Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, avec France 2 le 19 mars 2018, sur la politique de l'énergie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, avec France 2 le 19 mars 2018, sur la politique de l'énergie.

Personnalité, fonction : HULOT Nicolas, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

CAROLINE ROUX
Bonjour.

LAURENT BIGNOLAS
Qui reçoit ce matin Nicolas HULOT.

CAROLINE ROUX
Oui, alors, Nicolas HULOT, il lance ce matin un grand débat public sur la feuille de route de la France, en matière d'énergie, pour les années 2019, 2023 et 2024, 2028. Je ne vais pas vous surprendre, il est possible que l'on parle de nucléaire.

- Jingle -

CAROLINE ROUX
Bonjour Nicolas HULOT.

NICOLAS HULOT
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Alors, un grand débat public sur la transition énergétique, est-ce que vous espérez secrètement que les Français, s'ils s'emparent de ce débat, arriveront à convaincre le gouvernement que le nucléaire n'est pas une énergie d'avenir ?

NICOLAS HULOT
Il ne faut pas que la consultation se réduise à un débat, pour ou contre le nucléaire. De toute façon, il y a un point qui fait consensus, et qui mettra tout le monde d'accord, c'est que tout le monde est d'accord pour réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50 %. C'est un point d'étape qui sera important. Ne me demandez pas à quel moment, parce que c'est justement notamment l'un des objets de cette consultation, qui fait partie d'un tout, et la date de 50 % elle sortira comme une évidence à la fin de cette consultation et de ce travail qui va prendre plusieurs mois.

CAROLINE ROUX
Et la méthode aussi ? Parce que par exemple vous aviez acté le report de l'objectif, ça, évidemment, à 50 % pour le nucléaire, vous aviez évoqué aussi la fermeture de 17 à 25 réacteurs, mais le texte qui va servir de base à cette discussion, évoque un scénario de 9 à 16 réacteurs fermés d'ici à 2035. Ça c'est le bon chiffre désormais ?

NICOLAS HULOT
Non non, ne me demandez pas, parce que ça voudrait dire qu'on lance une consultation et que tout est déjà ficelé et qu'on a déjà un scénario sur la table. Ça fait partie d'un tout. On a plusieurs objectifs. L'objectif de la réduction du nucléaire, il est irrévocable.

CAROLINE ROUX
C'est la méthode.

NICOLAS HULOT
Non non, mais la méthode ça va dépendre des autres objectifs, on doit à la fois sortir des énergies fossiles, ce n'est pas rien. On rentre dans une nouvelle révolution énergétique, à l'échelle du monde, mais particulièrement à l'échelle de la France. On doit réduire notre consommation, et ça c'est très important, parce que c'est un enjeu qui permet de redonner du pouvoir d'achat aux Français, et de redonner de la compétitivité à nos entreprises. On doit développer massivement les énergies renouvelables, parce qu'on rentre dans une nouvelle révolution énergétique, qui est l'avènement des énergies renouvelables. Donc, tout ça, ça fait partie d'un tout. Les modèles sont très compliqués, parce que si vous loupez un curseur, si vous loupez un objectif, vous compromettez tous les autres objectifs. Donc ce que l'on va regarder tranquillement, et c'est un moment de démocratie auquel je demande aux Français de participer...

CAROLINE ROUX
Qu'est-ce que vous attendez d'eux ?

NICOLAS HULOT
Eh bien qu'ils nous disent ce qu'ils souhaitent, effectivement, qu'est-ce qu'ils attendent de cette révolution énergétique, comment ils voient le modèle énergétique. Vous savez, les Français, si ce débat il est confisqué par les experts, si cette projection énergétique, économique, sociétale, n'est pas désirée, souhaité, co-construite par les Français, ça va...

CAROLINE ROUX
Ça ne marchera pas.

NICOLAS HULOT
Mais non, ça ne va pas marcher, et puis ce n'est pas simplement un modèle énergétique, c'est un modèle de société, c'est un modèle économique, il va y avoir à la clef des créations d'emploi, nos petites, nos moyennes, nos grandes entreprises. La combinaison de la révolution numérique, de la révolution digitale et de la révolution énergétique, va changer complètement notre... le monde de demain. Les Français vont pouvoir consommer, produire bientôt leur énergie, consommer leur propre énergie, vont pouvoir faire en sorte... Vous savez, la semaine prochaine, dans le cadre de notre politique énergétique, 4 millions de foyers français vont recevoir un chèque d'énergie, directement, ils n'ont rien à faire, de 150 €, pour les aider justement à sortir de ce que l'on appelle la précarité énergétique. Ce n'est pas normal, effectivement aujourd'hui, que le budget de l'énergie soit supérieur au budget de l'alimentation. Tout ça fait partie justement des objectifs de cette programmation pluriannuelle...

CAROLINE ROUX
Mais ce n'est pas une discussion si ouverte que vous le laisser entendre. Certes il y a quand même des objectifs, vous l'avez cité notamment pour le nucléaire, le gouvernement... Ce n'est pas une discussion, vous voyez ce que je veux dire, à bâtons rompus sur la transition énergétique...

NICOLAS HULOT
Non.

CAROLINE ROUX
Il y a quand même des objectifs.

NICOLAS HULOT
Oui, mais les objectifs ils ont été fixés dans une loi. Mais vous savez, on a parfois ce petit défaut chez nous, c'est peut être valable dans d'autres pays, on se fixe des objectifs, et puis on les laisse courir, et puis on se réveille un matin et puis on s'aperçoit qu'on ne s'est pas mis en situation de pouvoir les réaliser. Et effectivement, moi je l'avais dit en rentrant au gouvernement, j'avais dit : je peux m'arc-bouter sur les 50 % du nucléaire en 2025, ça veut dire qu'il fallait fermer effectivement entre 17 et 25 réacteurs et surtout faire abstraction des conséquences sociales, parce qu'il va y avoir effectivement des gens qui vont être impactés, à la fin il va y avoir surtout beaucoup de gens qui vont être bénéficiaires, tant pour les consommateurs, pour les créations d'emploi, mais tout ça se planifie, se discute. A Fessenheim ils n'avaient jamais vu un représentant du gouvernement.

CAROLINE ROUX
Ça y est.

NICOLAS HULOT
Mais non, mais ça c'est très important, donc on ne fait pas les choses brutalement. On peut encore une fois se faire plaisir et puis dire on va faire 50 % et puis on sait qu'à l'échéance de 2025 on ne sera pas au gouvernement pour en vérifier l'efficacité. Non, on va faire une programmation qui va être réaliste, qui va être excessivement exigeante, mais surtout qui va être bénéfique pour nos entreprises, parce qu'on va pouvoir aller vers une véritable indépendance énergétique de la France.

CAROLINE ROUX
Est-ce que les Français sont là pour faire de la figuration dans ce débat public ? Je vous pose la question parce que, par exemple quand EDF dit : de toute façon, nous on n'a pas prévu de fermer aucun réacteur d'ici à – à par Fessenheim, bien sûr d'ici à 2029.

NICOLAS HULOT
Pardon de vous dire, mais ce n'est pas EDF qui décide.

CAROLINE ROUX
Alors, qui décide ?

NICOLAS HULOT
Mais c'est le gouvernement.

CAROLINE ROUX
Alors, à quoi servent les Français dans débat public ?

NICOLAS HULOT
Mais le gouvernent, une fois qu'il aura consulté les Français. Une consultation plusieurs mois c'est inédit et la Commission nationale des débats publics, qui a été saisie pour organiser le débat, vous allez avoir des débats citoyens, des consultations citoyennes, des débats de controverse, un site Internet et tout ça, ça ne va pas être du pipeau, très sincèrement.

CAROLINE ROUX
Tous les Français sont invités à y participer ?

NICOLAS HULOT
Tous les Français, tous les Français. Qu'ils ne viennent pas nous dire après, comme on a souvent ce défaut en tant que citoyen...

CAROLINE ROUX
Ça arrive.

NICOLAS HULOT
... vous ne nous avez pas consultés. Souvent on nous reproche de ne pas les consulter, là on a des mois de consultations, et moi je me fais garant qu'on va enrichir ce débat, cette réflexion et après ce plan d'action de l'intelligence des Français.

CAROLINE ROUX
Est-ce que c'est vrai que vous n'étiez pas en Inde, parce que vous n'étiez pas content de l'ouverture de la plus grande centrale nucléaire...

NICOLAS HULOT
Ça fait partie des milles et un fantasmes médiatiques.

CAROLINE ROUX
Comme ça je vous pose la question, comme ça vous répondez.

NICOLAS HULOT
Non non, mais la réponse elle est non. Je n'étais pas en Inde, d'abord parce que, je crois que vous avez quand même perçu l'éventail des responsabilités de mon ministère, il y a deux secrétaires d'Etat qui font bien leur job, il se trouve que Brune POIRSON avait fait le voyage préparatoire, qu'elle a vécu en Inde et qu'elle était légitime à accompagner le président en Inde.

CAROLINE ROUX
Selon un récent avis du Conseil économique et social et environnemental, la France a pris du retard dans la transition énergétique. La faute à qui ?

NICOLAS HULOT
Elle est collective, parce que justement ça n'a probablement pas été suffisamment planifié, parce que je pense qu'on n'a pas partagé une vision avec les Français. On a réussi à créer du rejet sur l'ensemble des énergies, les gens sont parfois, c'est le travers et le charme des Français, mais ils sont contre le charbon, ce que je comprends, moi aussi, ils sont contre le nucléaire, ce que je peux également comprendre, mais ils sont aussi contre les énergies renouvelables.

CAROLINE ROUX
Toutes les énergies renouvelables.

NICOLAS HULOT
Il y a une forme de résistance, non mais je force un peu le trait, moi je vais essayer de transformer ce rejet en désir et on va le faire pendant les mois de la consultation.

CAROLINE ROUX
Aujourd'hui, première réunion du comité de pilotage sur l'avenir des terres agricoles de la ZAD. Quelle est la solution que vous défendez, vous, sur la question des terres agricoles précisément ?

NICOLAS HULOT
Ecoutez, d'abord moi je souhaiterais que tout ça se termine bien, et ça c'est plutôt pas trop mal terminé jusqu'ici, mais la séquence n'est pas finie. Premièrement, la première exigence qu'on peut comprendre du gouvernement, c'est le respect du droit, ça on peut le comprendre, je pense que le gouvernement a pris une décision courageuse, intelligente, maintenant tout le monde doit revenir dans ce cadre de droit. La deuxième chose, je souhaiterais effectivement que ces terres agricoles, une fois qu'elles ont été restituées dans la légalité, se tournent plutôt vers un modèle agricole d'avenir, plutôt qu'un modèle agricole conventionnel. Et puis troisièmement, n'oublions pas, de l'autre côté, à Nantes Atlantique et nous y travaillons avec Elisabeth BORNE, il y a des gens qui ont été déçus par cette décision et qui attendent que le gouvernement dialogue avec eux et je dis ici, aux maires et aux élus autour de Nantes Atlantique, Elisabeth BORNE et moi les recevrons, irons les voir, et on n'a pas oublié leurs doléances et leurs inquiétudes.

CAROLINE ROUX
C'est dit. Merci beaucoup Nicolas HULOT.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 mars 2018

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