Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à Public Sénat le 23 mars 2016, sur la lutte contre l'immigration clandestine à Mayotte et les critiques des oppositions concernant le "président des villes". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à Public Sénat le 23 mars 2016, sur la lutte contre l'immigration clandestine à Mayotte et les critiques des oppositions concernant le "président des villes".

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, VIGUIER Cyril.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : CYRIL VIGUIER
Bonjour à tous, rebonjour à ceux qui nous rejoignent, deuxième partie de cette matinale d'info sur Public Sénat avec la presse quotidienne régionale, 130 radios qui sont nos partenaires sur tout le territoire français, avec les télévisions locales de France sur la TNT et avec TV5 Monde. Aujourd'hui au lendemain des manifestations, il est sur le plateau de La matinale d'infos, c'est Benjamin GRIVEAUX, le porte-parole du gouvernement, bonjour et merci d'avoir choisi Public Sénat ce matin. Pour vous interroger à mes côtés Marcelo WESFREID du Figaro pour Public Sénat, bonjour Marcelo et bonjour Stéphane VERNAY de Ouest-France, vous dirigez le bureau parisien du plus grand quotidien régional français et du plus grand journal francophone du monde, ça compte à l'issue de cette semaine qui a été en partie consacrée à la francophonie. Benjamin GRIVEAUX, on rentre dans l'actualité de plain-pied, Le Midi Libre titre ce matin : je ferai triompher mon honneur, Nicolas SARKOZY était à la télévision hier au soir, il s'est défendu après sa mise en examen. Il s'est étonné qu'on mette en doute la parole d'un ancien chef de l'Etat, c'est la France et la fonction qui sont en cause. Est-ce qu'il défend son honneur d'ancien chef de L'Etat ou son honneur personnel ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez ! Moi je n'ai pas de commentaire à faire sur une affaire judiciaire, comme vous l'imaginez. Il l'a dit lui-même, il n'est ni au-dessus ni en dessous des lois. Et moi comme je l'ai toujours fait, quelles que soient les personnalités politiques mises en cause, que je partage leurs convictions non, Je défends avec constance la présomption d'innocence et donc il a le droit de se défendre et je n'ai pas à faire d'autres commentaires…

CYRIL VIGUIER
Sur les conditions de… la manière dont il a été entendu, vous trouvez normal les conditions, la longueur de la garde-à-vue ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il est un citoyen comme les autres, il est un citoyen comme les autres, il n'y a pas de privilèges en France du fait de fonctions exercées par le passé.

MARCELO WESFREID
Et sur le contrôle judiciaire pour poursuivre, sur le contrôle judiciaire, il y a quand même 4 pays dans lesquels un ancien président de la République ne peut pas se rendre, ça ne vous paraît pas un peu extrêmement strict ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, quand on demande aux Français d'être… quand on est exigeant avec nos concitoyens, quand on est exigeant avec la classe politique française, il n'y a pas de régime d'exception, il est désormais un citoyen comme les autres, il le dit, ni au-dessus ni en dessous des lois.

MARCELO WESFREID
Alors on va parler d'un autre sujet d'actualité qui est les Comores, Mayotte, un bateau hier a été refoulé, un bateau qui partait de Mayotte avec une centaine de ressortissants des Comores expulsés. Le bateau a dû faire demi-tour, est-ce que ce n'est pas une humiliation pour la France que les Comores aujourd'hui refusent catégoriquement qu'on lui envoie toutes personnes expulsées ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez ! Je vous laisse maître de vos mots, il n'y a pas d'humiliation, le sujet à Mayotte c'est de reconstruire un territoire où l'Etat a multiplié les défaillances depuis des décennies.

MARCELO WESFREID
Et comment on règle la crise migratoire…

BENJAMIN GRIVEAUX
Que ce soit… attendez, que ce soit…

MARCELO WESFREID
Si les Comores…

BENJAMIN GRIVEAUX
Sur la question migratoire, sur la question de la sécurité, sur la question sanitaire, sur la question éducative, sur la question des transports, l'Etat a été en tous points défaillant et ça fait 30 ans que ça dure. Et donc il fallait 1) répondre à l'urgence de la situation, ça a été fait en matière de sécurité avec l'envoi de troupes et de personnels de sécurité important, pour sécuriser une rentrée scolaire qui désormais s'est tenue, on nous avait dit qu'elle ne se tiendrait pas ; pour permettre aussi un processus électoral dont je rappelle qu'il y a un second tour qui se tiendra de s'exercer de la manière la plus normale possible ; et puis surtout pour bâtir avec les forces économiques et sociales, avec les représentants syndicaux et avec la population, et avec la population un avenir pour Mayotte. C'est ça notre seul objectif…

MARCELO WESFREID
Et sur la question des clandestins, vous ne répondez pas, c'est la question qui fait crise là-bas…

BENJAMIN GRIVEAUX
Et sur la question des clandestins, c'est une situation et c'est un territoire qui est éminemment compliqué, vous le savez. Vous avez à Mayotte une maternité qui accueille à peu près 10.000 naissances par an, c'est 2 fois plus que la plus grosse maternité d'Ile-de-France ; et que sur ces 10.000 naissances vous avez 70 % des enfants qui naissent de parents étrangers, pour être clair souvent 99 % de parents comoriens. Donc se pose la question du statut de cette maternité, du statut extraterritorial, c'est une situation éminemment complexe, vous le savez, donc il faut y réagir non pas avec émotion mais avec rationalité, avec détermination. Nous aurons dès la semaine prochaine un délégué chargé de ce sujet qui sera en responsabilité à Mayotte.

CYRIL VIGUIER
Stéphane VERNAY sur les mobilisations sociales.

STEPHANE VERNAY
Je vous ramène à la métropole et à l'actu du moment. 48.000 manifestants à Paris hier, 500.000 dans toute la France d'après la CGT, 200.000 d'après la police. Est-ce que vous vous attendiez à une mobilisation de cette ampleur, quel sens elle a pour vous et quelles suites est-ce que vous voyez ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors elle a eu une ampleur importante en ce qui concerne SNCF, puisque le mouvement de grève a été suivi à la SNCF…

STEPHANE VERNAY
Moins sur les fonctionnaires…

BENJAMIN GRIVEAUX
L'ensemble des personnels. Dans la fonction publique, il a été un peu moins suivi mais c'est le chiffre équivalent à peu près de ceux du mois d'octobre. Et donc nous, vous savez, on est attentif mais on n'est pas là pour commenter les chiffres de la mobilisation. Le bureau d'Elisabeth BORNE est ouvert, des dizaines de rendez-vous sont prévus sur la question du nouveau pacte ferroviaire et vont se tenir dans les semaines qui viennent, comme nous l'avions annoncé. Et à chaque fois qu'on arrivera à faire un pas en avant, à chaque fois qu'on arrivera à trouver des solutions avec les partenaires sociaux sur la question de la SNCF, on ne passera pas par les ordonnances, on le mettra dans la loi. Et nous, l'objectif c'est d'avoir des ordonnances qui au final se résument à des textes très techniques ; et de pouvoir inscrire dans la loi tous les éléments sur lesquels on aura pu avancer, que ça concerne la gouvernance, la question du statut ou autres.

STEPHANE VERNAY
Sur les 36 jours de grève annoncés par la SNCF, est-ce qu'il y a un risque de blocage du pays pour vous ?

BENJAMIN GRIVEAUX
En tout cas ça va perturber beaucoup de nos concitoyens dans leur vie au quotidien, puisque la SNCF… pourquoi est-ce qu'on y est attaché, pourquoi est-ce que on se bat et pourquoi est-ce qu'on prend nos responsabilités ? Vous savez, les défenseurs de service public – il y en avait certains dans la rue sincères hier, ça je n'ai pas de doute – mais ils sont aussi au gouvernement. Parce que c'est 4.200.000 personnes par jour qui utilisent le train pour aller bosser ou pour rentrer chez eux le soir. Et nous notre objectif, c'est de faire en sorte que cette entreprise continue à rendre un service un peu meilleur, un peu moins cher, parce qu'il coûte très cher et il est moins bon qu'il y a 10 ans. Et donc, mes premières pensées vont à ceux qui vont devoir s'organiser, c'est système D, c'est la débrouille et ça n'est jamais souhaitable que de cette situation perdure. Mais j'ai bon espoir que dans les discussions qui sont engagées, dans le sérieux des discussions, nous puissions trouver des solutions.

MARCELO WESFREID
Il y a une nouvelle manifestation d'ailleurs qui est appelée pour le 19 avril. Est-ce que vous demandez vous comme porte-parole du gouvernement, de la même… avec les usagers, il y a une fédération d'usagers qui demande à la SNCF de communiquer plus en amont son plan de transport, c'est-à-dire quels sont les trains qui rouleront, quels sont les trains qui ne rouleront pas ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Moi j'ai une certitude, c'est que les cheminots sont des gens qui sont attachés au service public et que le meilleur service qu'ils puissent rendre aux usagers c'est d'informer avec la plus grande transparence en amont…

CYRIL VIGUIER
Au moins 24 heures avant.

BENJAMIN GRIVEAUX
En amont pour permettre aux gens de s'organiser. Mais ce que je note quand même hier au-delà des questions d'obligation, c'est la récupération politique insensée qu'en fait Jean-Luc MELENCHON. Jean-Luc MELENCHON, il profite de ces manifestations pour se refaire une santé politique, il ne supporte pas l'idée d'avoir perdu les élections présidentielles, de ne pas s'être qualifié au second tour et il sur-joue en 3ème tour social en instrumentalisant des gens dont je n'ai pas de doute de la sincérité des inquiétudes qui peuvent être les leurs. Et nous, nous sommes là pour leur donner les…

STEPHANE VERNAY
JOM, il avait dit à l'automne qu'Emmanuel MACRON avait marqué le point. Est-ce que vous pensez qu'il est dans une stratégie de revanche, c'est une deuxième manche, est-ce qu'on va avoir un printemps social ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais je crains que Jean-Luc MELENCHON ne soit qu'obsédé par des questions de revanche personnelle et assez peu par l'intérêt général, en tout cas c'est ce que je retiens de ses expressions dans la manifestation d'hier.

MARCELO WESFREID
D'ailleurs pour fêter les un an de l'arrivée de MACRON au pouvoir, la France Insoumise appelle  manifester, c'est une sorte de grande marche mais inversée !

BENJAMIN GRIVEAUX
Une grande marche inversée, mais vous savez ils sont souvent en marche arrière la France Insoumise, donc je leur laisse la marche arrière, nous continuons la marche avant.

CYRIL VIGUIER
C'est Benjamin GRIVEAUX, le porte-parole du gouvernement qui est notre invité politique ce matin. Justement, les Français semblent circonspects sur la méthode, le recours aux ordonnances par exemple sur la SNCF, le passage en force. Est-ce que c'est obligatoire pour tenir je rythme des réformes ce système-là que vous avez mis en place ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais vous savez…

CYRIL VIGUIER
Est-ce que vous l'assumez au fond encore ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais depuis 30 ans, on vote… on utilise les ordonnances à peu près une fois par semaine dans ce pays, donc le terme de passage en force je le récuse en tous points…

CYRIL VIGUIER
Pas sur les…

BENJAMIN GRIVEAUX
Sur la question de la mobilité, il y a eu les Assises de la mobilité qui a réuni l'ensemble des élus, des représentants des territoires dès le mois de septembre et d'octobre. Donc ça ne fait pas 15 jours qu'on parle du sujet de la SNCF, parce que ces questions de la SNCF c‘est au fond la question des mobilités et de comment on améliore pour les gens qui n'habitent pas à proximité immédiate de leur lieu de travail, qui n'ont pas de mode de déplacement personnel ou de voiture…

CYRIL VIGUIER
Mais est-ce que ce n'est pas un problème de cadence…

BENJAMIN GRIVEAUX
Comment est-ce qu'on organise sa…

CYRIL VIGUIER
A tenir, puisque vous avez dit que vous tiendrez cette cadence ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vais vous dire, les gens sont impatients et ils ont raison d'être impatients parce que ça fait 30 ans que ce pays est immobile ; et que les gouvernements de gauche et de droite ont repoussé aux calendes grecques des transformations qui sont essentielles. Dans beaucoup de pays, dans beaucoup de… chez nos voisins on a pu avancer sur le modèle social, sur la réforme du travail, sur la réforme des missions que peut parfois accomplir l'Etat. Très franchement, ça fait 30 ans qu'on attend, nous on met les choses en place et on le fait vite, pourquoi ? Parce que ces transformations, elles sont structurelles, elles vont mettre du temps à porter leurs fruits et parce que dans certains cas, on ne peut plus attendre. On ne peut plus avoir une grande entreprise publique qui a 50 milliards de dette à la fin de cette année et qui, chaque année, perd 3 milliards. La SNCF coûte à l'Etat et aux Français autant que la police et la gendarmerie réunis…

CYRIL VIGUIER
Un quinquennat c'est court ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas possible. Un quinquennat c'est court, mais je n'ai pas de doute qu'on a bien l'intention d'en faire deux.

CYRIL VIGUIER
Sur… on est au Sénat ici et…

MARCELO WESFREID
D'en faire, pardon ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'en faire deux parce que ça permettra de poursuivre encore plus les transformations…

CYRIL VIGUIER
Deux quinquennats !

BENJAMIN GRIVEAUX
Et vous savez, l'objectif c'est de transformer en profondeur ce pays sur le long terme et pas d'être dans la gestion de l'urgence permanente. C'est ce qu'on a fait depuis très longtemps dans ce pays, on n'a jamais réglé les problèmes de fond.

MARCELO WESFREID
Il y a une annonce qui a fait hurler les parlementaires, on est ici au Sénat, c'est la restriction du droit d'amendement. On sait que la révision constitutionnelle sera finalisée la semaine prochaine, est-ce que vous pouvez nous confirmer que cette mesure figurera dans le texte que vous présenterez au Conseil d'Etat ?

BENJAMIN GRIVEAUX
A ce stade ça n'est pas à moi de le confirmer, mais j'aimerais quand même que les gens qui nous écoutent comprennent. Moi j'ai été ce qu'on appelle au banc, c'est-à-dire j'étais à l'Assemblée nationale au banc des ministres pour défendre le budget. Et il nous arrivait donc de passer 10 ou 12 heures d'affilée au banc, de finir à 1 h 30 du matin avec 20 parlementaires sur les 577 dans l'Hémicycle, défendant des amendements en 2 minutes, parfois des amendements auxquels très franchement le ministre ne comprend pas grand-chose ; et même le parlementaire s'est fait remettre un amendement dûment préparé par des lobbies qu'on connaît bien et qui font oeuvre pas toujours très utile sur les bancs de l'Hémicycle. Est-ce que c'est une bonne manière de faire la loi, parce que vous passez autant de temps sur un amendement important, qui a du sens, qui pour le coup mérite un beau débat politique et peut-être faut-il y consacrer plus de 2 minutes, que sur un amendement d'obstruction purement technique et qui n'apporte rien au débat politique. Très franchement, moi je suis sûr d'une chose, c'est que les parlementaires 1) ne sont pas très heureux de cette situation de multiplication d'amendements d'obstruction ; et qui seraient beaucoup plus heureux d'avoir un meilleur travail de contrôle, d'évaluation qu'on mette à disposition des parlementaires, par exemple la Cour des Comptes. Ça c'est un bel outil, c'est une belle arme, ce serait un beau bras armé pour pouvoir permettre aux parlementaires d'exercer pleinement leur métier qui est aussi le contrôle et l'évaluation du gouvernement. Voilà ! Ça n'est pas bâillonner, c'est à mon avis mieux travailler, plus efficacement. Quand vous avez des milliers d'amendements sur un texte et qu'un amendement équivaut à un changement de virgule, très franchement ça n'est pas bien faire la loi que de procéder ainsi.

MARCELO WESFREID
Pour finir sur la révision constitutionnelle, vous allez mettre une dose de proportionnelle, alors François BAYROU demande carrément 25 % de proportionnelle, on aura aussi moins de parlementaires. Comment vous faites en sorte qu'un élu soit encore en contact avec son territoire ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord la quantité, la dose de proportionnelle n'est pas arbitrée puisqu'on est dans un étiage entre 10 % et 25 %. On fait ça pourquoi ? Parce que vous avez à l'Assemblée nationale un parti qui est très faiblement représenté avec quelques députés à peine, alors que Marine LE PEN était au second tour de l'élection présidentielle. Si vous voulez combattre les idées du Front National et moi c'est bien mon intention, je veux le faire à visage découvert. Je veux pouvoir les contrer démocratiquement à l'Assemblée et qu'ils portent leurs idées dans l'Hémicycle, qu'ils portent des projets de loi et qu'ils soient jugés non pas sur les théories conspirationnistes, les complots et la victimisation permanente depuis 30 ans, ce que faisait LE PEN père, ce que fait LE PEN fille, ce qu'à n'en pas douter fera un jour LE PEN nièce, très bien, mais en tout cas moi je veux les combattre à visage découvert et pas de manière masquée.

CYRIL VIGUIER
Benjamin GRIVEAUX, on va parler de la fracture territoriale avec Stéphane VERNAY de Ouest-France.

STEPHANE VERNAY
On a entendu beaucoup de critiques contre le président des villes, elles se multiplient, c'est devenu un angle d'attaque pour les différentes oppositions à la majorité présidentielle. Vous avez des élus de la République en Marche qui s'en inquiètent dans les territoires notamment, est-ce que vous ça vous inquiète, comment est-ce qu'on riposte ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ceux qui pensent que dans nos oppositions… et d'ailleurs c'est amusant de voir que la France Insoumise emploie les mêmes termes que les Républicains, sans doute ont-ils tous un peu perdu la boussole, je vous le dis. Il n'y a pas la France des villes qui va bien et la France des campagnes qui va mal, pourquoi ? Parce que vous avez des villes qui ne vont pas bien et puis vous avez des campagnes qui vont bien et c'est heureux. Vous avez des territoires ruraux où on innove, on fait de la disruption, on a des nouveaux modèles agricoles qui émergent ; et puis vous avez des territoires ruraux qui sont en grande difficulté. De la même manière, vous avez des quartiers dans des villes où vous avez des niveaux de pauvreté très importants et beaucoup de chômage. Donc la caricature qui consiste à dire que les villes vont bien et les campagnes vont mal, ce sont des gens qui n'ont pas dû mettre beaucoup les pieds soit dans les villes soit dans les campagnes, ou alors qui en font un instrument politique. Ils ont… je prends les Républicains, ils ne votent pas la suppression de la taxe d'habitation, c'est l'impôt le plus injuste pour les territoires. Donc ils peuvent nous dire la main sur le coeur, les larmes aux yeux qu'ils s'occupent des territoires, le jour où on propose la suppression de l'impôt qui est le plus injuste pour les territoires parce qu'il est moins élevé à Paris centre que dans les territoires qui sont en difficulté. Et on gagne un peu mieux sa vie quand on a les moyens de se payer un loyer à Paris centre que quand on vit dans des territoires en difficulté, ils ne la suppriment pas. Ils ne votent pas les crédits pour la création de la police de sécurité du quotidien, ce sont des policiers supplémentaires dans les territoires. Ils ne votent pas les crédits pour les divisions par deux de gamins dans les classes dans les quartiers difficiles, c'est à nouveau pour les territoires en difficulté. Donc je veux bien le faites ce que je dis, pas ce que je fais, moi j'en ai assez. Qu'ils fassent une opposition constructive, sérieuse, responsable et vous savez, ce n'est pas en antagonisant les Français les uns contre les autres, les gens qui habitent dans les villes ne détestent pas les gens qui habitent à la campagne et inversement, bien au contraire. C'est… quand on est un responsable politique, on est aussi caution de la cohésion nationale, on ne divise pas le pays pour de petits calculs politiciens.

STEPHANE VERNAY
Il y a quand même une mesure parmi les mesures qui passent mal dans les campagnes, il y a le futur abaissement de la vitesse à 80 km/h, ça c'est quand même de nature à diviser. Est-ce que…

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est de nature à sauver des vies, pas à diviser le pays.

MARCELO WESFREID
Mais est-ce que vous allez…

BENJAMIN GRIVEAUX
Quand on nous dit…

MARCELO WESFREID
Ajuster cette réforme ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Quand on nous dit…

STEPHANE VERNAY
… Mal perçu dans les campagnes, que c'est comme une espèce de mesure vexatoire.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais je vais vous dire une chose… on n'est pas fait pour… on ne prend pas nos décisions en fonction de la popularité de ces décisions. Si nous arrivons à sauver 3 à 400 vies par an, par an et si nous arrivons à avoir à ce que ces 3 ou 400 personnes qui décèderaient en moins, c'est aussi 3 à 4.000 personnes qui n'auraient pas de blessures profondes à vie. Si nous arrivons à cela, j'attends de voir qui les yeux dans les yeux me dira qu'une vie ne vaut pas un abaissement de 10 km/h d'une limitation de vitesse et une perte de temps, oui je le sais, de quelques minutes par jour pour ces trajets du quotidien. Celui-là très franchement…

CYRIL VIGUIER
On dit que c'est le Premier ministre qui y a beaucoup tenu Benjamin GRIVEAUX…

BENJAMIN GRIVEAUX
Il faut savoir prendre ses responsabilités, ce n'est pas populaire, nous le savons mais si ça permet de sauver des vies, la popularité de la mesure n'est pas remise en question.

CYRIL VIGUIER
On dit que c'est le Premier ministre qui y a beaucoup tenu, que c'est lui qui est à l'origine de cela !

BENJAMIN GRIVEAUX
Le gouvernement soutient l'ensemble des décisions, nous les portons tous collectivement.

MARCELO WESFREID
Benjamin GRIVEAUX, il y a un endroit en France où pour l'instant les voitures ne roulent pas, c'est les voies sur berges à Paris, mais on va voir si ça bouge. Hier, il y avait un Conseil de Paris où la question était abordée et il y avait… tous les élus étaient là sauf une personne, la maire de Paris Anne HIDALGO. L'opposition municipale était furieuse, est-ce que vous la comprenez ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il faut toujours être dans le dialogue, même avec ceux avec qui on n'est pas d'accord, parce que c'est l'essence même du débat démocratique. Et c'est dans le dialogue en général que parfois on trouve des solutions, parfois on n'y arrive pas, mais a minima qu'on respecte les oppositions. Nous, nous sommes toujours dans le dialogue, donc nous continuerons à dialoguer.

STEPHANE VERNAY
Est-ce que je peux vous ramener en province, une question ciblée sur Notre-Dame-des-Landes. Vous avez dit à plusieurs reprises que…

CYRIL VIGUIER
Normal pour Ouest-France.

STEPHANE VERNAY
Voilà ! C'est ça…

MARCELO WESFREID
Ça m'intéresse.

STEPHANE VERNAY
Je sais que vous…

BENJAMIN GRIVEAUX
Vos lecteurs en particulier.

STEPHANE VERNAY
Vous avez dit à plusieurs reprises que les personnes qui occupent les terres sentiers de propriété sur la ZAD devront être parties au 30 mars. Le 30 mars c'est la semaine prochaine, il y en a qui n'ont toujours pas de titre de propriété, qui n'ont pas envie de partir, est-ce qu'au bout du bout vous allez être obligés d'intervenir dans la…

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors le principe il est très simple, la décision que nous avons prise en janvier sur Notre-Dame-des-Landes, elle a pour vocation de faire respecter l'état de droit dans notre pays. Et donc dans notre pays, il n'y a pas des zones où le droit ne s'applique pas. Et à partir du moment où la trêve hivernale prendra fin…

STEPHANE VERNAY
Alors le 30 mars, c'est la semaine prochaine.

BENJAMIN GRIVEAUX
Exactement, c'est le 30 mars, début du mois d'avril, c'est la semaine prochaine, nous procéderons au respect du droit. Et si pour cela, il faut avoir recours à la force publique, c'est ce que nous ferons. Vous savez, Sébastien LECORNU était en début de semaine à Notre-Dame-des-Landes 2 jours…

STEPHANE VERNAY
2 jours oui.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il a rencontré beaucoup de personnes autour de la préfète, il a des discussions qui se sont engagées avec des anciens propriétaires, avec des gens qui ont été sur zone et qui portent des projets agricoles avec des associations responsables. Mais nous c'est le respect du droit, parce que je ne sais pas expliquer pourquoi dans une zone en France, aussi belle soit-elle, le droit n'est pas respecté.

MARCELO WESFREID
Cette nuit, on a appris que Donald TRUMP finalement n'appliquerait pas des droits de douane élevés sur l'acier à l'Union européenne. Est-ce que c'est pour vous une première victoire ?

BENJAMIN GRIVEAUX
1) C'était une mauvaise décision de l'administration américaine à l'endroit évidemment de l'industrie européenne et la France… à une industrie qui aurait souffert de cette augmentation unilatérale des droits de douane. On gagne toujours dans le commerce mondial à travailler à des solutions multilatérales. Tous ceux qui prennent des décisions de manière unilatérale s'exposent à des représailles, à des contre-mesures. L'Europe a clairement exprimé son intention de riposter et de rentrer dans une guerre commerciale, qui n'est jamais bonne ni pour l'un ni pour l'autre. Mais nous aurions pris nos responsabilités, je crois que l'administration américaine l'a entendu et il est heureux que le président TRUMP ait changé d'avis sur ces augmentations de droit de douane.

STEPHANE VERNAY
A propos d'Europe, la République en Marche se lance dans la campagne pour les européennes demain samedi, grande opération de porte-à-porte sur le type La Grande Marche pour l'Europe. Une dizaine de ministres impliqués, vous aussi, vous allez frapper aux portes, où ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Dans le 18ème arrondissement ?

CYRIL VIGUIER
Ça va, ce n'est pas très loin de chez vous.

STEPHANE VERNAY
Ce n'est pas un peu tôt ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais je suis élu de Paris, donc je vais aller frapper aux portes des gens qui habitent à Paris…

STEPHANE VERNAY
Ce n'est pas un peu tôt pour démarrer…

BENJAMIN GRIVEAUX
Là, il est important de faire un diagnostic, vous savez un an avant une élection, faire un diagnostic pour savoir ce que nos concitoyens… comment ils perçoivent l'Union européenne et ce qu'ils en attendent, ça ne me paraît pas trop tôt, il n'est jamais trop tôt pour parler à nos concitoyens.

CYRIL VIGUIER
Benjamin GRIVEAUX, vous avez 40 ans, les 50 ans de mai 68, pourquoi c'est si difficile à commémorer pour le gouvernement, pour l'exécutif, vous aviez envisagé de marquer le coup et puis maintenant silence radio total ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne suis pas certain que ce soit si difficile à commémorer, mais comme vous le notez je n'étais pas né, je ne suis pas certain…

CYRIL VIGUIER
Pourquoi cette gêne pour l'exécutif ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vous assure que ce n'est pas un problème de gêne mais moi, je ne sais pas à quelle date on le commémore, est-ce que c'est le 22 mars, est-ce que c'est le 10 mai, vous voyez…

CYRIL VIGUIER
Donc il y a une chance que ce soit commémoré un peu plus tard ?

BENJAMIN GRIVEAUX
…toujours la même question. Ecoutez ! Mai 68 a irrigué la vie politique française ces 50 dernières années, je suis sûr que nous ne le commémorons pas chaque jour mais enfin qu'ils seront présents à l'esprit et que nos parents nous raconteront ce qu'ils ont fait sur les barricades ces jours du mois de mai 68…

CYRIL VIGUIER
C'est de l'histoire pour vous ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, ça appartient à notre histoire.

CYRIL VIGUIER
Merci Benjamin GRIVEAUX, porte-parole du gouvernement…

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 mars 2018

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