Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Cnews le 15 mars 2018, sur l'augmentation de la CSG et les retraités, la réforme de la SNCF et sur la politique de l'énergie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Cnews le 15 mars 2018, sur l'augmentation de la CSG et les retraités, la réforme de la SNCF et sur la politique de l'énergie.

Personnalité, fonction : LECORNU Sébastien, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue Monsieur énergie, ou Monsieur nucléaire, Sébastien LECORNU bonjour, merci d'être avec nous.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les retraités, plus les personnels des maisons de retraite, plus bientôt les fonctionnaires, plus bientôt les cheminots, tous dans la rue, est-ce que vous ne redoutez pas la naissance, avec l'addition de ces mécontentements, d'un mouvement social de grogne de certaine ampleur ?

SEBASTIEN LECORNU
Tous dans la rue, c'est sûrement un peu rapide. Après, il y a une réalité, c'est que lorsqu'on lance plusieurs chantiers de transformation du pays en même temps, ce que d'ailleurs les Français souhaitaient lors de l'élection présidentielle et législative de 2017, ce n'est quand même pas si loin, où les Français nous ont dit « mais qu'est-ce que c'est que cette génération de politiques qui n'a pas accompli les véritables transformations profondes du modèle social… »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais là ils s'inquiètent de leur pouvoir d'achat, ils s'inquiètent des emplois.

SEBASTIEN LECORNU
Justement, sur le marché du travail, sur l'organisation de la puissance publique, et donc de la fonction publique, eh bien oui, au moment où on ouvre ces sujets-là il est normal qu'il y ait forcément un peu d'inquiétude et donc c'est le travail du gouvernement, de la majorité parlementaire, d'aller à la rencontre des Français, de faire de la pédagogie inlassablement, en expliquant ce que nous faisons.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous n'êtes pas préoccupé vous aussi, enfin vous gouvernement, de voir monter… ?

SEBASTIEN LECORNU
Si la question c'est moi à titre personnel, je suis élu local, à Vernon dans l'Eure, et moi je vois bien ce que me disent mes concitoyens, ils nous en voudraient de l'immobilisme, ils nous en voudraient de l'inaction, ils nous en voudraient de faire une promesse de transformation et de renouveau de notre modèle français qui ne serait pas tenue, et donc, au fond, la pire des choses qui puisse nous arriver c'est l'immobilisme. Il faut faire confiance au président de la république et au Premier ministre pour que ça n'arrive pas. Donc, il y a ces craintes-là, il faut savoir les accompagner, les entendre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais est-ce qu'ils ne vous demandent pas, comme le demande Xavier BERTRAND dans Le Figaro aujourd'hui, de ne pas casser ce qui marche, c'est-à-dire la solidarité entre les générations ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais Xavier BERTRAND, pour lequel, vous savez, j'ai beaucoup d'amitié, et même d'affection, je suis assez proche de lui, est attaché à un modèle social, je pense que c'est notre culture gaulliste, qui nous réunit d'ailleurs avec Gérald DARMANIN et quelques autres, c'est ce que nous faisons. Regardez, sur les personnes âgées, les petites retraites ne sont pas impactées par la hausse de la CSG, la réforme de la taxe d'habitation va les impacter favorablement massivement. L'augmentation du minimum vieillesse dans des proportions qui sont…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais dans l'immédiat ?

SEBASTIEN LECORNU
C'est cette année l'augmentation du minimum vieillesse monsieur ELKABBACH…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous ne les oubliez pas.

SEBASTIEN LECORNU
Ça ce sont des choses qui sont concrètes, ce ne sont pas des paroles, et moi, évidemment, j'ai été élevé au « séguinisme » lorsque j'étais jeune militant, et donc moi le premier je suis attaché à cet équilibre entre libérer et protéger.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sébastien LECORNU, vous n'est pas indifférent, je pense, aux transports. Il y a le gouvernement qui lance sa réforme SNCF par ordonnances, pourquoi vous avez cette crainte, et cette méfiance, à l'égard du Parlement ?

SEBASTIEN LECORNU
Il n'y a pas de méfiance. Les ordonnances sont vieilles comme la Ve République, et je rappelle juste quand même, pour celles et ceux qui nous regardent de si bon matin, que l'ordonnance passe par le Parlement en habilitation, l'Assemblée nationale et le Sénat donnent son pouvoir temporairement au gouvernement, le gouvernement agit par ordonnances et ensuite on revient devant le Parlement et le Parlement vient dire si oui ou non il est d'accord avec ce que le gouvernement a fait.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voulez aller vite. Vous pouvez avoir raison ou tort, de souhaiter accélérer le processus démocratique, parlementaire, etc., pour que les réformes trouvent des applications beaucoup plus rapides…

SEBASTIEN LECORNU
Je pense qu'il faut quand même qu'on se dise la vérité, ça fait 10 ou 15 ans qu'on attend une réforme de la SNCF, on ne va pas nous reprocher d'aller trop vite. Avoir d'un côté le dialogue social, qui s'engage, depuis maintenant plus d'un mois, Elisabeth BORNE a mené, vous le savez, un certain nombre de réunions importantes, pas d'ailleurs qu'avec les représentants syndicaux, également avec les élus locaux, les associations d'usagers, etc., et en même temps pouvoir faire basculer les éléments qui ont été débattus dans la concertation et qui font consensus, on l'a bien vu sur les TER…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça c'est la vision optimiste….

SEBASTIEN LECORNU
Non… regardez. Lignes TER, ouverture à la concurrence, lignes TGV, ouverture à la concurrence, trois semaines de discussions et de débats, on peut déjà dire, la ministre des Transports Elisabeth BORNE l'a dit hier, qu'on peut basculer ces éléments-là dans la loi, au moment où on débattra de la loi d'habilitation…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je sais que vous avez entendu hier Philippe MARTINEZ qui était plutôt mécontent avec la CGT et qui disait la concurrence c'est un faux prétexte etc., et il était clair : reprenez votre réforme à zéro, sinon… réécoutez sa petite phrase.

PHILIPPE MARTINEZ
Quand ils n'écoutent pas dans le dialogue, eh bien il faut passer au cran supérieur.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que c'est le cas ?

PHILIPPE MARTINEZ
On va voir, on peut rêver, on va voir ce que… il y a un Conseil des ministres aujourd'hui, qui va traiter ce sujet, on va voir s'ils ont écouté et entendu notre discussion d'hier soir, et puis… mais s'il n'y a pas d'autre solution, eh ben voilà… je vous répète, c'est le gouvernement qui cherche le conflit.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire, ou vous cédez, ou, comme il le dit, il y a une grève, longue, dure, paralysante.

SEBASTIEN LECORNU
Je crois que le patron, ou chef, je ne sais pas, vous avez eu un débat d'ailleurs sur le sujet hier matin, de la CGT, est conscient d'une seule chose, en tout cas j'ai compris ça en écoutant son interview devant vous hier matin, c'est que le statu quo n'est pas possible. Il faut sauver la SNCF, 3 milliards de dette chaque année en plus, un service pour lequel les usagers sont de plus en plus mécontents, il y a même de plus en plus de défiance entre les Français et cette grande et belle entreprise française…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais en même temps un trafic qui augmente et une confiance, à l'égard de la SNCF, qui est très forte.

SEBASTIEN LECORNU
Et ça il est important qu'on garde cela, moi je suis fier de ces grandes entreprises comme la SNCF…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais lui il dit « touchez pas »…

SEBASTIEN LECORNU
Ou même comme EDF.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il dit « ne touchez pas au statut des cheminots »…

SEBASTIEN LECORNU
Justement, je parlais de « séguinisme » tout à l'heure, quand on est attaché à une grande entreprise publique qui appartient à la Nation française, on veut qu'elle se réforme. 3 milliards de dette chaque année en plus, pour un service qui ne donne pas satisfaction à nos concitoyens, ça appelle la réforme, y compris sur la question du statut des cheminots.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, on en a beaucoup parlé, donc je n'insiste pas, sur un point seulement. Les 9200 kilomètres de lignes peu fréquentées, moi je ne les appelle pas des petites lignes, vous êtes un élu local, est-ce que ce n'est pas aux conseils régionaux, aux régions, de faire le tri et en même temps de s'engager ?

SEBASTIEN LECORNU
C'est précisément ce que dit la loi depuis des années.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh bien faites-le.

SEBASTIEN LECORNU
Mais non, ils le font déjà. Chaque année vous avez des lignes qui ouvrent et des lignes qui ferment. Les plans de transport pour les TER, les Trains Express Régionaux, c'est la compétence des conseils régionaux de définir les horaires, le tarif du billet, savoir si telle ligne doit rester ouverte, telle ligne doit s'éteindre ou se fermer, c'est la compétence des conseils régionaux. Les petites lignes, comme on les appelle abusivement, je suis comme vous, je n'aime pas les appeler comme ça, ne sont pas dans la réforme portée par le gouvernement, c'est la responsabilité des conseils régionaux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On en vient à ce que sont vos responsabilités. L'hiver 2018 a été plutôt un hiver froid, avec des pics de consommation, est-ce que nous avons importé beaucoup d'électricité, et si oui à quels pays ?

SEBASTIEN LECORNU
Globalement on importe et on exporte tout le temps, et en permanence, de l'électricité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cet hiver ?

SEBASTIEN LECORNU
Le marché européen il est en permanence en tension, avec des équilibrages de réseaux qui sont effectués en France par RTE, Réseau de Transport d'Electricité, qui est un organe public, qui dépend de l'Etat, qui équilibre le réseau.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que nous sommes autonomes, est-ce que nous pouvons rester autonomes ?

SEBASTIEN LECORNU
Par définition le réseau est interconnecté, européen, depuis des années d'ailleurs, depuis des années et des années, donc oui il y a une autonomie énergétique, mais qui se fait en fonction bien évidemment des moments. Pointe de consommation avec le froid, ce que je peux dire, je m'en étais assuré en allant visiter RTE avant la saison hivernale, c'est qu'il n'y a pas eu de problème de sécurité d'approvisionnement en électricité cet hiver, ce qui prouve la robustesse de notre réseau de transport en électricité, et de notre mix électrique, c'est donc aussi un enjeu, on va en parler j'imagine, dans le cadre de la Programmation Pluriannuelle pour l'Energie, à venir, sur la sécurité de l'approvisionnement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On y arrive, parce que lundi, pour la première fois, vous lancez avec EDF un vaste débat public sur la Programmation Pluriannuelle de l'Energie, sur nos besoins, et en même temps vos réponses sur les 10 ou 12 ans. Mais, vous êtes Monsieur énergie, si je peux me permettre, est-ce que vous êtes choqué si je vous appelle aussi Monsieur nucléaire ?

SEBASTIEN LECORNU
Non. Le ministre en charge est bien évidemment mon ministre de tutelle, Nicolas HULOT, mais c'est vrai que je me suis spécialisé sur ces questions à ses côtés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ce n'est pas une attaque péjorative si je vous dis bonjour Monsieur nucléaire ?

SEBASTIEN LECORNU
Je ne suis pas radioactif, rassurez-vous, mais non, je pense que l'énergie nucléaire est une énergie ancienne dans notre pays, avec derrière un savoir-faire industriel important, pour lequel on souhaite effectivement diminuer la part de nucléaire dans notre mix électrique, on va, j'imagine, en parler, mais ça mérite qu'on s'y intéresse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va voir, mais est-ce que vous dites ce matin que l'énergie nucléaire reste une énergie utile, propre, et une énergie d'avenir, vous ?

SEBASTIEN LECORNU
Nicolas HULOT a dit…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, vous ?

SEBASTIEN LECORNU
Non mais attendez, je suis évidemment d'accord avec lui, donc il n'y a pas de problème avec ça, ce n'est plus une énergie d'avenir au sens où on l'entendait après-guerre, après-guerre, qu'est-ce que le pouvoir, gaulliste d'ailleurs, essentiellement, mais aussi communiste, a demandé par exemple à EDF ? Donnez-nous de l'électricité en grande quantité – c'était les 30 Glorieuses, la reconstruction, il n'était pas question de manquer de courant – et deux, que cette électricité soit le moins chère possible. La réponse naturelle de l'époque…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais attendez, est-ce que pour vous le nucléaire reste…

SEBASTIEN LECORNU
Je suis en train de vous répondre Jean-Pierre ELKABBACH. A cette époque-là – c'est hyper important pour celles et ceux qui nous écoutent – à cette époque-là le pouvoir politique et le monde industriel a répondu : c'est le nucléaire qui nous permettra d'avoir une énergie en grande quantité et pas chère. La PPE, en 2018, le débat public qu'on démarre lundi prochain, jusqu'au 30 juin, c'est aussi reposer cette question-là, et à la Nation française, et à des grands opérateurs industriels comme EDF, de dire : et demain, est-ce qu'on peut avoir encore de l'électricité en grande quantité, sécurité et au moins cher possible ? Et on voit bien que le renouvelable, aujourd'hui, s'impose tout autant que l'électricité nucléaire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On y va, on y va. 75 % de la production d'électricité provient du nucléaire, il était question de le réduire à 50 % en 2025, on a bien compris, il n'y a pas longtemps, que la mission était impossible. Les 50 % promis c'est quelle date, ou quelle tendance, quand, puisque ce n'est plus 2025 ?

SEBASTIEN LECORNU
Donc c'est forcément après, ce n'est pas forcément trop tard après puisque notre enjeu c'est d'aller le plus vite possible.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi il est si difficile de dire 2035, 2040 ?

SEBASTIEN LECORNU
Pour une simple et bonne raison, pour deux raisons, très simples, trois, allez. La première, pas question d'ouvrir des centrales à charbon pour compenser la fermeture de…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Nous ne sommes pas les Allemands.

SEBASTIEN LECORNU
Exactement Jean-Pierre ELKABBACH. A l'heure où je vous ai encore parlé sur votre plateau il y a quelques semaines de nos engagements pour le climat, du sommet pour la planète du 12 décembre dernier, on aurait l'air de quoi à se remettre dans les énergies fossiles…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas de charbon.

SEBASTIEN LECORNU
Voilà, pas de charbon. Deux, par définition, la sécurité de l'approvisionnement en électricité, le renouvelable est intermittent, on doit encore avancer sur le stockage, il faut donc une pente qui permette justement d'accepter cette innovation-là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
2000 combien pour arriver aux 50 % de nucléaire ?

SEBASTIEN LECORNU
Je ne vous donnerai pas de date ce matin, parce que de toute façon, sinon ça voudrait dire que ça ne sert à rien de faire un débat à partir de lundi prochain, et ça voudrait dire aussi que nos conversations et nos discussions avec EDF…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ce ne sont pas les Français tout seuls, non compétents, qui vont vous dire quand ça va s'arrêter.

SEBASTIEN LECORNU
C'est bien pour ça que je passe des heures avec les équipes d'EDF, avec Nicolas HULOT, avec l'ensemble de l'équipe gouvernementale, à dialoguer, parce que le troisième élément qui bloque pour les 2025 et qui nous conduit à revoir la trajectoire, c'est évidemment la question industrielle, économique, sociale, en matière d'emploi. Je vais vous dire une chose Jean-Pierre ELKABBACH, pour être tout à fait clair. Les PPE, Programmations Pluriannuelles pour l'Energie, le document qui fixe comment on fait le mix électrique. Jusqu'à présent, les gouvernements précédents se sont donnés des objectifs très ambitieux, très sympathiques à annoncer devant vous un matin en matinale, ces objectifs étaient ni fiables, ni sincères.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire les 50 % en 2025.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, entre autres, même les énergies renouvelables, ni fiables, ni sincères. Nous l'objectif c'est que les objectifs soient fiables et sincères.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, dans votre programme, sur les 58 réacteurs actuels, combien il en resterait ?

SEBASTIEN LECORNU
Une fois de plus, c'est la trajectoire, la réponse on l'aura dans l'année. Par définition, pour arriver à 50 % il faudra évidemment fermer des tranches, on dit d'ailleurs des centrales, on a tort, des tranches.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Lesquelles ?

SEBASTIEN LECORNU
Ce n'est pas moi qui vais vous le dire ce matin, il y aura des critères pour cela, critères économiques, sociaux, industriels, par EDF, critères de sûreté Jean-Pierre ELKABBACH, Autorité de Sûreté Nucléaire, ou de Sécurité, c'est d'ailleurs pour ça que cet après-midi je visiterai l'IRSN, qui est l'Institut qui justement conseille le gouvernement sur ces questions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Prenons l'exemple de Fessenheim, ce symbole. Vous y avez passé 3 jours, vous avez promis d'y retourner, vous y allez ?

SEBASTIEN LECORNU
J'y retourne du 12 au 14 avril.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A la ville et aux salariés vous avez confirmé que Fessenheim et ses deux réacteurs seront aussitôt fermés dès que l'EPR de Flamanville se mettra en route, commencera, mais Flamanville est toujours en retard. Alors, ce sera quand, 2019, 2020 ?

SEBASTIEN LECORNU
Pour l'instant je m'en remets à ce que dit l'exploitant industriel, EDF, qui dit que l'EPR de Flamanville pourra être mis en fonction à la fin de l'année 2018, début de l'année 2018. Jean-Bernard LEVY, le PDG d'EDF, a reconfirmé ce calendrier, viendra ensuite le temps où l'ASN devra donner son accréditation, en quelque sorte, son autorisation…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc 2019, et ça veut dire que les deux réacteurs Fessenheim fermeront à ce moment-là.

SEBASTIEN LECORNU
L'irréversibilité de la fermeture de Fessenheim est actée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A New-Dehli le président MACRON se montrait tout heureux de pouvoir exporter notre savoir-faire en la matière et de vendre six EPR à Jaitapur, aux Indiens, et à la Chine deux EPR, qui ressemblent à Flamanville, à Taishan. Mais ce n'est pas un paradoxe ? Ce qui serait dangereux pour nous, serait bon pour les autres. Nous on ne fait plus d'EPR, mais on va les construire chez les autres.

SEBASTIEN LECORNU
La question n'est pas que la dangerosité, c'est aussi la question… d'ailleurs, si on est complet, en Inde, avant tout, le président de la République y est allé pour l'Alliance solaire internationale. La première source de développement d'énergie en Inde c'est le solaire, mais effectivement, les Indiens ont choisi d'avoir un développement nucléaire, ça les regarde et c'est bien évidemment leur souveraineté de définir leur politique énergétique. Et Jean-Pierre ELKABBACH, je vais vous dire une chose, moi je suis fier qu'EDF puisse exporter son savoir-faire nucléaire, parce que le nucléaire français il est sûr…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais si c'est sans danger pour les autres, pourquoi on en a honte ici ?

SEBASTIEN LECORNU
Le nucléaire, tel qu'il est exploité par EDF, c'est un nucléaire de haut niveau, il est sûr, il est sécure. Eh bien je préfère que les Indiens s'équipent avec un savoir-faire français sûr et sécure, plutôt qu'avec peut-être d'autres fournisseurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On a encore beaucoup de chose à dire. Vous avez dit 50 % de nucléaire d'ici 2035, 40, on va voir après le débat du PPE, il faut donc 50 % d'énergies renouvelables.

SEBASTIEN LECORNU
Non, parce que vous avez également de production, également de l'électricité, du gaz, et notamment on travaille sur le biogaz, parce que quand il fait froid justement, vous avez besoin d'énergie…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc 40 %...

SEBASTIEN LECORNU
Globalement, 40 à 45 % d'énergies renouvelables…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le solaire, la géothermie, l'éolien, etc., 40 %. Aujourd'hui nous sommes à 10 %, comment on fait pour passer à 40 en si peu de temps ?

SEBASTIEN LECORNU
On en est à un peu plus parce que l'énergie renouvelable ne comprend pas que l'électricité. L'enjeu c'est de libérer ces énergies-là, c'est ce qu'on a fait d'abord avec l'éolien terrestre, c'est ce qu'on continue de faire avec la méthanisation, on l'a vu notamment à l'occasion du Salon de l'agriculture, qui permet de diversifier les revenus des agriculteurs à partir d'une biomasse intelligente et respectueuse. C'est ce que nous faisons également demain avec le photovoltaïque, qui présente un intérêt absolument majeur, on a doublé les appels d'offres d'1 gigawatt de plus par année, justement pour le photovoltaique, je vais lancer un groupe de travail sur le sujet pour repérer le foncier disponible, pour se lancer dans l'autoconsommation, pour réfléchir au thermo-solaire, parce que lorsque dans le Sud de la France on chauffe encore son eau en plein mois d'aout à partir de l'énergie fossile plutôt qu'à partir du soleil, il y a quelque chose qui ne va pas bien…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je pense qu'il faut des gros efforts en matière de solaire.

SEBASTIEN LECORNU
Il y a aussi des choses à faire en Outre-mer… les départements d'Outre-mer doivent pouvoir ouvrir la voie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez entendu tout à l'heure Clélie et Romain, ils sont passionnés par ce qui se passe sur les éoliennes, il y a les éoliennes terrestres et les éoliennes en mer. En mer, en 2012 et 2014 vos prédécesseurs avaient retenus six projets de parcs éoliens, avec chaque fois, je crois, une vingtaine de mâts…

SEBASTIEN LECORNU
La moyenne est à 23, 140 mâts en tout.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vendredi soir, au Sénat, il y a un amendement qui a été voté en catimini, on dit même que le président de la République n'était pas au courant, je ne sais pas si c'est vrai…

SEBASTIEN LECORNU
Ce n'est pas le président de la République qui rédige les amendements gouvernementaux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il permettrait, cet amendement, à votre gouvernement, de renégocier ou d'annuler les commandes précédentes, qui avaient été engagées, qui étaient coûteuses. Pourquoi ? D'abord, est-ce que vous allez les annuler, parce que c'est trop cher, ou alors parce que les technologies changent et vont tellement vite que les prix décroissent ?

SEBASTIEN LECORNU
D'abord merci de me permettre de rétablir quelques vérités sur le sujet, parce que j'ai un peu lu tout et son contraire. On a pris un certain nombre de mesures pour l'éolien offshore. Je rappelle quand même, pour ceux qui nous écoutent en ce moment, qu'il n'y a aucune éolienne en mer, à part une, expérimentale, flottante, au large de Saint-Nazaire, actuellement dans notre pays. Ces six parcs-là sont des parcs anciens dans le moment où les projets ont été lancés. Donc on a fait deux séries de mesures. La première, c'est de permettre aux porteurs de projets de prendre la technologie la plus récente ; figurez-vous, c'est une aberration incroyable, vous aviez une marque – on va faire vite – d'éoliennes il y a 10 ans, vous aviez cette autorisation-là, 10 ans plus tard, avec tous les records et les tracas administratifs, vous aviez l'autorisation d'installer le matériel d'il y a 10 ans et pas le matériel d'aujourd'hui. Ça on l'a fait, ça a permis de réduire les coûts importants. Ça veut dire que de l'autre côté en même temps, Jean-Pierre ELKABBACH, c'est important de répondre à cette question-là, aujourd'hui le coût du mégawatheure pour une éolienne en mer, globalement il est à 80 euros, les permis qui ont été donnés sont à hauteur de 200 euros, ça veut dire que vous avez 2 milliards d'euros par an pour ces 140 éoliennes. Nous, ce que nous voulons…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce que vous dites ce matin, est-ce que vous voulez annuler ou renégocier ?

SEBASTIEN LECORNU
Nous, ce que nous voulons juste, c'est de donner la capacité de renégocier, parce qu'avec ces 2 milliards d'euros on peut faire beaucoup plus que 140 mâts, c'est une… pleine de bon sens…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous annoncez une renégociation pour les six projets déjà lancés ?

SEBASTIEN LECORNU
… de l'argent du contribuable. Moi je n'annonce pas cela, je dis juste, à celles et ceux qui ont porté ces projets, que le gouvernement entend se donner les moyens de renégocier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et il y a trois régions qui vous attendent, c'est la Bretagne, la Normandie et la Loire, mais vous ne renoncez pas…

SEBASTIEN LECORNU
Région que je connais bien, pour l'une…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aux éoliennes en mer ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais mieux que ça, c'est une priorité, on a pris des mesures pour les libérer, on a pris des mesures pour accélérer, on fait du soutien industriel, comme dans ma région en Normandie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quelle serait la première éolienne en mer ?

SEBASTIEN LECORNU
Le parc le plus prêt à démarrer, je ne sais pas répondre à votre question. Ce que je peux vous dire en tout cas c'est que nous sommes en train d'écrire un cahier des charges pour un autre projet, un septième projet, au large de Dunkerque.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On vient de me dire que la BANQUE DEFRANCE, puisqu'on parle du climat général de l'économie, vient de relever ses prévisions de croissance pour 2018, 1,9 %, il paraît que tout est au vert, et je crois que c'est l'OCDE qui avait même dit 2,2 %, donc j'espère que ça profitera à toute la collectivité et que l'on continuera à faire monter la croissance.

SEBASTIEN LECORNU
Je crois que c'est le sens du projet de transformation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les éoliennes terrestres, alors elles, elles sont mal vues, parce que les riverains se plaignent des nuisances, des atteintes aux paysages, et les écolos multiplient les recours. Comment on peut en imposer alors qu'en Allemagne il faut, paraît-il, 2 ans pour les construire, et en France 3 fois plus, 6 ans, 7 ans.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, même encore un peu plus, on a des projets qui peuvent durer 9 ans.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors ?

SEBASTIEN LECORNU
Il y a un enjeu important d'acceptabilité locale. Déjà je pense qu'il faut qu'on arrête avec le mitage, ça c'est quelque chose d'important, ce qui crée de l'incompréhension c'est de se dire mais pourquoi on met deux éoliennes ici, alors qu'on pourrait massifier un parc dans un endroit cohérent. Mais en même temps il y a aussi des recours qui sont parfois abusifs et qui cherchent juste à gagner du temps, pour des projets qui vont au final se faire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il faut réduire les recours.

SEBASTIEN LECORNU
Non, pas réduire les recours, il faut permettre à chaque citoyen français se pouvoir s'opposer devant les tribunaux, mais plutôt que, là aussi, être devant un tribunal administratif pendant 8 ou 9 ans, on a effectivement choisi de raboter une étape, le tribunal administratif, pour avoir une justice qui se rende plus rapidement, c'est aussi bon pour les porteurs de projets, que pour celles et ceux qui parfois doutent. Mais c'est pour ça que je vous ai parlé du photovoltaïque tout à l'heure, parce que lui est beaucoup plus consensuel, et c'est pour a qu'avec Nicolas HULOT…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
AREVA vient de payer 450 millions d'amende pour un projet avec la Finlande qui a eu 10 ans de retard, est-ce que vous êtes sûr qu'on ne va pas encore casquer, l'Etat, les contribuables ?

SEBASTIEN LECORNU
Vous connaissez l'histoire d'AREVA, devenue ORANO, qui en plus a été repris en partie par EDF, qui est une entreprise française dont on a besoin…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc c'est 450 millions et puis c'est fini ?

SEBASTIEN LECORNU
Ça regarde l'entreprise en question.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous étiez à Bure, vous avez eu des conversations, vous aimez bien agir comme le président de la République, aller à la confrontation, etc. Vous avez fait évacuer les zadistes qui étaient installés à Bure, mais le problème de l'enfouissement des déchets nucléaires reste entier. Si ce n'est pas Bure, c'est où ?

SEBASTIEN LECORNU
Ce n'est pas des zadistes à Bure, si on a fait l'évacuation du bois Lejuc c'est parce que justement ça allait devenir une ZAD et que le président de la République ne voulait pas qu'une ZAD s'installe à Bure, et donc l'évacuation est intervenue parce que nous ne voulions pas de ZAD. Maintenant, effectivement, il y a tout le débat de fond…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Si ce n'est pas Bure, c'est où ?

SEBASTIEN LECORNU
De toute façon c'est même encore différent la question, si je puis me permettre Jean-Pierre ELKABBACH, c'est les déchets nucléaires de haute activité à vie longue existent déjà, ils sont déjà à La Hague, ils ont déjà été produits des dizaines d'années avant nous, dès lors que nos parents ou grands-parents avaient le choix du nucléaire, donc la question c'est : qu'est-ce qu'on en fait ? enfouissement en couches géologiques profondes, Bure, projet Cigéo, c'est le choix qu'a fait le Parlement en 2006, réitéré en 2016, avec des études qui doivent être menées, avec des expertises qu'il faut encore mener, ou, effectivement, c'est l'entreposage de surface. Aujourd'hui la moins mauvaise des solutions, ou la solution la plus raisonnable, comme dirait l'Autorité de Sûreté Nucléaire, c'est l'enfouissement en couches géologiques profondes. Donc, ça, pour le coup, il faut continuer à concerter l'ensemble des acteurs de la filière, l'ensemble des associations, il y a des doutes ici ou là, par exemple sur les colis bitumineux qui sont des colis qui peuvent prendre feu, eh bien là où il y a des doutes il faut les lever, c'est pour ça que j'ai annoncé un grand plan et un grand débat de concertation pour la fin de l'année, sur les déchets et la matière radioactive.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et donc ça concerne tous les Français, tous les citoyens Français, qui doivent se mobiliser pour ce qui concerne leur avenir…

SEBASTIEN LECORNU
Les Français qui regardent la télévision ce matin consomment de l'énergie nucléaire, on a donc tous une responsabilité citoyenne et individuelle sur cette question des déchets.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui continuent à en consommer pour regarder CNEWS, merci d'être venu.

SEBASTIEN LECORNU
Merci infiniment.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 mars 2018

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