Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec RTL le 20 mars 2018, sur l'avenir de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec RTL le 20 mars 2018, sur l'avenir de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

Personnalité, fonction : LECORNU Sébastien, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur RTL. Pourquoi allez-vous à Notre-Dame-des-Landes aujourd'hui et demain, il y a un préfet, on a entendu d'ailleurs hier la préfète, elle était sur RTL, il y a des associations, il y a des syndicats, il y a des élus, vous ne leur faites pas confiance, il faut que le gouvernement s'en mêle ?

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien, si, au contraire, on leur fait complètement confiance, mais il y a des engagements clairs du Premier ministre et du gouvernement depuis le 17 janvier dernier dans la feuille de route d'Edouard PHILIPPE sur la mise en oeuvre de cette décision sur Notre-Dame-des-Landes avec un certain nombre d'axes très clairs : le retour à l'Etat de droit, j'imagine qu'on va y revenir, également la mission Grand Ouest autour des infrastructures nécessaires pour cette partie de la France, Pays de la Loire et Bretagne. C'est Elisabeth BORNE, ma collègue, qui s'en occupe, et puis, il y a aussi le projet agricole, puisque le Premier ministre l'avait dit, les terres ont vocation à redevenir agricoles. Et donc je vais aller me rendre sur place, 1°) : pour entendre, concerter, écouter, comme d'ailleurs j'ai pu le faire à d'autres endroits en France, Fessenheim et Bure, et également pour écrire les dernières lignes aussi avant la fin de la trêve hivernale, puisque comme vous le savez…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc il y a deux enjeux ?

SEBASTIEN LECORNU
L'Etat de droit revient sur cette zone…

ELIZABETH MARTICHOUX
Justement, déjà, vous l'avez dit deux fois, donc vous êtes vraiment là pour, je pense, incarner l'autorité de l'Etat, il y a deux enjeux, vous occuper des zadistes qui occupent illégalement les terres, et régler la question du transfert des terres agricoles, c'est ça pour vous ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, d'ailleurs, il y a un lien évident entre les deux, le Premier ministre l'a dit au printemps, c'est-à-dire donc maintenant dans quelques jours, le compte-à-rebours est lancé, les personnes qui n'ont rien à faire sur cette zone, les personnes qui n'ont ni droit ni titre, qui n'ont pas de projet agricole devront quitter…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y en a combien ? Il y en a combien, Sébastien LECORNU ?

SEBASTIEN LECORNU
Aujourd'hui, il y a plus de 300 personnes présentes encore sur la zone, et donc à la fin de la trêve hivernale, dès le début du mois d'avril, les personnes qui n'ont plus rien à y faire ont vocation à partir…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y en a combien de ces personnes qui n'ont rien à y faire ?

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien écoutez, sur les 300, nous sommes en train de faire ce travail et de les répertorier, c'est pour ça qu'hier, il y avait un comité de pilotage…

ELIZABETH MARTICHOUX
Attendez, deux mois après l'annonce, dix jours avant la fin de la trêve hivernale, vous ne le savez pas ?

SEBASTIEN LECORNU
Oh, si, on en a déjà une petite idée, mais je garde le chiffre pour moi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pourquoi ?

SEBASTIEN LECORNU
Parce que nous continuons d'y travailler.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça fait partie de la stratégie…

SEBASTIEN LECORNU
Et je ne veux pas donner de chiffre, je peux vous donner un deuxième chiffre, une centaine sur ces 300 sont assez violents.

ELIZABETH MARTICHOUX
Une centaine sur ces 300 sont assez violents…

SEBASTIEN LECORNU
Donc ne s'inscrivent pas dans l'Etat de droit et dans un projet agricole.

ELIZABETH MARTICHOUX
Par parenthèses, le gouvernement justement après le 17 janvier, l'annonce de l'abandon de la construction de l'aéroport, le gouvernement avait dit : mais, il y aura une évaporation, entre guillemets, naturelle, c'est-à-dire qu'il y a un certain nombre de gens qui quitteront le site, ça n'a pas été le cas.

SEBASTIEN LECORNU
Pour l'instant, ça n'a pas été le cas, mais je pense…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça vous surprend ?

SEBASTIEN LECORNU
Il reste encore quinze jours ou trois semaines…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça vous déçoit ?

SEBASTIEN LECORNU
Je fais confiance à nature humaine, Elizabeth MARTICHOUX. Il reste encore quinze jours ou trois semaines, dans lesquels effectivement certaines personnes occupant la zone peuvent se déclarer exploitantes agricoles ou faire valoir déjà des droits qu'elle ont ouverts en la matière et porter un projet agricole, ce qui en feront des occupants légaux, mais je tiens quand même à préciser que sur ces 300 personnes sur la ZAD, elles sont dans des situations juridiques très différentes, vous avez des personnes qui ont été expropriées, des agriculteurs qui ont été expropriés, dès lors que la DUP est devenue caduque, bien évidemment, ils peuvent récupérer leurs terres moyennant participation financière dans la rétribution, vous avez des personnes qui avaient déjà des conventions d'occupation précaires, c'est-à-dire qui avaient l'autorisation d'exploiter des terres agricoles, et puis, vous avez des néo-agriculteurs, pardonnez-moi cette expression, qui, eux, sont des zadistes, occupaient des terres et les exploitaient sans droits particuliers. Ceux-là, la main est tendue pendant encore quelques jours pour qu'elles se mettent en situation de conformité avec la loi.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est-à-dire qu'elles peuvent – ces personnes-là, qui exploitent sans autorisation – négocier un permis provisoire avant que ça ne soit réglé… ?

SEBASTIEN LECORNU
Eh bien, l'idée, c'est qu'il faut qu'on soit cohérent, on ne peut pas dire que les terres doivent retrouver une vocation agricole et faire de l'agriculture sans agriculteurs. Donc il est évident que cette étape-là est importante, c'est pour ça que je suis allé souligner ce compte-à-rebours, cette dernière chance là, ces quinze jours, ces trois semaines, qui s'ouvrent devant nous, dans lesquels on peut définitivement clarifier la situation, moyennant quoi, l'ordre public sera rétabli…

ELIZABETH MARTICHOUX
Autrement dit, pour comprendre, parmi par les zadistes sans titre, c'est comme ça que les avait appelés le Premier ministre le 17 janvier, il fallait les expulsés. Parmi ceux-là, il y en a qui pourront rester parce qu'ils ont un projet agricole, et puis, il y a les autres qui n'ont aucun projet, ceux-là sont inquiétés…

SEBASTIEN LECORNU
Parmi ceux-là, vous avez des zadistes qui sont des militants de l'ultragauche violente et qui ne seront jamais agriculteurs…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ils seront expulsés le 31 mars et quelques heures…

SEBASTIEN LECORNU
A partir du 1er avril.

ELIZABETH MARTICHOUX
A partir du 1re avril. Vous souhaitez que ce soit très rapide…

SEBASTIEN LECORNU
A partir du 1er avril, à partir du début avril, du 1er avril, vous avez la fin de la trêve hivernale et vous avez la possibilité, pour le ministère de l'Intérieur, de rentrer dans cette phase d'expulsions.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est indispensable de le faire ?

SEBASTIEN LECORNU
Une fois de plus, il n'y a pas que des gens de l'ultragauche violente sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, vous avez aussi des gens qui ne sont pas en situation de violence et qui entre nous aujourd'hui répondent plutôt positivement à la main tendue de revenir dans l'Etat de droit, c'est ce que nous avons commencé hier avec le comité de pilotage, présidé par Nicole KLEIN, la préfète, et c'est pour cela que je me rends deux jours là-bas, en Loire-Atlantique, pour rencontrer l'ensemble des acteurs, des associations qui représentent des personnes qui sont sur la ZAD, mais également, les élus régionaux, départementaux et les parlementaires.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous allez les rencontrer aussi les militants de l'ultragauche, comme vous dites, ou pas ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, non, moi, je verrai des associations qui représentent le monde agricole, je n'ai pas vocation à rencontrer des personnes qui sont dans une situation…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous allez sur la ZAD ? Vous n'allez pas seulement rencontrer des gens à la préfecture ?

SEBASTIEN LECORNU
Ah, je vais sur la ZAD demain, mais je ne vais pas aller faire des sourires à des gens qui sont en situation d'une illégalité et d'une violence totales…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et vous n'allez pas les rencontrer ceux-là ?

SEBASTIEN LECORNU
Une fois de plus, en revanche, je suis là pour tendre la main à des personnes qui sont parfois dans une situation d'illégalité mais qui souhaitent, qui manifestent le voeu, l'envie de revenir dans l'Etat de droit, notamment par l'agriculture.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais au final, il y aura peut-être très peu de gens, très peu de personnes, une poignée vraiment de militants qui veulent absolument rester…

SEBASTIEN LECORNU
Tant mieux.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il faut vraiment donner les CRS pour eux, au risque de tendre l'ensemble du climat…

SEBASTIEN LECORNU
Personne ne comprendrait…

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce que les paysans qui habitent sur place, ils n'ont pas envie de voir les CRS…

SEBASTIEN LECORNU
Non, les paysans qui habitent sur place et qui veulent exploiter leur terre veulent le pouvoir l'exploiter dans des conditions qui sont normales…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais ils veulent pouvoir faire le ménage, entre guillemets, eux-mêmes…

SEBASTIEN LECORNU
Non, je vois bien où vous voulez en venir, Elizabeth MARTICHOUX…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pas besoin de la force publique…

SEBASTIEN LECORNU
Dans un Etat de droite…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est-à-dire, où ?

SEBASTIEN LECORNU
On ne fait pas le ménage soi-même, c'est aux forces de l'ordre de le faire dans le cadre, dans un cadre légal de police administrative ou de police judiciaire.

ELIZABETH MARTICHOUX
On sent que vous avez une mission, on sent que la mission, c'est d'incarner l'autorité, l'Etat de droit, que vous êtes là pour dire : attention, on a abandonné l'aéroport, mais…

SEBASTIEN LECORNU
Quand on connaît mes convictions et mon passé, je n'ai pas besoin de me forcer beaucoup pour ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est naturel chez vous, c'est votre côté de droite peut-être…

SEBASTIEN LECORNU
Mais la concertation aussi…

SEBASTIEN LECORNU
Oui, mon côté président de département et ancien maire aussi qui fait qu'il faut savoir décider, trancher tout en écoutant et en concertant, y compris avec celles et ceux avec lesquels nous ne sommes pas d'accord, c'est pour ça d'ailleurs que dans mes premiers rendez-vous tout à l'heure, il y aura ces associations de personnes raisonnables qui veulent un projet agricole pour la suite sur ce territoire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Parmi les promesses du Premier ministre, toujours le 17 janvier, il y avait celle d'améliorer bien sûr la desserte pour ne pas trop pénaliser la région après l'abandon. Quid de l'extension de la piste de l'aéroport de Loire-Atlantique ?

SEBASTIEN LECORNU
Tout ça, alors, effectivement, est le deuxième axe qu'avait fixé Edouard PHILIPPE, c'est d'avoir une réponse sur les infrastructures, 1°)…

ELIZABETH MARTICHOUX
On a l'impression qu'il ne se passe rien…

SEBASTIEN LECORNU
Nantes-Atlantique, j'y viens, 1°) : Nantes-Atlantique. 2, l'aéroport de Rennes, Saint-Jacques, et 3°) : la relation entre le réseau ferré et les aéroports parisiens, ça, c'est une mission qu'Elisabeth BORNE, ma collègue, ministre des Transports, a confiée à monsieur ROL-TANGUY, c'est une mission de six mois, qu'il rendra bien évidemment ses conclusions aux alentours du mois de juin, avec un certain nombre de calendrier très précis, notamment sur Nantes-Atlantique, pour répondre directement à votre question, entre une série de travaux qui peuvent être faits extraordinairement rapidement, le ministère y travaille, et des travaux de plus long terme.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vraiment avant la fin du quinquennat ?

SEBASTIEN LECORNU
C'est ce qu'a annoncé…

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans les années qui viennent, il y aura l'extension de la piste Loire-Atlantique…

SEBASTIEN LECORNU
Je vous dis, il y a des travaux qui peuvent être faits rapidement, des travaux qui nécessiteront plus de temps, une négociation avec VINCI est en cours. Ma collègue Elisabeth BORNE s'est déjà rendue une fois sur place pour aller à la rencontre des différents acteurs, là aussi, du sujet, elle y retournera à mi-étape, elle l'a annoncé, faites-lui confiance.

ELIZABETH MARTICHOUX
Sébastien LECORNU, vous avez un peu répondu à la question déjà, vous êtes plutôt expert ou sniper, dans un gouvernement qui compte beaucoup de techniciens, il manquerait des cogneurs plus politiques pour riposter…

SEBASTIEN LECORNU
Pourtant, les dossiers que je traite-là sont des dossiers très techniques.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, c'est pour ça que je vous pose quand même la question, sniper ou expert ?

SEBASTIEN LECORNU
Expert.

ELIZABETH MARTICHOUX
Plutôt expert ?

SEBASTIEN LECORNU
Bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et comment ripostez à la petite musique qui monte et qui instruit un procès en manque d'empathie…

SEBASTIEN LECORNU
Pédagogue alors, pas sniper, pédagogue alors…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qui manque d'empathie…

SEBASTIEN LECORNU
Expert pédagogue…

SEBASTIEN LECORNU
Procès qui est instruit à l'encontre du président, qui manquerait, finalement de compréhension à l'égard des Français, qui sont touchés par sa politique.

SEBASTIEN LECORNU
Non, je ne suis pas du tout d'accord avec ça, enfin, je pense qu'il a montré sa compréhension pendant l'élection présidentielle et il n'aurait pas été élu président de la République à 39 ans s'il était en décalage avec ce que pense l'opinion publique française. Si la question, c'est le rythme des réformes, c'est notre capacité à les entraîner très vite, et que, à un moment donné, ça puisse créer des interrogations parmi nos concitoyens, ça, c'est une question à laquelle je peux répondre plus directement, moi, je pense que si on n'avance pas très vite sur le rythme des réformes, c'est là où justement on créerait l'incompréhension, je pense que c'est l'inaction qui a tué l'action politique, l'action des pouvoirs publics ces dernières années, et que, avec onze millions de personnes qui votent pour madame LE PEN, il y a seulement encore quelques mois, on nous a plutôt réclamé une transformation rapide du pays qu'une pause un faignante ou bourgeoise.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quand vos collègues de Bercy, Bruno LE MAIRE dit dimanche sur France Inter : nous tiendrons, quelle que soit la durée de la grève à la SNCF, il n'y a pas un côté droit dans ses bottes ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais c'est ce que les Français nous demandent…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'y a pas un côté JUPPE, 1995 ?

SEBASTIEN LECORNU
Mais les Français nous demandent ça, rappelez-vous encore quelques semaines à la gare Montparnasse, vous m'auriez posé la question, et en disant : mais qu'est-ce que fait le gouvernement pour répondre à ce scandale d'un service public ferroviaire qui ne donne plus toutes ses promesses aux Français. C'est ce qu'on fait.

ELIZABETH MARTICHOUX
Monsieur le secrétaire d'Etat à la Transition écologique, la gratuité dans les transports, Anne HIDALGO, maire de Paris, a raison de lancer le débat ce matin ?

SEBASTIEN LECORNU
Elle est cohérente avec sa politique sur la voiture dans une grande ville qui se métropolise, je trouve que c'est intéressant de le regarder, ce n'est pas forcément applicable partout en France en revanche.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans une petite ville, dans votre région, par exemple, dans votre ville ?

SEBASTIEN LECORNU
Moi, économiquement, je ne sais pas faire ça, puisque, à Vernon, par exemple, la voiture est quand même indispensable, et donc on ne peut pas supprimer la voiture au bénéfice des transports en commun, fussent-ils gratuits.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup Sébastien LECORNU d'avoir été ce matin sur RTL.

SEBASTIEN LECORNU
Merci Elizabeth MARTICHOUX.

YVES CALVI
Sébastien LECORNU, qui dénombre une centaine de zadistes violents, ne respectant pas l'Etat de droit sur 300 zadistes à Notre-Dame-des-Landes. On clarifie la situation, puis, nous ferons respecter l'Etat de droit dès le 1er avril, nous a dit le secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 mars 2018

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