ans, ils sont Français et les parents…

ANNICK GIRARDIN
A 16 ans ou à un autre âge selon les conditions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Selon les conditions.

ANNICK GIRARDIN
Tout à fait. Eh bien ! Réfléchissons – et c'est ce que nous faisons – à un hôpital extraterritorial. Et nous le faisons pour Mayotte comme nous le faisons pour la Guyane, parce que depuis que je suis arrivée dans ce ministère…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un hôpital extraterritorial, ça veut dire quoi…

ANNICK GIRARDIN
J'ai dit que nous allons devoir travailler différemment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire un hôpital que la France construit…

ANNICK GIRARDIN
Ça veut dire… non, un hôpital où quand on y naît, on est ensuite déclaré soit côté français soit côté Comores soit Madagascar, ça veut dire de la coopération, ça veut dire de la coopération…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais réfléchissons, c'est ce que vous allez…

ANNICK GIRARDIN
C'est ce que juridiquement nous travaillons aujourd'hui, c'est ce que le Premier ministre a dit hier en réponse aux sénateurs de Mayotte au Sénat. C'est une réflexion que nous avons depuis quelques mois, mais c'est un cadre juridique très particulier et qui nécessite qu'on ait un dialogue avec les pays environnants et c'est ce que nous faisons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et sur le plan purement économique, est-ce que l'Etat va faire de nouveaux efforts ? La départementalisation de Mayotte voulue par Nicolas SARKOZY était une erreur Annick GIRARDIN ?

ANNICK GIRARDIN
Il n'y a pas de développement sans sécurité et il n'y a pas de sécurité sans développement. Alors bien sûr que nous travaillons sur un écosystème économique et social spécifique pour chaque territoire, parce que le président de la République l'a voulu, sa méthode c'est la différenciation, c'est la prise en compte de chaque territoire. Et c'est parce que c'est la différenciation qu'on peut aussi discuter d'un nouveau contrat entre le gouvernement et Mayotte, qui permet peut-être d'innovations. Parce que le copié-collé du département français à Mayotte, ça ne marche pas, ça ne marche pas. On ne peut pas aujourd'hui apporter les mêmes réponses à Mayotte qu'on apporte dans n'importe quelle région…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, on comprend très bien.

ANNICK GIRARDIN
Métropolitaine, mais oui mais sauf que quand on copie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'effort financier, que représente l'effort financier de l'Etat pour Mayotte, Mayotte c'est 270.000 habitants…

ANNICK GIRARDIN
C'est 1 milliard par année hors… de transfert, entre effectivement l'Etat et Mayotte…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez augmenter…

ANNICK GIRARDIN
Sans la Sécurité sociale. Ce n'est pas une question de sous, pourquoi je vous le dis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas d'argent en plus pour Mayotte ?

ANNICK GIRARDIN
Mais ce n'est pas ça que je veux dire, je suis allée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais je vous pose la question, pas d'argent en plus pour Mayotte ?

ANNICK GIRARDIN
Mon premier voyage c'était Mayotte, ça veut dire que la préoccupation que j'aie pour Mayotte… c'est la première, c'est ma priorité depuis que je suis arrivée. Quand je suis allée en août, qu'est-ce que j'ai dit ? 150 millions d'euros pour le département pour faire une politique de la petite enfance. Sur ces 150 millions d'euros, on a versé 36 millions d'euros. Eh bien ! Aujourd'hui, il n'y a aucun projet qui sort de terre, pourquoi ? Parce qu'on a un territoire qui n'a pas d'ingénierie, on a des collectivités qui sont surendettées, on a des collectivités qui n'ont pas les moyens de faire sortir les projets. Et je porte – et pas pour la première fois – je porte déjà depuis de nombreux mois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
…Sur la dette alors !

ANNICK GIRARDIN
Je porte depuis de nombreux mois une plateforme d'ingénierie, plateforme d'ingénierie capable effectivement de venir aider tous les territoires d'Outre-mer pour qu'il y ait une réponse. C'est facile de dire et je pourrai le dire là : on a tant de milliards pour Mayotte, tel que c'est demandé à 8, 4, ce n'est pas la réponse, on le voit sur la Guyane. Ce qu'il faut c'est aider les territoires à penser leur avenir, aider les territoires à monter les projets et à les réaliser. Et la France doit reprendre… le gouvernement, l'Etat doit reprendre la main sur certains dossiers. Quand les élus me disent – et j'ai beaucoup de respect pour tous les élus et j'appelle ceux qui aujourd'hui dérapent un peu à devenir raisonnables – mais quand on me dit « je ne peux plus gérer le RSA », le président de la République dit quoi ? Je peux regérer à nouveau le RSA…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et quand Laurent WAUQUIEZ dit qu'Emmanuel MACRON a abandonné Mayotte, que répondez-vous, que répondez-vous ?

ANNICK GIRARDIN
Je dis que Laurent WAUQUIEZ veut se refaire une santé sur une détresse terrible qui est à Mayotte et que c'est une erreur. Et que le président de la République comme le Premier ministre comme moi, nous sommes investis pour Mayotte comme pour les territoires, tous les territoires d'Outre-mer. Nous travaillons sur la différenciation, nous travaillons sur d'autres modèles de relation, nous travaillons sur la confiance et la co-construction, c'est pour ça que je serai la semaine prochaine, le plus vite possible, quand le dialogue sera possible à Mayotte, puisque maintenant la sécurité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dès mardi !

ANNICK GIRARDIN
Et les moyens sont en route.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Annick GIRARDIN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 mars 2018

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