Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Radio Classique le 15 mars 2018, sur la hausse de la CSG et les retraités, la réforme des institutions, la coopération énergétique avec l'Inde, la question du glyphosate et sur le recyclage du plastique. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Radio Classique le 15 mars 2018, sur la hausse de la CSG et les retraités, la réforme des institutions, la coopération énergétique avec l'Inde, la question du glyphosate et sur le recyclage du plastique.

Personnalité, fonction : POIRSON Brune, BLANC Renaud .

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :
RENAUD BLANC
Brune POIRSON, MACRON et les retraités, Guillaume terminait son billet sur la promesse macronienne de réconcilier les Français entre eux, c'est plutôt mal parti quand même.

BRUNE POIRSON
C'est exactement, exactement ce que l'on fait. C'est-à-dire que c'est de la solidarité intergénérationnelle. Vous savez, regardons les choses objectivement en France. Qu'est-ce qui se passe actuellement ? Il se passe que ceux qui travaillent, eh bien ils financent les retraites, les retraites, enfin ceux qui ne travaillent plus. Et donc il faut faire en sorte que ceux qui travaillent, on le sait, il faut que le travail paie mieux, et donc ceux qui travaillent, eh bien ils souhaitent, ils ont envie de trouver un peu d'oxygène, un peu de pouvoir d'achat, d'autant que comme je l'ai dit, ils financent les retraites. Et il faut donc, dans ces conditions-là, eh bien que les retraités participent à cet effort-là, et c'est donc ce que l'on appelle la solidarité intergénérationnelle et c'est exactement ce que le gouvernement promet. Et je tiens à rappeler aussi, parce que c'est une réalité, il y a une réalité qui est que la politique fiscale du gouvernement elle va être neutre, voire favorable pour deux tiers des retraités. Et d'autre part, ceux qui paient un taux de CSG réduit, eh bien ils ne vont pas être affectés par la hausse de la CSG. Ça, je crois que ce sont des questions qui sont importantes. Et monsieur TABARD l'a souligné, effectivement, les retraités ils participent déjà beaucoup à la vie de leurs enfants, ils l'allègent et donc on est vraiment effectivement dans des relations intergénérationnelles qui je pense sont relativement harmonieuses et qui vont continuer à l'être aussi, parce qu'il faut que nous soyons en mesure de financer les retraites de ceux qui ne sont plus actifs actuellement, et pour ça on pourrait par exemple augmenter la dette de la France, mais nous ne voulons pas faire ça, parce que c'est une question de crédibilité vis-à-vis de nos partenaires européens, et parce que nous ne voulons pas non plus charger les générations futures, avec une dette qui serait trop importantes.

RENAUD BLANC
Beaucoup de réformes actuellement, du côté du gouvernement, la réforme des institutions, Edouard PHILIPPE a reçu Gérard LARCHER hier, alors évidemment grand sourire devant les photographes, ça s'annonce quand même très compliqué, le Sénat ne va pas se laisser faire. Est-ce que vous êtes prêts à l'arme du référendum ?

BRUNE POIRSON
Ecoutez, nous, ce que l'on privilégie, c'est la concertation. Encore une fois, ce sont des changements qui sont importants, des changements qui sont majeurs, et donc c'est pour ça que nous voulons prendre le temps de la discussion, par exemple quand on parle d'inscrire la lutte contre le changement climatique dans la constitution, eh bien actuellement, ça c'est un exemple, actuellement Edouard PHILIPPE est en train de consulter les différents groupes parlementaires, et c'est exactement ce qui se passe pour ce qui concerne la réforme des institutions, et ensuite nous verrons quels moyens nous utilisons, mais encore une fois je crois que c'est important de continuer à dialoguer et à concerter.

RENAUD BLANC
Brune POIRSON, vous parlez de dialogue, de concertation, lorsqu'on parle aux syndicats et quand on évoque le dossier SNCF, ils n'ont pas du tout le sentiment qu'il y a négociations, consultations et dialogue entre eux et le gouvernement.

BRUNE POIRSON
Ecoutez, ça c'est peut-être leur sentiment, mais pourtant on est vraiment dans une démarche de concertation. La ministre des Transports l'a encore rappelé hier, elle est tout à fait et nous sommes tout à fait ouverts à la concertation. Mais pourquoi ? Parce que vous savez, dans le fond, je crois que les cheminots, et nous, gouvernement français, eh bien nous voulons la même chose, nous voulons faire en sorte que le service public français ferroviaire soit de la meilleure qualité possible. Vous savez, je pense que beaucoup de Français qui nous écoutent, ils ont aujourd'hui, un petit peu peut-être, ils sont sur la route pour se rendre à la gare et prendre leur train, ils ont peut-être la boule au ventre, parce qu'ils se demandent si le train qu'ils vont prendre, il va partir à l'heure et arriver à l'heure. Et un service public de qualité, eh bien c'est tout simplement un service dans lequel les trains partent à l'heure, ils arrivent à l'heure, les gares sont en bon état et le chemin de fer et les rails aussi. C'est ça que les Français attendent et c'est ça aussi que les cheminots veulent. Donc, in fine, nous avons les mêmes objectifs. Et donc je pense qu'il peut avoir une voie de concertation.

RENAUD BLANC
In fine, peut-être, mais pour l'instant, on n'a pas le sentiment.

BRUNE POIRSON
Eh bien on verra, vous savez, il nous reste du temps encore.

RENAUD BLANC
Vous revenez d'un voyage en Inde, vous avez accompagné le chef de l'Etat. On en est où des contrats EPR, entre EDF et l'Inde, on a du mal à s'y retrouver. Contrats ou pas contrats ?

BRUNE POIRSON
Eh bien écoutez, il y a une partie importante qui vient et une étape importante qui vient d'être franchie, avec EDF qui est donc en négociations avec le gouvernement indien, il reste encore des points à évoquer, mais c'est une avancée absolument majeure sur ce dossier-là.

RENAUD BLANC
Vous étiez en Inde, je le disais, Nicolas HULOT, lui, n'y était pas, son absence a été très remarquée. Dès qu'il s'agit de parler de nucléaire, il n'est plus là le ministre de la Transition écologique, ou pas ?

BRUNE POIRSON
Non, je crois que là, vraiment, si vous me permettez...

RENAUD BLANC
Mais je vous en prie.

BRUNE POIRSON
Il n'y a vraiment pas lieu de chercher la polémique. Moi, vous savez, j'étais en Inde pour une raison qui est très claire, c'est que j'ai préparé le déplacement du président de la République, je me suis rendue en Inde en septembre, j'ai vécu en Inde cinq années, donc c'est un pays que je connais bien, je suis en grande partie responsable des dossiers internationaux au ministère de la Transition écologique et solidaire, et donc dans ces conditions-là le président de la République a souhaité que je l'accompagne en Inde. Mais j'ai l'impression que vous voulez...

RENAUD BLANC
Non non, mais on cherche à savoir pourquoi le ministre de la Transition écologique lorsqu'on va justement en Inde, que l'on va signer aussi des contrats très importants sur l'avenir du solaire, n'est pas là, c'est une question qu'on peut se poser.

BRUNE POIRSON
Mais, parce que je suis légitime sur ce dossier-là, et après peut-être que vous faites référence à certains articles qui sont sortis dans la Presse, notamment bien sûr pendant le voyage du président de la République. Moi je tiens à dire, peut-être à rappeler, une règle, une règle qui est fondamentale. Il y a une règle en France qui est immuable, qui est une règle protocolaire, qui est que, dans un endroit donné, eh bien c'est la personne qui est la plus haute, si vous voulez, dans la hiérarchie protocolaire, qui s'exprime. Et en l'occurrence, quand on se déplace avec le président de la République, le chef de l'Etat, eh bien c'est lui qui s'exprime et personne d'autre, c'est une question de déontologie, c'est une question de respect des règles. Et a fortiori, quand on est ambassadeur, et bien on ne s'exprime pas, on laisse le président de la République s'exprimer.

RENAUD BLANC
Alors, une qui s'est aussi beaucoup exprimée, c'est Ségolène ROYAL, qui était dans les valises du chef de l'Etat. Elle vous donne toujours beaucoup de conseils ou pas, Ségolène ROYAL ?

BRUNE POIRSON
Vous savez, Ségolène ROYAL elle a, en tant qu'ambassadrice des pôles, elle a une mission absolument fondamentale à réaliser ; ça ne vous aura pas échappé que la situation en Arctique et en Antarctique, eh bien elle est particulièrement préoccupante. On l'a vu...

RENAUD BLANC
Mais certains journalistes qui vous ont suivi, ont trouvé qu'elle était peut-être un peu encombrante, pour rester poli.

BRUNE POIRSON
On l'a vue encore récemment, et donc face à ça, moi je pense et je ne doute pas qu'elle va véritablement consacrer beaucoup de son énergie à cette région-là du monde. Parce qu'on connait ses talents véritablement de négociatrice, ses capacités à rassembler, ses capacités à faire preuve d'une très grande diplomatie, ses capacités à trouver des solutions innovantes, dans la recherche du consensus, et donc je ne doute pas que c'est ce qu'elle va s'attacher à faire avec beaucoup beaucoup d'énergie dans les mois qui viennent. D'autant que j'ai lu Paris Match, probablement comme vous, on sait qu'elle est particulièrement attachée à cette région-là du monde, et je ne doute pas que dans les semaines à venir, eh bien elle va y passer énormément de temps.

RENAUD BLANC
Alors, vous allez, Brune POIRSON, vous vous rendez demain en Italie, pour visiter l'EFSA.

BRUNE POIRSON
Absolument.

RENAUD BLANC
Alors, c'est un petit peu l'Agence européenne de sécurité alimentaire. C'est un peu la guerre entre la France et l'EFSA, on a le sentiment que l'EFSA marche un petit peu avec un certain nombre de grands groupes, MONSANTO pour ne pas le citer. Qu'est-ce que vous allez exactement faire en Italie demain ?

BRUNE POIRSON
Vous savez, quand il y a eu ces négociations autour de la ré-autorisation du glyphosate, on s'est aperçu que, effectivement, il y avait un manque de transparence, un manque parfois peut-être aussi de déontologie de la part de l'EFSA, cette agence européenne de la sécurité alimentaire. Et donc, face à cette situation, le président de la République, dans son discours de la Sorbonne du 21 septembre, il a annoncé et dit qu'il souhaitait que nous réformions ces agences européennes d'évaluation des substances chimiques.

RENAUD BLANC
Vous allez mettre la pression, en quelque sorte ?

BRUNE POIRSON
Et depuis, nous avons eu des avancées majeures sur la question, nous avons obtenu de pouvoir travailler à la réforme de ces institutions-là. Et donc c'est pour ça, effectivement, que cet après midi et demain, je vais me rendre avec la ministre de l'Europe, Nathalie LOISEAU, à Parme, au siège de l'EFSA, pour travailler concrètement, un peu à une refonte de ces institutions-là, parce qu'il faut plus de transparence, pour que nous comprenions mieux quelles sont les données qui sont utilisées par cette agence de sécurité alimentaire, comment ces données sont utilisées, comment aussi sont choisis les experts qui travaillent sur l'analyse de substances chimiques...

RENAUD BLANC
Il y a conflit d'intérêts ou pas, pour vous, justement, quelquefois, justement, de cette agence ?

BRUNE POIRSON
Je n'irais peut-être pas jusqu'à dire ça, mais en tout cas, il est certain qu'il faut que ces agences, elles évoluent, c'est ce que veut le président de la République, il faut qu'elles deviennent plus indépendantes, il faut faire en sorte qu'elles soient effectivement, qu'elles travaillent avec plus de transparence et de façon peut-être moins étroite parfois avec certains industriels. Et donc nous allons travailler concrètement sur cette question-là. J'ai moi-même aussi beaucoup sensibilisé mes homologues européens à cette question-là, nous avons une vraie coalition autour de ce projet-là, et ensemble nous avançons. J'étais récemment à Bruxelles, par exemple, avec des Suédois, des Allemands, des Luxembourgeois, pour justement avancer sur cette question-là ensemble, parce que je crois que c'est une vraie demande de la population, parce que nous devons faire en sorte de savoir ce que nous mettons dans nos assiettes et leur impact sur la santé humaine.

RENAUD BLANC
Il nous reste 15 secondes. 100 % de plastique recyclé d'ici 2025, c'est votre objectif.

BRUNE POIRSON
C'est l'objectif vers lequel nous voulons tendre, c'est ce que le président de la République nous a fixé durant la campagne présidentielle, et c'est un objectif qu'il a réitéré, de même que le Premier ministre également, c'est un objectif qui est ambitieux, mais vers lequel nous voulons tendre, et la France est un peu à la traine, c'est vrai, sur la question de la collecte et du recyclage des plastiques.

RENAUD BLANC
Merci beaucoup Brune POIRSON d'avoir répondu à mes questions, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire. Très bonne journée à vous.

BRUNE POIRSON
Merci. Bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 mars 2018

Rechercher