Déclaration de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, sur RTL le 27 mars 2018, sur la couverture vaccinale et la réforme de l'hôpital. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, sur RTL le 27 mars 2018, sur la couverture vaccinale et la réforme de l'hôpital.

Personnalité, fonction : BUZYN Agnès, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre des solidarités et de la santé;

ti :


YVES CALVI
Elizabeth MARTICHOUX vous recevez donc ce matin Agnès BUZYN, ministre des Solidarités et de la santé.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur RTL. Bonjour Agnès BUZYN.

AGNES BUZYN
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un mot, si vous le permettez, sur l'information qu'a révélée RTL ce matin, l'école sera obligatoire dès 3 ans, c'est ce que va annoncer le président MACRON dans un peu plus d'une heure maintenant, tous les enfants sont suffisamment éveillés à 3 ans pour être soumis à l'école obligatoire, à cet âge-là ?

AGNES BUZYN
Alors, c'est l'intérêt de l'école obligatoire, aujourd'hui, d'abord, la très grande majorité des enfants vont en maternelle dès 3 ans, je crois que c'est 97 %. Donc ça concerne des enfants qui sont un peu éloignés du système scolaire, et l'objectif, j'imagine, parce que je n'ai pas encore entendu les annonces officielles, c'est probablement d'aider à leur éveil en les stimulant par l'école maternelle, et ça permet de réduire les inégalités sociales ou les inégalités vis-à-vis du langage, puisqu'on sait qu'un certain nombre d'enfants vivent dans un milieu qui ne favorise pas l'acquisition des compétences psycho-sociales et du langage. Et d'ailleurs, dans le plan de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes, sur lequel nous travaillons actuellement, il y a cet enjeu de donner à tous les enfants très tôt les mêmes chances d'acquérir ces compétences, et ça passe par l'accueil en collectivité, que ce soit la crèche ou une maternelle précoce.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et puis, ça permettra d'avoir un suivi plutôt pour tous les enfants puisqu'on parle de prévention, hier vous avez présenté un plan, 25 mesures concrètes, un plan touche-à-tout, on va dire tous azimut, tous azimuts pour les petits, pour les grands tous les ministres ou presque avant vous, Agnès BUZYN, ont présenté un plan de prévention santé, quelles différences ?

AGNES BUZYN
Alors, c'est un plan qu'on appelle un plan de santé publique qui vise vraiment à changer de paradigme, pour une fois, c'est vrai que la prévention dans notre pays fait défaut, à la fois en termes de financement, en termes de présence dans les parcours de santé des personnes, c'est-à-dire que les professionnels de santé sont assez peu formés à la prévention, les médecins parlent assez peu de prévention à leur patientèle. Et notre pays souffre de cela avec beaucoup de maladies chroniques et une mortalité précoce avant 65 ans, qui est très élevée par rapport aux autres pays. Donc ce plan…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y aura une formation prévention dans les études de médecine ?

AGNES BUZYN
Oui, par le service sanitaire, en fait, le service sanitaire que nous avons mis en place, et qui va débuter à la rentrée 2018, va envoyer 48.000 étudiants santé, qu'ils soient pharmaciens, médecins, infirmières, kinésithérapeutes pendant trois mois dans des lieux qui peuvent être l'école ou des EHPAD pour faire de la promotion de la santé et de l'éducation à la santé, que ce soit alimentation, santé sexuelle pour les jeunes, et ils vont de ce fait se former à la prévention, ils vont intégrer les grands messages de prévention dès leurs études, ça fera partie de leur cursus.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, on va prendre, j'ai dit 25 mesures, c'est beaucoup moins, on va en prendre quelques-unes : généraliser dès 2019 la vaccination antigrippe en pharmacie. Agnès BUZYN, on se fera vacciner chez le pharmacien. Tous les Français sont concernés parce que les expériences ne concernaient jusque-là que les personnes à risques, on va dire, les plus de 65 ans, tous les Français ?

AGNES BUZYN
Alors, tous les Français, à partir du moment où ça n'est pas ce qu'on appelle la primo-vaccination, c'est-à-dire la première injection du vaccin antigrippe qui doit se faire chez un médecin, mais ensuite…

ELIZABETH MARTICHOUX
Là, ça ne change pas.

AGNES BUZYN
Ça, ça ne change pas. Mais c'est simplement pour vérifier qu'il n'y a pas d'allergie, et ensuite, si on tolère bien le vaccin antigrippal, la vaccination pourra se faire pour tout le monde chez le pharmacien, c'est-à-dire qu'on ira acheter son vaccin et on pourra demander à son pharmacien, si on le souhaite, mais ça peut être une infirmière évidemment, les infirmières le font déjà, ou un médecin, ça sera au choix de la personne, et nous cherchons, nous avons saisi la Haute autorité de santé pour savoir si cette extension vaccinale pouvait se faire chez les infirmières qui, pour l'instant, ne vaccinent que les personnes de plus de 65 ans ou atteintes de maladies chroniques et par les sages-femmes également qui peuvent être amenées à rencontrer des femmes enceintes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous attendez l'avis de l'Autorité, de la Haute autorité ?

AGNES BUZYN
Pour l'élargir encore…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour les infirmières…

AGNES BUZYN
Pour les infirmières et pour les sages-femmes, et aujourd'hui, pour les pharmaciens, ce sera un déploiement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça, ce sera dès 2019 ?

AGNES BUZYN
Donc les pharmaciens sont formés à la vaccination, c'était la façon dont l'expérimentation s'est mise en place et qui a montré que, après une formation, les pharmaciens étaient à la fois très heureux de faire ce geste médical, et que pour la patiente, ça permet d'éviter de reprendre un rendez-vous, et on voit bien que cette prise de rendez-vous pouvait amener certaines personnes à acheter le vaccin, mais à ne jamais le faire. Donc le fait de pouvoir le faire dès qu'on l'achète va permettre à beaucoup plus de personnes d'être vaccinées, notamment dans les lieux où l'accès à un médecin peut être compliqué, notamment dans les zones rurales.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais je les entendais hier les médecins, dès RTL midi, hier, qui disaient, on peut permettre de vacciner, mais les pharmaciens, ils vendent les médicaments. Ils doivent en rester-là.

AGNES BUZYN
Eh bien, ils sont en train de changer leurs pratiques pour…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, mais ça, c'est les médecins qui disaient que…

AGNES BUZYN
Bien sûr…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce que vous leur dites ce matin ?

AGNES BUZYN
D'abord, les pharmaciens sont une profession médicale, ils sont en train de changer leurs pratiques pour faire plus de santé publique, et je crois que là, c'est un enjeu de santé publique de faire en sorte que la couverture vaccinale pour la grippe augmente, ce qui évitera à nos urgences d'être engorgées chaque hiver comme elles le sont, on voit tous les reportages sur les urgences qui débordent en décembre, janvier, février…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, on va en parler de l'hôpital…

AGNES BUZYN
Si nous nous vaccinions tous contre la grippe, cela éviterait déjà ces images.

ELIZABETH MARTICHOUX
Autre gros dossier Agnès BUZYN, la prévention de l'alcoolisme, il y aura un pictogramme plus important, plus gros sur toutes les bouteilles d'alcool, de prévention de l'alcool pour les femmes enceintes.

AGNES BUZYN
Absolument. Aujourd'hui, ce pictogramme existe, je crois que personne ne l'a jamais remarqué, donc c'est zéro alcool pendant la grossesse, il faut savoir que quand on boit de l'alcool pendant la grossesse, c'est comme si on mettait de l'alcool dans le biberon d'un nouveau-né, donc l'enfant va être immergé d'alcool puisque cela passe dans le sang du bébé.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça a été dur d'imposer ça aux alcooliers ?

AGNES BUZYN
Non, ça a été une négociation qui s'est faite dans le courant de l'année, la négociation continue sur la taille du logo, mais ils sont d'accord pour l'agrandir, et moi, mon message, c'est zéro alcool pendant la grossesse, c'est ce que les femmes enceintes doivent comprendre, à chaque fois qu'elles boivent un verre d'alcool, c'est comme si elles mettaient de l'alcool dans le biberon de leur nouveau-né.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il est de notoriété publique, Agnès BUZYIN, vous auriez aimé durcir le slogan « l'abus d'alcool est dangereux pour la santé », « l'alcool, nuit à la santé » ce n'est pas plus pertinent ?

AGNES BUZYN
Alors ça, c'est une recommandation…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas plus approprié ?

AGNES BUZYN
C'est une recommandation du Haut conseil de santé publique. Donc l'alcool nuit à la santé, c'est leur recommandation. Après…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas la vôtre ? Ce n'est pas votre conviction ? Ce devrait être ça ce slogan ?

AGNES BUZYN
En fait, je pense que, il faut informer les Français, c'est ce qui compte le plus, sur le fait que l'alcool nuit à la santé de façon proportionnelle à la dose, et que chacun doit être en capacité de choisir…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous prenez des tas de précautions, Agnès BUZYN, est-ce que vous ne vous reniez pas, vous, qui avez été en pointe et qui avez des convictions très fortes en termes d'addictologie et de prévention d'alcoolisme en France ?

AGNES BUZYN
Alors, peut-être pour vous expliquer…

ELIZABETH MARTICHOUX
L'alcool nuit à la santé, est-ce que ça n'est pas plus approprié que l'abus d'alcool nuit à la santé ?

AGNES BUZYN
En fait, cette phrase-là peut laisser penser qu'on est pour une action de prohibition, c'est-à-dire qu'on veut : pas d'alcool du tout, or, ce n'est pas le cas aujourd'hui, ce que je propose, et ce que j'ai toujours proposé, c'est que l'information soit suffisamment claire pour que les gens comprennent que la nocivité de l'alcool, elle est proportionnelle à la dose, donc dès qu'on commence à boire de l'alcool, on a des effets nocifs, et plus on en boit, plus c'est nocif, c'est ça l'information que les Français doivent connaître…

ELIZABETH MARTICHOUX
Deuxième cause de mortalité évitable en France, 49.000 morts, 15.000 morts par cancer. Tous ceux qui comptent sur vous pour lutter contre le lobby de l'alcool ont raison ?

AGNES BUZYN
Ils ont raison, ce n'est pas contre le lobby, c'est…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'y a pas de lobby ?

AGNES BUZYN
Il y a un lobby, mais ma bataille n'est pas de lutter contre les lobbies, ma bataille, c'est celle de l'information…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle passe par la lutte contre les lobbies, votre action…

AGNES BUZYN
De temps en temps, mais elle passe surtout par une information, et je maintiendrai les messages d'information de santé publique que j'ai toujours donnés sur la nocivité proportionnelle.

ELIZABETH MARTICHOUX
Agnès BUZYN, Francine est une des innombrables auditrices qui témoigne de son épuisement à l'hôpital, c'était ce matin, à 5h50.

FRANCINE
Qu'elle vienne nous voir dans les hôpitaux, mais qu'elle ne vienne pas au passage pendant une heure ou deux, qu'elle s'immerge dans les services de nuit, sur les urgences, sur de l'accueil, sur des femmes enceintes, mais qu'elle passe 3, 4, 5, voire 8 jours avec nous, et puis, peut-être qu'elle comprendra mieux nos problèmes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne comprenez pas les problèmes des infirmières et des hôpitaux qui craquent, c'est ce qu'elle dit…

AGNES BUZYN
Oui, évidemment, je les comprends parfaitement, j'ai vécu suffisamment de nuits de garde dans mon service en soins intensifs pour savoir la difficulté qu'on a à être soignant, j'ai fait beaucoup de gardes dans les urgences quand j'étais jeune, et j'avais encore une activité hospitalière il y a un an. Donc je sais très bien ce que vit l'hôpital et la dégradation progressive depuis 15 ans maintenant, 15 ans, du service public hospitalier notamment, par des réformes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce que vous lui dites à Francine ?

AGNES BUZYN
Non, il y a eu des réformes successives à l'hôpital qui ont eu des effets bénéfiques et aussi beaucoup d'effets néfastes, aujourd'hui, mon objectif, c'est de transformer le système de santé pour que l'hôpital ne soit pas en première ligne et tout seul face aux maux de la société, parce que c'est ça aujourd'hui les urgences, les urgences reçoivent tout le monde, beaucoup de patients qui n'auraient pas à aller aux urgences, qui pourraient être soignés en ville, donc je me dois de restructurer la médecine de ville pour qu'elle accueille mieux une grande majorité des patients qui n'ont rien à faire à l'hôpital…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais là, il n'y a pas des mesures d'urgence à prendre, court-termistes, parce que c'est un plan ambitieux que vous lancez sur la médecine…

AGNES BUZYN
Alors, absolument, ça nécessite des restructurations à la main des territoires aujourd'hui, parce que dans certains secteurs, les activités sont nettement en baisse, on fait plus d'ambulatoire, et donc il faut probablement qu'il y ait moins de lits dans certains secteurs où la chirurgie ambulatoire s'est nettement développée, on n'a plus besoin d'hospitaliser les gens, et je crois que toute personne aujourd'hui qui passe par la chirurgie sait…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc il va y avoir des redéploiements ?

AGNES BUZYN
Il faut des redéploiements, c'est indispensable…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous dites, il y a dans certains services hospitaliers moins d'activités…

AGNES BUZYN
Beaucoup moins, d'ailleurs, c'est prouvé cette année, il y a eu une baisse de l'activité de tous les hôpitaux d'environ 2 %. Donc il y a moins d'activités à l'hôpital, moins d'hospitalisations de nuit sur toute la France…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous n'avez pas une vision technocratique en disant ça, vous dites : on va fermer, éventuellement, baisser l'activité de certains services…

AGNES BUZYN
Il faut qu'on puisse baisser l'activité de certains services pour pouvoir augmenter l'activité, par exemple, en aval, juste après les urgences, pour qu'il y ait plus de lits après les urgences. Je vous donne un autre exemple, l'hépatite C, l'hépatite C était une pathologie qui était prise en charge dans des services des pathologies, il y a maintenant un médicament qui guérit les malades en 6 semaines par la bouche, les services des pathologies se sont vidés des malades, nous n'avons plus besoin d'autant de lits en hépatologie, nous pouvons déployer ces lits sur d'autres activités, c'est le travail qui est en train d'être fait dans tous les hôpitaux de France aujourd'hui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et certains traitements seront disponibles en pharmacie et non plus seulement à l'hôpital…

AGNES BUZYN
Absolument…

ELIZABETH MARTICHOUX
Contre cette hépatite C. Merci beaucoup, Agnès BUZYN, d'avoir été avec nous ce matin sur RTL.

AGNES BUZYN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 mars 2018

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