Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à Europe 1 le 28 mars 2018, sur la création des unités laicité et la réforme des maternelles. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à Europe 1 le 28 mars 2018, sur la création des unités laicité et la réforme des maternelles.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-michel, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti :


PATRICK COHEN
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

PATRICK COHEN
Hommage national ce matin au gendarme BELTRAME, vous avez demandé aux enseignants qu'il y ait dans toutes les classes un moment de recueillement, d'explications et d'échanges, sous quelle forme, que diriez-vous aux profs qui vous écoutent en ce moment ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je leur ai envoyé une lettre au travers des chefs d'établissement pour justement leur donner une liberté quant aux modalités, mais aussi pour fixer ce cadre que vous venez de rappeler, c'est-à-dire la possibilité de parler de ce qui s'est passé. Je pense que, vous savez, ce qu'on apprend toujours quand on est professeur, c'est qu'en pédagogie la première chose qui compte c'est l'exemple, l'exemplarité c'est très important. Avec le colonel BELTRAME on a évidemment l'exemplarité poussée jusqu'à un absolu, et je pense que c'est quelque chose qu'il est important de souligner. Je pense que tout le monde adulte l'a bien compris, et c'est à partager avec tout le monde la jeunesse.

PATRICK COHEN
Avec l'espoir que ce moment ne soit pas contesté ou perturbé, comme cela a été le cas après d'autres attentats, Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, justement ça ne doit pas l'être et ça fait partie des messages qui sont envoyés. Le temps est fini où on pouvait accepter ce genre de contestation. Bien entendu il faut discuter, parce qu'on doit parler à partir de cet exemple. Vous savez, j'ai créé des unités laïcité dans chaque rectorat de France…

PATRICK COHEN
Oui, ça en est où ? Vous avez annoncé ça en décembre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Elles sont installées désormais dans chaque rectorat de France, autrement dit tout professeur qui rencontrerait un problème de cette nature pourrait en référer au rectorat pour que dans les jours suivants l'unité laïcité vienne et puisse aider le professeur dans cette situation.

PATRICK COHEN
Il peut en référer au rectorat ou il doit en référer au rectorat ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il doit en référer au rectorat, bien sûr, il peut, il doit, les deux à la fois bien sûr. Vous savez, quand il y a ce genre de chose, mais je crois qu'il ne faut pas non plus survaloriser, je fais le pari qu'aujourd'hui ça va très bien se passer dans tous les établissements parce qu'il y a un courant chez tout le monde, y compris les adolescents, de compréhension que là on a un cas, encore une fois, d'exemplarité ultime, donc je sais que ça va bien se passer, mais si dans quel endroit que ce soit ça se passait mal, eh bien l'institution est là en soutien pour empêcher que ce soit le cas.

PATRICK COHEN
Les Assises de la maternelle, Jean-Michel BLANQUER, sujet qui vous tient à coeur, scolarité obligatoire dès 3 ans à la rentrée 2019. Au-delà du symbole, de l'importance que vous accordez à ce que vous appelez « l'école du langage », qu'est-ce que ça va changer ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, il y a une dimension symbolique et une dimension pratique. La dimension symbolique elle est importante, elle est de dire que l'école maternelle c'est très important, les premiers âges de la vie sont des âges essentiels, et nous le savons de plus en plus, et il faut le souligner. Et puis il y a une portée pratique, parce que ça va concerner plus de 20.000 enfants qui aujourd'hui ne sont pas à l'école maternelle et qui devraient y être, et donc nous allons déployer dans les temps à venir tout ce qu'il faut pour que tous les enfants de France, quels que soient les territoires, puissent être à l'école maternelle dès 3 ans.

PATRICK COHEN
Donc on va combler le retard dans les endroits où il n'y a pas assez de place, comme à Marseille, par exemple, en maternelle.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Voilà, exactement, en travaillant avec les collectivités locales sur cette question-là.

PATRICK COHEN
Oui, dans les endroits aussi où il n'y a pas d'école comme en Guyane, vous y avez servi, il y a 8 communes de Guyane où il n'y a pas d'école maternelle, on va les construire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, c'est l'objectif, ça fait partie des conséquences concrètes. Vous citez l'exemple de la Guyane, c'est vrai que je le connais bien et que je l'ai par exemple à l'esprit quand on prend une telle mesure. Nous savons que si nous voulons aller au coeur de la lutte contre les inégalités sociales nous devons prendre les problèmes le plus tôt possible et donc permettre l'épanouissement des enfants, et notamment l'acquisition du langage, qui est un enjeu fondamental de l'école maternelle, pour ensuite entrer, de la meilleure façon qui soit, au cours préparatoire, eh bien nous devons le faire pour tous les enfants, et a fortiori pour ceux qui sont dans les milieux les plus défavorisés.

PATRICK COHEN
Dans vos livres vous avez souvent cité Maria MONTESSORI et sa méthode basée sur l'idée que chaque enfant est unique, vous citez aussi Céline ALVAREZ d'ailleurs, mais ça, ça ne marche qu'avec des petites classes, pas avec 25 ou 30 élèves. Quels seront les moyens supplémentaires donnés à la maternelle ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, ce qui est certain c'est que la pente que nous prenons c'est une pente d'amélioration du taux d'encadrement en maternelle, donc c'est clairement ce qui se passe à la rentrée prochaine…

PATRICK COHEN
Il faut descendre à combien ? On est à 22 enfants par enseignant en France, contre 13 pour la moyenne européenne.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait. Alors, ceci étant, vous avez, d'abord une amélioration de ce taux d'encadrement, c'est clairement quelque chose que j'ai affiché dès que je suis arrivé, puisque j'ai dit, un, priorité à l'école primaire, et c'est donc à l'école primaire que nous créons des postes, deux, dédoublement des CP et des CE1 avec déjà un effet justement, là, de nature sociale extrêmement important, et trois, attention particulière aux premières années de la vie, donc à l'école maternelle, et donc meilleur taux d'encadrement à l'école maternelle, donc nous allons dans cette direction. Par-dessus le marché, l'objectif est de mieux former, aussi bien en formation initiale qu'en formation continue, aussi bien les professeurs, qui sont déjà de très bonne qualité, mais on peut faire encore mieux, et puis les ATSEM, ce sont ces personnes qui aident, dans de nombreux cas, les professeurs dans les classes…

PATRICK COHEN
Dont le rôle sera revalorisé ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, alors là c'est un sujet qui relève des communes et des municipalités, mais nous avons déjà pris, avec Gérald DARMANIN, un décret, il y a deux semaines, permettant déjà une première valorisation de la carrière des ATSEM, et si vous avez des ATSEM de mieux en mieux formés, de mieux en mieux reconnus, eh bien ça améliore évidemment l'encadrement des enfants parce qu'elles font équipes avec le professeur. J'étais encore hier avec le président de la République dans une école maternelle où on avait le duo professeur/ ATSEM qui fonctionnait parfaitement dans cette classe, et qui permet évidemment d'avoir dans ce cas deux adultes pour la vingtaine d'enfants qui sont là.

PATRICK COHEN
La réduction du nombre d'élèves est beaucoup plus efficace au début de la scolarité, écrivait un certain Jean-Michel BLANQUER dans ses livres. Vous ne voulez pas me donner un objectif de nombre d'élèves par classe en maternelle ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On doit avoir un objectif dans la durée. Ce que je peux affirmer c'est la nature de la pente, et je préfère être pragmatique ensuite sur son intensité. Mais ce qui est certain c'est qu'on va être volontariste aussi dans les territoires qui en ont le plus besoin, par exemple les territoires ruraux, où nous voulons justement qu'il y ait une très haute qualité scolaire pour les rendre attractifs, même chose pour les territoires en difficulté dans la périphérie des villes, donc cette attention va évidemment varier selon les territoires.

PATRICK COHEN
Une difficulté supplémentaire en maternelle soulignée par Boris CYRULNIK qui était à vos côtés pour ces Assises de la maternelle. Les enfants ne sont plus les mêmes qu'il y a 20 ans, ils sont aujourd'hui hypnotisés par les écrans, c'est des problèmes d'attention, d'apprentissage de la lecture, de vocabulaire, comment on fait, comment tenir compte de cela ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous avez tout à fait raison de soulever cette question, et je l'ai soulevée moi-même dans le passé plusieurs fois, et Boris CYRULNIK aussi, c'est évidemment un grand sujet de société. Notre société est soumise désormais à une sorte d'addiction généralisée aux écrans, c'est d'ailleurs vrai en partie des adultes, mais c'est particulièrement nocif pour les petits. Nous savons désormais qu'il ne faut pas exposer les enfants aux écrans avant 7 ans, alors ça peut l'être à petite dose, il y a des usagers pédagogiques qui peuvent être intéressants à petite dose, donc ne soyons pas extrémistes, mais aujourd'hui il y a un message à envoyer à toute la société française qui est : ne distrayons pas nos enfants avec des Smartphones, avec des écrans de tous ordres, nous leur faisons du mal quand nous faisons cela, nous les « médusons » comme dit Boris CYRULNIK, autrement dit nous les rendons passifs, alors même que c'est l'âge où le cerveau se déploie, où plein de capacités sont possibles, donc c'est un message presque de santé publique que l'on doit donner.

PATRICK COHEN
Oui, c'est aux parents que vous vous adressez là.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Totalement, et aux grands-parents aussi, tout le monde, nous tous. On a de temps en temps une queue à faire au supermarché avec un enfant et pour qu'il ne fasse pas de bêtises on lui donne un Smartphone, c'est la solution de facilité, mais ce n'est pas la solution éducative.

PATRICK COHEN
Question d'Eve ROGER, chef du service société d'Europe 1.

EVE ROGER
Alors, on va faire un bond de la maternelle jusqu'à la faculté, puisque vous le savez, plusieurs facultés, récemment à Lille ou Montpellier, ont connu des épisodes violents, en particulier à Montpellier où dans la nuit de jeudi à vendredi des hommes cagoulés ont délogé des élèves grévistes lors d'une expédition punitive, et dans ce groupe certains jeunes ont reconnu des profs. Alors, ces profs doivent-ils être sanctionnés, quels types de sanctions, et puis que dire aux étudiants qui voudraient reprendre les cours alors que la fac est fermée, on est à quelques semaines seulement des examens ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, c'est un sujet que ma collègue Frédérique VIDAL, en charge de l'Enseignement supérieur, a immédiatement pris en main dès que les faits ont eu lieu, elle a diligenté l'Inspection générale de l'administration de l'Education nationale, on aura les résultats dans quelques temps, elle prendra cette décision, elle le fera au nom du gouvernement, dans les prochains jours, les suites à donner, mais bien entendu l'objectif c'est qu'on revienne à une situation normale. Il y a bien entendu une condamnation, sans équivoque, du gouvernement, quant aux faits qui ont eu lieu, ça va de soi, la violence doit être condamnée quelle qu'elle soit, et en l'occurrence il y a eu des actes violents absolument inacceptables. Maintenant, il faut le retour à la normale et que personne ne cherche un petit peu à instrumentaliser ce qui s'est passé pour créer des désordres supplémentaires.

EVE ROGER
Et les profs, alors, doivent être sanctionnés s'ils ont fait partie de cette expédition punitive ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, toute personne – c'est tout simplement la République – toute personne qui se rend complice d'une violence se met dans son tort, c'est évident.

PATRICK COHEN
Il nous reste 1 minute Jean-Michel BLANQUER, je reviens à la petite enfance pour des informations très pratiques pour les parents qui nous écoutent. 3 ans c'est l'école pour tous dès que votre enfant est propre, c'est quand même une condition qui reste… ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça dépend, ce n'est pas quelque chose d'absolu, la petite section souffre des exceptions.

PATRICK COHEN
Mais les parents, les familles, pourraient réclamer cette place en maternelle pour leurs enfants…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr…

PATRICK COHEN
Absolument partout en 2019 ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Désormais, partout, tout enfant de 3 ans a vocation à être inscrit à partir de la rentrée 2019, mais aussi toute famille doit le faire, doit l'inscrire, c'est ça le point important.

PATRICK COHEN
Et qu'en est-il de l'école dès 2 ans, avec un pourcentage d'enfants admis à partir de 2 ans, enfin entre la deuxième et la troisième année, qui baisse d'année en année ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, il a connu des fluctuations ce chiffre, il est autour de 10 %, 10, 11% aujourd'hui.

PATRICK COHEN
C'était 30 % dans les années 90.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait, c'est un sujet complexe en réalité, et d'ailleurs boris CYRULNIK en a parlé hier aux Assises, parce que la scolarisation à 2 ans peut être bonne pour certains enfants et mauvaises pour d'autres enfants, donc nous devons avoir une approche au cas par cas, là aussi avec une visée sociale assez forte parce que c'est surtout pertinent quand on a un enfant dont les circonstances familiales ne sont pas favorables et donc où le temps passé à l'école est meilleur que le temps passé ailleurs, mais il faut être très attentif à ne pas se tromper d'âge en quelque sorte. Donc, je maintiens la possibilité de la scolarisation à 2 ans, ça reste quelque chose d'ouvert pour les familles, mais ça ne doit pas être quelque chose de systématique et ça doit être quelque chose pratiqué avec discernement.

PATRICK COHEN
Merci Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale, d'être venu ce matin en direct au micro d'Europe 1.


source : Service d'information du Gouvernement, le 30 mars 2018

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