Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec RTL le 23 mars 2018, sur des affaires de harcèlement au lycée militaire de Saint-Cyr, le projet de loi de programmation militaire pour 2019-2025 et sur le projet de service national. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec RTL le 23 mars 2018, sur des affaires de harcèlement au lycée militaire de Saint-Cyr, le projet de loi de programmation militaire pour 2019-2025 et sur le projet de service national.

Personnalité, fonction : PARLY Florence , CALVI Yves .

FRANCE. Ministre des armées;

ti :
YVES CALVI
Bonjour Florence PARLY.

FLORENCE PARLY
Bonjour.

YVES CALVI
Merci d'être avec nous ce matin sur RTL, vous êtes bien entendu ministre des Armées. Madame la Ministre, avant d'aborder la question du Budget de notre armée, qui est très importante, un commentaire sur cette enquête publiée par nos confrères de Libération de matin, et ces affaires de harcèlement au lycée militaire de Saint-Cyr, les témoignages sont effroyables, on parle de scènes d'humiliation, de harcèlement moral quotidien sur ces jeunes filles, filles considérées, je cite, comme le diable, qui n'ont rien à faire là, et tout cela en toute impunité. Quelle est votre réaction ?

FLORENCE PARLY
Ma réaction c'est que le ministère des Armées n'a pas attendu les révélations de Libération pour s'attaquer au problème, car il est réel, en effet. Donc, depuis trois ans, une inspection complète de l'ensemble des établissements scolaires, puisque vous savez que nous avons des collèges, des lycées, et puis des écoles supérieures, ont été inspectés, et un certain nombre de dysfonctionnements, y compris graves, ont été relevés. Des mesures ont été mises en oeuvre. Il se trouve que dans certains établissements, et en particulier un, des agissements inacceptables se poursuivent, et donc vous pouvez compter sur mon engagement pour que des mesures soient mises en oeuvre, parce que nous ne pouvons pas accepter que dans les armées il y ait une quelconque discrimination. Beaucoup...

YVES CALVI
Pardonnez-moi, vous dites « nous savions », et vous avez en quelque sorte d'ores et déjà ordonné des enquêtes.

FLORENCE PARLY
Absolument, et ce ministère s'est beaucoup engagé contre le harcèlement de toute sorte, une cellule a été mise en place par mon prédécesseur, pour permettre la dénonciation de faits de harcèlement de toute sorte. C'est une cellule qui fonctionne en dehors du commandement et elle est évidemment ouverte aux élèves, collégiens, lycéens. Donc c'est un ministère qui ne tolère pas le harcèlement, et pour ce qui me concerne, c'est tolérance zéro. Donc nous redoublerons d'efforts pour que ce comportement de minorité, car il s'agit bien d'une minorité agissante, cesse ces agissements.

YVES CALVI
Mais quelles peuvent être les sanctions en la matière, pour le coup ?

FLORENCE PARLY
Les sanctions en la matière, ce sont des sanctions qui sont lié à l'exclusion, également des sanctions éventuelles contre le corps enseignant si celui-ci ne réagit pas et ne prend pas les mesures qui conviennent. Il est inacceptable au XXIème siècle que des jeunes filles soient l'objet de pareilles discriminations.

YVES CALVI
Merci de cette réponse très claire. Revenons donc sur cette loi de programmation militaire en discussion à l'Assemblée. Hier jeudi, les députés ont voté la hausse sensible du budget des armées qui va passer progressivement de 34 milliards à 50 milliards d'euros. Au total vous prévoyez de consacrer 295 milliards d'euros à notre défense entre 2019 et 2025. On a envie de se dire « c'est peut-être trop beau pour être vrai ». Est-ce que nous avons les moyens de ces ambitions ?

FLORENCE PARLY
Oui, tout à fait, nous avons les moyens de cette ambition, nous avons passé 3 jours et 3 nuits à l'Assemblée nationale, en effet, sur ce projet de loi de programmation militaire, qui fixe les moyens pour notre défense pour les années 2019 à 2025.

YVES CALVI
Mais on le trouve où l'argent ? Je vous pose la question très simplement parce que...

FLORENCE PARLY
Eh bien, nous l'avons, si je pus dire, déjà trouvé, puisque dès le budget 2018 nous avons investi 1,8 milliard d'euros de plus. Quel est le cap ? Il est très clair, c'est celui d'atteindre en 2025, 2 % de notre richesse nationale et de l'investir en faveur de notre défense. Pourquoi ? Parce que pendant des années, et cela fait plus de 10 ans que cela dure, il y a eu un écart croissant entre d'un côté des armées qu'on a sollicitées de plus en plus, pour un nombre croissant d'opérations, en particulier d'opérations extérieures, et puis de l'autre des moyens qui n'ont cessé d'être réduits. Et ce grand écart, là, n'était plus tenable parce que je les matériels, comme les hommes et les femmes, ont été usés et il faut donc réinvestir pour réparer à la fois le présent et puis bien sûr pour faire face à l'avenir.

YVES CALVI
Vous avez prévu une actualisation de ce budget en 2021 en fonction des chiffres de la croissance. Ça veut dire quoi ? Qu'on pourra le revoir à la baisse et qu'on pourra revoir à la baisse le budget des armées à ce moment-là ?

FLORENCE PARLY
Ça veut dire qu'en 2021, nous aurons un nouveau rendez-vous avec la représentation nationale, d'abord pour vérifier que la loi de programmation militaire, qui est en cours d'examen, s'applique conformément aux engagements qui ont été pris, et c'est donc à cette occasion que l'on pourra vérifier que, année après année, les budgets ont bien prévu les moyens qui ont été promis, et de l'autre, on regardera quelle sera la prévision du PIB pour 2025 et on en tirera les conséquences en termes de chiffrage, de ce que devra être l'effort résiduel qui restera à fournir. Donc il est une clause de rendez-vous qui permettra de faire le point et de déterminer les moyens permettant de réaliser l'objectif promis par le président de la République, de re-doter nos armées, des moyens qui leur sont nécessaires.

YVES CALVI
Parmi les critiques de cette loi de programmation militaire, on souligne que l'effort financier repose sur le quinquennat suivant. Alors, ça n'a rien de neuf, mais en même temps on se dit, + 3 milliards d'euros par an à partir de 2023, voilà, qu'avez-vous à répondre, finalement, est-ce que vous n'êtes pas en train de vous, de vous engager sur des budgets que vous ne gèrerez jamais et qui sont éventuellement mis en place ou qui devraient être mis en place par des équipes qui ne seront pas celles qui sont en actuellement au pouvoir ?

FLORENCE PARLY
Moi j'appartiens à un gouvernement, qui depuis qu'il est en responsabilités, c'est-à-dire depuis 10 mois, a tenu ses engagements. Quels sont-ils ? En 2017 nous avions un budget de la Défense qui était promis à des coupes budgétaires très importantes. Nous avons dégelé l'ensemble des crédits qui devaient l'être, et donc la loi, le budget 2017 a été intégralement exécuté à l'euro près. En 2018, nous avons augmenté de 1,8 milliard d'euros, l'effort. Donc ce sont des signes positifs, ce sont des signes plus après des réductions de moyens et des réductions d'effectifs, donc je pense que le fait de passer des signes moins aux signes plus, est un signe extrêmement fort de notre engagement à poursuivre.

YVES CALVI
Mais ça ne préjuge pas de ce qui se passera dans 5, 6 ou 7 ans, mais enfin...

FLORENCE PARLY
Mais nous aurons des rendez-vous tous les ans, Yves CALVI, tous les ans, dans le cadre des budgets, nous aurons ce rendez-vous.

YVES CALVI
Si ce n'est que vous engagez les prochains gouvernements, nous sommes bien d'accord.

FLORENCE PARLY
Je n'engage pas... personne n'engage les prochains gouvernements, puisque nous avons précisément un rendez-vous en 2021, à un moment où nous serons encore en responsabilités, pour pouvoir prendre les bonnes décisions, afin de satisfaire l'objectif qui est de tenir le cap des 2 % du PIB en 2025.

YVES CALVI
Alors, renouvellement et modernisation des matériels sont les maîtres-mots, on l'a bien compris. Une question très spécifique concernant le service national universel voulu par Emmanuel MACRON. Qui va payer, Florence PARLY ? Puisqu'on est dans les questions budgétaires.

FLORENCE PARLY
Eh bien ce ne sont pas les moyens de la loi de programmation militaire dont nous avons discuté pendant 3 jours et 3 nuits à l'Assemblée nationale. Le président de la République...

YVES CALVI
Rien sur le budget des armées ?

FLORENCE PARLY
Rien sur le budget des armées, le président de la République l'a indiqué, il y aura un financement haddock, c'est très important, et ça a été reprécisé au cours de ces débats, parce qu'on peut comprendre qu'en effet les investissements de réparation et les investissements pour l'avenir que nous prévoyons dans cette loi de programmation militaire, n'ont rien à voir avec le service national universel.

YVES CALVI
« Financement haddock », ça veut dire tout simplement financement spécifique...

FLORENCE PARLY
Spécifique.

YVES CALVI
Et hors, bien entendu les caisses budgétaires de nos armées.

FLORENCE PARLY
Ce sera ainsi financement spécifique, alors bien entendu ça ne veut pas dire que nos armées seront extérieures à la mise en oeuvre de ce service national, parce que c'est un projet...

YVES CALVI
Mais oui, mais alors quel rôle jouera l'armée dans ce service national universel ?

FLORENCE PARLY
Eh bien il aura certainement un rôle important, parce que d'ores et déjà nos armées jouent un rôle important vis-à-vis de la jeunesse. Or ce projet du service national, c'est un projet ambitieux, enthousiasmant pour notre jeunesse, parce que nous avons une jeunesse qui a soif d'engagement. Et donc les armées...

YVES CALVI
Est-ce qu'on peut être plus précis ?

FLORENCE PARLY
Aujourd'hui, les armées sont investies par exemple dans le cas d'un service militaire, volontaire, sont investies dans la Garde nationale, la Réserve, la Journée défense citoyenneté, donc nos armées sont déjà très au contact des jeunes.

YVES CALVI
Mais vous serez un cadre, vous allez accueillir, vous aller donner du personnel qui encadre ces jeunes gens, enfin, vous nous dites « on sera là », mais on ne comprend pas précisément ce que vous allez faire.

FLORENCE PARLY
Ce projet est en cours de définition. Un groupe de travail, dirigé par un Général, le Général MENAOUINE, va faire des propositions pour la fin du mois d'avril, et sur cette base-là, nous pourrons avancer. Ce que je peux d'ores et déjà vous dire, c'est un certain nombre de choses, sur ce que sera ce service national. Oui, il sera obligatoire, oui, il sera universel, c'est-à-dire qu'il concernera l'ensemble d'une classe d'âge, c'est considérable, ce sont 800 000 jeunes, chaque année. Oui il concernera bien plusieurs ministères, oui, le ministère des Armées sera amené à apporter son soutien, son savoir-faire, son expertise, comme je le disais tout à l'heure puisque nous faisons déjà beaucoup de choses en faveur des jeunes...

YVES CALVI
A partir de quand Florence PARLY ?

FLORENCE PARLY
Cela fera partie des décisions qui sont à prendre, en tout cas, il y aura un service national universel au cours du quinquennat.

YVES CALVI
La Journée de Défense, la Journée de Défense et de Citoyenneté va-t-elle disparaître pour le coup ?

FLORENCE PARLY
Ça fait partie des questions qu'il faudra traiter, puisque nous allons nous inscrire dans un dispositif plus long, puisque ce service universel se situera entre 3 et 6 mois, donc probablement la Journée Défense et Citoyenneté aura vocation à se restructurer, voire à se fondre à l'intérieur de ce service national universel. Mais je ne veux pas préjuger du format que prendra ce service national, encore une fois un peu de patience, je sais que ça passionne énormément beaucoup de gens, et c'est extrêmement positif parce que c'est un magnifique projet, mais encore quelques semaines de patience et je pourrais venir vous en dire plus.

YVES CALVI
Merci Florence PARLY, vous serez la bienvenue, bien entendu, sur la première radio de France. Très bonne journée à vous.

FLORENCE PARLY
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 mars 2018

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