Déclaration de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, sur les professions médicales, notamment l'internat, Paris le 26 janvier 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, sur les professions médicales, notamment l'internat, Paris le 26 janvier 2018.

Personnalité, fonction : BUZYN Agnès.

FRANCE. Ministre des solidarités et de la santé

ti :

Tout d'abord, permettez-moi de vous présenter mes voeux. J'espère que 2018 répondra à toutes vos aspirations, tant sur le plan professionnel que personnel.

Je suis très heureuse d'être parmi vous aujourd'hui, à l'occasion du 19ème Congrès National des Internes de Médecine Générale, sur le thème « Médecine responsable, Santé durable ».

Voici déjà 20 ans que votre structure existe et regroupe plusieurs syndicats et associations régionales d'internes de médecine générale.

Ce congrès va nous permettre d'aborder plusieurs points qui concernent

• la médecine générale ;

• ses praticiens ;

• et les futurs généralistes.


1. Car oui, vous êtes les futurs praticiens de médecine générale, spécialité qui par construction dessert tous les territoires de notre pays,

1.1. Car comme le définit la World Organization of Family Doctors (WONCA) :

- Vous serez le médecin traitant de chaque patient, chargé de dispenser des soins globaux et continus à tous ceux qui le souhaitent – indépendamment de leur âge, de leur sexe et de leur maladie.

- Vous soignerez les personnes dans leur contexte familial, communautaire, culturel et toujours dans le respect de leur autonomie.

- Vous accepterez d'avoir également une responsabilité professionnelle de santé publique envers vos patients, quel que soit le territoire urbain, semi-rural ou rural.

- Vous aurez la responsabilité d'assurer le développement et le maintien de vos compétences professionnelles, afin de garantir l'efficacité et la sécurité des soins aux patients.

- Vous agirez personnellement et travaillerez en lien avec d'autres professionnels selon les besoins de santé et les ressources disponibles sur votre territoire, en facilitant si nécessaire l'accès des patients à ces services.

1.2. Mon intervention devant votre congrès n'est pas indifférente :

J'ai été aussi interne : j'ai connu ce moment charnière d'un parcours où tout est possible, avec la volonté de continuer à apprendre et des doutes sur les choix à venir.

Nous faisons un très beau métier : il est extraordinaire et chaque fois que je prends le temps d'y penser, je le trouve encore plus extraordinaire.

- Oui, il permet tous les possibles et même de devenir ministre.

Les questions qui assaillent la médecine sont nombreuses et l'une d'entre elles est éminemment politique, c'est celle de l'accès aux soins de nos concitoyens.

Elle vous concerne au premier chef, elle structure en partie les politiques d'organisation des soins.


2. C'est dans ce sens que nous avons conçu un plan d'accès aux soins,

- pragmatique, ancré dans le vraie vie, à rebours d'un prêt à penser qui fait croire qu'il suffit de prendre des mesures coercitives pour résoudre le problème des déserts médicaux ;

Le plan d'accès aux soins que nous avons collectivement construit repose sur les modifications de pratiques et le rôle des territoires.

Et pour cela, nous avons besoin de vous . Nous devons construire ensemble un système de santé :

- qui réponde vraiment aux besoins des populations

- et compatible avec une qualité de vie au travail,

- Nous devons garantir à nos concitoyens un système de soins éthique, solidaire, accessible à tous et durable.

Vous faites partie de cette équation : c'est pourquoi je porte l'idée d'une forme de responsabilité territoriale des professions de santé.

Etre médecin, c'est accepter l'exercice d'une responsabilité individuelle permanente, c'est aussi l'exercice d'une responsabilité territoriale : notre engagement professionnel n'a de sens que s'il s'inscrit dans une organisation territoriale.

Votre implication au sein du comité de pilotage (COPIL) que je présiderai, mais aussi au sein de l'ensemble des structures de suivi qui vont être installées dans les territoires et les régions,

- garantira le suivi des mesures convenues ensemble ;

- Elle permettra aussi sur la base des réussites constatées ou des difficultés rencontrées de faire évoluer le plan lui-même.

Ce plan n'est pas figé : il a vocation à intégrer toutes les mesures concrètes qui pourront concourir à faciliter les projets d'implantation dans les zones de fragilité démographique.

Je tiens dès maintenant à vous rassurer : malgré la proposition de loi récemment déposée à l'Assemblée Nationale, notre volonté n'est pas la coercition par le conventionnement sélectif, bien au contraire !

A mes yeux, lutter contre les déserts médicaux, c'est avant tout rendre les territoires attractifs,

- ce qui passe par la mise en place de solutions innovantes et adaptables au niveau local.
* la première priorité porte sur le renforcement de l'offre de soins dans les territoires au service des patients en apportant du temps médical y compris partiel

* la seconde est centrée sur la mise en oeuvre de la révolution numérique pour abolir les distances, avec en particulier un appui fort au développement de la télémédecine ;

* la troisième vise à une meilleure organisation des professionnels de santé pour assurer une présence pérenne et continue via, entre autres, le développement des modes d'exercice coordonné et des délégations des taches,

* la méthode, quant à elle est inédite : je fais confiance aux acteurs de terrain pour construire des projets et innover dans le cadre d'une responsabilité territoriale.

Chaque citoyen, quelle que soit sa condition, quel que soit son territoire, doit avoir accès  une médecine de qualité. C'est ce que nous leur devons


3. De plus, nous travaillons au développement des maitres de stages ambulatoires

qui permettent aux internes d'appréhender leur futur métier et de favoriser les réseaux interprofessionnels :

- la découverte de la médecine en cabinet, maison ou centre de santé est essentielle.

En outre, les stages ambulatoires sont un moyen de rendre attractifs les territoires :

- ils sont une réponse aux problématiques de l'organisation territoriale de l'offre de soins ;

- et permettent, en même temps, de prévenir l'isolement social.

(i) Par ailleurs, les modes d'exercices doivent évoluer pour répondre à vos désirs.

En effet, depuis plusieurs années,

- la démographie médicale est devenue un enjeu politique ;

- et le monde médical s'interroge sur le fait que les jeunes professionnels de santé ne s'installent plus en milieu rural.

(ii) La question de la formation est donc primordiale :

- afin de mieux concilier proximité et qualité des parcours de soins pour nos concitoyens, il nous faut renforcer la place des soins ambulatoires et les soins de premier secours.

Par ailleurs, il convient de maintenir – dans l'offre de formation initiale – la dimension hospitalière de l'activité des médecins généralistes.

Ainsi, la création d'une Formation Spécialisée Transversale (FST) médecine polyvalente, permettrait, en associant les spécialités à dimension généraliste de maintenir des professionnels dûment formés pour être recrutés dans les établissements de santé à activité polyvalente.

(iii) La prévention étant au coeur des enjeux de santé publique, le service sanitaire permettra aux étudiants de réaliser des actions de prévention et de promotion de la santé.

Il prendra la forme d'un stage de 3 mois durant lequel ils iront par exemple :

* dans les écoles pour sensibiliser aux dangers du tabac ;

* dans les universités, afin de les sensibiliser sur les enjeux autours de la sexualité, ou encore sur les dangers de l'abus d'alcool.

A terme, le service sanitaire pourra concerner plus de 40 000 étudiants par an.

Nous connaissons votre souhait de voir se développer des internats ruraux, auquel nous ne sommes pas opposés.

En effet, ces derniers sont des lieux de vie intergénérationnels et interdisciplinaires, qui créent des zones d'attractivités de par leur convivialité et la concentration des talents.


4. L'avenir de notre système de santé ne peut se construire sans l'implication de ses futurs acteurs : nous avons besoin de vous.

Nous espérons que le texte réglementaire conférant dans le cadre des négociations conventionnelles, le statut d'observateurs aux structures représentatives des jeunes et futurs médecins, actuellement en lecture au Conseil d'Etat, puisse être publié dans les meilleurs délais.


5. Enfin, en ce qui concerne les risques psychosociaux,

je veillerai à ce que vos inquiétudes, s'agissant du bien-être, de la santé mentale des étudiants, soient prises en compte.

Je sais votre mobilisation sur le bien-être au travail et j'ai à l'esprit l'étude qu'a mené la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI) :
- 2 étudiants sur 3 se disent anxieux ;

- et 1 étudiant sur 4 connaît des épisodes dépressifs – pouvant, nous le savons, conduire à des idées les plus noires.

Je ferai tout :

- pour que des temps d'échange soient dédiés ;

- pour que vos ressources matérielles soient suffisantes ;

- et, surtout, pour que vos pairs, pour que votre hiérarchie vous soutiennent, en paroles et en actes.

Une mission a été confiée au docteur Donata MARRA pour formuler des préconisations afin d'apporter des réponses aux facteurs de risques identifiés tout au long du cursus de formation des étudiants en santé.

- J'ai toute confiance dans son expérience, reconnue de tous.

A ce titre, je veillerai à ce que soient intégrés des enseignements sur la qualité de vie au travail :

- et ce dans toutes les maquettes de formations initiales médicales, paramédicales, et de directeurs d'établissements.

- je pense, en particulier, aux pratiques de harcèlement, absolument inadmissibles.

En outre, nous travaillons à ce que les unités d'enseignement soient regroupées, et à ce que les modalités de validation soient simplifiées.

Ce travail sera poursuivi en 2018.

Enfin, nous évaluerons et garantirons l'accueil en stage.


Mesdames, Messieurs,
Chers internes,

Je compte sur votre présence au comité de pilotage d'accès aux soins prévu le 6 février, auquel vous êtes bien évidemment conviés.

J'aimerais terminer sur deux points.

Pour le premier, il s'agit d'une expérience personnelle.

Lorsque j'étais médecin à Necker, j'ai souvent pensé au professeur Jean Hamburger, qui avait marqué la mémoire de cet hôpital.

Or, il écrivait, dans son ouvrage La Puissance et la fragilité, un avertissement digne d'intérêt, je le cite :

« A vouloir enseigner trop de médecine, on n'a plus le loisir de former le médecin. »

J'ai toute confiance en vos efforts, en nos efforts, pour offrir à notre pays un système de santé de qualité, qui réponde pleinement aux attentes des Français.

Le second point porte sur vos atouts et au premier rang desquels : votre jeunesse :

- la jeunesse est l'âge du possible : rien ne doit être trop difficile pour vous, vous devez être capable de toutes les abnégations.

- j'aime ces mots de Tristan Bernard : « L'inexpérience est ce qui permet à la jeunesse d'accomplir ce que la vieillesse sait impossible. » Puissiez-vous les méditer cette année durant.


Je vous remercie.


Source http://solidarites-sante.gouv.fr, le 23 mars 2018

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