Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à BFM TV le 13 avril 2018, notamment sur le climat social, le conflit à la SNCF et le projet de réforme constitutionnelle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à BFM TV le 13 avril 2018, notamment sur le climat social, le conflit à la SNCF et le projet de réforme constitutionnelle.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, Malherbe Apolline (de).

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour CHRISTOPHE CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être avec nous. Vous êtes secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, vous êtes délégué général de la République En Marche !, et on sent bien que vous êtes un peu le porte-parole officieux, vous l'êtes resté, d'Emmanuel MACRON. Evacuation de la Sorbonne, on a vu hier ces images, des CRS dans les salles de classes, et puis juste avant, l'évacuation de Notre-Dame-des-Landes, avec des gaz lacrymogènes, CRS contre zadistes. Ces images de confrontation qui ont quand même marqué ces derniers jours, hier sur TF1 le président a promis d'unir les Français. Visiblement, ça ne va pas de soi.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, je crois que pour unir les Français, il faut aussi respecter l'ordre. L'ordre c'est la meilleure façon de donner les libertés et les sécurités à chacune et chacun, là où il y a des effractions dans les universités, et quand les présidents d'université sollicitent les forces de l'ordre, elles doivent répondre présentes. Par contre, quand il n'y a pas d'effraction, qu'il y a une occupation, c'est le cas sur un autre site de la Sorbonne, le préfet a refusé le concours des forces de l'ordre. Sur Notre-Dame-des-Landes, on est là sur quelque chose qui est un engament du Premier ministre. Le fait d'avoir pris cette décision politique, de ne pas faire l'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, mais en même temps de ne pas laisser cette zone comme une zone de non droit, il n'y a pas de zone de non droit en France.

APOLLINE DE MALHERBE
Hier, le président n'a pas forcément rassuré les étudiants ou calmé les étudiants. Lilâ LE BAS, qui était ce matin sur BFM TV et sur RMC, elle est la présidente de l'UNEF, elle disait : « Il nous a parlé des examens en chocolat, mais nous ne sommes pas des enfants de 5 ans ».

CHRISTOPHE CASTANER
Non mais d'abord, l'essentiel des étudiants aujourd'hui, le plus grand nombre, 90 %, sont au travail ils sont là pour apprendre, parce que le savoir c'est essentiel, ils sont là pour préparer leurs examens. Il y a une toute petite minorité qui bloque une toute petite minorité d'universités, et des endroits en particulier de certaines universités.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous ne craignez pas que ça prenne de l'ampleur.

CHRISTOPHE CASTANER
On voit bien qu'aujourd'hui, depuis quelques jours, malgré ces blocages, malgré des apports extérieurs de personnalités qui n'ont rien à voir avec le milieu étudiant et qui viennent faire de la politique sur place, j'ai vu...

APOLLINE DE MALHERBE
Faire de la récupération ?

CHRISTOPHE CASTANER
J'ai vu Alexis CORBIERE, par exemple, s'exprimer à Tolbiac et appeler à cette mobilisation générale.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est de la récup politique.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est de la récup, bien sûr, mais de toute façon ils soufflent sur toutes les braises possible, en espérant que ça fasse un grand feu, parce qu'ils veulent revenir sur l'élection présidentielle d'il y a un an, parce qu'ils n'ont toujours pas compris qu'ils l'avaient perdue.

APOLLINE DE MALHERBE
Sur la grève des cheminots, elle a repris ce matin, troisième mouvement de grève, de ce mouvement de grève perlée, avec un tout petit peu moins de mobilisation. Est-ce que vous vous dites : ça y est, on tient le bon bout ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais il faut continuer à faire de la pédagogie, à rassurer les cheminots, et à garantir aux Français le libre droit de circulation. Je pense que c'est une obligation, à la fois pour les cheminots, pour les grévistes, mais c'est aussi notre obligation à nous. On a rappelé des principes, celui de l'ouverture à la concurrence qui est meilleure pour les usagers. On voit partout, elle s'est faite, une amélioration des prix, une baisse des prix, une amélioration du nombre de trains, en Allemagne, en Italie, en suède, où ça a marché, il n'y a pas de raisons que ça ne marche pas chez nous. Il y a la fin du statut du cheminots, pour les nouveaux embauchés, mais il y a aussi des efforts de l'Etat, et le président de la République hier a annoncé la volonté de l'Etat de prendre toute sa responsabilité dans la reprise de la dette.

APOLLINE DE MALHERBE
Alors, ce n'était pas hyper clair. Vous dites : ça y est, il l'a annoncé, on a quand même l'impression que sur cette histoire de dette, ça reste un peu flou. La dette de la SNCF sera pour partie, a dit Emmanuel MACRON, progressivement reprise à mesure que la réforme de l'entreprise se fait. Ça veut dire qu'elle sera reprise en partie, intégralement, est-ce qu'elle sera reprise tout de suite, progressivement, quand ? On ne sait pas.

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien relisez la phrase et vous verrez. C'est à mesure que la réforme...

APOLLINE DE MALHERBE
Justement, « pour partie », pour partie ça veut dire quoi ? Ça veut dire un peu, beaucoup ?

CHRISTOPHE CASTANER
A mesure que la réforme se fait c'est ça cela qui compte. On ne peut pas demander aux Français de dire : « vous allez faire un effort exceptionnel », ils l'ont déjà fait d'ailleurs par la fiscalité, par l'impôt. Vous savez qu'aujourd'hui chaque famille qui paye l'impt en France, paye 800 € pour le fonctionnement de la SNCF, c'est déjà non négligeable, chaque année. Et donc on leur demande de faire un effort supplémentaire, et on demande aussi aux cheminots, à la SNCF, de se restructurer et de faire une partie de l'effort. A ce moment-là l'Etat prendra ses responsabilités comme l'Etat l'a toujours fait.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc c'est vous d'abord. Vous dites aux cheminots « vous d'abord, et puis nous on verra ».

CHRISTOPHE CASTANER
C'est nous ensemble, mais on ne peut pas d'un côté, et ce n'est pas votre propos, ce n'est pas non plus le propos de la SNCF dans sa globalité, ni celle des usagers, mais on ne peut pas d'un côté dire : on ne change rien, on maintient le statu, on continue comme avant, c'est-à-dire que on va rajouter 3 milliards de dette chaque année, et pendant ce temps-là c'est l'Etat qui doit assumer la dite dette. Ça n'est pas possible.

APOLLINE DE MALHERBE
Christophe CASTANER, 50 milliards de dette de la SNCF, quand on dit, « pour partie », ça veut dire quoi ? Ça veut dire 5 milliards, 10 milliards, 25 milliards ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais ça veut dire que de toute façon l'Etat prendra toute sa responsabilité sur la SNCF, dont je vous rappelle qu'elle est...

APOLLINE DE MALHERBE
Non mais là encore, vous ne me donnez pas de chiffres, Christophe CASTANER, les chiffres ils sont très parlants, 50 milliards, dites-nous, vous allez en prendre combien ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais parce que votre question vous la posez en sachant pertinemment que je ne vais pas y répondre ? Donc on peut faire ça pendant longtemps...

APOLLINE DE MALHERBE
Malgré tout, on nous dit, vous me dites...

CHRISTOPHE CASTANER
Mais parce que le président de la République, hier...

APOLLINE DE MALHERBE
Vous me dites Christophe CASTANER que le président a fait une annonce sur la dette. Moi je n'ai rien de concret.

CHRISTOPHE CASTANER
Il a dit, parce que vous n'avez pas besoin d'avoir quelque chose de concret, c'est le principe même de la dette qui est essentiel, c'est le fait de se dire que depuis des années on a laissé cette dette de côté, qu'on ne l'assume pas. Le président de la République vous a dit : j'assumerai cette dette, mais à une condition, c'est qu'on sauve la SNCF, parce qu'on ne peut pas demander aux Français de payer d'un côté 50 milliards d'euros de dette et de continuer à faire comme avant, ça c'est ce qu'on a fait depuis 30 ans, ça n'est plus possible, il faut y mettre un terme.

APOLLINE DE MALHERBE
Sur la question du statut de la SNCF, le président a promis hier que l'entreprise resterait publique, avec des capitaux je cite 100 % publics. Sauf que parallèlement, le Parlement a ouvert cette semaine la possibilité de cession de parts de la SNCF. Pourquoi est-ce que vous auriez ouvert cette possibilité de cession de parts, si ce n'était pas, à un moment ou un autre pour ouvrir les capitaux ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ça n'est pas le texte du gouvernement, le Parlement est en discussion sur ce sujet, notre volonté est que nous ayons des titres à 100 % public qui soient incessibles, donc c'est la volonté du gouvernement, il n'y a aucune volonté de céder un quelconque titre de la SNCF qui doit rester cette société publique.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous nous assurez ce matin, Christophe CASTANER, que dans la loi, il n'y aura aucune possibilité de cessions de titres.

CHRISTOPHE CASTANER
Ah non mais là je veux juste vous assurer que la loi est faite par les parlementaires et donc il n'appartient pas au gouvernement d'empêcher les parlementaires de faire des amendements, mais je vous dis, la volonté du gouvernement, la volonté du gouvernement n'est pas de privatiser la SNCF, nous voulons une société publique...

APOLLINE DE MALHERBE
Et même pas de permettre qu'un jour elle le soit ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais, ce que la loi fait aujourd'hui, une autre loi peut la changer, et donc je ne peux pas m'engager pour les 10 ans, pour les 15 ans, pour les 20 ans. Mais je peux m'engager pour ce gouvernement, et j'ai bien entendu Emmanuel MACRON le répéter encore hier, on met fin aux fantasmes, il y aura une société 100 % publique qui garantira le service public ferroviaire en France, mais en même temps, nous n'avons pas peur de la concurrence, parce qu'elle est utile aussi pour l'amélioration du service rendu aux usagers.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous comprenez l'inquiétude, quand vous-même...

CHRISTOPHE CASTANER
Non, je ne la comprends pas.

APOLLINE DE MALHERBE
... « Je mets fin aux fantasmes, mais je ne peux pas vous garantir que dans 10 ans, dans 15 ans, dans 20 ans, ça ne va pas se privatiser...

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne la comprends pas.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça laisse quand même cette impression-là.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais, vous savez, est-ce que vous avez entendu un président de la République pouvoir s'engager sur 40 ans, 50 ans ? S'il l'a fait, il a menti et il vous a menti s'il le faisait. Donc moi je préfère être crédible et réaliste. La volonté politique aujourd'hui, celle de notre responsabilité, est que l'on ait une société qui permette d'avoir une bonne gouvernance. Aujourd'hui par exemple, vous savez que les panneaux d'affichage qui sont sur les quais, ne sont pas gérés par la même personne, dans la même gare, que ceux qui sont dans le hall de la gare.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous dites : ce n'est pas logique.

CHRISTOPHE CASTANER
On a 3 chefs de gare dans chaque gare, donc effectivement on veut une société unique qui pilote l'ensemble de la gare, et donc l'ensemble de la SNCF. C'est ça notre volonté et on ne veut pas la privatiser, on veut que ça reste 100 % public, et que le chef de gare, parce qu'il a déjà été embauché, conserve son statut de cheminot, et donc quand on entend derrière, privatisation, fermeture des petites lignes, abandon du statut de cheminot, ce sont trois mensonges, et donc effectivement, si la grève est mobilisée sur ces trois mensonges-là, elle peut s'arrêter immédiatement.

APOLLINE DE MALHERBE
Hier, Emmanuel MACRON a dit merci aux retraités, il l'a répété plusieurs fois, est-ce que vous croyez que ça suffit de leur dire merci ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non mais peut-être leur faire comprendre qu'aujourd'hui ceux qui paient la retraite des retraités, ce ne sont pas eux qui ont cotisé, parce que ça s'appelle la capitalisation. Souvent je rencontre des retraités qui me disent : « oui mais j'ai cotisé toute ma vie », mais on est dans un système par répartition, et alors qu'il y a quelques années, vous aviez un retraité...

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça leur fait une belle jambe, Christophe CASTANER, ils ont effectivement...

CHRISTOPHE CASTANER
Ah oui, mais ça s'appelle la France.

APOLLINE DE MALHERBE
Ils ont effectivement le sentiment d'avoir déjà beaucoup donné.

CHRISTOPHE CASTANER
Le président de la République il parle à la France, il parle ne parle pas à une clientèle, et donc quand à une époque vous aviez un retraité pour 2,7 actifs, c'était le cas au début où j'ai commencé ma carrière professionnelle, et qu'aujourd'hui vous avez ce rapport qui s'est diminué par deux, il faut avoir en tête qu'augmenter le pouvoir d'achat, ramener les Français à l'emploi, c'est garantir le paiement des retraites, c'est cela qu'il a expliqué hier aux retraités, et effectivement une partie des retraités, 60 % d'entre eux, contribue à l'effort avec un prélèvement de 1,7 % sur leurs revenus et 80 % d'entre eux vont amortir cet effort, il sera annulé par la taxe d'habitation. Donc il y a 20 % des retraités qui effectivement connaissent cette année une perte de pouvoir d'achat, les 20 % les plus favorisés dans leur retraite, et ce ne sont pas les petites retraites.

APOLLINE DE MALHERBE
Et pour eux, ça va ensuite s'arrêter ou est-ce qu'ils vont continuer ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ah mais au moins pour les... Alors là aussi, vous allez me dire, je peux m'engager pour 20 ans ou pour 30 ans, mais pour ce qui est du quinquennat actuel, il n'y aura pas de nouvelles hausses d'impôts pour les Français et donc pour les retraités.

APOLLINE DE MALHERBE
Pour les Français, il n'y aura pas de nouvelle hausse, mais est-ce qu'il y aura une baisse ? Parce que quand même, le président se targue en permanence d'être celui qui fait ce qu'il y a dit, sauf que précisément ce qu'il avait dit notamment et c'était dans le débat de l'entre-deux tours face à Marine LE PEN je le cite, il avait dit : « Si la croissance se porte mieux que ce que j'ai prévu et je suis très prudent – avait-il ajouté – dans mes hypothèses pour les années à venir, je ne fais jamais dépasser la croissance de 1,8 %, alors je réaffecterait ce qu'on gagnera sur la baisse de l'impôt sur le revenu et donc sur les ménages ». On est aujourd'hui à 2 %, on a donc dépassé les un 1,8 %, pourquoi ne redistribue-t-il pas ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien c'est exactement ce qu'il a fait hier quand il a annoncé la suppression du forfait social pour les travailleurs qui toucheront de l'intéressement, avec une mesure qui est chiffrée dans Les Echos ce matin, à 440 millions d'euros. Il faut avoir en tête que ce qui compte dans l'entreprise c'est la réussite de l'entreprise, mais il faut que les salariés puissent en profiter, et donc la mesure qu'a proposé le président de la République...

APOLLINE DE MALHERBE
C'est ça la cagnotte fiscale ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais non, mais c'est une mesure qu'il a annoncée, hier, et donc je réponds à votre question de façon très concrète, une mesure nouvelle qui porte quand même sur 440 millions d'euros et qui va, parce que l'intéressement c'est à peu près un 13ème mois, et qui va permettre d'élargir, il y a qu'un Français sur deux, un salarié sur deux, pardon, qui aujourd'hui bénéficie de l'intéressement, parce qu'il est obligatoire au-dessus de 50 salariés, il est des fois mis en oeuvre, mais comme ce n'est pas obligatoire, c'est plus rare, eh bien là on prend une mesure qui va concerner toutes les entreprises jusqu'à 250 salariés, avec un dispositif 0 charge sur l'intéressement, eh bien c'est un 13ème mois qui est annoncé pour les Français qui travaillent dans ce cadre-là.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais pardon, Christophe CASTANER, il avait dit : « Je réaffecterait ce qu'on gagnera sur la baisse de l'impôt sur le revenu », c'était assez précis.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais l'impôt sur le revenu, globalement est en baisse, avec un objectif de 20 milliards de la baisse fiscale en France, sur la durée du quinquennat. Mais il y a des mesures aussi plus concrètes que vous pouvez faire et celle sur de la défiscalisation totale des charges sur le forfait social pour l'intéressement c'est une mesure nouvelle.

APOLLINE DE MALHERBE
Christophe CASTANER, Emmanuel MACRON a dit hier : « Je ne suis pas le président des riches, les riches n'ont pas besoin de président ». Ils n'ont pas besoin de président les riches ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, ils n'ont pas besoin de quelqu'un qui s'occupe d'eux, parce que vous savez pour faire de l'optimisation fiscale, par exemple, effectivement, les très riches, ils ont des avocats, ils ont des cabinets spécialisés qui s'en occupent. Ça n'est pas votre cas, ça n'est pas mon cas, ce n'est pas le cas des travailleurs français, et donc c'est en cela qu'il disait que, ceux qui veulent faire de l'optimisation fiscale, ils savent toujours mieux faire, mais ça ne concerne qu'une petite minorité.

APOLLINE DE MALHERBE
Parce que vous comprenez bien que ça donnait un peu le sentiment… eux se débrouillent très bien, je ne m'occupe pas d'eux, je les laisse faire.

CHRISTIAN CASTANER
Mais non ! Ça c'est votre lecture et je pense que c'est juste dans la provocation de votre question, ça n'est pas votre lecture réelle…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes là pour répondre à cette lecture si elle est biaisée, mais vraiment c'est le sentiment aussi que ça donnait.

CHRISTIAN CASTANER
Non ! Ça n'est pas le sentiment, il a voulu répondre à cette accusation qu'il serait le président des riches. Quand vous savez que la première mesure lourde financièrement que nous avons mise en avant, c'est le dédoublement des classes dans les quartiers les plus difficiles de France, est-ce que vous croyez qu'il y a beaucoup de riches qui vivent dans les quartiers politiques de la ville ? Moi je ne crois pas et pourtant c'est la première mesure. Pour chaque enfant, on leur propose d'avoir des classes de 12 élèves, parce qu'au fond on sait qu'investir sur l'école dès le CP, dès le CE1 et maintenant dès la maternelle, c'est leur donner toutes les chances de réussir dans la vie. Et donc ça ne s'appelle pas être le président des riches quand justement, on s'intéresse aux plus fragiles dans les quartiers les plus difficiles de France.

APOLLINE DE MALHERBE
Christian CASTANER, Emmanuel MACRON n'a cité personne hier, ni son Premier ministre, ni vous, ni aucun de ses ministres, personne. Il a utilisé beaucoup la première personne du singulier, je remercie, je veux. Est-ce que vous comptez pour du beurre, est-ce qu'il est tout seul ?

CHRISTIAN CASTANER
Non, il a parlé au nom du collectif, le collectif qu'il guide comme président de la République…

APOLLINE DE MALHERBE
Il n'a pas dit nous, il a dit je.

CHRISTIAN CASTANER
Il a cité quelques fois le Premier ministre, vous avez raison, il n'a pas cité Edouard PHILIPPE. Mais moi, j'y vois un énorme avantage, est-ce que pendant une heure cinq d'émission vous avez entendu le moindre couac, la moindre différence entre lui…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est sûr que quand on est tout seul, on ne peut pas avoir de couac avec soi-même.

CHRISTIAN CASTANER
Et le gouvernement. Non, parce qu'il sait très bien que l'action est collective et il l'a rappelé. Mais à aucun moment, vous avez trouvé la moindre petite entrée pour dire « il y a un problème avec untel ou avec untel », ce qui est un jeu journalistique auquel nous sommes habitués. Et donc pendant une heure cinq, il a porté la puissance publique, le président de la République et le gouvernement dans l'exécution de l'action. Vous savez, la règle elle est simple, il fixe le cap, le Premier ministre anime le gouvernement et dirige le gouvernement ; et les ministres dans leur secteur, dans leur champ le mettent en oeuvre.

APOLLINE DE MALHERBE
Sur la Syrie, il a été très précis Emmanuel MACRON : oui, des armes chimiques ont bien été utilisées par le régime de Bachar EL ASSAD, nous en avons les preuves. Si les preuves sont établies, si on le sait, aujourd'hui on attend quoi, on a l'impression que c'était pratiquement pour tout de suite il y a 2 jours et puis depuis, il y a une sorte de temporisation. Est-ce qu'on va laisser faire ?

CHRISTIAN CASTANER
Non, il y a des discussions internationales, il a eu hier encore le président des Etats-Unis d'Amérique parce qu'il faut des frappes coordonnées s'il doit y avoir des frappes. Et puis ensuite je vais vous faire une confidence, si les frappes sont décidées, je ne vous le dirai pas et le président de la République ne vous le dira pas, parce que…

APOLLINE DE MALHERBE
Il vous le dira à vous ?

CHRISTIAN CASTANER
Non, pas à moi, il le traitera avec le Premier ministre et avec le ministre des Affaires étrangères et la ministre des Armées. Ça suffit largement et ça n'a pas vocation à être public, parce que ce serait mettre en risque la qualité de l'opération et les femmes et les hommes qui devraient intervenir. Donc si les conditions sont réunies pour qu'il y ait des frappes, elles auront lieu mais on n'informera l'Assemblée nationale et le Sénat le moment venu. Mais il est important que cela relève aussi du secret parce que c'est la protection des intérêts de la France qui sont en jeu…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc on le saura ensuite ?

CHRISTIAN CASTANER
Et c'est aussi la protection des civiles.

APOLLINE DE MALHERBE
On le saura ensuite ?

CHRISTIAN CASTANER
Oui.

APOLLINE DE MALHERBE
Une fois que les frappes auront commencé.

CHRISTIAN CASTANER
Oui parce que…

APOLLINE DE MALHERBE
Elles ont peut-être commencé au moment où on se parle ?

CHRISTIAN CASTANER
Si je viens sur BFM pour vous annoncer le moment des frappes, vous savez très bien que vous menacez la sécurité même de l'opération.

APOLLINE DE MALHERBE
Et que vous seriez peut-être dans ce cas ministre de la Défense. Christian CASTANER, réduction des pouvoirs du Parlement, c'est la musique qui monte : réduction du nombre de parlementaires certes, mais de leurs pouvoirs également. Ils ont le sentiment, notamment dans l'opposition, que vous ne tenez pas compte de leurs paroles. Comment pouvez-vous les rassurer ?

CHRISTIAN CASTANER
Ecoutez ! Je crois qu'on est aujourd'hui dans de la posture politique, les mêmes parlementaires de l'opposition…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est uniquement de la posture ?

CHRISTIAN CASTANER
Je vois du côté des Républicains qu'ils poussent des cris d'orfraie sur la diminution du nombre de parlementaires. D'abord c'était un engagement de celui qui est devenu président de la République et, donc, nous le mettons en oeuvre. Mais je note quand même que François FILLON qui le soutenait jusqu'au bout, qu'il s'agisse de Monsieur RETAILLEAU ou de Monsieur LARCHE, annonçait lui-même la réduction à 400 pour les députés et à 200 pour les sénateurs et maintenant, ils nous expliquent qu'ils sont contre. Je pense qu'il faut dépasser la posture politique et qu'il faut moderniser nos institutions. Et qu'aujourd'hui, il n'est pas nécessaire de déposer dans une mandature 280.000 amendements pour avoir l'impression de bien faire son boulot, quand on sait que beaucoup sont des amendements très mécaniques et très politiques pour ouvrir 2 minutes de temps de parole.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous citez Bruno RETAILLEAU, vous citez Gérard LARCHER qui effectivement sont officiellement dans l'opposition, mais il y en a un autre qui grogne, c'est François BAYROU qui lui pourtant fait partie normalement de votre majorité puisqu'il est à la tête du MoDem, il est déçu par les propositions du Premier ministre de modification de la Constitution et de l'organisation du travail du Parlement. Déçu d'abord sur le nombre de proportionnelles, de députés élus à la proportionnelle, 15 %, il trouve que c'est trop peu ; mais il est aussi déçu sur le fond, il dit qu'au fond il y a beaucoup de blabla sur cette histoire de réduction du nombre de mandats mais que dans la réalité, ça ne s'applique pratiquement pas. Qu'est-ce vous lui répondez ?

CHRISTIAN CASTANER
Que la majorité, elle est composée par deux mouvements politiques, le MoDem mais aussi la République en Marche. Et que la République en Marche a pris une position, je la représente, qui est de considérer que la baisse de 30 % du nombre de parlementaires correspond à l'engagement présidentiel ; et que le fait qu'on situe à 15 % le nombre de députés élus à la proportionnelle va nous permettre de garantir la présence d'un sénateur et d'un député dans chaque département. Que si j'augmentais le nombre d'élus à la proportionnelle, à ce moment-là je ne pourrai plus constitutionnellement garantir la présence d'un député ou d'un sénateur dans chaque département. Et donc il se trouve qu'une partie de la majorité que je représente revendique le besoin de garder dans chaque département une représentation nationale. Donc le point d'équilibre, c'est justement ce 30 % de baisse et 15 % de proportionnelle.

APOLLINE DE MALHERBE
Et 15 %, est-ce que ce n'est pas un peu gadget, du coup ça ne sert pas à grand-chose, c'est…

CHRISTIAN CASTANER
Ecoutez ! Ça fait un peu plus de 60 députés qui seront élus à la proportionnelle ; et qui permettront à des mouvements politiques, que je combats quelques fois mais qui n'ont pas une représentation adaptée à la réalité, d'avoir une représentation et un groupe à l'Assemblée nationale.

APOLLINE DE MALHERBE
Et interdiction de faire plus de 3 mandats, qui ne va s'appliquer finalement qu'aux villes de plus de 9.000 habitants ?

CHRISTIAN CASTANER
Je crois que les Français s'attendent à la limitation du cumul pour les parlementaires, pas forcément pour les maires et pas dans les petites communes. J'ai été élu pendant longtemps maire dans une petite commune et je peux vous dire que ça relève plus du sacerdoce que de la profession. Et donc je pense que faire une différence entre les petites communes et président d'un exécutif départemental, régional…

APOLLINE DE MALHERBE
Et là-dessus, vous y êtes venu dans le dialogue notamment avec Gérard LARCHER !

CHRISTIAN CASTANER
Bien sûr, bien sûr, c'était… le président de la République avait proposé un seuil à 3.500 habitants, Gérard LARCHER a demandé de le monter à 9.000 et le président de la République l'a entendu.

APOLLINE DE MALHERBE
Dimanche soir, Emmanuel MACRON sera donc face à Jean-Jacques BOURDIN et à Edwy PLENEL sur RMC, BFM TV, MEDIAPART. Qu'est-ce que vous, vous en attendez ?

CHRISTIAN CASTANER
La poursuite d'un travail d'explication, de pédagogie. Et comme on est sur un format long avec 2 journalistes différents, je pense qu'on ira aussi sur d'autres sujets. La question de la citoyenneté de l'entreprise, tout à l'heure je vous ai parlé de ce que moi j'appelle la citoyenneté, je vous ai parlé de l'intéressement, mais au fond ce nouveau rapport à inventer entre les salariés et le patronat, voilà des sujets sur lesquels on peut penser qu'on va travailler…

APOLLINE DE MALHERBE
La pédagogie, on a l'impression que c'est un peu le nouveau mot à la mode…

CHRISTIAN CASTANER
Non, elle est toujours nécessaire la pédagogie… non, alors ça avec un peu d'expérience qui est la mienne, je dirai presque hélas ! On met toujours sur le compte d'une absence de communication, d'une pédagogie insuffisante le fait que ce qu'on fait n'est pas bien perçu. C'est une bêtise, en réalité c'est souvent parce que juste on a été mauvais dans la présentation. Donc peut-être qu'il y a des sujets sur lesquels on a été mauvais et il faut que le président de la République donne du sens. Mais moi, j'attends du président de la République dans ses interventions qu'il soit celui qui donne du sens aux choses, pas celui qui fasse une kyrielle d'annonces. Ça, ça relève des ministres et du Premier ministre.

APOLLINE DE MALHERBE
N'ayez pas honte d'avoir de l'expérience, ce n'est pas parce qu'il y a le nouveau monde qu'il faut que vous ayez des complexes.

CHRISTIAN CASTANER
Mais moi, je n'aime pas cette expression nouveau monde, vieux monde. Une chose est sûre c'est que ce n'est pas une question d'âge, c'est une question de pratique et de culture politique.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc les jeunes députés ne doivent pas forcément vous donner de complexe.

CHRISTIAN CASTANER
Non, j'espère que ce n'est pas le cas.

APOLLINE DE MALHERBE
L'expérience est parfois nécessaire, en tout cas merci d'avoir été à notre micro…

CHRISTIAN CASTANER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 avril 2018

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