Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l'intérieur, avec France 3 le 18 mars 2018, sur la situation à Mayotte, la réforme de la SNCF, la sécurité routière, la réforme constitutionnelle et sur la Corse. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l'intérieur, avec France 3 le 18 mars 2018, sur la situation à Mayotte, la réforme de la SNCF, la sécurité routière, la réforme constitutionnelle et sur la Corse.

Personnalité, fonction : GOURAULT Jacqueline.

FRANCE. Ministre auprès du ministre de l'intérieur

ti :


Francis LETELLIER : Bonjour.

Jacqueline GOURAULT : Bonjour.

Francis LETELLIER : Merci d'être avec nous ce midi et avant de parler de la Corse, on va parler de Mayotte parce que c'est ce qui a occupé la semaine et c'est l'actualité de ce dimanche aujourd'hui encore, Mayotte où les bureaux de vote sont ouverts depuis 6 heures maintenant dans le cadre de la législative partielle qui s'y déroule dans un contexte tendu, on le sait. Des élus avaient demandé le report du scrutin, le préfet a refusé. Est-ce que vous, en tant que représentante du ministère de l'Intérieur, vous dites là à l'heure qu'il est, toutes les conditions sont remplies pour que le scrutin se déroule bien ?

Jacqueline GOURAULT : Oui, toutes les conditions sont remplies, nous sommes dans un département français, l'Etat est présent et s'assure que les élections se déroulent normalement et ce matin, les 76 bureaux de vote étaient ouverts, il a fallu intervenir pour être très précis sur quelques bureaux de vote, environ 6 mais tout a été réglé à l'heure d'ouverture.

Francis LETELLIER : Intervenir, pourquoi ? Parce qu'il y avait des blocages ?

Jacqueline GOURAULT : Il a fallu intervenir pour ouvrir des portes qui avaient été scellées pendant la nuit.

Francis LETELLIER : Et les fautifs seront recherchés, j'imagine ?

Jacqueline GOURAULT : Bien évidemment !

Francis LETELLIER : Il y aura des poursuites ?

Jacqueline GOURAULT: Et s'assurer aussi que partout il y a assez d'assesseurs ?

Francis LETELLIER : Et il y en a partout assez ?

Jacqueline GOURAULT : Et il y en a maintenant partout assez.

Francis LETELLIER : C'était raisonnable quand même de maintenir ce scrutin ?

Jacqueline GOURAULT : Ecoutez, nous sommes dans la République ; il y a eu des annulations, une annulation à Mayotte comme dans d'autres départements ; il y a par exemple aussi des élections dans le Loiret, il fallait que ces élections se tiennent dans le cadre …

Francis LETELLIER : Quel que soit le contexte ?

Jacqueline GOURAULT : Dans le cadre républicain et démocratique.

Francis LETELLIER : Il peut y avoir cependant vu le contexte des recours, des contestations ?

Jacqueline GOURAULT :Oui bien sûr !

Francis LETELLIER : Vous assumez ?

Jacqueline GOURAULT : On assume et le gouvernement a tout fait pour assurer la sécurité. Le gouvernement a envoyé une présence policière et de gendarmes renforcée depuis une dizaine de jours ; il y a des moyens qui ont été mis pour que le scrutin se passe normalement, se déroule normalement.

Francis LETELLIER : En fonction de la façon dont ce premier tour va se dérouler, est-ce que ça peut conditionner le second tour ?

Jacqueline GOURAULT : C'est-à-dire ?

Francis LETELLIER : Si ça se déroule mal parce que la journée n'est pas finie, le second tour, est-ce que vous pourriez être amené à dire « dans ces conditions-là, le second tour ne peut pas avoir lieu ? »

Jacqueline GOURAULT : Ecoutez, on a mis tout ce qu'il fallait pour que les choses se déroulent et que le second tour ait lieu dimanche prochain bien évidemment.

Francis LETELLIER : La ministre des Outre-mer s'est rendue à Mayotte cette semaine après plus de trois semaines de grève et de blocage et c'est toujours les blocages. Au bout du compte, c'est un échec ?

Jacqueline GOURAULT : Non, ce n'est pas un échec parce qu'elle a beaucoup dialogué avec les représentants de tous ceux mais il y a plusieurs, comment dire, origines de contestation, elle a dialogué, elle a passé un accord, elle a annoncé un certain nombre de décisions et donc nous sommes sur le chemin de la négociation. avec …

Francis LETELLIER : Des négociations mais des blocages …

Jacqueline GOURAULT : Oui, mais la base est dure plus dure que les négociateurs. Donc il faut que chacun mette du sien pour arriver à une situation qui est difficile. Je vous rappelle qu'à Mayotte, le problème de sécurité est lié à un problème d'immigration clandestine très important.

Francis LETELLIER : Et de pauvreté aussi ?

Jacqueline GOURAULT : Et de pauvreté aussi et de pauvreté, bien évidemment mais l'immigration clandestine renforce la pauvreté.

Francis LETELLIER : Depuis le début des blocages et de cette situation compliquée à Mayotte, Emmanuel MACRON n'a pas dit un mot : comment est-ce que vous interprétez ce silence ?

Jacqueline GOURAULT : Parce que le Premier ministre s'est exprimé, parce que la ministre est allée sur place …

Francis LETELLIER : Et ça suffit ?

Jacqueline GOURAULT : Ecoutez, le Premier ministre, c'est le Premier ministre.

Francis LETELLIER : Mais le président de la République pourrait avoir aussi son mot à dire sur une crise comme cela, il ne dit rien ?

Jacqueline GOURAULT : Ca ne m'a pas frappée, ce que vous dites !

Francis LETELLIER : Eh bien, je vous le fais remarquer …

Jacqueline GOURAULT : Mais le président de la République s'exprimera le moment venu, s'il trouve opportun de s'exprimer sur ce qui se passe à Mayotte.

Francis LETELLIER : Mais pour l'instant à vos yeux, il n'y a pas de nécessité qu'il s'exprime plus que ça ?

Jacqueline GOURAULT : Mais la situation est compliquée à Mayotte, nous avons renforcé la sécurité de Mayotte, nous avons dialogué par l'intermédiaire de la ministre, Annick GIRARDIN, le Premier ministre suit les affaires de très près. Voilà !

Francis LETELLIER : Donc il n'y a pas besoin du président de la République qui …

Jacqueline GOURAULT : Non mais je veux dire, le président de la République est attentif à ce qui se passe, mais chacun joue son rôle par rapport à Mayotte.

Francis LETELLIER : Le président de la République et le gouvernement aussi qui voit monter la grogne chez les retraités, contre la hausse de la CSG, chez les élus ruraux aussi, contre les fermetures d'écoles, ça fait partie des éléments d'actualité de cette semaine.


(Reportage)


Francis LETELLIER : Jacqueline GOURAULT, on va commencer par la SNCF puisque les syndicats appellent à un nouveau style de grève à partir de début avril, deux jours par semaine, on aurait pu imaginer que ce soit la grève générale tout de suite comme on a connu avant. Finalement c'est synonyme de bonne volonté de la part des syndicats ?

Jacqueline GOURAULT : Je ne sais pas si c'est synonyme de bonne volonté parce que ça va quand même gêner beaucoup les utilisateurs de la SNCF.

Francis LETELLIER : Ca aurait pu être pire !

Jacqueline GOURAULT : Peut-être que ça aurait pu être pire mais je crois qu'il faut se rendre compte qu'il y a des gens qui utilisent le train tous les jours pour aller travailler.

Francis LETELLIER : Mais qui savent maintenant quels jours où ça roulera pas, c'est plus facile …

Jacqueline GOURAULT : Oui mais ce n'est pas toujours facile de trouver des moyens de substitution pour se déplacer. Je pense que les syndicats devraient répondre simplement au dialogue que leur propose le gouvernement. Ce qu'on a beaucoup dit, n'est-ce pas : "gouverner par ordonnance". Mais justement les ordonnances qui sont dans la Constitution, et je rappelle aussi qu'il y a une loi d'habilitation pour les ordonnances, c'est-à-dire qu'il y a un débat à l'Assemblée nationale et au Sénat où les députés et les sénateurs habilitent le gouvernement dans certains domaines, parce que je j'entends aussi ce qui se dit. J'ai l'impression que quand on dit "ordonnances", les gens pensent que ça ne passe pas du tout à l'Assemblée nationale et au Sénat. Donc je crois qu'il faut préciser. Et, deuxièmement, les négociations qui vont être ouvertes en parallèle avec les syndicats, vont pouvoir permettre d'améliorer au fur et à mesure les ordonnances.

Francis LETELLIER : Alors, à ce propos vous, le gouvernement dit : pas question de fermer ce qu'on appelle les petites lignes, on va dire les lignes régionales, ce sera aux régions de déterminer celles qui sont rentables, celles qui ne le sont pas, celles qui doivent être maintenues, celles qui ne doivent pas être maintenues mais finalement, c'est un piège pour les régions parce que, ont-elles les moyens de maintenir des lignes qui pourraient être déficitaires mais qui sont utiles quand même au quotidien ?

Jacqueline GOURAULT : Alors, premièrement, les petites lignes ne sont pas dans la réforme annoncée ; elles sont en dehors de la réforme annoncée. Deuxièmement, naturellement, les petites lignes pourront entrer aussi - celles qui sont gérées par les régions - dans l'ouverture à la concurrence, et les régions pourront choisir de négocier avec la SNCF ou d'entrer dans la concurrence.

Francis LETELLIER : Donc vous êtes en train de dire aux régions : allez voir la concurrence !

Jacqueline GOURAULT : Non je dis simplement qu'elles pourront le faire mais elles pourront rester dans le cadre des liens avec la SNCF. Troisièmement, c'est quelque chose qui a été transféré aux régions, c'est une compétence des régions …

Francis LETELLIER : Depuis des années …

Jacqueline GOURAULT : Depuis des années et c'était une volonté des régions d'avoir les petites lignes et donc c'est aussi, je dirais, intelligent de faire gérer au plus près du terrain quelles sont les petites lignes qui doivent rester et celles qui ne doivent pas rester.

Francis LETELLIER : Vous disiez : les régions voulaient les lignes régionales, qu'elles assument maintenant. C'est ça que vous voulez dire ?

Jacqueline GOURAULT : C'est de leurs compétences …

Francis LETELLIER : Oui mais j'entends bien qu'au bout du compte, ça veut dire qu'elles assument ?

Jacqueline GOURAULT : En liaison bien sûr et en dialogue avec l'Etat. Nous avons une instance de concertation qui s'appelle la Conférence nationale des territoires où nous sommes réunis très régulièrement avec les régions notamment et d'autres collectivités et c'est un sujet qui peut être abordé dans ce cadre.

Francis LETELLIER : Un autre sujet, c'est les 80 km/h sur les routes nationales. Vous en tant que ministre de l'Intérieur bis puisque vous êtes aux côtés de Gérard COLLOMB, entendez-vous, comprenez vous les élus ou les habitants des zones rurales qui estiment être lésés par cette mesure des 80 km/h ?

Jacqueline GOURAULT : Je ne comprends pas bien pourquoi on dit ça. Je ne suis pas dupe non plus de l'utilisation qui est faite de ce dossier. Vous savez, la grande théorie : on oppose l'urbain au rural. Il y a des gens qui sont des spécialistes de ça dans tous les domaines. Ce matin, il y avait un article très intéressant dans le JDD, où il y avait deux cartes qui étaient montrées, les cartes de densité de population et les cartes d'accidentologie. C'était très intéressant et on voit que les morts sont sur les routes départementales dans les zones rurales.

Francis LETELLIER : Jacqueline GOURAULT, vous dites il y a ceux qui exploitent ce sujet là pour faire de la politique politicienne, notamment en opposant les ruraux et les urbains mais quand Edouard PHILIPPE va vendredi dans un centre pour accidentés de la route dans la Sarthe, est-ce que ce n'est pas gênant, non plus, d'exploiter l'image de ces gens victimes de la route et de culpabiliser les automobilistes ?

Jacqueline GOURAULT : Il n'exploite pas. Il l'a dit - et c'est très important - que tous les bénéfices éventuels de cette nouvelle réglementation - c'est-à-dire les amendes - iraient vers les établissements qui s'occupent des grands blessés de la circulation. Et donc c'est une manière aussi de responsabiliser ceux qui s'opposent aux 80 kilomètres / heure. En tout cas moi dans mon département, je pense que ça ca va être compris parce que c'est très accidentogène et je rappelle par ailleurs - parce que c'est très important par rapport à la présentation que vous avez faite - que le Premier ministre s'est engagé à faire un point en 2020.

Francis LETELLIER : Oui mais juste en attendant pourrait-il y avoir des aménagements sur ces 80 kilomètres / heure ?

Jacqueline GOURAULT : Le Premier ministre l'a dit …

Francis LETELLIER : Non …

Jacqueline GOURAULT : … jusqu'en 2020, la décision est prise, ce sera toutes les routes départementales qui n'auront pas de séparateur central.

Francis LETELLIER : Donc si des départements veulent créer des séparateurs, ça peut permettre de rester à 90 kilomètres / heure ?

Jacqueline GOURAULT : Oui, je n'y avais pas pensé … Et je voulais aussi vous dire que quand vous vous promenez dans les routes départementales, quel que soit le département, vous voyez aussi les maires souvent qui sont sur les routes départementales qui ont pris l'initiative - puisque c'est sur leur territoire - de ralentir la circulation dans les villages en mettant des chicanes, en mettant des …

Francis LETELLIER : Absolument mais pourquoi mettre tout le monde sous la même toise en disant « c'est 80 pour tout le monde » ?

Jacqueline GOURAULT : Ce n'est pas la même toise, 50 et 80 !

Francis LETELLIER : Non mais 80 par exemple, tout le monde à 80, on pourrait laisser aussi le choix aux élus locaux ?

Jacqueline GOURAULT : Oui parce que les routes départementales sont assez similaires. Et puis deuxièmement, je rappelle que toute réforme sur la sécurité routière a toujours fait débat. Quand Jacques CHIRAC l'a fait en 2002, ça a été très important. Je me souviens très bien quand on a mis en place la ceinture obligatoire. C'était les années 70, donc c'était une atteinte à la liberté individuelle etc., Mais résultat, un chiffre : 16 000 morts en 1970, 3 700, c'est encore trop mais on voit quand même que la politique de sécurité routière porté ses fruits.

Francis LETELLIER : Et les voitures ont bien évolué. On va accueillir maintenant David REVAULT D'ALLONNES, rédacteur en chef du service politique du Journal du Dimanche que vous évoquiez tout à l'heure.

Bonjour David !

David REVAULT D'ALLONNES : Bonjour Madame la ministre ! Bonjour Francis !

Alors, question sur l'hyper activité gouvernementale, 8 projets de loi en 8 semaines, ça fait un par semaine, donc, est-ce que votre gouvernement n'est pas en train de donner le tournis aux Français et à l'opinion ?

Jacqueline GOURAULT : Je ne crois pas. Simplement le président de la République a annoncé beaucoup de réformes dans sa campagne et il y a le sentiment aussi que si on ne fait pas des réformes en début de mandat, on attend "je ne sais quoi", c'est toujours compliqué de les faire plus tard !

David REVAULT D'ALLONNES : Alors, une réforme importante c'est la réforme constitutionnelle, le président veut moins de députés, moins de sénateurs. Ca veut dire des circonscriptions plus grandes, des élus plus éloignés des électeurs et des territoires ? C'est votre souhait ?

Jacqueline GOURAULT : C'est un engagement du président de la République et le parti auquel j'appartiens, à savoir le MoDem, quand il a fait alliance avec Emmanuel MACRON, c'était aussi parmi les éléments de l'accord. Donc moins de députés, moins de sénateurs, et effectivement, introduction d'une dose de proportionnelle.

Francis LETELLIER : Mais plus éloignés du terrain du coup ?

Jacqueline GOURAULT : Et pourquoi plus éloignés ?

David REVAULT D'ALLONNES : Moins nombreux, les circonscriptions sont plus grandes forcément.

Jacqueline GOURAULT : Oui circonscription plus grande mais dans le cadre départemental. Vous savez que c'est très important, il y aura une réforme qui se fera dans le cadre départemental. Je crois qu'il y a des députés ou des sénateurs qui ont comment dire toujours une démarche de proximité. J'étais sénateur : c'est la circonscription, c'est l'ensemble du département, et j'étais présente sur l'ensemble du département.

Francis LETELLIER : Et un député peut faire la même chose, c'est ça que vous voulez dire ?

Jacqueline GOURAULT : Bien sûr !

David REVAULT D'ALLONNES : Alors vous étiez sénatrice, vous le rappeliez, vous avez exercé pendant 16 ans, si j'ose dire, de 2001 2017. Dans la réforme constitutionnelle il y a aussi ce projet de limiter à 3 mandats successifs pour les parlementaires, est-ce que vous vous estimez que 3 mandats, ceux que vous avez faits, c'était trop ?

Jacqueline GOURAULT : Non, trois, c'est trois. J'en suis à mon troisième mandat, enfin j'en étais à mon troisième mandat …

Francis LETELLIER : Et vous n'auriez pas rempilé pour un quatrième ?

Jacqueline GOURAULT : Non, j'avais décidé, je l'ai dit dès le départ que j'en ferai que trois ; pour être très honnête …

David REVAULT D'ALLONNES : Donc ça vous semble une bonne disposition ?

Jacqueline GOURAULT : Pour être très honnête avec vous parce que je pense qu'il y a des gens qui pensent : mon premier mandat, c'était un mandat de neuf ans.

Francis LETELLIER : De sénatrice ?

Jacqueline GOURAULT : Oui !

Francis LETELLIER : De sénatrice !

Jacqueline GOURAULT : Et donc c'était déjà avant la réforme, parce qu'on croit que rien n'évolue jamais. Avant la réforme, on a raccourci le mandat …

Francis LETELLIER : Jacqueline GOURAULT, vous a été longtemps élue du centre de la France avant de rejoindre l'actuel gouvernement, aux côtés de Gérard COLLOMB, ministre de l'Intérieur.

(Reportage)

Francis LETELLIER : Voilà pour votre portrait. David ?

David REVAULT D'ALLONNES : La réforme constitutionnelle toujours. Le Premier ministre Edouard PHILIPPE laisse entendre que 50 députés pourraient être élus à la proportionnelle. Or, François BAYROU, vous en êtes proche, vous l'avez rappelé dans ce reportage, il veut 100 députés au moins à la proportionnelle. Est-ce que ça peut créer des tensions au sein de la majorité entre En Marche et le MoDem ?

Jacqueline GOURAULT : Alors, deux choses : le Premier ministre a toujours dit, entre 10 et 25 %. Donc là pour la fourchette est assez large et c'est vrai que nous, nous sommes plutôt pour un chiffre qui soit proche de 25%. Deuxièmement, comme nous l'avons dit tout à l'heure comme ça reste dans le scrutin départemental, il faut s'assurer qu'il y ait au moins un député par département au scrutin uninominal à deux tours. Donc, en réalité, quel sera le chiffre à partir duquel on va partir ? Il faut regarder si ces 400 pile ou 410 ou 300 …

Francis LETELLIER : Non mais, la proportion fait 25%.

Jacqueline GOURAULT :Parfois, on entend les chiffres bruts, la proportion, plus on s'approche de 25%, plus nous pensons …

Francis LETELLIER : Et si ce n'était pas le cas, comme vous demandait David, est-ce que ça créera des tensions ?

Jacqueline GOURAULT : Non, ça ne créera pas des tensions.

Francis LETELLIER : Ca ne vous fera pas partir du gouvernement ?

Jacqueline GOURAULT : Non ! Ca n'est pas le sujet. Simplement, nous plaidons pour que la proportionnelle soit à un nombre qui soit suffisamment représentatif …

Francis LETELLIER : D'accord. Ce n'est pas forcément une question de pourcentage mais plus de sièges.

Jacqueline GOURAULT : C'est un équilibre comme toujours, c'est un équilibre …

Francis LETELLIER : C'est MoDem !

Jacqueline GOURAULT : Voilà, c'est trouver le bon point d'équilibre.

David REVAULT D'ALLONNES : Donc aucune bisbille au sein de la majorité sur ce sujet ?

Jacqueline GOURAULT : Non, bien sûr que non !

Francis LETELLIER : Vous n'êtes pas bloqués sur 25% ; on a compris, c'est le nombre de sièges.

David REVAULT D'ALLONNES : Sur la réforme constitutionnelle toujours le président, il envisage de consulter les Français par référendum, est-ce que vous y êtes favorable ?

Jacqueline GOURAULT : Moi, le référendum ne me gêne jamais. Consulter les Français ne me gêne jamais. Mais il faut bien être clair : pour l'instant, la réforme constitutionnelle se fait par la voie parlementaire …

David REVAULT D'ALLONNES : Même si Gérard LARCHER bloque, oppose une opposition extrêmement radicale et empêche cette réforme ?

Jacqueline GOURAULT : Je vous signale qu'il y a des choses qui sont dans la loi constitutionnelle, mais il y en a d'autres qui seront dans la loi organique, et d'autres dans la loi ordinaire. Il faut regarder si ce qui bloque est dans la Constitution ou pas.

Francis LETELLIER : Et dans ce cas si c'est dans la Constitution ?

Jacqueline GOURAULT : Si c'est dans la Constitution, bien évidemment il faut avoir absolument la majorité des trois cinquièmes …

Francis LETELLIER : …ou alors un référendum !

Jacqueline GOURAULT : Ou alors un référendum bien évidemment !

David REVAULT D'ALLONNES : Une question sur François BAYROU, dont vous êtes proche qui a été obligé de démissionner de son poste de Garde des Sceaux pour l'affaire des assistants européens du MoDem depuis, il est silencieux. Est-ce que c'est cette affaire qui l'empêche de parler, et plus généralement de revenir au gouvernement ou au premier plan de la vie politique ?

Jacqueline GOURAULT : Disons que c'est quelque chose qui n'est pas très agréable, même si c'est ça n'est pas lui personnellement qui a été mis en cause mais ça concernait son parti politique, le parti politique dont il est président. Et il est clair que François BAYROU préférerait que cette affaire soit terminée.

Francis LETELLIER : Ca traîne un peu ?

Jacqueline GOURAULT : Il n'a jamais été entendu.

Francis LETELLIER : Et ça traîne trop !

Jacqueline GOURAULT : Ca serait bien que ça soit terminé oui.

David REVAULT D'ALLONNES : Alors François BAYROU, lui, n'est pas mis en examen mais il quitte le gouvernement, puis il y avait deux autres ministres Gérald DARMANIN et Nicolas HULOT pour ne pas les citer qui font l'objet d'accusations d'abus sexuels, mais ils sont toujours au gouvernement. Comment expliquer ça ? Est-ce qu'il n'y a pas deux poids deux mesures ?

Jacqueline GOURAULT : Non, il n'y a pas deux poids, deux mesures, il y a une règle qui a été établie par le Premier ministre qui reste la règle et la deuxième chose, je vous rappelle que François BAYROU et Marielle de SARNEZ, ont quitté volontairement le gouvernement, on ne les a pas obligés à partir.

Francis LETELLIER : Une question sur Nicolas HULOT et Gérard DARMANIN pourrait quitter volontairement éventuellement ? Vous leur suggériez ?

Jacqueline GOURAULT : Je n'ai rien à suggérer à personne, chacun fait comme il veut.

Francis LETELLIER : Vous êtes aussi chargée de la Corse et on va parler de la Corse maintenant puisque cette semaine vous avez reçu Gilles SIMEONI Jean-Guy TALAMONI, les deux dirigeants de la collectivité territoriale élus il y a trois mois maintenant, ils ont estimé qu'il y avait des avancées mais les Corses attendent. Alors Jacqueline GOURAULT un article spécifique, c'est bien ça …

Jacqueline GOURAULT : Oui !

Francis LETELLIER : …est prévu dans la réforme constitutionnelle …

Jacqueline GOURAULT : Absolument !

Francis LETELLIER : On ne sait pas encore ce qu'il y aura dedans. Alors qu'est-ce qu'il y aura, qu'est-ce qu'il n'y aura pas ?

Jacqueline GOURAULT : C'est la reconnaissance dans la Constitution à la fois de la spécificité de la Corse qui est une île, montagneuse, etc. Et deuxièmement de la collectivité de Corse, je tiens à préciser qu'aujourd'hui la collectivité de Corse a été a été créée par la loi ordinaire …

Francis LETELLIER : Et donc peut être supprimée à tout moment ? C'est ce que vous voulez dire ?

Jacqueline GOURAULT : Voilà. Nous l'inscrivons dans la Constitution. On "sanctuarise" la collectivité de Corse qui, pour être modifiée, devra passer désormais par une réforme constitutionnelle si la réforme passe.

Francis LETELLIER : Entendu mais qu'est-ce qu'il n'y aura pas dedans ? Par exemple, les élus corses disent eux, ils veulent l'autonomie, ce sera dedans ou pas ?

Jacqueline GOURAULT : Non, ça ne sera pas dedans.

Francis LETELLIER : Pour rien du tout ?

Jacqueline GOURAULT : Attendez, ça dépend ce qu'on entend par autonomie. Si c'est le mot « autonomie » qui est écrit ou si on considère que déjà la collectivité de Corse a beaucoup de compétences, c'est la collectivité qui a le plus de compétences comme collectivité territoriale dans notre territoire.

Francis LETELLIER : Juste pour vous interrompre, « autonomie » ne sera pas prévu écrit ?

Jacqueline GOURAULT : « Autonomie » n'est pas prévu, écrit dans l'inscription du texte.

Francis LETELLIER : Est-ce que vous prévoyez de retourner en Corse prochainement, histoire de reparler avec les élus ?

Jacqueline GOURAULT : Oui, bien sûr, parce que ça n'est pas fini. Il y a la rédaction de la Constitution. Mais je vous rappelle aussi que la collectivité a beaucoup de compétences, des compétences qu'elle doit mettre en oeuvre. Et elle a besoin aussi de l'Etat : soutien financier, soutien technique. Rt même Gilles SIMEONI l'a dit la semaine dernière dans une interview, je crois, que c'est au Parisien, où il y a besoin de la présence de l'Etat et de l'accompagnement …

Francis LETELLIER : Absolument mais pour terminer sur la Corse quel calendrier de discussions pour la Corse, ça s'arrête quand les discussions sur la Corse ?

Jacqueline GOURAULT : En ce qui concerne la discussion constitutionnelle ?

Francis LETELLIER : Oui.

Jacqueline GOURAULT : Ca va s'arrêter cette semaine puisque le texte doit partir au Conseil d'Etat !

Francis LETELLIER : Et ça, ils le savaient, Gilles SIMEONI ?

Jacqueline GOURAULT : Bien sûr !

Francis LETELLIER : Donc ça s'arrête cette semaine !

Jacqueline GOURAULT : Bien sûr, ils le savent !

Francis LETELLIER : Donc ça va aller très vite maintenant !

Jacqueline GOURAULT : On a toujours été très clair dans nos discussions.

Francis LETELLIER : Très bien.

Jacqueline GOURAULT : Alors attention, ça ne veut pas dire que le travail avec la Corse s'arrête parce qu'encore une fois, il y a toutes les politiques publiques à accompagner et à mettre en place. C'est la raison pour laquelle des ministres vont se rendre en Corse parce que tout cela est un travail interministériel.

Francis LETELLIER : Et ça, sur les mois qui viennent !

Jacqueline GOURAULT : Bien sûr !

Francis LETELLIER : Merci. Jacqueline GOURAULT, d'avoir accepté notre invitation dans « Dimanche en politique », à retrouver sur France.tv, sur le site franceinfo, le compte Twitter de l'émission.


Source http://www.mouvementdemocrate.fr, le 23 mars 2018

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