Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à CNews le 27 mars 2018, sur la propagande djihadiste par internet et les bénéfices des géants de l'iinternet (GAFA). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à CNews le 27 mars 2018, sur la propagande djihadiste par internet et les bénéfices des géants de l'iinternet (GAFA).

Personnalité, fonction : MAHJOUBI Mounir, LECLERC Gérard.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au numérique;

ti :


GERARD LECLERC
Mounir MAHJOUBI, bonjour.

MOUNIR MAHJOUBI
Bonjour.

GERARD LECLERC
Vous êtes donc secrétaire d'Etat au Numérique. L'actualité, bien évidemment, c'est les suites de l'attentat de l'Aude, avec des mots très durs de Laurent WAUQUIEZ : « Emmanuel MACRON ne combat pas le terrorisme, ne lutte pas contre le communautarisme, avec suffisamment de fermeté contre la barbarie islamiste », et il demande le rétablissement de l'état d'urgence, l'internement des fichés S les plus dangereux et l'expulsion des fichés S étrangers. Qu'est-ce que vous en pensez ?

MOUNIR MAHJOUBI
J'en pense que ces commentaires sont malvenus, j'en pense que la France vient encore de subir un acte terroriste, j'en pense qu'on a des forces de l'ordre qui ont été dans cette histoire, toujours exemplaires, qui nous protègent, et je pense que ce gouvernement, nous avons depuis plusieurs mois, notamment après la fin de l'état d'urgence, mis en place un dispositif qui amène à augmenter la sécurité des Français. Notre seule mission c'est d'assurer la sécurité des Français. des recrutements, il faut des hommes, près de 10 000 sur le quinquennat, il faut aussi plus d'informations, plus de 2 000 recrutements humains pour le renseignement, c'est renforcer les outils du renseignement, c'est renforcer les outils de la protection, c'est s'assurer qu'on a du renseignement de proximité, qu'on a aussi du renseignement international, c'est s'assurer que l'on agit aussi sur les terrains de guerre, c'est s'assurer qu'il n'y a aucune tolérance aujourd'hui face à ces idées. C'est aussi lutter contre la radicalisation. Ceux qui simplifient le sujet, ceux qui comme WAUQUIEZ, caricaturent l'action, ils abîment l'action de la France, ils abîment l'action des services de sécurité qui au quotidien nous protègent. Dans cette histoire, on a de nombreux services de l'Etat, qui du début à la fin se sont engagés de façon exemplaire. Est-ce qu'il faut faire mieux ? Oui. Est-ce qu'il faut plus de moyens ? Oui. Est-ce qu'on est en train de le faire ? Oui.

GERARD LECLERC
Il y a quand même Manuel VALLS, qui est un député apparenté la République En Marche !, qui a demandé qu'on examine, qu'on réfléchisse et qu'on instaure éventuellement une rétention pour les plus dangereux et qu'on interdise le salafisme. Ce n'est pas possible ?

MOUNIR MAHJOUBI
J'ai entendu sa proposition, je ne sais pas si c'est possible ou pas possible, c'est une décision, c'est un débat qui peut avoir lieu. Aujourd'hui, le sujet c'est la sécurité, le renseignement et les moyens humains de proximité. C'est ça qui va protéger les Français. Depuis le début de l'année, il y a déjà deux attentats qui ont été évités, et l'année dernière c'est plusieurs dizaines. Oui, le risque n'a jamais été aussi important, oui, le risque n'a jamais été aussi important partout sur le territoire, et cet acte terroristes là le prouve aucun territoire n'est épargné, y compris ceux les plus éloignés des grandes villes. Donc aujourd'hui, cette prise de conscience, elle doit être collective, et tous ceux qui abîment l'action par des paroles légères, abîment la capacité que l'on a de se protéger. Je le rappelle, deux attentats évités depuis le début de l'année et nous ne sommes qu'au mois de mars. Donc, aujourd'hui, nos forces elles sont mobilisées et nous mettons encore plus de moyens pour leur donner la capacité de nous protéger.

GERARD LECLERC
Mais il n'y a pas de mesures nouvelles à prendre, et notamment concernant justement ces fameux fichés S ?

MOUNIR MAHJOUBI
Aujourd'hui, la question sur les fichés S, il y en a qui caricaturent et qui disent : mettons tous ces fichés S en prison. Ça n'est ni possible, ni possible juridiquement et ni souhaitable juridiquement. Aujourd'hui, la grande question c'est comment on a plus de renseignements, pour, parmi ces fichés S, identifier ceux qui sont vraiment à risques, c'est ça tout le sujet. C'est pour ça que dans les déclarations de Manuel VALLS, vous voyez qu'il y a légèrement plus de nuances, que dans celles de monsieur WAUQUIEZ, et que le sujet c'est bien ceux qui présentent le plus grand risque immédiat. C'est pour ça que dans ces cas-là, la DGSI place les personnes dans un nouveau statut de suivi plus régulier, parce que le risque qu'ils comportent, le risque de passage à l'action est le plus... détecté comme étant le plus viable. Donc sur ces sujets-là, il n'y a pas de caricature possible, le seul moyen c'est du renseignement, des moyens humains, de la capacité à intervenir, et aujourd'hui, sur chacun de ces points-là on a investi de l'argent et des humains.

GERARD LECLERC
Alors, vous êtes secrétaire d'Etat au Numérique, or on sait que la propagande djihadiste, de Daesh, ça passe par Internet, ça passe par les réseaux sociaux. Vous savez, Xavier BERTRAND, ici même, avait parlé de l'imam Google. Il n'y a pas quelque chose à faire ?

MOUNIR MAHJOUBI
Alors il y a quelque chose à faire, il y a quelque chose sur laquelle on s'est vraiment engagé, c'est-à-dire que pour la lutte contre la radicalisation et pour la lutte contre la diffusion des contenus terroristes, parce que sur Internet il y a aussi de véritables et profonds contenus terroristes qui sont diffusés. On a, au mois de septembre dernier avec le président de la République, à New York au sein de l'AG de l'ONU, réuni quelques grands représentants de ces plateformes en ligne, qui sont les chambres d'écho de ces contenus, et on leur a rappelé leurs responsabilités. Theresa MAY était là, le président du Conseil italien, Emmanuel MACRON, et un accord...

GERARD LECLERC
Mais ça suffit de les mettre devant leurs responsabilités ?

MOUNIR MAHJOUBI
Oui parce que sur ce sujet aujourd'hui, et en quelques mois, ils ont pris leurs responsabilités et sur les contenus terroristes, aujourd'hui nous arrivons à un point où on arrive à retirer ces contenus dans l'heure de leur détection et même au moment où elles sont mises en ligne sur les plateformes. Autant sur les sujets de haine en ligne, vous l'entendrez dire qu'ils ne font pas assez, vous m'entendrez à chaque fois le souligner, sur ces sujets de terrorisme, ils ont compris l'urgence, ils ont compris l'exigence démocratique et ils se sont mobilisés. Maintenant, deuxième étape, c'est la radicalisation, ça c'est plus compliqué, un contenu terroriste ça s'identifie, c'est on/off, c'en est un, c'en et pas un, dès que c'en est un, on le supprime. Les contenus de radicalisation, ou les actes de radicalisation, sont plus subtiles, c'est-à-dire que ce sont des contenus qui vont favoriser une prise de conscience déviée de la vérité, et donc dans ces cas-là, il faut plus d'enquêteurs, spécialistes d'Internet, capables de remonter les filières, capable de remonter qui sont les hébergeurs, en France mais très souvent, plutôt à l'étranger, essayer de comprendre comment se construit cette communauté de la radicalisation en ligne. Eh bien sur ces sujets-là, encore une fois je le rappelais, il n'y a qu'une seule recette, vous savez, c'est avoir plus intelligence, donc on a mis plus de policiers, plus de gendarmes, spécialistes du numérique, qui et grâce à la LPM qui arrive, vont pouvoir avoir le droit aussi d'enquêter sous pseudonyme, qu'ils vont pouvoir se faire passer pour, pour mener des enquêtes en ligne et qui vont pouvoir au fur et à mesure, remonter et de façon très précise, mettre fin à ces comportements.

GERARD LECLERC
Alors, vous l'avez évoqué sur les réseaux sociaux il y a aussi tous les messages racistes, xénophobes, que l'on trouve, qui peuvent conduire d'ailleurs à des drames, comme on vient d'en vivre à Paris. Là aussi on peut agir, on agit suffisamment ?

MOUNIR MAHJOUBI
Sur ce sujet, le président de la République et le Premier ministre l'ont rappelé, on ne peut plus tolérer les comportements qui existent aujourd'hui. Aujourd'hui une victime de harcèlement en ligne, une victime d'insultes racistes, antisémites, tous les jours on a plusieurs milliers de Français qui sont victimes de ces insultes.

GERARD LECLERC
Alors, qu'est-ce qu'on fait ?

MOUNIR MAHJOUBI
Face à ça, on a des plateformes qui disent : oui, nous sommes volontaires pour aider à supprimer. Mais contrairement aux contenus terroristes, où je vous ai dit que la règle c'était dans l'heure, voire même au moment de l'upload, sur les contenus de haine, c'est plus compliqué, là les plateformes ont mis moins de moyens, et donc une victime, elle, son niveau de tolérance c'est une minute, un minute de plus pour un contenu et c'est encore plus de blessures pour elle. Et puis face à ça, on a des plateformes qui vont mettre plusieurs jours, parfois plusieurs semaines, ça n'est pas acceptable, c'est pour ça qu'avec le Premier ministre et le président de la République, nous avons rappelé maintenant quelle était l'ambition de la France sur ce sujet, l'Allemagne a fait passer une loi, il se trouve que la Commission européenne aujourd'hui, a fait des propositions qui ne vont pas vers une législation, donc nous avons décidé de continuer à avancer sur une voie à la française, qui passera peut-être potentiellement par la mise en place d'un nouveau statut de responsabilité pour ces plateformes, entre celui d'hébergeur qui est un statut qui date de 2004 et d'éditeurs, où l'éditeur avait toutes les responsabilités, l'hébergeur n'en avait aucune et où on avait du mal à situer les plateformes, plutôt hébergeur, plutôt éditeur ? Eh bien pourquoi pas créer ce troisième statut ? On a nommé une commission avec monsieur Gil TAÏEB, monsieur AMELLAL, et madame la Députée Laetitia AVIA qui vont nous remettre des recommandations dans quelques semaines, sur ce qu'ils voient comme étant la meilleure des solutions. Le sujet il est simple : comment on détecte plus rapidement, comment on supprime, comment sanctionne la non-suppression ? Les Allemands ont décidé de dire : on doit supprimer tout de suites, sanction de plusieurs millions, on verra si on va jusque-là.

GERARD LECLERC
Parlons des GAFA. Les GAFA c'est GOOGLE, APPLE, FACEBOOK, AMAZON, qui gagnent des sommes considérables, des milliards, et qui paient très peu ou pas d'impôts. Alors Emmanuel MACRON a demandé à l'Europe, à la Commission, d'instaurer une taxe de 3 % sur les revenus. Est-ce que c'est possible, est-ce que c'est réaliste, est-ce que c'est suffisant ?

MOUNIR MAHJOUBI
C'est absolument nécessaire, c'est-à-dire que vous l'avez rappelé, ces plateformes, en France, vont vendre à des PME françaises, des espaces de publicité, pour toucher des clients français, ça représente plusieurs milliards d'euros de chiffre d'affaires. Zéro euro d'impôts sur ces transactions-là. C'est pourtant des transactions purement françaises, eh bien ça, aujourd'hui, les gens ne comprennent pas, parce que ces PME qui sont clientes de ces plateformes, elles payent leurs impôts sur les sociétés en France, elles paient toutes leurs impôts en France.

GERARD LECLERC
Donc il faut les taxer, par exemple 3 %, donc, sur le chiffre d'affaires. Pourquoi c'est si compliqué, pourquoi on n'y arrive pas ?

MOUNIR MAHJOUBI
Parce qu'on est dans une transition, c'est-à-dire que le monde est allé plus vite que le droit. Aujourd'hui, le droit fiscal international ne correspond pas à la réalité des flux internationaux, et certains pays, qui se sont construits, qui ont construit leur économie sur des avantages fiscaux qu'ils ont créés, sur...

GERARD LECLERC
C'est l'Irlande, par exemple, parlons clair.

MOUNIR MAHJOUBI
C'est l'Irlande, c'est le Luxembourg, c'est les Pays-Bas. Donc aujourd'hui, on ne va pas les sanctionner, ce sont nos pays frères, ce sont des pays avec qui nous avons construit l'Union européenne. Ensemble nous sommes l'Union européenne, donc le seul moyen d'y arriver, c'est d'avoir un plan de transition avec eux, c'est de dire : nous n'avons pas d'autre choix que d'arriver à une taxation équilibrée, 3 % sur le chiffre d'affaires, c'est équilibré, et il faut que ces pays acceptent de rentrer dans ce consensus avec tous les pays, mais pour cela, il faut qu'on le fasse aussi avec réalisme et que l'on dise, par exemple à l'Irlande, que ça va entraîner une modification de son économie, une transition de son économique, et que parce que nous sommes frères et parce que nous sommes l'Union européenne, eh bien plutôt que de cracher, plutôt que de tordre le bras, nous dirons : eh bien ensemble, on va accompagner cette transition. Si vous l'Irlande vous acceptez de participer à cet effort qui est de faire votre transition de modèle économique et de rejoindre cette communauté que nous formons ensemble, alors nous serons aussi capables de vous accompagner.

GERARD LECLERC
Alors, ces mêmes géants sont accusés de pratiques commerciales abusives, notamment sur les start-up, sur les développeurs de plates-formes.

MOUNIR MAHJOUBI
Tout le monde en a fait l'expérience. Quand on a un problème avec une plateforme, qu'on soit client particulier ou PME, il n'y a pas un numéro de téléphone qu'on appelle, il n'y a pas quelqu'un qu'on appelle en disant : oui, bonjour, je m'excuse mais apparemment vous m'avez supprimé, est-ce que vous pouvez me remettre ? Chaque fois que vous êtes un commerce ou une entreprise ou une start-up, qui fait un service sur ces plateformes, et qu'il vous arrive quelque chose, on vous déréférence, on vous enlève votre prix, on décide d'interdire votre application, vous n'avez pas de capacité d'appel, vous êtes face à un énorme immeuble qui n'aurait pas de porte d'entrée, et donc vous regardez juste les lumières s'allumer et s'éteindre.

GERARD LECLERC
Alors, qu'est-ce qu'on fait ?

MOUNIR MAHJOUBI
Eh bien on crée une responsabilité pour ces plateformes, vis-à-vis de ces petits acteurs. Alors ça c'est le vrai projet d'avenir, c'est ce que nous portons au niveau européen. Des déclarations de la Commission vont avoir lieu dans quelques semaines, et la France a été l'animateur et a été le porteur de ce sujet, pour ce qu'on appelle la régulation business, plateforme to business, la relation des plateformes avec les entreprises. Et puis au niveau français, la DGCCRF, après une enquête de plusieurs mois, a décidé de poursuivre ces plateformes et de proposer au ministre de l'Economie de les poursuivre pour pratiques abusives. Donc l'enjeu c'est : que cette enquête aille jusqu'au bout, que le jugement aille jusqu'au bout, mais surtout que le droit crée de nouvelles obligations, et ça c'est le projet que nous portons que la Commission européenne et des annonces seront faites très bientôt, et j'espère qu'elles seront courageuses.

GERARD LECLERC
Les Echos, notre confrère, titre ce matin sur le risque Cyber qui est de plus en plus menaçant notamment dans la finance, et à première vue, la France n'est pas très en pointe là-dessus, ne combat pas beaucoup.

MOUNIR MAHJOUBI
Alors, le risque Cyber, c'est un des risques les plus importants aujourd'hui pour notre économie. Nous avons rendu un livre blanc de la cyber défense et la cyber sécurité, qui a été construit par le gouvernement et les administrations en charge de la cyber sécurité en France et qui est très intéressant. Dans le premier chapitre, vous avez un état de la menace. Cette menace elle est nouvelle, elle est plus diffuse, ce n'est pas quelques grands pays, contre des grands pays, c'est une masse d'attaquants nouveaux, quelques amateurs, quelques-uns semi-professionnels, quelques-uns mercenaires, quelques-uns financés par des lobbys, financés par des pays, financés par des groupes d'intérêts, qui vont attaquer des groupes d'intérêts, des entreprises, ou parfois ne pas avoir de cible, c'est-à-dire qu'on va lancer un virus, qui va se diffuser et c'est lui le plus grand risque. Et le plus grand risque c'est nos PME, c'est nos entreprises.

GERARD LECLERC
Et alors, on fait quoi face à ça ?

MOUNIR MAHJOUBI
Alors face à ça, on a plusieurs niveaux. J'ai défendu au Parlement récemment une transposition de la directive dite Nice, je vous avouerai que le Parlement était peu remplis et qu'il a été peu suivi d'annonces journalistiques, mais qui crée un nouveau statut d'entreprise, dont on considère qu'ils sont, alors on avait avant les EIV, les Entreprises d'Intérêt Vital, eux ils étaient déjà très protégés, à un très haut niveau, par l'ANSSI, qui est l'Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d'Information, qui est une des agences les plus efficaces au monde, maintenant on crée une nouvelle catégorie d'entreprises, qui seront plusieurs centaines, peut-être plusieurs milliers, à qui on va donner de nouvelles obligations, en disant : si vous, vous êtes atteintes, votre responsabilité c'est de vous protéger, parce que si vous vous êtes atteintes, c'est le reste de l'économie qui va subir. Donc il fallait leur donner un statut. Et puis après, plus important, diffuser ça à toutes les TPE PME de France, parce que le risque, il sera partout sur le territoire.

GERARD LECLERC
Voilà, leur faire plus prendre conscience.

MOUNIR MAHJOUBI
Prendre conscience et faire les investissements nécessaires, quelques centaines, quelques milliers d'euros pour se protéger.

GERARD LECLERC
Et puis les GAFA, toujours, il y a toutes les atteintes à la vie privée. Alors on dit qu'il y a des données, pour chaque personne on aurait jusqu'à 80 données, ils sauraient à peu près tout ce qu'on fait, tout ce que est notre vie privée, et puis il y a eu récemment le scandale Facebook, donc 50 millions de données qui ont été utilisées par une entreprise de marketing, pas forcément très claire, pour donc vers les élections américaines, qu'est-ce qu'on fait face à ça ?

MOUNIR MAHJOUBI
Le sujet, il est double : il faut que les citoyens puissent reprendre le contrôle de leurs propres données, et pour ça, il faut qu'ils soient informés que leurs données sont quelque part, il faut qu'ils puissent décider de les supprimer, il faut qu'ils puissent décider de les rapatrier chez lui, ces données, c'est lui, et c'est pas qu'elles sont à lui, c'est lui, ces données, si on les appelle « personnelles », c'est qu'elles ont un rapport très particulier à nous, c'est l'extension de nous, eh bien c'est à nous de décider si on reste dans Facebook, dans Google, dans un autre.

GERARD LECLERC
C'est le principe, on est bien d'accord, mais comment on fait ?

MOUNIR MAHJOUBI
C'est pour ça qu'il y a un règlement européen, que nous avons voté, qui rentre en application au mois de mai, qui sera une révolution, le RGPD, Règlement Général pour la Protection des Données. C'est tellement une révolution, que suite au scandale Facebook, les Américains ont dit : il nous faut un RGPD pour les Etats-Unis, il nous faut nous aussi un règlement pour la protection des données. Avec ce règlement, à partir de la fin du mois de mai, vous, moi, il vous suffira, par un simple clic, de demander à votre plate-forme, de vous rendre vos données, si vous le souhaitez. Vous pourrez lui demander de les supprimer, vous pourrez lui demander de vous les donner dans un format, qui vous permettra, vous-même, de les utiliser seul ou de les donner à un autre prestataire. Vous aurez le droit et la plate-forme aura l'obligation de vous informer à chaque fois que vos informations sont collectées, en vous disant : je viens de vous prendre cette information, je regarde ce que vous faites sur cet écran depuis longtemps, est-ce que vous acceptez que je l'enregistre, que je le revende, que je l'utilise pour vous faire de la publicité ciblée ?

GERARD LECLERC
Et si on ne veut pas, on pourrait s'y opposer.

MOUNIR MAHJOUBI
Et si on ne veut pas, on pourra s'y opposer mais pas juste en global, en disant « je ne veux pas de cookies », mais où on pourra s'y opposer spécifiquement, je ne veux pas que vous le revendiquez, je ne veux pas que vous l'utilisez pour faire de la pub, ou, moi je n'ai pas de problème, allez-y, faites ce que vous voulez avec mes données, c'est moi qui décide. Donc cette loi RGPD qui arrive, c'est à la fois d'un côté plus de liberté pour les utilisateurs et plus de responsabilités pour les plates-formes.

GERARD LECLERC
Alors, tous ces géants de l'internet dont on parle depuis tout à l'heure, ils sont tous américains ou chinois, c'est-à-dire que la France, l'Europe est absente. C'est un combat définitivement perdu ?

MOUNIR MAHJOUBI
Pas du tout, et si vous regardez qui étaient les géants il y a 15 ans, si vous regardez quelles étaient les entreprises leaders d'Internet, vous voyez que ça peut changer, et que ça peut changer vite.

GERARD LECLERC
C'est quand même toujours des Américains et des Chinois, non ?

MOUNIR MAHJOUBI
Oui, mais ce n'est pas les mêmes. Donc vous voyez qu'il y a des rythmes et des cycles qui vont plus rapidement. On a un grand cycle qui arrive, qui est celui de l'intelligence artificielle. Sur ce sujet, on ne doit pas, on ne peut pas être en retard et il se trouve qu'on a de très bonnes raisons de ne pas être en retard, on a des chercheurs de qualité, des entreprises de qualité, et on a toutes les capacités sur l'énergie, sur les transports, sur la santé, sur la cyber sécurité, d'être des leaders mondiaux. Eh bien sur ce sujet, le président de la République, dès jeudi, fera des annonces, mais la France et l'Europe doivent être des leaders mondiaux de l'intelligence artificielle, et pour ça, il faut mobiliser de l'intelligence, des moyens humains, des moyens financiers, et nous avons toute notre place. La régulation aussi y a sa place, en expliquant, notamment avec le RGPD, qu'on doit aussi redonner de la capacité aux citoyens consommateurs de choisir. Un des problèmes de ces grandes plateformes, ce qu'on appelle l'effet réseau, moi ce que j'appelle l'effet prison, c'est-à-dire qu'à partir du moment où vous commencez à utiliser un service, eh bien vous pouvez de moins en moins de quitter parce que c'est là que vous y avez tous vos contacts, c'est là que vous y avez tous vos documents, c'est là que vous y avait toutes les applications vous utilisez auprès d'autres entreprises, et donc vous êtes enfermé dans un univers assez doré, assez agréable, mais qui vous empêche de regarder ailleurs. Eh bien ce RGPD va nous permettre de regarder ailleurs.

GERARD LECLERC
Très brièvement, jeudi, vous en parliez, il y aura la remise du rapport Villani, VILLANI le député la République En Marche ! et ancien médaille Field. Rapidement, en deux mots, qu'est-ce qu'on peut attendre d'un rapport comme ça ? Est-ce que c'est un rapport qui va terminer sur une étagère, ou est-ce qu'il y a des choses intéressantes ?

MOUNIR MAHJOUBI
Alors, c'est un moment particulier jeudi, parce que non seulement il y a la remise du rapport de Cédric VILLANI, mais nous animerons au Collège de France, toute la journée, une conférence avec des intervenants internationaux de l'intelligence artificielle, qui viendront parler de l'état de l'art, du sujet, et le président de la République fera un discours, où il parlera de la stratégie de la France sur l'intelligence artificielle. Donc ce rapport qui est remis, il est tout de suite accompagné d'un regard, et le regard sur ce discours, je vous le dis tout de suite, c'est un équilibre entre performance et humanité, c'est-à-dire on expliquera comment la France sera leader sur ce sujet, et on expliquera comment elle le fera de façon responsable, sur les questions éthiques, sur les questions de responsabilité globale, et comment on va être capable d'être à la fois très bon en innovation et très bon sur la responsabilité.

GERARD LECLERC
Alors, vous étiez député de Paris, donc Paris vous intéresse, à première vue Paris eh bien ça intéresse également la République En Marche !, Christophe CASTANER a dit que le taux d'adhésion à Anne HIDALGO s'effondrait, ça veut dire que vous vous allez avoir un candidat ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ça veut dire qu'à Paris, moi je suis élu du XIXème, j'habite dans le XIXème, on a un mouvement La République En Marche !, qui est extrêmement actif, c'est plusieurs dizaines de milliers d'adhérents sur Paris, qu'on fait des rendez-vous toutes les semaines, c'est plusieurs dizaines de rendez-vous qui ont lieu chaque semaine à Paris...

GERARD LECLERC
Oui oui oui, mais la mairie de Paris vous intéresse donc ?

MOUNIR MAHJOUBI
On a une base militante extrêmement active...

GERARD LECLERC
J'ai bien compris.

MOUNIR MAHJOUBI
On à des gens qui aiment les Parisiens, eh bien quand on aime les Parisiens, qu'on travaille pour eux, qu'on a un projet pour eux, c'est naturel d'être candidat vis-à-vis d'eux.

GERARD LECLERC
Donc il y aura un candidat de La République En Marche ! à Paris.

MOUNIR MAHJOUBI
On verra, en tout cas on est en train de construire un projet, et je peux vous dire qu'on est très actif, on est très actif, on est en train de construire un projet et on verra comment on le portera, qui le portera, mais en tout cas, nous sommes là.

GERARD LECLERC
Merci Mounir MAHJOUBI, bonne journée.

MOUNIR MAHJOUBI
Merci beaucoup.


Source : service d'information du gouvernement, le 29 mars 2018

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