Interview de Mme Annick Girardin, ministre des Outre-mer, avec France Inter le 13 mars 2018, sur l'action du gouvernement face aux violences et à l'immigration illégale à Mayotte. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Annick Girardin, ministre des Outre-mer, avec France Inter le 13 mars 2018, sur l'action du gouvernement face aux violences et à l'immigration illégale à Mayotte.

Personnalité, fonction : GIRARDIN Annick.

FRANCE. Ministre des Outre-mer

ti :

HELENE ROUSSEL
On file à Mayotte, un département français qui entre dans sa quatrième semaine de grève et de mobilisation contre l'insécurité. Coupeurs de routes, racket, violences à la machette, des habitants qui disent vivre la peur au ventre. Mayotte où se trouve depuis hier la ministre des Outre-mer, bonjour Annick GIRARDIN.

ANNICK GIRARDIN
Bonjour.

HELENE ROUSSEL
Merci d'être avec nous dans le 5/7 de France Inter. Votre déplacement hier à Mamoudzou a été mouvementé, les acteurs dénoncent une mascarade, estiment que vous n'avez pas les moyens, vous, de répondre à leurs attentes, pas de lettre de mission du Premier ministre ou du ministre de l'Intérieur. Annick GIRARDIN, pensez-vous vraiment pouvoir éteindre le feu ?

ANNICK GIRARDIN
Alors, d'abord il faut être très clair. Moi je suis allée à la rencontre des manifestants, il y a ici une forte colère, et elle est légitime, pour dialoguer avec eux. Je ne suis pas là pour convaincre les manifestants, je suis là pour travailler avec les élus, travailler avec l'intersyndicale également, et c'est ce que je ferai à nouveau dans quelques heures, pour tenter d'apporter des réponses de fond, des réponses qui ne sont pas celles qu'on apporte sur ce territoire depuis des années, quels que soient effectivement les gouvernements et les ministres des Outre-mer. Vous savez, c'est très facile d'annoncer des chiffres, de faire des promesses, mais ne pas tenir sur le long terme. Mayotte a besoin aujourd'hui, enfin, de long terme, de confiance, de méthode, de sérieux, et ça, ça ne va pas se régler en quelques minutes.

HELENE ROUSSEL
Quelles sont les mesures que vous annoncez, que vous allez proposer à l'intersyndicale tout à l'heure dans l'après-midi ?

ANNICK GIRARDIN
Alors, les mesures qui ont été annoncées, soyons très clairs, ce sont des réponses sur la question de l'urgence, ce qui est la priorité dans ce territoire, et qui est sur la question, également, de l'immigration illégale, donc des mesures de sécurité et des mesures de lutte contre l'immigration illégale, ce sont les deux fléaux de ce territoire. Mais il y a aussi des causes qu'il faut traiter, et là il faut traiter sur plusieurs jours, plusieurs semaines, ce sont des questions de logement, des questions de transports, des questions d'éducation bien sûr. Juste pour que les auditeurs comprennent bien, on est sur un territoire de 374 kilomètres carrés, on a 260.000 personnes qui y vivent, dont la moitié, la moitié, sont des personnes étrangères au territoire, qui sont d'origine comorienne ou encore de Madagascar, avec des tensions très très fortes. Un tiers des mineurs isolés français sont ici à Mayotte. Donc on voit bien le travail qui est le nôtre aujourd'hui, avec des réponses qui sont innovantes et co-construites avec les acteurs du terrain.

HELENE ROUSSEL
Alors, sur l'immigration clandestine, puisqu'on en parle, de nombreuses femmes comoriennes viennent à Mayotte pour accoucher, pour que leur enfant, ensuite, ait la nationalité française. Que compte faire le gouvernement Annick GIRARDIN ?

ANNICK GIRARDIN
La maternité de Mamoudzou c'est la maternité où il y a le plus de naissances en France, il y a 10.000 naissances, et il y a 70 % de ces naissances où ce sont des mamans étrangères qui viennent effectivement accoucher à Mayotte. Mayotte est une terre d'accueil, mais qui a trop accueilli aujourd'hui, et qui n'a pas été suffisamment accompagnée. Ce que l'on étudie juridiquement aujourd'hui, mais bien sûr ça demande aussi de la coopération avec les Comores, mais aussi avec Madagascar, c'est de faire une maternité extraterritoriale, on ne peut pas refuser ces mamans en détresse dans l'immédiat, mais en même temps on peut peut-être proposer que dans cet hôpital extraterritorial on puisse avoir plusieurs états civils, en accord avec les Comores et en accord avec Madagascar, et quand on y naît, on dépend d'un état civil ou d'un autre, et on est effectivement reconduit dans son pays d'origine.

HELENE ROUSSEL
Les enfants nés à Mayotte, du coup, n'auraient plus automatiquement la nationalité française, c'est ce qu'il faut comprendre ?

ANNICK GIRARDIN
Vous avez apporté la réponse.

HELENE ROUSSEL
Vous dites que ce n'est pas une remise en question du droit du sol, Madame la Ministre, mais ça l'est quand même.

ANNICK GIRARDIN
Je n'ai rien dit, je n'ai rien dit, c'est vous qui le dites.

HELENE ROUSSEL
Donc c'est une remise en question du droit du sol.

ANNICK GIRARDIN
Je n'ai absolument rien dit. Ici, à Mayotte, il faut trouver des solutions innovantes, il faut dépasser les combats nationaux que nous pouvons avoir, sur ces questions, parce qu'il faut être pragmatique, réaliste. Aucun territoire d'Outre-mer, aucune région métropolitaine, aucun pays, n'a la moitié de sa population qui est étrangère. Et vous savez, les reconduites à la frontière, c'est la moitié, effectivement, à partir de Mayotte, donc je veux dire aussi que le travail est fait, sauf que, la difficulté est telle que nous avons un territoire français, entouré de pauvreté, extrême, de pays en développement, même si ce territoire a besoin aussi de beaucoup de développement, et que, et c'est logique, nous assistons, nous donnons assistance, parce que ce sont aussi les valeurs françaises, jusqu'à aujourd'hui, sans mettre en place un cadre spécifique, et il nous faut mettre un cadre spécifique en place parce qu'on a déséquilibré complètement ce territoire, il n'y a plus de cohésion sociale, où la colère gronde, où il faudrait construire une école par jour pour répondre aux besoins de naissances.

HELENE ROUSSEL
Ce serait une première sur le sol français, ça risque d'être anticonstitutionnel, ça, Madame la Ministre.

ANNICK GIRARDIN
Si je vous dis que nous y travaillons, c'est justement que toutes les questions se posent. Mais, vous savez, la France a des territoires d'Outre-mer, dans tous les océans, avec des spécificités qui sont particulières, avec des défis qui sont particuliers, alors peut-être que la France, comme le président de la République et le Premier ministre le veulent, peut jouer la différenciation des territoires.

HELENE ROUSSEL
Vous en avez parlé, bien au-delà des problèmes d'insécurité, d'immigration, les élus demandent un rattrapage, une mise à niveau des services publics, des infrastructures, dans ce département le plus pauvre de France, est-ce que vous avez du concret à leur apporter ?

ANNICK GIRARDIN
Oui, c'est le département le plus pauvre de France, et oui il y a un retard extrêmement important en matière de structures, de constructions, d'écoles, et de besoins de routes, je vous l'ai dit, de logements, pour la politique que l'on veut mener, mais tous ces besoins sont aussi liés, bien sûr, à la pression démographique, donc il faut faire les deux. Il faut apporter des justes réponses et en même temps lutter contre la pression démographique que connaît aujourd'hui Mayotte. Il faut des réponses équilibrées et il faut des réponses co-construites. Vous savez, co-construire c'est être coresponsable, et moi j'y tiens, c'est ma méthode.

HELENE ROUSSEL
Annick GIRARDIN, enfin, vous allez dire quoi demain matin en Conseil des ministres, est-ce que vous allez conseiller au président de la République ou au Premier ministre de se rendre eux aussi sur place ?

ANNICK GIRARDIN
Ecoutez, vous savez, jamais un gouvernement ne s'est déplacé autant dans les territoires d'Outre-mer. Regardez, moi j'ai déjà fait le tour de tous les territoires d'Outre-mer, et nombreux sont mes collègues qui se sont déplacés dans les territoires d'Outre-mer. Ce gouvernement il prend à coeur la question des territoires d'Outre-mer, il prend à coeur la question de la différenciation et il est au travail.

HELENE ROUSSEL
Annick GIRARDIN, ministre des Outre-mer, merci beaucoup d'avoir été en direct avec nous ce matin depuis Mayotte.

ANNICK GIRARDIN
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 mars 2018

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