Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec Cnews le 5 avril 2018, sur la politique du logement et sur la réforme de la SNCF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec Cnews le 5 avril 2018, sur la politique du logement et sur la réforme de la SNCF.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien.

FRANCE. Secrétaire d'Etat

ti :

ROMAIN DESARBRES
L'actualité c'est évidemment la grève à la SNCF, il va en être question, il va être question également de la réforme des HLM, avec Julien DENORMANDIE, invité ce matin de Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue. Julien DENORMANDIE, bonjour.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'abord, la SNCF, même si vous êtes le ministre d'autre chose. Les trains repartent, le trafic reprend peu à peu, on ne va pas jusqu'à la normale, mais en même temps on est entré semble-t-il dans une nouvelle phase. Est-ce que votre gouvernement est en train d'essayer de tout faire pour que ça ne dure pas trois mois, au moins de son côté ?

JULIEN DENORMANDIE
Très clairement. Mais pourquoi ? Parce que le gouvernement auquel j'appartiens, a toujours eu la même méthode, c'est-à-dire la consultation, la concertation. Et donc ce gouvernement, depuis le premier jour, mène un nombre très important de discussions avec les représentants syndicaux, avec les cheminots, pour expliquer quel est le sens de la réforme, parce que c'est ça qui est le plus important. Ce que nous faisons, nous ne faisons pas une réforme de la SNCF, pour faire une réforme de la SNCF, nous faisons une réforme pour améliorer le service public. On le sait, tous ceux qui nous écoutent, tous ceux qui nous regardent...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On a du mal à l'entendre.

JULIEN DENORMANDIE
Mais, pourtant, tous ceux qui nous regardent...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous vouliez faire un service public pour le XXIème siècle, avec les images que l'on voit aujourd'hui, on n'en est pas convaincu.

JULIEN DENORMANDIE
Et pourtant, c'est la réalité, on le constate tous. Les prix ces billets, ces dernières années, ils n'ont fait qu'augmenter, et en parallèle vous avec une qualité de services qui elle diminue. Des trains qui sont en retard. Qu'est-ce que c'est que la réforme que nous portons ? C'est 36 milliards d'investissements dans les dix prochaines années, c'est de faire en sorte de remettre l'usager au centre de tout, c'est ça qui nous importe. Et je sais que cette qualité du service public, à laquelle moi je suis profondément attaché, j'ai fait le choix du service public il y a maintenant de ça près de 15 ans, eh bien cette qualité du service public, je sais que les cheminots, que les salariés de la SNCF, ils y sont profondément attachés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Une grève dure et une grève, même dure, ça n'est pas la guerre. Hier lors du Conseil des ministres, le président de la République, qui ne s'exprime pas en public, qu'est-ce qu'il dit comme orientation ou comme conseil à son gouvernement ?

JULIEN DENORMANDIE
Il dit deux choses : calme et détermination. Un calme déterminé. Qu'est-ce que ça veut dire ? Le calme, parce que nous sommes sereins, nous menons ces discussions, nous menons ces concertations, tous le boulot fait par la ministre des Transports, Elisabeth BORNE, et détermination, parce que cette réforme, elle est juste, elle vise à améliorer le service public et à préparer la SNCF à l'ouverture à la concurrence.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
... pour rassurer les protagonistes etc. Il y a le problème de la dette, à quel moment vous vous dites : l'Etat prendra ses responsabilités et paiera la dette ?

JULIEN DENORMANDIE
Le Premier ministre a toujours été très clair, la question de la dette ça sera dans le cadre du quinquennat. Mais il ne faut pas non plus...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La fin du quinquennat, c'est-à-dire il faut attendre la fin du quinquennat ou c'est par étapes, progressivement, là aussi ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais parce qu'il faut faire les choses dans le bon ordre. Le sens de la réforme, ce n'est pas la question de la dette de la SNCF le sens de la réforme c'est l'amélioration du service public, l'amélioration du service public, et l'amélioration du service public.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, le train des réformes, lui, il continue.

JULIEN DENORMANDIE
Mais il ne faut jamais remettre à demain ce que nous pouvons faire aujourd'hui. On a eu un mandat, c'est celui de transformer le pays. Le président de la République, le soir de son élection, a eu un terme...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ne le fait pas dans la douleur.

JULIEN DENORMANDIE
Mais, on ne le fait pas dans la douleur, on le fait dans la méthode, la concertation, la consultation. Et le soir de son élection, le président de la République, il nous a réunis, vous savez, moi j'ai mené toute la campagne présidentielle, il nous a dit une chose : on n'a rien gagné, on a juste gagné la possibilité de transformer le pays, à nous de le faire maintenant, pendant la durée du quinquennat.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Transformer le pays, ça passe aussi par la réforme de la SNCF.

JULIEN DENORMANDIE
Mais bien sûr, c'est à améliorer le service public, c'est préparer cette entreprise, évidemment.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous la ferez cette réforme.

JULIEN DENORMANDIE
Evidemment. Encore une fois : calme, discussion, mais détermination au maintient des objectifs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Julien DENORMANDIE, alors, encore une loi sur le logement.

JULIEN DENORMANDIE
Alors ce n'est pas une loi sur le logement, c'est la loi que nous avons présentée hier avec Jacques MEZARD en Conseil des ministres, ce n'est pas qu'une loi sur le logement, c'est une loi sur l'aménagement du territoire également. Pourquoi ? Parce que c'est vrai, vous avez raison, par le passé, il y a eu beaucoup de lois logement, mais qui traitaient...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On dit : une de plus, une de plus.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, qui traitaient du logement comme une fin en soi, uniquement le logement. Nous, ce que nous voulons faire, c'est préparer l'avenir également, c'est-à-dire le logement de demain, le logement connecté...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va l'étudier. Quand elle sera étudiée à l'Assemblée nationale et quand elle sera appliquée, si elle est appliquée ?

JULIEN DENORMANDIE
Les dates précises ne sont pas encore connues, mais nous souhaitons pouvoir commencer les discussions dès fin mai dans les Chambres parlementaires, pour que le texte puisse être adopté courant de l'été ou juste après l'été.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et appliquée à l'automne.

JULIEN DENORMANDIE
Et appliqué à l'automne, il y a certaines mesures qui sont d'application immédiate et d'autres qui nécessitent, vous savez, des décrets d'application. Notre objectif c'est d'aller vite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Une loi d'aménagement, vous venez de le dire, donc il s'agit de réunir toutes les formes d'inégalités sur le plan du territoire entre les villes et la campagne, je suppose, en même temps de réanimer le centre commercial et culturel des villes moyennes qui sont en train de dépérir et peut-être de couvrir tout le territoire du haut débit.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'on en finisse avec les zones...

JULIEN DENORMANDIE
Les zones blanches.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Blanches, noires, grises, etc.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Vous savez, moi je suis secrétaire d'Etat à la Cohésion des Territoires. En fait, pour moi...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La cohésion, entre nous, on ne la voit pas beaucoup.

JULIEN DENORMANDIE
Mais pour moi, mon boulot, c'est d'être secrétaire d'Etat à la qualité de vie. La qualité de vie, ça veut dire quoi ? Ça veut dire améliorer le cadre de vie. Le logement, c'est là où vous passez le plus de temps dans votre vie, il faut pouvoir préparer le logement de demain. Moi je veux des logements qui puissent être connectés, des logements où vous pouvez utiliser Internet, et en même temps, vous avez des disparités en fonction des territoires. Aujourd'hui, ceux qui nous écoutent et qui vivent dans ce qu'on appelle les villes secondaires, quelques dizaines de milliers d'habitants, ils le voient, il y a des centres-villes qui périclitent, des centres-villes dont le dynamisme diminue.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est vous qui allez les ranimer.

JULIEN DENORMANDIE
Dans la loi, nous prenons des mesures fortes et nous avons d'ores et déjà identifié plus de 200 villes qui feront l'objet, pendant le quinquennat, d'un parcours spécifique, qu'on appelle le Parcours coeur de ville, c'est 5 milliards d'euros...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
2022.

JULIEN DENORMANDIE
Que nous mettons en place entre aujourd'hui et 2022, pour réanimer ces centres-villes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Tout le territoire couvert. Bon, alors, les aides publiques au logement. J'ai revu, c'est 40 milliards par an.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bon. En 2017 on a presque battu un record avec 500 000 permis de construire, pourtant il y a 4 millions de mal logés, qu'est ce qui cloche ? Qu'est ce qui cloche

JULIEN DENORMANDIE
Mais parce que, ce que vous venez de dire est essentiel. En 2017 c'est une année record sur les permis de construire. Depuis 10 ans, nous n'en avions jamais fait autant, 500 000, mais songez que ce chiffre-là c'est le même chiffre qu'au début des années 80. Depuis, vous avez eu 12 millions de Français de plus, depuis, vous avez des familles de plus en plus monoparentales, liées au divorce, et donc vous avez une pression aujourd'hui sur le logement qui n'a jamais été aussi forte.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, il faudrait dire combien ? 600 000, 700 000 logements par an ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi je n'aime pas ces politiques du chiffre, mais ce que je dis, c'est qu'aujourd'hui il faut libérer la construction, construire plus et c'est ce que nous faisons par la loi, nous faisons lever tous ces verrous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, on va voir. Le principe de votre loi MEZARD DENORMANDIE, et qui est comme une sorte de slogan...

JULIEN DENORMANDIE
Qui s'appelle la loi ELAN.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
ELAN, oui, avec un « L ».

JULIEN DENORMANDIE
Exactement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bon. Et construire plus, construire plus vite, mieux et moins cher. Et si on expliquait. Construire plus, c'est-à-dire ?

JULIEN DENORMANDIE
Construire plus, ça veut dire que, aujourd'hui, vous avez dans le secteur du logement, beaucoup de verrous. Vous avez par exemple les normes. Les normes, nous avons une inflation normative ces dernières années. Le quinquennat précédent, c'est 60 textes réglementaires de plus. On a cessé d'empiler des normes, donc ça, on fait un moratoire sur toutes ces normes...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous dites construire plus vite, c'est-à-dire que vous parviendrez à réduire les contentieux qui naissent des recours, souvent abusifs, qui bloquent et qui retarde la construction ?

JULIEN DENORMANDIE
Il y a sujet des normes, je l'ai évoqué. Il y a un deuxième sujet essentiel, effectivement, ce sont les recours dit abusifs, vous savez ces petits malins qui essayent de faire un business de ces recours abusifs. Ils vont voir les promoteurs parce qu'ils ont vu qu'il y avait un projet à côté de chez eux, ils vont les voir en disant : eh bien écoutez, moi je bloque tout, sauf si vous me donnez un peu d'argent sous le manteau comme on dit. Eh bien...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ça c'est fini, ça va être fini.

JULIEN DENORMANDIE
Ça c'est fini, ça va être fini, parce que nous prenons là aussi des mesures très fortes pour réduire les délais de jugement de ces recours abusifs et pour renforcer les différentes sanctions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Construire mieux, dites vous, est-ce que c'est un appel à tous les métiers de la construction pour plus de rigueur ? Construire moins cher, c'est-à-dire qu'il faudra construire low cost...

JULIEN DENORMANDIE
Pas du tout.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
... avec plus de fragilité pour les logements ?

JULIEN DENORMANDIE
Pas du tout, et moi je tiens vraiment à le dire et à l'affirmer très fort, il faut maintenir la même qualité du bâti, encore une fois, moi mon objectif c'est d'améliorer la qualité de vie, en aucun cas je diminuerai la qualité du bâti. Mais il y a l'innovation dans tout ça. Vous savez, aujourd'hui, le secteur de la construction, il n'a peut-être pas suffisamment investi dans l'innovation, on était trop dans l'économie de rattrapage est pas suffisamment dans l'économie de l'innovation, et donc par ce projet de loi, on ouvre à l'innovation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est beau ce que vous dites.

JULIEN DENORMANDIE
Mais ce n'est pas beau, c'est du...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On dirait un roman...

JULIEN DENORMANDIE
Non, c'est le concret.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
... une poésie, mais enfin, il faut le réaliser. Alors...

JULIEN DENORMANDIE
Mais oui, mais c'est ce que nous faisons, concrètement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous voulez, avec votre loi, regrouper les HLM. Il y a 700 HLM, cette réorganisation, vous avez toujours dit que c'était trop, je ne sais pas combien il en faudrait, mais comment en les regroupant, vous allez leur donner les moyens, justement, de construire davantage ?

JULIEN DENORMANDIE
Parce que d'un côté on il faut construire plus, on vient d'en parler, de l'autre côté il faut protéger les plus fragiles, et dans les plus fragiles, il y a ceux qui habitent dans les logements sociaux. Aujourd'hui vous avez près de 800 bailleurs sociaux, on le sait, c'est trop, il faut les regrouper pour qu'ils soient plus forts, qu'ils aient plus de moyens financiers et en même temps qu'ils soient plus à même d'accueillir les publics les plus fragiles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais alors, qui leur donne l'argent justement pour qu'ils construisent ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors, il faut leur donner plus d'argent et d'ailleurs...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui va leur donner ?

JULIEN DENORMANDIE
... je vous l'annonce ce matin, ce sera en particulier la Caisse des dépôts qui donnera 10 milliards d'euros. 10 milliards d'euros, la Caisse des dépôts, son directeur général les annoncera, détaillera ces 10 milliards d'euros ce matin lors d'une conférence de Presse, ce sera 10 milliards d'euros que la Caisse des dépôts apportera pour soutenir la construction de ces bailleurs sociaux. C'était un engagement que nous avions pris d'accompagner le financement de la construction, pour les bailleurs sociaux, et cet engagement il sera précisé dans la matinée par le directeur général de la Caisse des dépôts.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais à quoi, puisque vous l'annoncez, à quoi et comment les 10 milliards vont-ils servir ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors c'est des mécanismes financiers, très techniques, mais ce sont des mécanismes financiers, ce qu'on appelle des prêts de haut de bilan, ce qu'on appelle de l'investissement...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce sont donc des moyens pour investir et financer.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Ce sont des moyens nouveaux, mis à la disposition des bailleurs sociaux, pour que les bailleurs sociaux construisent plus. Parce que quel est le problème aujourd'hui ? Il n'y a pas assez qui logement sociaux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A qui la Caisse des dépôts va-t-elle des attribuer ? Et selon quels critères ?

JULIEN DENORMANDIE
Selon.... Moi, mon objectif c'est d'attribuer cet argent à tous les bailleurs sociaux qui construisent et qui rénovent. Il faut plus aider la construction.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, 10 milliards d'euros.

JULIEN DENORMANDIE
10 milliards d'euros par la Caisse des dépôts.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais à partir de quand ?

JULIEN DENORMANDIE
A partir de tout de suite. Vous avez certains...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous n'attendez pas le vote de la loi, d'ores et déjà...

JULIEN DENORMANDIE
Pas du tout, c'est d'ores et déjà applicable, certains instruments financiers mettront un tout petit peu plus de temps, quelques semaines, quelques mois, mais une grosse partie seront disponibles dès maintenant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'ai vu aussi que vous voulez la fluidité, la mobilité dans cette loi et dans les HLM, c'est-à-dire que tous les 6 ans, la situation des locataires du parc social va être réexaminée, pour leur donner des logements plus grands ou plus petits, selon l'évolution de la famille. Alors, comment ça va se passer dans les 6 mois au bout de 6 ans ? Est-ce qu'il y a des agents, des flics spéciaux, qui vont venir frapper aux portes et dire : « Bien, maintenant, dégagez, laissez la place à d'autres » ?

JULIEN DENORMANDIE
Pas du tout. Quel est le constat aujourd'hui ? Comment ça marche ? Quand vous demandez un logement social, vous avez une commission d'attribution du logement, qui vous l'accorde au début, la première fois, et ensuite, plus personne ne s'occupe de vous. Cette commission d'attribution des logements, désormais on va lui dire : tous les 6 ans, vous allez revoir la situation de monsieur ou madame, qui a eu un logement, mais qui, depuis, par exemple, a vu ses enfants, moi j'en ai 4, ses enfants quitter le domicile, et donc c'est une pièce vacante. Qu'est-ce qu'elle va faire...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites la fluidité, c'est-à-dire dans l'année, ça gagne combien de logements ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien ça veut dire que cette personne-là, par exemple, elle avait un T4, demain, on va lui proposer un T3. Mais quel est l'intérêt pour cette personne ? C'est qu'elle paiera un loyer moins cher, et ça marche...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on ne la met pas dehors, on lui donne toutes les conditions...

JULIEN DENORMANDIE
Non seulement on ne la met pas dehors, mais en plus c'est sur la base de la proposition. Pourquoi cette personne peut être intéressée à faire cela ? Parce qu'encore une fois ça lui fait diminuer son loyer. J'insiste, c'est sur la base de la proposition et j'insiste sur un autre point, parce que souvent on nous fait la critique, vous savez, cette fois, on a beaucoup de mesures, beaucoup de mesures fortes, mais qui sont des mesures issues du terrain. Ce que je viens de vous dire, ça marche déjà dans certains offices, j'étais encore il y a 10 jours à Montrouge Habitat, ils ont déjà mis en place un tel dispositif, et ça marche.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'ai vu que vous voulez créer avec Jacques MEZARD, un bail mobilité. Qu'est-ce que ça veut dire ? Qui durerait de un à dix mois, qu'est-ce qu'il permettrait ?

JULIEN DENORMANDIE
Aujourd'hui, quand vous êtes en formation professionnelle, quand vous êtes un étudiant en année de césure, comme on dit, vous avez besoin, parce que vous habitez à Saint-Nazaire et que votre formation est à Marseille ou autres, vous avez besoin d'un bail de plusieurs mois uniquement, un bail réduit. Bon. Vous avez des barrières à l'entrée, vous devez payer une caution, vous devez faire un dépôt de garantie. Donc nous...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais alors, c'est vous qui allez payer la caution ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, ce qu'on va faire, c'est que déjà on va créer ce bail, un bail de un à dix mois non renouvelable, très important, non renouvelable. Et deuxièmement, pour inciter le propriétaire à utiliser ce bail, à le proposer, on a développé une garantie qui garantit le propriétaire contre les risques d'impayés ou contre la dégradation du bâti.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est ce bail qui permettra de régler des loyers impayés, de rénover l'appartement s'il a eu dégradations, etc.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Et donc voyez, c'est un dispositif qui part du besoin, du besoin des Français, de ceux qui sont en mobilité, en formation professionnelle, mais qui prend en compte aussi les aspirations des propriétaires, qui est important.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a des aspects positifs et des aspects négatifs. Aspects positifs, enfin d'après moi, avec raison, votre gouvernement a dans le collimateur les propriétaires salopards, sans morale, qui sont les marchands de sommeil. On nous a toujours dit qu'il fallait les traquer, qu'on les pourchassait, mais plus on les pourchasse, plus prolifèrent, qu'est-ce que vous faites ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, moi ce dont je suis le plus fièrement cette loi, c'est qu'on a arrêté d'opposer, d'un côté, les propriétaires, d'un côté les locataires, d'un côté les promoteurs de l'autre côté les collectivités locales.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voulez les réconcilier, ça c'est autre chose.

JULIEN DENORMANDIE
Et je pense qu'il faut apaiser tout cela, mais en revanche il y a une catégorie de personnes, contre laquelle, moi je leur déclare clairement la guerre ce sont ces marchands de sommeil, ces gens sont des trafiquants, des trafiquants de misère. C'est des personnes, et ça se passe pas dans des coins reculés, ça se passe à côté de chez vous, ça se passe dans les rues adjacentes, ce sont des personnes qui profitent de la misère des gens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, qu'est-ce qu'on fait ?

JULIEN DENORMANDIE
Et qu'est-ce qu'on fait, eh bien on va les considérer comme des trafiquants de drogue, c'est-à-dire que les sanctions, notamment les sanctions financières, qui aujourd'hui sont valables et utilisables pour les trafiquants de drogue, on va les utiliser demain contre les marchands de sommeil, parce que ces gens, il n'y a qu'un truc qui comprennent, c'est d'aller leur taper a portefeuille.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mesure, Julien DENORMANDIE, négative en tout cas elle est controversée, une des mesures les plus controversées déjà, c'est la loi qui reviendrait sur la loi Jacques Chirac de 2005 qui généralisait l'accès des logements aux personnes handicapées. Pourquoi la loi va fixer un quota de 10 % spécifique. Pourquoi 10 %, d'où sort ce chiffre ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, il faut être très précis, il faut être très précis parce que vous savez, on a un gouvernement qui est tout entier tourné vers les personnes en situation de handicap...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui il pense aux pauvres, etc., mais...

JULIEN DENORMANDIE
Non, parce que, monsieur ELKABBACH c'est très sérieux, il faut être hyper précis. Qu'est-ce qu'on fait ? Aujourd'hui, quand vous construisez un immeuble neuf, vous avez 100 % de logements dits adaptés, la salle de bains, la cuisine, les toilettes sont à même d'accueillir une personne en fauteuil roulant. Demain, qu'est-ce qu'on va faire ? On va faire 1200 % de logements dits évolutifs. Evolutif, ça veut dire deux choses. La première c'est, quand vous avez un accident de la vie et que vous devenez en mobilité réduite, avoir la possibilité de transformer très rapidement votre logement, parce que ce seront des parois très fines, parce que tous les conduits d'évacuation d'eau auront fait...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce n'est pas parce que les promoteurs vont gagner des m², de l'espace.

JULIEN DENORMANDIE
Pas du tout, mais je termine juste, parce que c'est essentiel. Premièrement c'est d'avoir des bâtiments que vous puissiez faire évoluer très rapidement. Deuxième élément, ce sont des appartements au sein desquels les personnes qui sont en situation de mobilité réduite, peuvent venir visiter les habitants, dit autrement, demain ce sera les toilettes qui seront adaptées, mais ça ne seront pas les salles de bain.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, on ne va pas rentrer dans le détail, mais 10 %, spécifiques, adaptés, et d'après ce que je comprends, vous dites des logements évolutifs qui peuvent changer.

JULIEN DENORMANDIE
Mais pourquoi c'est essentiel ? Parce que d'un côté, vous voyez ce que je viens de vous dire, c'est de maintenir pleinement les droits des personnes de situation de handicap, et en même temps, quand dans un appartement de 65 m², pour une personne qui n'est pas en mobilité réduite, vous ne faites pas une douche prête à accueillir quelqu'un en mobilité réduite, vous gagnez 5 m², quasiment 10 %.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez du mal à convaincre, parce que même les associations, j'ai vu qu'elles protestaient, c'est un peu l'aumône des bien portants qui ont bonne conscience...

JULIEN DENORMANDIE
Pas du tout.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
... ou qui se donnent bonne conscience, ces 10 % c'est une régression.

JULIEN DENORMANDIE
Excusez-moi, mais je ne suis pas du tout d'accord, surtout que les associations, on les voit très souvent et ce terme...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elles sont d'accord ?

JULIEN DENORMANDIE
Et ce terme évolutif, ces bâtiments, ça vient d'elles, c'est elles qui ont défini y compris ces logements dits évolutifs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a encore des mesures, moi j'ai noté que vous voulez vous attaquer aux bureaux vacants et en faire des logements habitables, c'est-à-dire, comment ça ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais vous savez, quand...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a combien de bureaux vacants ?

JULIEN DENORMANDIE
En Ile-de-France, on estime à 4 millions de m², le nombre de bureaux vacants. 4 millions de m², à Paris ces 700 000 m². Vous savez, c'est incompréhensible, vous passez devant ces immeubles qui sont vacants depuis des années, là aussi qu'est-ce qu'on fait ? On a pris un ensemble de mesures très fortes, très techniques, je ne vais pas les détailler, et pourquoi je suis confiant ? Parce que, d'ores et déjà j'ai signé la semaine dernière, avec dix promoteurs, une charte qui dit que si des mesures que nous portons dans la loi sont effectivement votées, d'ici la fin du quinquennat, ils s'engagent à convertir 500 000 m² de bureaux en logements.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ceux qui ne veulent pas donner leurs bureaux qui resteraient vacants, qu'est-ce que vous leur faites ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien on fait la carotte, c'est ce que je viens de vous dire, les mesures, mais aussi le fouet, dans la mesure où quand on constatera une vacance prolongée, nous pourrons réquisitionner ces bureaux pour y faire de l'hébergement d'urgence, y accueillir les personnes sans abri...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'Etat réquisitionnerait.

JULIEN DENORMANDIE
Pendant l'hiver, l'Etat se donnera les moyens de réquisitionner ces bureaux vacants.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans les 15 jours, Jean-Louis BORLOO va remettre au président de la République une sorte d'adresse à la Nation, un nouveau programme pour moderniser et peut-être sauver les banlieues. Est-ce que c'est complémentaire de votre loi ou antinomiques ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est totalement complémentaire. Vous savez, encore une fois, l'objectif c'est d'améliorer la qualité de vie, le cadre de vie. On a parlé des territoires ruraux, tout à l'heure avec la téléphonie, nous avons un véritable défi qui est d'améliorer la situation dans les quartiers prioritaires de la ville.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et est-ce qu'il aura des moyens, lui ?

JULIEN DENORMANDIE
Non seulement il y a des moyens, mais vous savez, il y a déjà des moyens qui ont d'ores et déjà été votés. On parle de la rénovation urbaine, par exemple, en France, vous avez une agence qui a d'ailleurs été créée par Jean-Louis BORLOO, qui s'appelle l'ANRU, l'Agence Nationale de Rénovation Urbaine. Ce quinquennat, ce gouvernement, a déjà voté le doublement de ces moyens, on passera de 5 milliards à 10 milliards. C'est essentiel.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, est-ce que, Julien DENORMANDIE + Jacques MEZARD + Jean-Louis BORLOO, peuvent éviter l'hécatombe de démissions de maires qui n'en peuvent plus, comme le maire de Sevran, Stéphane GATIGNON ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, on est sur le terrain. Moi, Stéphane GATIGNON, j'ai travaillé avec lui, je suis allé à Sevran il y a un mois, je l'ai reçu il y a quelques semaines avec des chefs de projets pour des projets importants...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils s'en vont, il y a toute une liste dans L'Humanité, ce matin.

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, ça fait 40 ans qu'on parle de politique de la ville, on fête le 40ème anniversaire. Stéphane GATIGNON et tant d'autres sont des élus qui ont donné tant d'énergie, mené tant de combats et qui n'ont pas suffisamment parfois été écoutés ou surtout été soutenus avec des mesures fortes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors, ils le seront ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est quoi mon job ? C'est quoi le Club de Jacques MEZARD ? Pourquoi on travaille avec Jean-Louis BORLOO ? C'est pouvoir porter des mesures fortes à l'attention des banlieues. Je vous ai parlé de la rénovation urbaine, mais cette mobilisation, dans l'éducation, on l'a déjà faite, doublement des classes. Cette mobilisation dans la sécurité...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il n'y a pas assez de transport, pas assez de service public, pas assez de services de santé, et puis il y a l'influence inquiétante de la religion, y compris dans les associations sportive, on me le dit.

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, la situation elle est connue, elle est difficile, elle ne date pas d'il y a 10 mois, ça ne fait que 10 mois que nous avons été élus, elle ne date pas d'il y a 10 mois, mais ce que je peux vous dire, c'est que nous bossons sans relâche, nous ne lâcherons rien, il faut soutenir ces maires, il faut soutenir ces associations dans les quartiers, nous avons déjà pris des mesures fortes : rénovation, sécurité, éducation, emploi. La semaine prochaine, j'annoncerai, je me déplacerai avec Muriel PENICAUD Jacques MEZARD pour lancer les premiers emplois francs, aider ceux des quartiers qui ont besoin d'avoir un job.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Au passage, on peut dire que lundi soir, il sera intéressant d'écouter le discours du président de la République qui est invité par de l'épiscopat français, les évêques, au Collège des Bernardins, Emmanuel MACRON pourrait donner, si j'ai bien compris, un aperçu de sa conception de la laïcité, de la place des religions, et en même temps de l'engagement dans la République. Vous voyez, vous avez de la chance, ça va tellement vite, il y a beaucoup à dire sur la loi.

JULIEN DENORMANDIE
Le président s'est déjà souvent exprimé sur le sujet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous échappez à des questions sur la réforme des institutions, mais le débat institutionnel est lancé, c'est une astuce ou c'est important ce débat ?

JULIEN DENORMANDIE
Ah non, c'est très important, c'était un engagement fort de la campagne présidentielle, c'est important de continuer à rénover et moderniser nos institutions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et dernière remarque : est-ce que ça veut dire que plus il y a d'élus, moins la démocratie fonctionne dans votre système ?

JULIEN DENORMANDIE
Non...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Autant balayé alors, éliminer toutes les assemblées.

JULIEN DENORMANDIE
... pas du tout, moi je suis profondément attaché à la démocratie, évidemment, et aux chambres parlementaires, évidemment, mais il faut moderniser, il faut améliorer la situation et c'est ce que nous faisons...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Moderniser, c'est 30 % en moins et 15 % de proportionnelle.

JULIEN DENORMANDIE
Et puis c'est revisiter un certain nombre de tâches et améliorer le fonctionnement des chambres.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu.

JULIEN DENORMANDIE
Merci Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'information continue, vous le savez, sur Cnews.

JULIEN DENORMANDIE
Tout à fait.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avec Clélie et Romain, tout de suite.

JULIEN DENORMANDIE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 avril 2018

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