Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec France Info le 26 mars 2018, sur le passage à l'acte des terroristes, la baisse du déficit public, la commande à Alstom de 100 TGV du futur et sur la mise en examen de Nicolas Sarkozy. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec France Info le 26 mars 2018, sur le passage à l'acte des terroristes, la baisse du déficit public, la commande à Alstom de 100 TGV du futur et sur la mise en examen de Nicolas Sarkozy.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti :
JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
L'attentat de Trèbes et le sacrifice du Lieutenant-colonel Arnaud BELTRAME ont évidemment marqué l'actualité de ces derniers jours. Le secrétaire général des Républicains, Geoffroy DIDIER, était l'invité de Radio J hier, et il a évoqué le cas de ces personnes que l'on sait radicalisées, mais dont on n'imagine pas qu'elles passeront à l'acte. Que faire avec ces personnes ? La réponse de Geoffroy DIDIER.

GEOFFROY DIDIER, SECRETAIRE GENERAL DELEGUE LES REPUBLICAINS - hier sur Radio J
J'appelle le gouvernement, j'appelle Emmanuel MACRON à faire preuve de moins de naïveté, je demande que l'on mette ces personnes qui ont été considérées par les services de renseignements, comme pouvant passer à l'acte, hors d'état de nuire. Si Emmanuel MACRON avait suivi cette proposition constante de Laurent WAUQUIEZ, eh bien ce qui s'est passé vendredi, n'aurait pas eu lieu.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est vrai que les circonstances dans lesquelles se déroule cet attentat, doivent nous amener à réfléchir. On repère des individus radicalisés, mais comment déterminer le passage à l'acte ? C'est une question difficile.

BRUNO LE MAIRE
Oui. Avant de rentrer dans les polémiques que Les Républicains souhaitent visiblement ouvrir, vous me permettrez tout de même de rendre hommage à Arnaud BELTRAME et aux trois autres victimes des attentats. « Je meurs et France demeure, mon amour et mon refus. Ô mes amis si je meurs, vous saurez pourquoi ce fut ». C'est le poème d‘ARAGON, auquel me fait penser l'acte d'héroïsme du Lieutenant-Colonel BELTRAME. Et permettez-moi de vous dire que ça me semble plus important que les polémiques que certains veulent ouvrir.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais, une question se pose...

BRUNO LE MAIRE
Il n'y a aucune naïveté de la part du président de la République, aucune naïveté de la part de ce gouvernement, qui je le rappelle a décidé d'embaucher sur la durée du quinquennat, 1 900 personnes supplémentaires pour faire du renseignement, en particulier sur l'islam politique, qui a décidé d'augmenter les moyens de la gendarmerie, qui a décidé de recruter davantage de fonctionnaires de police. Je ne vais pas rentrer dans la polémique consistant à faire des comparaisons avec ce qui a pu être fait par le passé, je veux simplement vous dire que le président de la République, le Premier ministre, l'ensemble du gouvernement dans les fonctions qui sont les leurs, sont totalement déterminés à combattre le terrorisme et ce qui est à la racine du terrorisme, l'islam politique.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça n'est pas dans votre compétence, évidemment, mais tout de même, la scène qui s'est déroulée vendredi, pose quelques questions. Voilà un individu repéré par les services de police, mais qui malgré tout passe à l'acte, et la détermination de ce moment où on passe à l'acte, est sans doute complexe, mais là, visiblement...

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr, mais il y aura une enquête...

JEAN-MICHEL APHATIE
La surveillance n'a pas fonctionné ou a mal fonctionné.

BRUNO LE MAIRE
Il y aura une enquête, nous verrons ce qui a pu ne pas fonctionner, si des choses n'ont pas bien fonctionné. Je rappelle qu'il y a plus de 10 000 personnes qui sont fichées S notamment pour radicalisation, donc ça interroge évidemment à chaque fois les services de renseignements, les services de police...

JEAN-MICHEL APHATIE
Près de 20 000 je crois.

BRUNO LE MAIRE
Les Français ont droit à la transparence, à la vérité totale sur le sujet, ils l'auront, mais je pense qu'il serait préférable d'éviter toute polémique sur ce sujet.

BRUCE TOUSSAINT
Bruno LE MAIRE, était-ce évitable ? C'est le mot utilisé par Geoffroy DIDIER.

BRUNO LE MAIRE
A chaque attentat, on se pose cette question : est-ce qu'on aurait pu éviter ? Moi, après chaque attentat, je me dis, comme responsable politique ou même comme simple citoyen, nous pouvons toujours faire mieux, nous pouvons toujours améliorer les choses, nous pouvons toujours tirer les leçons de ce qui s'est passé. Et je crois qu'un responsable politique doit toujours tirer les leçons de ce qui s'est passé. Mais je pense qu'on peut le faire en évitant de rentrer dans des polémiques politiciennes, dans lesquelles certains s'engouffrent à chaque fois, systématiquement, de manière presque pavlovienne, comme si les attentats c'était pour eux une possibilité de sursaut politique. Eh bien je le regrette, parce que je pense que la France mérite mieux et que les personnes qui ont été victimes de ces attentats, le Lieutenant-Colonel qui s'est sacrifié pour un otage, mérite de la part de toute la classe politique, mieux que les polémiques politiciennes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà donc ce que l'on pouvait dire, ce que vous avez dit sur l'attentat qui s'est déroulé vendredi à Trèbes. Nous allons maintenant aborder votre actualité de ministre de l'Economie. L'INSEE a rendu publics ce matin à 07h30, les chiffres du déficit public pour 2017, ils sont meilleurs que prévu, 2,6 %, donc c'est l'un des meilleurs résultats depuis 10 ans. A quoi vous attribuez ce chiffre-là 2,6 % de déficit pour 2017 ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien d'abord, c'est une bonne nouvelle. C'est une bonne nouvelle pour les Français, c'est la preuve que la stratégie qui a été définie par le président de la République en matière de réduction de la dépense publique, de redressement des comptes publics et de croissance, est la bonne. Comme la stratégie est la bonne, ne changeons pas de stratégie. Moi je l'attribue d'abord à la croissance qui revient et qui revient parce que la confiance est là, parce que les entrepreneurs investissent, parce que les investisseurs retrouvent confiance dans notre pays. Je l'attribue aussi aux décisions que nous avons prises avec le gouvernement, avec le Premier ministre, avec Gérald DARMANIN. Moi je rappelle que lorsque la Cour des comptes a rendu son rapport au mois de juin 2017, elle estimait que le déficit serait au-dessus de 3 %, et nous avons pris avec Gérald DARMANIN et avec le Premier ministre, un certain nombre de décisions qui était difficiles, de réduction de la dépense publique, de surtaxe à l'impôt sur les sociétés pour compenser l'annulation de la taxe sur les dividendes, et c'est ce qui nous a permis d'être sous les 3 %. A l'époque, quand je disais, en juillet 2017, nous serons sous les 3 %, nous tiendrons cet engagement, ce genre de déclaration était suivi d'un scepticisme généralisé. Eh bien nous avons tenu nos engagements, nous avons tenu les engagements du Président de la République, qui pendant la campagne, avait dit : nous respecterons nos engagements européens.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors, j'ai une dépêche AFP 08h00... 07h45, pardon : les dépenses publiques ont augmenté de 2,5 % en 2017 contre 1 % en 2016, donc on ne va pas faire une querelle de chiffres, mais du moins, on va dire que la croissance a permis d'engranger des recettes fiscales supérieures.

BRUNO LE MAIRE
Oui, bien sûr.

JEAN-MICHEL APHATIE
Plutôt que la baisse des dépenses publiques qui...

BRUNO LE MAIRE
Non, non non, je ne suis pas d'accord avec cette analyse, Jean-Michel APHATIE. Je vous ai répondu...

JEAN-MICHEL APHATIE
... est très discutée. Ah je ne sais pas si c'est une analyse...

BRUNO LE MAIRE
Non non, mais ce sont des faits, ce sont des faits Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord.

BRUNO LE MAIRE
Je préférerais...

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais, dépêche AFP : les dépenses publiques ont augmenté.

BRUNO LE MAIRE
Eh bien nous allons compléter, les éléments de la dépêche AFP. Oui la croissance, comme je vous l'ai dit, explique ces bons résultats, mais galement les décisions courageuses que nous avons prises. Quand nous avons décidé de réduire les aides au logement, dieu sait que ça a fait couler de l'encre, mais c'est de la réduction à dépenses publiques. Quand nous avons décidé pour la première fois depuis très longtemps de réduire le nombre d'emplois aidés parce que nous, nous faisons confiance aux emplois dans le secteur privé, beaucoup plus qu'aux emplois aidés qui sont des impasses, c'est de la réduction de la dépense publique. Donc c'est la conjugaison de cette croissance qui revient, parce que la confiance est retrouvée, parce que nous avons fait une réforme fiscale de grande ampleur, et de décisions courageuses sur la baisse de la dépense publique, qui donnent ces résultats. (…)

BRUCE TOUSSAINT
Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie et des finances, est l'invité de France Info ce matin. Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Réduction du déficit, meilleures rentrées fiscales, alors, bien sûr, il y a le problème et le débat de la cagnotte qui se posent…

BRUNO LE MAIRE
Je vois venir votre question…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais bien sûr, Joël GIRAUD, rapporteur général du Budget disait donc, il fait partie de la majorité, disait dans Les Echos, il y a un mois : nous pouvons redistribuer une partie de cette bonne fortune fiscale. Est-ce que vous admettez qu'il y a un débat, et peut-être qu'il faut redistribuer un peu des recettes fiscales que vous avez engrangées ?

BRUNO LE MAIRE
Moi, j'admets tous les débats, toutes les discussions sont les bienvenues avec la majorité, mais je voudrais rappeler quand même quelques évidences, nous avons 2,6 % de déficit public, je le redis, c'est une bonne nouvelle, et c'est la preuve que la stratégie du gouvernement et du président de la République est la bonne. Mais ça reste un déficit, ça veut dire qu'on continue à dépenser trop d'argent, et comme dirait La Palice, tant que nous ne sommes pas en excédent, nous sommes en déficit, tant que nous sommes en déficit, il faut continuer à emprunter pour rembourser notre dette. Et ces emprunts pour rembourser notre dette, ça coûte très cher. Je rappelle que si demain – ce qui est fort probable – les taux d'intérêt augmentent d'un point, eh bien, il faudra dépenser trois milliards de plus chaque année pour rembourser notre dette. Est-ce que c'est vraiment ce qu'on veut ? Non. Donc moi, je souhaite que nous tenions notre cap, nos réductions de la dépense publique, et surtout de réduction de la dette, parce que vous avez très aimable avec moi, ce matin, Jean-Michel APHATIE, mais vous auriez pu rappeler que l'endettement public continue à augmenter, comme…

JEAN-MICHEL APHATIE
2,218 milliards millions…

BRUCE TOUSSAINT
Deux mille deux cent milliards…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, pardon, je suis comme KRASUCKI, je mets des zéros là où il ne faut pas…

BRUNO LE MAIRE
Deux mille deux cent milliards de dette, mais surtout, vous voyez que, je vais être très honnête avec vous…

JEAN-MICHEL APHATIE
Deux mille deux cent milliards…

BRUCE TOUSSAINT
97 % du PIB, d'ailleurs, Bruno LE MAIRE…

BRUNO LE MAIRE
97 % du PIB en 2017 contre 96,6 % l'année précédente. Donc je le redis, ça veut dire que, parce que les déficits publics restent encore trop importants à mes yeux, nous sommes obligés d'emprunter, nous sommes obligés de nous endetter, et la dette est un poison lent sur l'économie française et sur les Français…

BRUCE TOUSSAINT
On va atteindre 100 % ? On va atteindre 100 ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, tout le combat va être justement de ne pas atteindre ces 100 %, de prendre toutes les mesures de réduction…

BRUCE TOUSSAINT
Si vous restez à votre poste le plus longtemps possible, on peut vous le souhaitez, vous serez peut-être le ministre de l'Economie et des finances qui aura ce 100 % ?

BRUNO LE MAIRE
Mais je ne souhaite pas décrocher cette timbale, Bruce TOUSSAINT…

BRUCE TOUSSAINT
Mais c'est inéluctable, non ?

BRUNO LE MAIRE
Je souhaite au contraire… Non, rien n'est inéluctable, on nous disait que dépasser 3 % était inéluctable, nous sommes arrivés à passer sous cette barre des 3 %. Eh bien, la réduction de la dette, ça doit être un objectif prioritaire pour le gouvernement, prioritaire pour les Français, parce que, demain, c'est nos enfants qui paieront, parce que c'est de l'argent mal employé. Moi, quand je vois la situation des hôpitaux, quand je vois la situation de certains services publics, je me dis que j'aimerais bien qu'on dépense moins là où c'est moins nécessaire pour retrouver des marges de manoeuvre pour aider les Français qui en ont le plus besoin, pour aider le système hospitalier, pour aider notre système de soins, pour avoir des unités de soins palliatifs pour tous les Français, quels qu'ils soient, où qu'ils se trouvent en France. C'est ça mon objectif. Je ne fais pas de cet objectif les 3 % ou la réduction de la dette un totem, j'en fais une volonté pour améliorer la situation des Français, pour que chaque Français, demain, puisse avoir de l'argent public bien employé.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc, c'est clair, Bruno LE MAIRE, il n'y a pas de cagnotte ?

BRUNO LE MAIRE
Mais comment peut-on employer ce mot que je ne prononce même pas…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, c'est clair !

BRUNO LE MAIRE
Quand il y a deux mille deux cent milliards de dette.

JEAN-MICHEL APHATIE
De dette. D'accord, alors, il faut… pour cette année, la prévision de déficit, elle est de 2,8 % pour l'instant, vous la maintenez comme ça ou vous pensez qu'on sera en dessous ?

BRUNO LE MAIRE
Je la maintiens. Je la maintiens…

JEAN-MICHEL APHATIE
2,8…

BRUNO LE MAIRE
Et je ferai tout, avec le reste du gouvernement, avec Gérald DARMANIN, en particulier, pour faire mieux que ce qui a été annoncé.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors, pour être précis, le commissaire Pierre MOSCOVICI rappelait que la moyenne dans la zone euro du déficit…

BRUNO LE MAIRE
Elle est de 1,6 %...

JEAN-MICHEL APHATIE
De 0,9, donc….

BRUCE TOUSSAINT
0,9 pour 2018. 1,1 % pour 2017…

JEAN-MICHEL APHATIE
On a du chemin à faire…

BRUNO LE MAIRE
Donc ça veut dire qu'il nous reste un chemin important à faire, mais réjouissons-nous de ces chiffres parce qu'ils prouvent que, pour la première fois depuis dix ans, nous sommes dans la bonne direction. La stratégie est la bonne, et je le rappelle, au-delà de ce que ça va nous permettre de faire ensuite pour les Français, ça nous permet aussi de retrouver notre crédibilité en Europe. Aujourd'hui, quand le président de la République s'exprime en Europe, il est écouté et il est respecté.

JEAN-MICHEL APHATIE
Dans ce résultat, rien à mettre au crédit de François HOLLANDE ? Il n'y est pour rien dans ce résultat, les choix qu'il a faits, rien ?

BRUNO LE MAIRE
Tout à mettre au crédit des Français. Je rappelle que si nous avions…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, non, ce n'est pas la question. Est-ce que parmi…

BRUNO LE MAIRE
Mais Jean-Michel APHATIE, mais je ne veux pas rentrer…

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que ce bon résultat est aussi le résultat de choix de François HOLLANDE…

BRUNO LE MAIRE
Je ne veux pas rentrer dans de mauvaises polémiques là-dessus, mais je dirais simplement que lorsque nous sommes arrivés au ministère de l'Economie et des finances avec Gérald DARMANIN, nous avions trouvé un déficit public au-dessus des 3 %. Relisez le rapport de la Cour des comptes, il dit beaucoup mieux que moi ce qu'il y avait à dire sur al gestion passée…

JEAN-MICHEL APHATIE
Pierre GATTAZ, président du MEDEF, s'inquiète d'une réforme que vous vous apprêtez à mettre en oeuvre. Le prélèvement de l'impôt sur le revenu à la source dès janvier prochain, c'est beaucoup trop tôt pour Pierre GATTAZ, on l'écoute, il était sur RTL.

PIERRE GATTAZ, PRESIDENT DU MEDEF, DOCUMENT RTL « LE GRAND JURY » 25 MARS 2018
Nous sommes très inquiets sur le prélèvement à la source, nous l'avons dit depuis trois, quatre ans. Moi, je demande à ce qu'on soit très prudent, je demande, en effet, qu'il y ait un moratoire, en tout cas, je demande à ce que, on puisse, si vous voulez, beaucoup mieux préparer ce sujet. Attention à l'impact psychologique auprès des collaborateurs, des salariés, des Français, du pouvoir d'achat, de la consommation.

JEAN-MICHEL APHATIE
Les entreprises ne sont pas prêtes, dit Pierre GATTAZ, vous l'entendez ?

BRUNO LE MAIRE
Enfin, on ne fait pas une politique avec des moratoires, sinon, on n'avance pas beaucoup. Mais moi, j'entends…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous avez retardé d'un an le prélèvement…

BRUNO LE MAIRE
J'entends les inquiétudes des chefs d'entreprise, j'entends les inquiétudes des PME, beaucoup, François ASSELIN, le président de la Confédération des PME, est venu me parler de ces inquiétudes, donc nous allons regarder très attentivement, c'est Gérald DARMANIN qui est responsable de ce sujet, comment est-ce qu'on peut répondre à chacune des inquiétudes des chefs d'entreprise, comment est-ce qu'ils feront leurs déclarations, qu'est-ce qu'ils risquent si la déclaration n'est pas bien faite, moi, je les entends ces inquiétudes, elles sont légitimes. Donc nous allons y répondre.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais le 1er janvier sera le moment où démarrera le prélèvement à la source ou vous pourriez retarder le début de prélèvement ?

BRUNO LE MAIRE
Mais nous nous sommes donné du temps pour justement améliorer le dispositif, parce que nous estimions qu'il n'était pas prêt, nous nous sommes donné une année supplémentaire, nous avons corrigé certaines choses, il s'appliquera au 1er janvier 2019.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce que dit Pierre GATTAZ de l'impact psychologique, vous le redoutez ? Les gens verront leur feuille de paie amputée de l'impôt…

BRUNO LE MAIRE
J'entends, une fois encore, vous savez, je n'écarte pas d'un revers de main les critiques et les inquiétudes, nous les écoutons, et nous y répondons.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est-à-dire ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, c'est-à-dire que si on peut…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais l'impact psychologique, il va être important ou pas, à votre avis ?

BRUNO LE MAIRE
Ainsi, on peut aussi voir l'impact psychologique positif qu'il y a pour des gens qui ont des revenus qui varient beaucoup d'une année sur l'autre, qui n'auront plus ce décalage d'un an pour le paiement des impôts…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est une minorité, une minorité minime même…

BRUNO LE MAIRE
Non, toutes les personnes qui sont en CDD et toutes les personnes qui ont des revenus variables auront, cette fois-ci, une imposition qui suivra la réalité de leurs revenus…

BRUCE TOUSSAINT
Pour être clair, vous pourriez éventuellement décaler le prélèvement à la source pour certaines sociétés ?

BRUNO LE MAIRE
Non, non, Bruce TOUSSAINT, ce n'est pas ce que je dis…

BRUCE TOUSSAINT
Vous disiez à l'instant : on va répondre aux inquiétudes…

BRUNO LE MAIRE
Je dis qu'il y a des inquiétudes très précises des chefs d'entreprise sur les modalités de déclaration, sur les protections dont ils ont besoin. Nous répondrons à ces inquiétudes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc 1er janvier, prélèvement à la source…

BRUCE TOUSSAINT
Pour tout le monde…

BRUNO LE MAIRE
1er janvier, c'est le délai qui a été fixé, il sera tenu…

JEAN-MICHEL APHATIE
Comme prévu. Vous avez déclaré ceci jeudi, qui a un peu surpris, vous étiez chez ALSTOM Belfort.

BRUNO LE MAIRE, LE 22 MARS 2018 (IMAGES FRANCE 3)
La décision est prise, elle sera effective, la commande des 100 TGV du futur aura lieu pour le site de Belfort, pour le site de La Rochelle en particulier, je crois que c'était très important d'entendre que cette nouvelle-là était confirmée.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez même dit, c‘est l'Etat qui commande 100 TGV du futur, alors, c'est le conseil d'administration de SNCF Mobilités qui devra le faire…

BRUNO LE MAIRE
Oui, je vous confirme que c'est le conseil d'administration de la SNCF, je confirme aussi que ce n'est pas une grande nouvelle, puisque, je m'étais rendu avec Elisabeth BORNE, la ministre des Transports, à Belfort, et j'avais confirmé cette commande, qui est une ancienne commande, mais qui est une bonne nouvelle pour Belfort, comme je recevais les représentants d'ALSTOM, je leur ai confirmé une nouvelle que je leur avais déjà annoncée il y a plusieurs mois.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors SNCF Mobilités a refusé de commenter la nouvelle parce que visiblement, ils ont été un peu pris de court, sur ces 100 TGV du futur, vous pouvez nous dire si ce sont 100 commandes fermes ou s'il y aura des options, parce que, on nous dit d'un côté que la SNCF est endettée à hauteur de 45 ou 46 milliards, et puis, là, voilà une commande qui tombe dont on ne sait pas si elle sera financée en fait ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, laissez à la SNCF Mobilités le soin de répondre à cette question.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que vous n'avez pas parlé un peu vite, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je n'ai fait que confirmer des propos que j'avais tenus il y a déjà plusieurs mois, sur lesquels nous travaillons l'Etat avec la SNCF Mobilités.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et en pleine réforme de la SNCF, est-ce que c'est un signal qui correspond à ce que l'on veut faire de la SNCF, c'est-à-dire un établissement autonome qui n'est pas sous la coupe du pouvoir politique ?

BRUNO LE MAIRE
Vous savez, à côté de la réforme de la SNCF, il y a la vie qui continue, il y a aussi la vie d'ALSTOM, il y a la vie de ce grand constructeur ferroviaire qui a besoin de savoir quelles vont être ses activités dans les mois qui viennent, il y a les inquiétudes des salariés de La Rochelle, les inquiétudes des salariés de Belfort, et mon rôle de ministre de l'Economie est aussi de tenir compte de toutes les inquiétudes et de répondre aux attentes de l'industrie française, en la matière, l'industrie ferroviaire, c'est la SNCF qui prendra la décision, mais ce sont des choix qui ont été faits il y a maintenant plusieurs mois. (…)

BRUCE TOUSSAINT
Bruno LE MAIRE est l'invité de Franceinfo ce matin. Au sujet de cette attaque terroriste dans l'Aude, Marine LE PEN qui est invitée de BFMTV ce matin, demande à l'instant la démission de Gérard COLLOMB. « Monsieur COLLOMB est complètement dépassé, dit-elle, par les événements. Il faut qu'il démissionne. » Par ailleurs, elle estime qu'Emmanuel MACRON n'a jamais pris la mesure du risque terroriste. Que répondez-vous à la présidente du Front national ?

BRUNO LE MAIRE
Je vais vous faire la même réponse que tout à l'heure. Moi, je suis stupéfait pour ne pas dire scandalisé par les réflexes pavloviens de la vieille politique française. Quels que soient les événements, c'est toujours la même réaction ; on peut quasiment vous les écrire à l'avance : les appels à la démission, la condamnation pour naïveté. Il n'y a aucune naïveté de la part de ce gouvernement. Il y a la volonté de faire face à cette réalité terroriste et faire face à quelque chose qui, de toute façon, prendra du temps. Cela fait des années que je parle de ce combat, c'est le combat contre l'islam politique. Oui, l'islam politique gangrène notre société. Oui, l'islam politique est présent partout en France.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et on en a pris la mesure d'après vous ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que nous en avons pris la mesure. Je crois aussi que ça prendra du temps pour arriver à répondre à cet islam politique, à le combattre avec efficacité. C'est l'éducation, c'est un combat culturel, c'est un combat qui se joue dans nos écoles, dans nos classes, dans nos collèges, dans nos lycées, dans nos universités. C'est un combat qui se joue dans la vie de tous les jours. C'est un combat qui ne se livre pas simplement dans les quartiers mais dans les consciences. La lutte contre l'islam politique, c'est la lutte d'une génération. Ce n'est pas du jour au lendemain que nous arriverons à obtenir des résultats sur ce front-là. Mais c'est un combat qui doit nous engager tous, tous sans exception.

BRUCE TOUSSAINT
Solidarité donc autour de votre collègue de l'Intérieur monsieur Gérard COLLOMB.

BRUNO LE MAIRE
Mais moi j'estime que Gérard COLLOMB fait depuis le début un travail remarquable. Je pense qu'il a pris toute la mesure des défis qui sont les siens. Quand il faut lutter contre l'immigration illégale et qu'il prend un certain nombre de décisions qui sont difficiles et qu'on lui reproche d'aller trop loin, j'estime au contraire qu'il a pris la pleine mesure de ce défi migratoire et de la nécessité d'apporter des solutions nouvelles. Sur le terrorisme, je vais vous dire, au plus profond de moi-même ça me choque ces réactions. Parce que je les trouve vieilles, je les trouve datées et je les trouve particulièrement déplacées. C'est bien la preuve qu'il y a dans la classe politique des gens qui feraient peut-être bien de changer de métier parce qu'ils n'ont pas compris que les Français étaient passés à autre chose.

JEAN-MICHEL APHATIE
Changer de métier ? Vous voulez dire que c'est Marine LE PEN qui devrait démissionner ?

BRUNO LE MAIRE
Mais oui. Mais quand j'entends Marine LE PEN appeler à la démission de Gérard COLLOMB parce qu'il y a eu un drame qui nous touche tous, je me dis : « Mais il faut faire preuve d'un peu plus d'inventivité et surtout de responsabilité. »

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça fait partie du débat de lui demander de démissionner. Enfin, dire à certains de démissionner, ça veut dire quoi ? Vous pensez qu'il y a des gens qui n'ont plus droit à la parole ou ne peuvent pas dire ce qu'ils disent ? Qu'est-ce que vous voulez dire ?

BRUNO LE MAIRE
Chacun est libre de dire ce qu'il veut dire, Jean-Michel APHATIE. Je dis simplement que c'est décevant. C'est profondément décevant et je pense que les Français aspirent, de la part de leurs responsables politiques, à des propos différents. Qu'on puisse critiquer évidemment, apporter des réponses nouvelles évidemment, faire des suggestions évidemment, c'est ça le débat politique. Mais je le redis, l'appel à la démission, ç'a un côté pavlovien et profondément décevant.

JEAN-MICHEL APHATIE
Nicolas SARKOZY a été mis en examen la semaine dernière dans le cadre du supposé financement libyen dans la campagne présidentielle de 2007. Il se défendait jeudi soir sur le plateau de TF1.

NICOLAS SARKOZY, ANCIEN PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE – document TF1
Nous sommes en mars 2018, il n'y a pas un document, pas une photo, pas un compte, pas une preuve matérielle. Il n'y a que la haine, la boue, la médiocrité, la malveillance et la calomnie.

JEAN-MICHEL APHATIE
La calomnie. Vous y croyez à la calomnie ? Vous pensez que c'est la calomnie ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que la justice fera son travail. Il faut la laisser travailler sereinement. Moi, je n'ai aucun commentaire particulier à faire sur cette affaire dont je ne connais ni les tenants ni les aboutissants.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez confiance en l'honnêteté de Nicolas SARKOZY ?

BRUNO LE MAIRE
Vous savez, moi j'ai une relation personnelle avec Nicolas SARKOZY. Je l'ai appelé pour lui dire mon amitié et mon soutien parce que c'est une épreuve, le moment qu'il traverse.

BRUCE TOUSSAINT
Comment vous l'avez trouvé au 20 heures de TF1 ? Vous l'avez regardé ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, je l'ai regardé.

BRUCE TOUSSAINT
Comment vous l'avez trouvé ?

BRUNO LE MAIRE
C'est un homme qui se défend. Il est légitime qu'il se défende et il est légitime que la justice fasse son travail.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez confiance dans sa démarche, dans l'honnêteté de sa démarche ?

BRUNO LE MAIRE
Mais je n'ai pas à exprimer une confiance…

JEAN-MICHEL APHATIE
Si vous l'avez appelé, c'est que vous avez une forme de confiance en lui, que vous pensez qu'il est accusé à tort.

BRUNO LE MAIRE
C'est parce que j'ai une relation personnelle avec lui et quand vous avez un ami qui fait face à une difficulté, vous lui apportez son soutien. Ensuite, il y a une affaire de justice, la justice tranchera. Elle doit faire son travail librement, sereinement, comme dans n'importe quelle autre démocratie.

JEAN-MICHEL APHATIE
« Sa garde à vue était inutile et humiliante » a dit Laurent WAUQUIEZ. Vous êtes d'accord avec ça ?

BRUNO LE MAIRE
Je n'ai pas à juger.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous n'avez pas à juger.

BRUNO LE MAIRE
Je n'ai pas à juger des décisions qui sont prises par la justice de mon pays.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le contrôle judiciaire ? Surpris ? « Pas à juger des décisions de la justice de mon pays. »

BRUNO LE MAIRE
J'ai peur d'être très répétitif, Jean-Michel APHATIE. Je pense que c'est très important dans une démocratie, surtout une grande démocratie comme la France, que les responsables politiques ne se mettent pas à juger la justice. La justice est libre, elle est indépendante et elle fait son travail.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous apparteniez à l'UMP et aux Républicains lors des deux campagnes électorales de 2007 et de 2012. Toutes les deux font l'objet d'une enquête de la part de la justice pour financement illégal. Ce n'est pas terrible.

BRUNO LE MAIRE
J'ai fait partie effectivement de la campagne de 2012.

JEAN-MICHEL APHATIE
Davantage que celle de 2007, oui.

BRUNO LE MAIRE
Je ne vous rappellerai pas le passé politique de 2007 mais oui, j'ai fait partie de cette campagne politique.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et toutes les deux sont suspectées d'un financement illégal par la justice aujourd'hui.

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais il ne vous a pas échappé que je n'étais pas membre de ces équipes de campagne.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais enfin, c'est un constat un peu triste pour la démocratie.

BRUNO LE MAIRE
Laissez la justice faire son travail et attendez ses conclusions. Ne tirez aucune conclusion hâtive.

BRUCE TOUSSAINT
Un tout dernier mot. La croissance, 2 %. Ça vient d'être confirmé pour 2017. Et pour 2018 ?

BRUNO LE MAIRE
Pour 2018, on va tout donner pour faire aussi bien.

BRUCE TOUSSAINT
2 %, c'est votre objectif ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, aujourd'hui, la prévision c'est 1,7.

BRUNO LE MAIRE
La prévision est en-dessous de cela. Je peux vous dire simplement que toutes les mesures que nous prenons, notamment le projet de loi sur la croissance et la transformation des entreprises que je présenterai le 2 mai au Conseil des ministres, a vocation à libérer le potentiel de croissance de nos entreprises, en particulier de nos PME.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE. Bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 mars 2018

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