Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec RTL le 14 mars 2018, sur la reprise de l'emploi, la baisse du déficit budgétaire, le pouvoir d'achat, la simplification des seuils sociaux pour les PME et sur la taxation des grandes entreprises américaines du numérique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec RTL le 14 mars 2018, sur la reprise de l'emploi, la baisse du déficit budgétaire, le pouvoir d'achat, la simplification des seuils sociaux pour les PME et sur la taxation des grandes entreprises américaines du numérique.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti :


ELIZABETH MARTICHOUX
Bienvenu Bruno LE MAIRE dans ce studio de RTL.

BRUNO LE MAIRE
Merci. Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous. Décidément, cette fois ça va vraiment mieux. Selon Le Figaro, d'abord, ce matin, la reprise de l'emploi remplit les caisses de la Sécurité sociale, un milliard de recettes en plus, prévues en 2018. Vous confirmez la bonne nouvelle ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien je confirme qu'évidemment nous avons de meilleures recettes fiscales, puisque nous avons une meilleure croissance que prévu. C'est d'abord une bonne nouvelle, avant d'être une bonne nouvelle pour les caisses de l'Etat, la Sécurité sociale, c'est une excellente nouvelle pour les Français, c'est une nouvelle pour tous ceux qui cherchent un emploi, c'est une bonne nouvelle pour les entrepreneurs, 277 000 emplois créés dans le secteur privé en 2017. Pour la première fois depuis 2001, nous recréons des emplois dans le secteur industriel. Moi qui ai toujours dit que le secteur industriel était l'avenir de la France, que l'on avait des atouts, les compétences, des technologies exceptionnelles dans ce domaine-là, c'est vraiment le signe que la confiance est de retour dans l'économie française, qu'on peut faire encore mieux et qu'il faut donc poursuivre notre activité de transformation économique du pays.

ELIZABETH MARTICHOUX
On va y venir. Autre chiffre positif : la France passe sous la barre des 3 % déficit en 2017, c'est une première depuis dix ans grâce à la croissance. Vous le disiez, Monsieur le Ministre, le montant de ce déficit...

BRUNO LE MAIRE
Là, si je peux me permettre, ce n'est pas uniquement grâce à la croissance, c'est grâce aux décisions qui ont été prises par le gouvernement, par le président de la République ; à l'époque on les a suffisamment critiquées...

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est la combinaison des deux, vous êtes d'accord ?

BRUNO LE MAIRE
C'est la combinaison des deux, je suis d'accord, mais attention, nous avons pris des décisions courageuses, qui nous permettent de tenir l'engagement du président de la République, nous serons pour la première fois depuis dix ans, sous les 3 % de déficit.

ELIZABETH MARTICHOUX
A combien ? Vous connaissez le chiffre ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne connais pas le chiffre exact, mais on sera...

ELIZABETH MARTICHOUX
Le montant, 2,7, 2,8 ?

BRUNO LE MAIRE
... significativement en-dessous des 3 %. Je pense que c'est là encore une très bonne nouvelle pour les Français, on rejoint enfin les autres Nations européennes, nous retrouvons notre crédibilité, et surtout c'est la preuve que nous assainissons nos finances publiques.

ELIZABETH MARTICHOUX
« Significativement », ça veut dire quoi ? Sous la barre des 3 %.

BRUNO LE MAIRE
Significativement, ça veut dire que ça ne sera pas 2,99 %, ça sera sans doute un peu plus que ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce sera 2,7 ou 2,8, donc vous confirmez cette fourchette, si on peut dire, 2,7, 2,8.

BRUNO LE MAIRE
Je confirme cette fourchette et je confirme surtout que c'est le signe que non seulement l'économie française retrouve des couleurs, mais qu'en plus nous assainissons nos finances publiques.

ELIZABETH MARTICHOUX
« Non, non non, il n'y a pas de cagnotte fiscale », c'est ce que répond le gouvernement, sur tous les tons, depuis justement quelques jours. Quand une majorité de Français, Bruno LE MAIRE, ne ressent pas d'amélioration de son pouvoir d'achat, vous comprenez l'attente en termes de pouvoir d'achat ? Vous comprenez qu'elle ne comprenne pas cette opinion française, que ces fruits de la croissance, inattendue, ne leur profite pas ?

BRUNO LE MAIRE
Mais, je comprends les impatiences. Je suis un élu local, je vais souvent dans mon département, je rencontre les gens, je discute avec eux, je vois bien qu'il y a des impatiences, j'entends aussi les inquiétudes des retraités, je sais bien que tout le monde...

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous allez dans les EHPAD ? Vous êtes allé dans des EHPAD ?

BRUNO LE MAIRE
Mais je suis allé à de multiples reprises dans des EHPAD, je vais dans les hôpitaux...

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a un de vos ministres (sic), Joël GIRAUD, qui n'est pas un zozo, qui est président de la Commission...

BRUNO LE MAIRE
... je vais dans les crèches, je vois à quel point dans les hôpitaux les choses peuvent être difficiles, mais la solution de facilité, ce serait de dire : ça va légèrement mieux, on est dans la bonne direction. On dilapide l'argent des Français, car c'est l'argent des Français. Moi je suis comptable de la bonne gestion de l'argent des Français. Il n'y a pas de cagnotte, il y a 2 000 milliards d'euros de dette, il y a demain des taux d'intérêt qui peuvent augmenter. Si jamais nous laissons filer cette dette, et que les taux d'intérêt n'augmentent ne serait-ce que d'un point, qu'est-ce qui va se passer ? Trois milliards de dépenses publiques en plus, trois milliards qui sont jetés par les fenêtres. Donc il faut d'abord assainir les finances publiques, réduire la dépense, réduire la dette, et ensuite redistribuer, créer des richesses...

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'y a pas de cagnotte.

BRUNO LE MAIRE
... avant de les redistribuer, c'est peut-être ça la véritable rupture que représente Emmanuel MACRON.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'y a pas de cagnotte, l'argent a déjà été dépensé, c'est ce que vous dites, priorité à la lutte contre le déficit, mais certains vous diront...

BRUNO LE MAIRE
Et au désendettement, Elizabeth MARTICHOUX, et au désendettement qui est... la dette est un poison lent sur l'économie française et sur la richesse des Français. La dette, elle appauvrit les Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Certains vous diront, Bruno LE MAIRE, ils ne trouvent pas 500 millions pour les EHPAD, encore une fois, je reprenais la proposition de Joël GIRAUD, qui est rapporteur du Budget à l'Assemblée. Ils trouvent 5 milliards pour baisser les impôts des plus aisés.

BRUNO LE MAIRE
Oui, on peut toujours faire ce genre de comparaison un peu facile, Elizabeth MARTICHOUX...

ELIZABETH MARTICHOUX
Un peu facile, mais vous comprenez l'idée que ça induit, quand même ?

BRUNO LE MAIRE
La réalité c'est que le choix structurel que nous avons fait, c'est de dire que nous allons réinjecter de l'argent dans l'économie française. Vous venez de le dire, il y a des meilleurs résultats, il y a des créations d'emploi, il y a un moral des entrepreneurs qui se portent bien. Pourquoi ? Parce que nous leur donnons les moyens...

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais c'est tout de même une question de choix politique.

BRUNO LE MAIRE
Mais bien sûr !

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est une question de choix politique.

BRUNO LE MAIRE
Mais, Elizabeth MARTICHOUX, j'assume totalement notre choix politique qui est nouveau et qui est bon pour les Français, de faire en sorte qu'il y ait plus d'activité et plus d'emploi. Parce que le drame français depuis 30 ans, Elizabeth MARTICHOUX, celui qui me révolte tous les matins, c'est le chômage, c'est le chômage des jeunes, c'est le fait que notre pays, depuis 30 ans, ait été incapable, contrairement à l'Allemagne, contrairement à d'autres grandes Nations, d'avoir un niveau de chômage qui soit acceptable. Moi, ce qui me révolte c'est les inquiétudes des parents qui se disent « mes enfants ne font pas trouver d'emploi ». C'est l'inquiétude de l'homme ou de la femme de 50 qui vient d'être licencié, qui se dit « je ne retrouverai pas de travail ».

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, Bruno LE MAIRE, ce débat sur l'utilisation, pardon...

BRUNO LE MAIRE
Toute mon activité sera consacrée à la baisse du chômage, à la création d'emploi, à l'innovation, à l'investissement de nos entreprises.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce débat sur l'utilisation des recettes supplémentaires, quand est-ce que vous l'ouvrez, quand est-ce que vous l'autorisez ? A l'automne prochain ? Quand est-ce que les députés...

BRUNO LE MAIRE
Il n'y a pas de débat à avoir, Elizabeth MARTICHOUX...

ELIZABETH MARTICHOUX
Eh bien, vous ne l'ouvrez jamais ?

BRUNO LE MAIRE
...sur les choix qui ont été annoncés par le président de la République, dans sa campagne. L'une des autres nouveautés...

ELIZABETH MARTICHOUX
Même quand il y a des recettes qui n'étaient pas prévues par le gouvernement ?

BRUNO LE MAIRE
L'une des autres nouveautés, Elizabeth MARTICHOUX, c'est que nous tenons parole. Alors, ça surprend. Ça surprend d'avoir enfin un président de la République et un gouvernement qui font exactement ce qu'ils avaient dit. Emmanuel MACRON a été élu pour faire le redressement économique du pays, nous sommes en train de le faire. Il a été élu pour que chaque français ait un travail, nous sommes en train de le faire. Il a été élu pour que le travail paie, en baissant les charges sociales, en développant...

ELIZABETH MARTICHOUX
La désocialisation des heures sup, Bruno LE MAIRE...

BRUNO LE MAIRE
... en développant l'intéressement et la participation, comme nous le ferons, d'ici un mois je l'annoncerai...

ELIZABETH MARTICHOUX
On va y venir. Manuel VALLS plaide pour que cette désocialisation des heures supplémentaires intervienne dès 2019, c'était ce matin dans Les Echos, son interview...

BRUNO LE MAIRE
Nous le ferons, je le confirme, dès que ce sera possible. Retirer les charges sociales...

ELIZABETH MARTICHOUX
Le porte-parole a dit, Benjamin GRIVEAUX, dimanche, il a dit pas avant 2020.

BRUNO LE MAIRE
Il a dit 2020.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il serait possible que ce soit avant ?

BRUNO LE MAIRE
2020 c'est l'horizon qui a été annoncé par le Premier ministre, par le porte-parole, c'est l'horizon qui me parait le plus raisonnable. S'il y a la moindre possibilité, parce que nos recettes seraient meilleures, parce que la conjoncture serait meilleure, de le faire plus tôt, nous mettrons ça sur la table, mais l'horizon qui a été fixé par le Premier ministre et que je confirme, c'est 2020.

ELIZABETH MARTICHOUX
On sait combien ça rapporterait aux Français, la désocialisation, donc la suppression des cotisations sociales sur les heures supplémentaires ?

BRUNO LE MAIRE
Ça dépend du nombre d'heures supplémentaires que vous faites, mais ça peut...

ELIZABETH MARTICHOUX
En moyenne.

BRUNO LE MAIRE
Ça peut rapporter chaque mois une somme qui est significative, mais ça va surtout s'ajouter, on voit bien la cohérence de tout cela, à la suppression des charges sur les salaires, qui rapporte déjà et qui rapportera plein fin 2018, au développement massif de l'intéressement de la participation que je ferai dans la loi sur la croissance et la transformation des entreprises...

ELIZABETH MARTICHOUX
Que vous présenterez mi-avril.

BRUNO LE MAIRE
... vous ajoutez à ça le retrait des charges sur les heures supplémentaires, et qu'est-ce que vous avez à la fin ? Du travail qui paie enfin pour tous les Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
A horizon 2020 pour les heures supplémentaires. Votre loi elle arrive mi-avril, enfin, en Conseil des ministres, en tout cas, très attendue effectivement pour développer les entreprises, notamment la réforme des seuils. Monsieur le Ministre, est-ce que vous pourriez supprimer le seuil de 20 salariés, c'est une question sensible chez les chefs d'entreprise, ce qui, on le sait, le passage de 19 à 20 pose des contraintes lourdes, ressenties comme lourdes par certains ?

BRUNO LE MAIRE
Nous allons simplifier massivement les seuils, nous allons donner du temps aux PME qui grandissent pour appliquer ces seuils, et quant au seuil de 20...

ELIZABETH MARTICHOUX
Plusieurs années en fait pour étaler les contraintes, c'est ça, 5 années par exemple ?

BRUNO LE MAIRE
Plusieurs années. Ce n'est pas encore, le chiffre n'est pas encore arrêté, mais plusieurs années, pour permettre aux PME de grandir, et je confirme que le seuil de 20, quand on regarde très attentivement les obligations, honnêtement c'est une complexité supplémentaire, qui n'ajoute pas grand-chose. Pourquoi est-ce que nous voulons simplifier, modifier, alléger ces seuils ? Eh bien tout simplement parce qu'on veut que nos entreprises grandissent, parce qu'elles sont trop petites, parce qu'il faut qu'elles puissent investir, innover, exporter, et au bout du compte, créer du travail, créer des emplois.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous revenez de Bruxelles, vous allez en Argentine le week-end pour le G20...

BRUNO LE MAIRE
Exactement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Toutes ces réunions internationales, européennes, vous parlez des GAFA qui bouleversent les équilibres fiscaux et commerciaux. Lutter contre leurs abus, c'est une obsession ?

BRUNO LE MAIRE
Toutes ces réunions internationales, elles sont utiles pour remettre de la justice dans l'économie. Obtenir la taxation des gens du numérique, GOOGLE, AMAZON, FACEBOOK, je ne vois pas pourquoi un PME paierait ses impôts et pas Google ou AMAZON. Nous l'obtiendrons, je l'espère, Je me bats pour ça avec le président de la République, d'ici la fin de l'année 2018, pour une application en Europe, début 2019. C'est le calendrier que je souhaite. Et puis je le fais aussi à l'échelle nationale. Là j'apprends que lorsque des développeurs veulent développer leur application, la vendre à GOOGLE ou à APPLE, ils se voient imposer des tarifs, GOOGLE et APPLE récupèrent les données, GOOGLE et APPLE peuvent modifier unilatéralement les contrats avec les développeurs, enfin, tout cela est inacceptable. Ce n'est pas l'économie que nous souhaitons. Moi je crois...

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc ?

BRUNO LE MAIRE
... à une économie fondée sur la justice, et donc je vais assigner GOOGLE et APPLE, devant le tribunal de commerce de Paris, pour pratique commerciale abusive. Parce que je considère que GOOGLE et APPLE, aussi puissants soient-ils, n'ont pas à traiter nos start-up et nos développeurs, de la manière dont ils le font aujourd'hui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et ça, ça leur vaudra une amende ?

BRUNO LE MAIRE
Ça leur vaudra une amende, peut-être de l'ordre...

ELIZABETH MARTICHOUX
Une sanction financière importante ?

BRUNO LE MAIRE
Une sanction qui se chiffre en millions d'euros, parce que ma responsabilité c'est d'être garant de l'ordre public, économique. Il y a des règles, il y a une justice, elles doivent être respectées par tous.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous annoncez que vous les assignez au tribunal.

BRUNO LE MAIRE
Exactement.

ELIZABETH MARTICHOUX
GOOGLE et APPLE. Un dernier mot de politique, Bruno LE MAIRE. Thierry MARIANI, ancien, ministre de Nicolas SARKOZY, vous le connaissez bien, juge qu'il faut regarder si un rapprochement est possible entre LR et le Front national. Il est isolé, la ligne officielle ça reste aucune porosité, mais il n'a pas été exclu du parti. Il y a un double discours ?

BRUNO LE MAIRE
Je vais vous dire, je n'accorde pas une place très importante, dans ma journée, aux déclarations des différents responsables politiques des LR. Ce que je sais, c'est qu'il y a, quand je regarde...

ELIZABETH MARTICHOUX
Tout votre passé à droite...

BRUNO LE MAIRE
Quand je regarde aujourd'hui la recomposition politique, elle est très claire, il y a ceux qui croient à la mondialisation et à notre capacité à réussir dans la mondialisation, qui croient au libre commerce fondé sur des règles d'équité, qui croient à l'Europe et qui croient à une Nation française qui réussit à l'international. C'est la majorité que porte le président de la République. Et puis il y a ceux qui, de l'autre côté, estiment qu'il faut se recroqueviller, se refermer, se rétrécir, je les laisse volontiers à leur rétrécissement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et vous les mettez dans le même sac, chez les autres.

BRUNO LE MAIRE
Je les mets... Je vois simplement un rétrécissement, du côté droit, comme du côté gauche, qui ne mènera nulle part pour les Français. Et je vois de l'autre côté, une ambition portée par le président de la République et par cette majorité, qui fera grandir notre pays et qui permettra à la France de rester fidèle à elle-même.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE d'avoir été notre invité ce matin sur RTL.

BRUNO LE MAIRE
Merci.


Source : service d'information du Gouvernement, le 16 mars 2018

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