Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec Europe 1 le 9 avril 2018, sur l'opération de gendarmerie contre la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec Europe 1 le 9 avril 2018, sur l'opération de gendarmerie contre la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti :
PATRICK COHEN
Bonjour Gérard COLLOMB.

GÉRARD COLLOMB
Bonjour.

PATRICK COHEN
Quel est l'objectif de l'opération que vous avez déclenché ce matin à Notre Dame des Landes ?

GERARD COLLOMB
Vous savez qu'il y a maintenant quelques mois, nous avions dit que nous ne ferions pas Notre Dame des Landes, mais qu'en même temps nous voulions que sur ce secteur, la vie puisse revenir à la normale. Cela fait maintenant trois mois que nous discutons avec les anciens agriculteurs, avec celles et ceux qui veulent construire un projet sur Notre Dame des Landes, évidemment il fallait que la loi se réinstalle et donc que les édifices qui avaient été construits illégalement puissent donc être à nouveau détruits et donc la vie puisse reprendre à Notre Dame des Landes, c'est ce que nous faisons ce matin.

PATRICK COHEN
Combien de personnes à déloger, Gérard COLLOMB ?

GERARD COLLOMB
On pense qu'on a environ une quarantaine d'édifices, donc peut-être une centaine de personnes.

PATRICK COHEN
Une quarantaine d'édifices pour une centaine de personnes, quarantaine d'édifices, ça veut dire que ce sont des maisons que vous allez détruire ?

GERARD COLLOMB
Ce sont des édifices précaires.

PATRICK COHEN
Une Zad à raser.

GERARD COLLOMB
Ce sont des édifices précaires qui avaient été montés par les Zadistes et donc dès le départ, vous le savez, il y avait celles et ceux qui voulaient se lancer dans le projet que la préfète proposait, c'est-à-dire un projet agricole, dans une « Notre Dame des landes » rénovée et puis d'autres qui voulaient simplement rester là, donc oui nous allons détruire ces édifices, mais en même temps nous proposons un relogement à chacun, il n'y aura pas de gens qui seront à la rue.

PATRICK COHEN
Donc des relogements proposés et des arrestations éventuellement, les occupants illégaux seront systématiquement déférés à la justice ou pas ?

GERARD COLLOMB
Non, non, nous essayons de venir avec des huissiers, nous faisons les sommations légales, et donc si les gens quittent leur domicile, ils sont libres d'aller ailleurs, de vaquer à leurs occupations. Ce ne sont pas du tout des arrestations que nous faisons, nous constatons simplement qu'il y a un certain nombre d'habitations, si on peut appeler ça habitations, qui sont aujourd'hui construites de manière indue, nous faisons respecter la loi, mais il ne s'agit pas pour nous d'arrêter, sauf ceux qui évidemment passeraient à des actes de rébellion.

PATRICK COHEN
Ce qui est le cas apparemment ce matin, puisqu'il y a des affrontements, des occupants de la Zad qui résistent, Gérard COLLOMB, quelles sont vos informations ?

GERARD COLLOMB
Oui, on sait, si vous voulez que dans les Zadistes, il y a deux parties, une partie qui est prête à se tourner vers l'avenir, qui veut construire Notre Dame des Landes et puis une autre partie qui est là simplement pour occuper le terrain, pour construire une vie marginale, qui veulent finalement rester dans cette espèce de rébellion à Notre Dame des Landes, mais qui leur manquent un peu maintenant que l'aéroport ne doit plus être construit.

PATRICK COHEN
Ceux là, ils vont être, ils sont combattus par les forces de l'ordre qui sont mobilisées, combien de gendarmes mobilisés ce matin sur le terrain ?

GERARD COLLOMB
2.500 gendarmes.

PATRICK COHEN
C'est considérable, c'est une opération délicate qui va durer combien de temps, Gérard COLLOMB ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, on ne peut pas dire combien de temps va durer cette opération, il est clair qu'aujourd'hui nous avons justement engagé beaucoup de forces et de manière à ce que les affrontements soient les plus réduits possible. Nous espérons que les choses se passeront du mieux possible, nous savons qu'il y a parmi les zadistes, un certain nombre de gens qui sont assez violents et donc nous avons engagé des moyens conséquents, de manière à ce que les violences soient les moins graves possible. Hier il y a eu un exercice qui a été fait par le Général LIZUREY demandant à ses troupes de faire preuve de la retenue la plus forte j'ai rappelant les règles déontologiques, parce que nous voulons que les choses se passent bien.

PATRICK COHEN
Avec le moins de dégâts, le moins de victimes possible c'est ça ?

GERARD COLLOMB
Absolument oui, je crois qu'aujourd'hui, il est de l'intérêt de tout le monde que les choses se passent bien, surtout de l'intérêt que l'on puisse reconstruire une nouvelle vie à Notre Dame des Landes et qu'une fois pour toutes on en finisse avec finalement une opération qui avait commencé il y a près d'une quarantaine d'années.

PATRICK COHEN
Ensuite, qu'est-ce qui empêcherait ces zadistes de revenir sur zone, Gérard COLLOMB ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez tout simplement le droit de propriété, on va dire qu'aujourd'hui …

PATRICK COHEN
Vous allez maintenir les forces de l'ordre pour empêcher le retour de ses occupants ?

GERARD COLLOMB
Oui au fur à mesure que les mois vont passer, bon on espère que la situation va se calmer et puis nous maintiendrons tant qu'il sera nécessaire des forces de l'ordre pour qu'il n'y ait pas de nouvelles occupations.

PATRICK COHEN
Plus de 1.600 hectares à surveiller, ça suppose des moyens de police considérable ?

GERARD COLLOMB
Oui mais nous mettons ces moyens de police, je vous parlais tout à l'heure des 2.500 gendarmes et en même temps des policiers et des CRS mobilisés, et donc nous nous donnons les moyens de faire en sorte que la loi puisse être respectée sur tout le territoire. Vous savez sur Bures, qui est une autre opération, là aussi où il y avait quelques contestations. On disait, ils n'y arriveront jamais et puis on s'aperçoit que les choses…

PATRICK COHEN
Site d'enfouissement de déchets nucléaires.

GERARD COLLOMB
… que les choses se passent finalement, très normalement.

PATRICK COHEN
Mais certains vont forcément vous reprocher de mobiliser des moyens de police énormes alors qu'il y a mieux à faire ailleurs, alors que la menace terroriste est très forte.

GERARD COLLOMB
Oui, ce sont des choses totalement différentes, ce ne sont pas les mêmes services qui traitent à la fois évidemment à Notre Dame des Landes et le terroriste, donc il n'y a rien à voir entre les deux choses.

PATRICK COHEN
Vous en fait un symbole du retour à l'Etat de droit, c'est une question d'autorité ce qui est en train de se passer ce matin ?

GERARD COLLOMB
Il est clair si vous voulez qu'en France, l'autorité doit régner partout et que la loi doit être respectée partout, c'est la condition même pour que nous puissions vivre en société. Comment dirait-on demain à un certain nombre de jeunes de respecter le droit, si on laissait se fixer en France des zones de non-droit.

PATRICK COHEN
Il y a un nom pour cette opération en 2012, c'était César, ce qui n'avait pas porté chance aux forces de l'ordre, ça avait tourné au fiasco.

GERARD COLLOMB
Je ne suis pas sûr qu'on ait mis un nom, c'est l'opération Notre-Dame-des-Landes.

PATRICK COHEN
Autres questions de maintien de l'ordre, Gérard COLLOMB, les blocages de certaines universités, l'accès au campus de Lille a ainsi été débloqué vendredi soir, à quelles conditions et selon quelles modalités, pourriez-vous décidé d'intervenir dans telle ou telle faculté ?

GERARD COLLOMB
Ce que nous souhaitons c'est que dans les facultés, les choses se passent le mieux possible. En particulier que les examens puissent avoir lieu. Vous voyez, moi j'appartiens à une ancienne époque, même en 68 les examens s'étaient tenus, donc j'espère qu'ils se tiendront et que finalement ce qui se passe aujourd'hui n'est qu'un épiphénomène.

PATRICK COHEN
Et donc intervention possible à la demande des autorités universitaires ?

GERARD COLLOMB
Intervention possible, vous savez dans des conditions très particulières, puisqu'il existe des franchises universitaires et donc, là encore, nous voulons être très précautionneux. Vous savez ce gouvernement ne se veut pas un gouvernement « bédissiste », lorsqu'il faut faire un certain nombre de choses pour préserver les libertés, nous le faisons, mais nous ne sommes pas les va-t-en-guerre.

PATRICK COHEN
Je reviens, un dernier mot Gérard COLLOMB sur l'opération Notre-Dame-des-Landes, ce matin, j'imagine que vous avez en tête les violences ou les victimes d'autres opérations, je pense notamment à Sivens, la mort de Rémi FRAISSE, quelle consignes avez-vous données aux forces de l'ordre qui pourraient faire face à des individus déterminés à résister, à employer la force comme apparemment c'est le cas en ce moment avec ces échanges de tirs ?

GERARD COLLOMB
Bien sûr que vous avez toujours présent à l'esprit des événements comme Sivens, la mort d'un jeune homme c'est quelque chose d'affreux. Et donc on a donné des consignes de retenue, je crois que la majeure partie hier de la journée a été passée à donner des consignes, et à rappeler la déontologie qui devait être celle des forces de l'ordre.

PATRICK COHEN
Donc vous êtes confiant sur le déroulement des opérations ce matin.

GERARD COLLOMB
Oui, nous sommes confiants, j'espère qu'au cours de la journée, tout se passera bien et que dans les quelques semaines, eh bien l'ordre sera revenu à Notre-Dame-des-Landes et que le nouveau projet de Notre-Dame-des-Landes, parce qu'il s'agit bien de cela, pourra prendre forme.

PATRICK COHEN
Merci Gérard COLLOMB, ministre de l'Intérieur d'être venu ce matin en direct au micro d'Europe 1.


source : Service d'information du Gouvernement, le 16 avril 2018

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