Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à Europe 1 le 10 avril 2018, sur l'emploi présumé d'armes chimiques en Syrie et le discours du président de la République devant la conférence des évêques de France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à Europe 1 le 10 avril 2018, sur l'emploi présumé d'armes chimiques en Syrie et le discours du président de la République devant la conférence des évêques de France.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, COHEN Patrick.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : PATRICK COHEN
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour.

PATRICK COHEN
La France est-elle sur le point d'aller bombarder des installations de Bachar Al-ASSAD en Syrie ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Suite aux événements qui se sont produits il y a quelques jours et aux images épouvantables qui ont été données à voir, vous savez, le président de la République et le président des Etats-Unis ont échangé des informations qui confirment, a priori, l'utilisation d'armes chimiques. Ils ont donné instruction à leurs équipes, à la fois du côté américain et du côté français, de poursuivre les investigations, vous le savez, hier soir, s'est tenue une réunion importante du Conseil de sécurité de l'ONU à New-York, et si les responsabilités sont établies, vous le savez, le président de la République l'a rappelé, à maintes reprises, eh bien, que si la ligne rouge a été franchie, elle donnera lieu à une riposte.

PATRICK COHEN
A échéance brève ? C'est une affaire d'heures, de jours ?

BENJAMIN GRIVEAUX
A nouveau, c'est, une fois que les faits sont établis, et je ne suis pas aujourd'hui en mesure de vous dire si c'est une histoire d'heures ou de jours, le président de la République a convenu de reparler dans les 48h au président TRUMP.

PATRICK COHEN
Si les faits sont établis, il y aura donc une riposte militaire.

BENJAMIN GRIVEAUX
Comme l'avait fixé comme ligne rouge le président de la République.

PATRICK COHEN
La Russie a été directement et vivement accusée par la France, responsabilité écrasante a dit, cette nuit, l'ambassadeur François DELATTRE. Est-ce que ça peut remettre en cause la visite officielle d'Emmanuel MACRON en Russie à la fin mai ?

BENJAMIN GRIVEAUX
A ce stade, il n'y a pas de remise en cause de cette visite officielle, il faut toujours discuter, même quand on a des désaccords, c'est le principe même du multilatéralisme, il n'est pas question d'isoler les uns par rapport aux autres, mais il faut en même temps pouvoir reconnaître les responsabilités des uns et des autres, en particulier dans cette région où – on le sait – de grandes puissances régionales exercent leur influence, que ce soit la Turquie, l'Iran ou la Russie.

PATRICK COHEN
Oui, enfin, il faut dialoguer, mais enfin, il y a quand même eu des sanctions, des coups de froid, des diplomates expulsés, et puis, un Mondial de football russe – vous le savez – à la mi-juin, où la question va se poser de l'envoi d'officiels occidentaux lors de cet événement.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, pour l'instant, le sujet, c'est de pouvoir traiter cette question syrienne bien avant de savoir si des officiels occidentaux pourront profiter des tribunes du Mondial de football.

PATRICK COHEN
J'en viens, Benjamin GRIVEAUX, au discours d'Emmanuel MACRON hier soir devant les évêques de France, au Collège des Bernardins. Discours qui commençait ainsi : nous partageons le sentiment que le lien entre l'église et l'Etat s'est abîmé et qu'il nous importe à vous comme à moi de le réparer. Pourquoi parler de lien qui est censé avoir été rompu depuis 1905, et qu'est-ce qui a été abîmé ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, le président de la République a dit hier très clairement, dans son discours à la conférence des évêques de France, que l'église n'avait rien à attendre de lui, et que lui attendait des catholiques un engagement, qui est un engagement ancien dans l'histoire de France, engagement associatif et notamment dans le monde caritatif, puisque c'était d'ailleurs hier soir l'objet de la rencontre qui se tenait aux Bernardins. A savoir, travailler sur les questions de vulnérabilité, de grande pauvreté, et de fragilité des personnes. Et donc il a rappelé son rôle, c'est d'assumer en tant que président de la République, c'est d'assurer la liberté totale en France de croire ou de ne pas croire, et d'accepter, sans aucun compromis – c'est son discours mot pour mot – sans aucun compromis toutes les lois de la République. C'est ça la laïcité. Et moi, je regarde les réactions quasi-Pavloviennes d'une partie de la classe politique française depuis hier soir, où en 140 signes, dans un tweet, on condamne un discours de plus d'une heure. L'Etat…

PATRICK COHEN
Non, moi, je vous ai cité le discours, je ne vous ai pas cité des tweets…

BENJAMIN GRIVEAUX
L'Etat est laïc en France, la société française n'est pas laïque…

PATRICK COHEN
Oui, mais vous dites : le président s'est adressé aux catholiques, il considère les catholiques comme un bloc, et il doit s'adresser aux croyants plutôt qu'aux citoyens ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais de la même manière qu'il est intervenu au CRIF, auprès des institutions juives de France, il y a quelques semaines. De la même manière qu'il était devant l'église protestante à l'automne. Le président de la République, il s'adresse par définition à tous les Français. Et vous savez, c'est un sujet trop complexe pour être caricaturé de la manière dont il a été caricaturé depuis hier soir. Prenez… il a un passage dans le discours, mais je crois qu'il dit beaucoup de notre histoire, quand il évoque la mémoire du colonel BELTRAME, il dit au fond : certains ont vu dans le sacrifice du colonel BELTRAME un respect de sa vocation de militaire, de son engagement militaire. D'autres y ont vu un respect de ses convictions de nature plus maçonnique. Et sa femme, en particulier, y a vu, elle, peut-être, un respect de sa foi. C'est sans doute un peu de ces trois dimensions-là, parce que vous ne pouvez pas dissocier chez les Français, dans notre histoire, eh bien, ces influences mêlées, c'est à la fois la République, c'est à la fois l'armée, là, et à la fois, sans doute, une part de foi qui ont mené à cet acte héroïque. Et donc c'est simplement ça qu'il a rappelé hier soir. Rien d'autre.

PATRICK COHEN
C'est un très bel hommage au colonel BELTRAME, et personne ne l'a contesté. Mais ce n'est pas cette partie-là de discours qui a été critiquée hier soir…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais oui, parce qu'on prend un peu de discours sur un discours d'une heure. Et donc, moi, j'appelle…

PATRICK COHEN
Et vous ne m'avez pas répondu, qu'est-ce qui a été abîmé ? Qu'est-ce qui a abîmé le lien entre l'église et l'Etat, c'est la contraception, c'est l'avortement, c'est le mariage pour tous ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, c'est sans doute l'absence de dialogue. Il faut pouvoir dialoguer avec chacun ; sans doute, sortir les autorités religieuses du comité consultatif national d'éthique n'était pas d'une bonne idée, je ne partage pas, moi, certaines des convictions de l'église catholique sur la PMA par exemple ou sur le mariage, mais on sort toujours plus fort d'un dialogue nourri, d'un dialogue exigeant avec ceux qui ont une présence dans la société française. Pourquoi exclure dès facto quelqu'un du débat public, ça n'est pas ma conception du débat public…

PATRICK COHEN
Comment réparer ce lien, pardon pour le jeu de mots, il y aura un projet de réparation de l'Eglise et de l'Etat ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, d'abord, c'est en dialoguant plutôt qu'en se regardant en chiens de faïence et en s'accusant mutuellement de choses, bon, ça, c'est la première chose, et puis, deuxièmement, moi, je crois profondément que, de la même manière que le président de la République doit dialoguer avec les églises, les églises doivent être pleinement dans leur siècle, parce que, et l'Eglise catholique comme les autres, elles sont confrontées, eh bien, au mouvement de la société française, ce qu'il a aussi rappelé dans son discours hier, les prêtre dans leur paroisse font face à des couples qui ont divorcé, à des couples homoparentaux, à des couples qui ont eu recours à la fécondation in vitro, à des couples où il y a eu parfois des avortements, bon, donc ils ne sont pas en dehors de la société française, l'église, elle est aussi dans son siècle et elle doit aussi être pleinement dans son siècle ; c'est simplement ça qui a été rappelé hier.

PATRICK COHEN
Emmanuel MACRON appelle les catholiques à s'engager politiquement, ça aussi, c'est une formule, une expression qui a surpris : est-ce que vous l'imaginez demander aux juifs, aux musulmans, aux bouddhistes, aux athées de s'engager politiquement ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais à nouveau, mais à chacun de s'engager, à chacun d'être un être engagé pleinement dans la vie de la cité, hier, c'était une soirée dédiée à la question de la vulnérabilité. Qui peut demain contester…

PATRICK COHEN
Mais chacun, ce n'est pas découper la communauté en tranches…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais bien sûr que non. Mais qui demain contestera que les personnes qui participent aux actions faites par le Secours catholique ou par Emmaüs, où il y a une influence spirituelle évidemment… enfin, assez évidente, eh bien, qui peut leur contester qu'ils sont engagés dans la vie de la cité, c'est ça aussi l'engagement politique, il faut vraiment cesser les faux procès, moi, vous savez, il s'est produit un miracle hier soir, c'est que, en moins d'une heure, le président de la République, en moins d'une heure, le président de la République a su réconcilier Jean-Luc MELENCHON et le Parti socialiste qui, d'une seule voix, condamnent… dans un réflexe quasi-pavlovien ce matin sans, sans doute, avoir lu la totalité du discours, qui est un discours équilibré, et qui est un discours qui, je crois, fera date.

PATRICK COHEN
Et réconcilier aussi avec Christine BOUTIN, qui, elle, est très contente, elle l'a tweeté hier soir. Condamnation aussi du Grand Orient de France qui parle d'une grave atteinte à la laïcité, voilà, ce n'est pas des extrémistes furieux…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça n'est pas une atteinte à la laïcité, il n'y a pas le moindre doute sur le fait que l'Etat est laïc, et le président de la République l'a rappelé et qu'il n'y a pas le moindre fléchissement sur le fait que l'Etat soit laïc, mais considérer que la société française l'est, c'est sans doute ne pas avoir pleinement prise sur la société française.

PATRICK COHEN
Sur cette question, Hélène JOUAN, la chef du service politique d'Europe 1, Hélène.

HELENE JOUAN
Oui, hier, dans son discours aux évêques de France, le président n'a pas voulu trancher, n'a voulu trancher aucun débat bioéthique, renvoyant aux Etats généraux en cours, alors il y a une grande inconnue aujourd'hui, notamment dans ce que le président entend faire sur la fin de vie, légiférer ou pas, et pour l'instant, il y a une seule ministre du gouvernement qui s'est publiquement engagée, c'est Agnès BUZYN, qui a dit qu'elle était contre une nouvelle loi. Quelle est, vous, votre conviction personnelle sur la question, Benjamin GRIVEAUX ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est une question qui est éminemment complexe parce que, il va s'agir de… si le législateur doit s'en emparer, vous le savez, la loi est par définition générale, et on est dans le cas d'espèce que dans des cas quasi-particuliers que quand des cas très singuliers. Sans doute faut-il évoluer, ma conviction très personnelle, c'est sans doute qu'il faut évoluer sur cette question, mais qui est une question extrêmement sensible, les Etats…

HELENE JOUAN
Donc une nouvelle loi…

PATRICK COHEN
Les états généraux de la bioéthique vont permettre de pousser plus loin les réflexions et le débat, de permettre aussi d'avoir un regard sur la loi Claeys-Léonetti, qui est entrée en vigueur il y a peu, voir le retour d'expérience qu'on a, mais à nouveau, on est, là, dans une question de singularité, d'intime et il est toujours très difficile pour le législateur de pouvoir encadrer, dans un texte qui par nature et par vocation est général, d'y faire rentrer que des cas très particuliers, sans doute, y a-t-il un consensus sur les personnes qui sont très malades, qui souffrent et qui sont dans des phases très terminales, et d'ailleurs, c'est-ce qu'aborde, d'une certaine manière, la loi Claeys-Léonetti. Et puis, il y a d'autres sujets qui éminemment et philosophiquement moralement appellent à d'autres types de réflexion, à d'autres convictions, mais c'est aussi dans ce cadre-là des Etats généraux de la bioéthique que ce sera discuté, et il est bien qu'on puisse en parler sereinement, calmement, posément, loin des caricatures.

PATRICK COHEN
Posément, calmement et sereinement, ce n'est pas tout à fait ce qui se passe en ce moment à la SNCF. On a eu le début des débats en séance à l'Assemblée nationale, Benjamin GRIVEAUX, sur le projet de réforme ferroviaire, on attend les ouvertures, les signes, les concessions au pluriel, peut-être, qui permettraient de sortir de l'impasse, où et quand viendront-elles ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais d'abord, il n'est pas question de savoir si on fait… des concessions, c'est une bataille à livrer ou une lutte, nous, on veut transformer la SNCF, parce que la SNCF en a besoin…

PATRICK COHEN
Oui, mais il y a un conflit…

BENJAMIN GRIVEAUX
1°) : le service coûte plus cher, il est moins bon qu'auparavant et il y a une ouverture à la concurrence qui fait que l'entreprise publique doit pouvoir être armée pour résister à l'ouverture à la concurrence, ça, c'est l'objectif qu'on poursuit…

PATRICK COHEN
Oui, j'entends, mais il y a un conflit à résoudre…

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a un conflit à résoudre, et vous savez quoi, on a réussi à déposer des amendements à l'Assemblée nationale sur la question de l'ouverture à la concurrence, parce qu'il y a eu des discussions qui ont été faites avec les partenaires sociaux. Ces discussions se poursuivent auprès d'Elisabeth BORNE, il y a encore des dizaines de réunions qui sont prévues, sur la question de la gouvernance, et puis, sur la question importante de la dette, et le sujet sera sur la table, nous l'avons dit dès le départ. L'Etat prendra une part de responsabilité, mais on ne prendra pas des responsabilités tant que d'autres avancées n'auront pas été faites parce que vous pouvez demain dire, d'un coup de baguette magique, j'efface la dette, ce qui d'ailleurs n'est pas un coup de baguette magique. L'entreprise perd trois milliards d'euros par an. Donc si on efface une dette pour la reconstituer chaque année de trois milliards d'euros supplémentaires, ça n'aura pas servi à grand-chose. L'objectif, c'est donc bien d'arriver à trouver des solutions qui permettront de baisser le niveau de déficit chaque année de la SNCF, pour empêcher que la dette se reconstitue.

PATRICK COHEN
Envoyer les CRS dans une université, est-ce que c'est une bonne idée pour faire baisser la tension ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous évoquez l'université de Nanterre hier. Vous savez, ce qui me frappe, moi, c'est que dans ces universités, une infime minorité souvent d'occupants d'amphis qui ne sont, eux-mêmes, pas étudiants, et qui sont d'ailleurs là pour des revendications qui n'ont rien à voir avec la loi sur l'Enseignement supérieur, mais qui, en gros, viennent contester l'élection d'Emmanuel MACRON, occupent des amphis. Vous avez évoqué ce matin, j'écoutais votre antenne de venir vous rejoindre, la fac de Nancy, où vous avez des étudiants, 70 % des étudiants ont voté pour la reprise des cours. Et j'entendais une étudiante…

PATRICK COHEN
Par un scrutin électronique, oui…

BENJAMIN GRIVEAUX
Par un scrutin électronique, oui, enfin, par un scrutin électronique, 70 % ont voté pour la reprise des cours…

PATRICK COHEN
Oui, pas à mains levées, voilà, c'est ça que je voulais dire…

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, exactement, pas à mains levées, pas en AG, pas en amphi, pas sous le regard de ses petits camarades, c‘est aussi ça la démocratie. Et donc une infime minorité, souvent de personnes qui sont extérieures à l'université, n'empêcheront pas la tenue des cours et le fait que des étudiants, ils aient envie de poursuivre leurs études tranquillement.

PATRICK COHEN
Est-ce que, envoyer des CRS à l'intérieur d'une fac, c'est une bonne idée ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il était nécessaire de pouvoir permettre à ces étudiants que les cours se fassent, et surtout, de maintenir le calme dans cette université, et d'éviter que, pour des motifs autres que ceux de la loi sur l'Enseignement supérieur, qu'il est parfaitement légitime de contester pour ces étudiants, je ne leur conteste pas ce droit-là, mais que viennent se greffer… et que, finalement, l'université soit le réceptacle d'autres contestations et d'autres luttes.

PATRICK COHEN
Merci Benjamin GRIVEAUX d'être venu ce matin en direct au micro d'Europe 1, porte-parole du gouvernement.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 avril 2018

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