Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec LCI le 10 avril 2018, sur l'évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, l'intervention de la police dans les universités, les relations entre l'Etat et l'Eglise, l'arrestation des auteurs de l'agression de policiers à Champigny et sur l'enquête sur le meurtre terroriste des deux policiers à Magnanville. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec LCI le 10 avril 2018, sur l'évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, l'intervention de la police dans les universités, les relations entre l'Etat et l'Eglise, l'arrestation des auteurs de l'agression de policiers à Champigny et sur l'enquête sur le meurtre terroriste des deux policiers à Magnanville.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti :
AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Gérard COLLOMB.

GERARD COLLOMB
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Ministre de l'Intérieur. Alors l'opération d'expulsion se poursuit à Notre Dame des Landes avec ces mêmes images depuis deux jours, celles de 2.500 gendarmes mobiles mobilisés, face aux zadistes cagoulés, c'est l'image de la détermination que veut afficher le gouvernement, l'image du mépris pour les projets agricoles alternatifs disent les zadistes.

GERARD COLLOMB
Je crois que le gouvernement fait ce qu'il a dit, c'est-à-dire il avait déjà promis que Notre Dame des Landes, l'aéroport ne se ferait pas, qu'ensuite il voulait que l'ordre républicain revienne sur ce territoire et puis ensuite que la vie reprenne. La vie, ça veut dire avec des projets alternatifs. Encore faut-il les déposer et moi je redis ce matin que celles et ceux qui voudraient déposer des projets agricoles sont les bienvenus et donc nul ne doit désespérer de l'avenir, il s'agit au contraire de redonner un avenir à un territoire qui n'en avait plus depuis maintenant, on va dire 20 ans.

AUDREY CRESPO-MARA
Redoutez-vous un nouveau drame, un nouveau Rémi FRAISSE, la préfète dit, plus ça va aller, plus ça va être compliqué ?

GERARD COLLOMB
La journée d'aujourd'hui a été une journée forcément cruciale, mais en même temps chaque fois nous avons donné les consignes aux forces de l'ordre de manière à être les plus retenus dans leur façon de gérer la crise. Nous ne voulons pas effectivement d'un Rémi FRAISSE, nous ne voulons pas qu'il y ait à Notre Dame des Landes des jeunes qui puissent être blessés, nous ne voulons pas que les forces de l'ordre puissent être atteintes, donc nous gérons ça avec beaucoup de retenues.

AUDREY CRESPO-MARA
Voilà les images que vous voyez nous parviennent en direct de Notre Dame des Landes, combien de personnes reste t-il à évacuer, combien l'ont été, combien de squats reste t-il à démanteler, combien l'ont été ?

GERARD COLLOMB
Aujourd'hui vous avez 13 squats qui ont été démantelés, il en reste une vingtaine, donc la journée d'aujourd'hui devrait nous amener vers une part importante du travail accompli et on va retrouver un aspect normal. On voit bien sur vos images que là on n'est pas dans la France normale et que lorsque la loi n'est pas respectée, c'est finalement la loi du plus fort qui s'impose, c'est la violence qui s'impose et nous ne pouvons pas en France tolérer des violences comme celles-là.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous parlez d'une vingtaine de squats encore à démanteler, combien de personnes ont été évacuées, combien en reste t-il à évacuer et quand elles sont évacuées, où sont-elles amenées ?

GERARD COLLOMB
Alors si vous voulez, un certain nombre donc ont été interpellés parce qu'ils avaient commis des violences contre les forces de l'ordre, les autres nous mettons à disposition si elles le souhaitent un certain nombre de logements, mais en général elles vont plutôt chez des amis qui sont dans la proximité, je crois que chacun trouvera sa place après Notre Dame des Landes.

AUDREY CRESPO-MARA
Et l'opération pourrait durer combien de jours ?

GERARD COLLOMB
Je pense qu'elle peut durer jusqu'à la fin de la semaine.

AUDREY CRESPO-MARA
Jusqu'à la fin de la semaine. Et quels délais vous donnez, vous, pour qu'il ne reste plus sur le site un seul zadiste en situation irrégulière ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, je pense qu'il y a des gens qui vont venir sans doute, mais nous ferons en sorte d'être vigilants et nous voulons progressivement ramener à la normale. Nous ne nous donnons pas de date en disant, voilà il faut que tel jour il n'y ait plus personne sur le terrain, il y aura forcément des moments plus complexes que d'autres. Le pari que nous faisons, c'est que les agriculteurs qui veulent effectivement refaire de ce terrain, un terrain agricole qui soit porteur, eh bien puissent être ceux qui forgeront l'avenir du territoire.

AUDREY CRESPO-MARA
Que vont devenir les terres qui sont libérées en ce moment ?

GERARD COLLOMB
Les terres qui sont libérées par discussions avec les propriétaires pourront être louées comme elles l'étaient par le passé.

AUDREY CRESPO-MARA
Que répondez-vous aux architectes, aux intellectuels, aux ingénieurs aussi qui soutiennent la ZAD et qui disent que c'est le laboratoire d'une nouvelle société ?

GERARD COLLOMB
Mais que demain, il y ait le laboratoire d'une nouvelle société qui se fasse là-bas, nous n'y voyons aucun inconvénient. Vous savez le président de la République est plutôt dans l'innovation, donc ceux qui ont envie d'innover, même si c'est de manière agricole, sont les bienvenus.

AUDREY CRESPO-MARA
Et que répondez-vous à ceux qui vous disent que c'est plus simple de s'en prendre à quelques zadistes perdus dans les bois que d'aller rétablir l'ordre républicain dans certains quartiers ?

GERARD COLLOMB
Il faut faire les deux en même temps, et à mon avis si vous voulez, il était important que l'on puisse rétablir l'ordre dans la ZAD, parce que la ZAD d'une certaine manière, c'est une vitrine de notre société française. C'est-à-dire qu'on voit un certain nombre de gens qui étaient plutôt des gens de couches populaires éduquées, et qui tout d'un coup rompent avec la loi. Si eux rompent avec la loi, que voulez-vous dire aux jeunes de banlieues qui le font tous les jours ? Non, nous aurons de la fermeté, dans tous les quartiers et lorsque par exemple nous créons les quartiers, les reconquêtes républicaines dans ces banlieues dégradées, nous voulons redonner une chance à une jeunesse qui aujourd'hui hélas dérive et se livre à tous les trafics, commet toutes les violences.

AUDREY CRESPO-MARA
Et quand vous dites, il faut faire les deux, est-ce que vous envisagez d'envoyer aussi les gendarmes mobiles dans certains quartiers, comme vous le faites dans la ZAD de Notre Dame des landes ?

GERARD COLLOMB
Mais dans les quartiers de reconquête républicaine, comme vous le savez, nous mettons entre 10 et 30 personnels nouveaux parce que nous voulons effectivement que l'ordre puisse y régner. Mais en même temps nous allons faire des opérations d'urbanisme, d'emplois. Nous allons faire en sorte que dans les écoles on mette des programmes spéciaux, vous voyez c'est un tout qu'il faut traiter.

AUDREY CRESPO-MARA
Notre Dame des Landes, c'est aussi une bataille des images, engagées d'un côté, vous allez le voir celles des gendarmes, les images des gendarmes pour dire que la situation est sous contrôle et de l'autre, celles des zadistes pour dire la brutalité policière. Votre combat passe par le contrôle des images ?

GERARD COLLOMB
En tout cas ce que nous voulions, c'est qu'il puisse y avoir de la part des spectateurs un jugement qui soit objectif. Alors c'est vrai nous avons embarqué 200 caméras de manière à pouvoir diffuser un certain nombre d'images et montrer que les forces de l'ordre emploient cette force de manière mesurée et non pas de manière brutale, nous y tenons essentiellement. Nous avons la chance en France d'avoir des forces de l'ordre qui soient républicaines. Quand on regarde les pays autour de nous, il n'y a pas beaucoup de pays qui ont cette chance là, sachons le en France.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors s'il y a bien un parti politique qui ne vous comprend pas, c'est le NPA d'Olivier BESANCENOT qui dit que le gouvernement a choisi l'affrontement sur tous les fronts. Cette évacuation, c'est un avertissement à l'extrême gauche qui pourrait envisager d'autres actions d'envergures différentes ?

GERARD COLLOMB
Non, je crois qu'on peut sur le plan des idées, du discours, développer ce que l'on souhaite, il faut faire attention de ne pas glisser dans la violence, parce que moi j'appartiens à une génération où j'avais vu en Allemagne, en Italie, un certain nombre de personnes se radicaliser, et tomber dans la violence la plus extrême, j'aimerais que cela ne se reproduise pas, en France.

AUDREY CRESPO-MARA
Autre foyer de contestations, des universités bloquées à Toulouse, à Montpellier, en région parisienne, à Tolbiac, 6 personnes ont été interpellées 7 à Nanterre, vous avez prévu d'autres interventions de CRS pour débloquer des facs ?

GERARD COLLOMB
Vous savez que chaque fois, c'est le président d'université qui doit faire appel aux forces de l'ordre et lorsqu'il fait appel aux forces de l'ordre, évidemment, nous nous exécutons et nous essayons d'évacuer la fac de la manière la plus douce possible, en essayant de faire en sorte que les choses ne dérapent jamais.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc ce n'est pas exclu. Des graffitis contre l'Etat et la police ou clamant des ZAD partout recouvrent les murs de certaines facultés, des étudiants rêvent d'une convergence des luttes, 50 ans après Mai 68, est-ce que vous la redoutez cette convergence des luttes ?

GERARD COLLOMB
Non, parce que la société est totalement différente. Si vous voulez, moi j'avais en 68 l'âge de la jeunesse d'aujourd'hui, donc je vois bien comment la situation est différente. On était dans une société qui était totalement fermée, où on avait envie du monde, aujourd'hui au contraire on a peur du monde extérieur. On était dans une société où l'emploi était un emploi facile, aujourd'hui il y a un certain nombre de difficultés. Non, les problèmes ne sont pas du tout les mêmes et je crois que justement la volonté du gouvernement, c'est de transformer cette société pour redonner une chance à la jeunesse.

AUDREY CRESPO-MARA
Est-ce que les examens pourraient être menacés ?

GERARD COLLOMB
J'espère que non parce que ça serait évidemment catastrophique pour les jeunes, même d'ailleurs en 68, les examens avaient eu lieu.

AUDREY CRESPO-MARA
Le climat social en tout cas est de plus en plus tendu dans les universités, à la SNCF, chez AIR FRANCE, colère des personnels dans les hôpitaux, les HEPAD, les avocats, les juges, Emmanuel MACRON sera l'invité Jean-Pierre PERNAUT jeudi à 13h00 sur TF1 et LCI, puis celui de Jean-Jacques BOURDIN sur BFM et de Daewoo Plenel Mediapart dimanche, vous pensez vraiment qu'une offensive médiatique peut suffire à contenir tous ces fronts ?

GERARD COLLOMB
La société était une société bloquée, donc Emmanuel MACRON, c'était l'objet même de sa campagne, que de dire, voilà il y a un certain nombre de freins qui existent dans cette société et c'est pour cela que la France prend du retard, que d'un point de vue industriel par exemple, elle est en train de voir des centaines de milliers d'emplois qui sont détruits et donc nous allons remettre tout cela en mouvement, c'est ce qui se fait. Mais évidemment quand vous mettez en mouvement par rapport au conservatisme ambiant, ça grince un peu.

AUDREY CRESPO-MARA
L'offensive médiatique ne peut pas forcément contenir les foyers de contestations.

GERARD COLLOMB
Je pense que l'offensive médiatique, je ne sais pas si offensive médiatique, en tout cas ce que dira Emmanuel MACRON, le président de la République sera important parce qu'il a l'analyse de la société qui à mon avis, correspond aux besoins de notre pays et il essaiera de la faire partager aux Français.

AUDREY CRESPO-MARA
Et la réforme de la SNCF, elle a fait son entrée à l'Assemblée nationale hier, ça va forcément faire avancer le dossier ou au contraire face aux tensions des différents groupes, ça va encore bloquer davantage ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, je pense qu'il faut avancer, on ne peut pas simplement parler de la SNCF, sans introduire à l'Assemblée nationale les changements qui vont pouvoir permettre de débloquer la situation. Non, nous sommes dans un moment important qui doit nous permettre de changer de société et de donner un peu plus d'espérance dans l'avenir aux Français.

AUDREY CRESPO-MARA
Emmanuel MACRON veut réparer le lien abîmé entre l'Etat et l'Eglise, il l'a dit hier soir devant la conférence des Evêques de France, Jean-Luc MELENCHON fustige l'irresponsabilité du sous-curé MACRON, la Gauche socialiste brandit…

GERARD COLLOMB
Ca c'est du MELENCHON.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous avez l'habitude, la Gauche socialiste brandit la laïcité, vous qui êtes ministre des Cultes, enfin je ne sais pas si c'est le titre en tout cas officiel mais, est-ce que le principe de laïcité, peut être à géométrie variable en fonction des religions ?

GERARD COLLOMB
Mais le président de la République a repris hier le principe de laïcité et il a récité ce qu'était la loi de 1905, en disant que c'est une loi de liberté, liberté de croire ou de ne pas croire, de pratiquer de la religion de son choix à condition qu'elle respecte les principes de la République. Donc vous voyez il était dans les bases mêmes de la laïcité. Simplement ce qu'il dit hier et ça change peut-être de ton, ce qu'il dit, chez l'homme il n'y a pas simplement une matérialité, il y a une quête d'absolu, de spiritualité, de donner un sens à sa vie et donc ça c'est peut-être une tonalité nouvelle, mais qui ne rompt en rien avec les grands principes de la laïcité.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais certains y voient émerger l'Emmanuel MACRON catholique qui n'a pas le même discours avec les catholiques qu'avec les autres.

GERARD COLLOMB
Non, je ne pense pas, je ne sais pas d'ailleurs si Emmanuel MACRON est catholique, en tout cas il a ce sens de l'absolu, de la beauté que d'autres peut-être ont moins. Vous voyez, Emmanuel MACRON, c'est un littéraire, il aime les beaux textes, son discours hier a été constellé de citations qui étaient absolument magnifiques. La phrase était très belle, la profondeur des sentiments absolue, donc je crois que c'est un intellectuel, j'allais dire presque un artiste, oui, il y a du poète chez Emmanuel MACRON lorsqu'il décrit la société.

AUDREY CRESPO-MARA
Deux autres d'actualités qui vous concernent, ministre de l'Intérieur, opération en cours à Champigny sur Marne ce matin, dans l'enquête sur l'agression de deux policiers le soir du Nouvel An, il y a au moins 13 interpellations ce matin, vous confirmez ?

GERARD COLLOMB
On se souvient évidemment de ces interpellations lorsque deux policiers avaient été roués de coups sous, donc que les caméras, la France avait été émue, les policiers scandalisés. On s'aperçoit que dans notre pays, on finit toujours par la loi, cela prend un peu de temps, les enquêtes sont minutieuses mais effectivement les auteurs sont arrêtés et demain ils seront châtiés.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc tous les auteurs ont été arrêtés ce matin ?

GERARD COLLOMB
Tous les auteurs ont été arrêtés.

AUDREY CRESPO-MARA
Une nette avancée également dans l'enquête sur l'assassinat de couple de policiers dans leur pavillon de Magnanville près de 2 ans après, 6 personnes ont été interpellées dans l'Essonne. Alors ce qui choque c'est que parmi elles, il y a une policière et ses enfants, sa fille et son fils, qui sont radicalisés. La policière était toujours en fonction, est-ce qu'elle est mise en cause directement, est-ce que ce sont ces enfants qui le sont ?

GERARD COLLOMB
Aujourd'hui l'enquête se dirige plutôt vers des enfants, mais cet épisode signifie que personne aujourd'hui n'est mis de côté dans les enquêtes et que même à l'intérieur de la police, même quand c'est dans le plus intime, on enquête et on aboutit à certain nombre de résultats, cela montre que la loi est respectée partout et je crois que c'est une leçon pour chacun. Vous voyez, il n'y a pas ceux…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais la policière est mise en cause directement ?

GERARD COLLOMB
L'enquête est en cours et donc je ne veux pas en dire plus aujourd'hui, c'est aux juges maintenant de pouvoir se faire leur avis, mais vous voyez la loi est appliquée partout, elle est appliquée à Notre Dame des Landes, elle est appliquée dans les universités, elle est appliquée dans les quartiers, elle est appliquée dans la police, elle est appliquée partout et c'est bien comme cela, d'être un Etat de droit.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais ça peut laisser aussi penser aux Français que la police peut être infiltrée par l'islamisme, par les islamistes.

GERARD COLLOMB
Je crois que tous les corps de la société française et c'est ce qui en fait le malaise, peuvent aujourd'hui être infiltrés.

AUDREY CRESPO-MARA
La police y compris.

GERARD COLLOMB
Quelques éléments très minoritaires de la police, mais oui, la preuve, cela peut sans doute arriver, mais en général la police sait assez vite faire le tri, et regarder à l'intérieur les éléments qui peuvent à un moment donné déraper.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci beaucoup Gérard COLLOMB.

GERARD COLLOMB
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 avril 2018

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