Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail à France 2 le 18 avril 2018, sur le lancement du plan "Emplois francs" pour faire baisser le chômage des jeunes dans les quartiers et les banlieues. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail à France 2 le 18 avril 2018, sur le lancement du plan "Emplois francs" pour faire baisser le chômage des jeunes dans les quartiers et les banlieues.

Personnalité, fonction : PENICAUD Muriel, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre du travail;

ti :

CAROLINE ROUX
Bonjour.

THIERRY BECCARO
Aujourd'hui vous recevez ?

CAROLINE ROUX
Je reçois Muriel PENICAUD, elle a lancé hier les Emplois francs pour aider à faire baisser le chômage dans les quartiers, une solution vous souvenez peut-être qui n'avait pas tellement marché sous François HOLLANDE. Bonjour Muriel PENICAUD, nous allons parler des Emplois francs, mais d'abord la réforme de la SNCF a été votée massivement hier à l'Assemblée nationale en première lecture - 450 voix pour, 80 contre – ça change quoi ?

MURIEL PENICAUD
Ça change que l'Assemblée nationale ce sont les députés élus par l'ensemble des Français, donc ça représente l'ensemble des français, et ces députés ont approuvé massivement cette réforme parce que je pense que le message qu'ils veulent donner c'est que, si on veut sauver la SNCF, si on veut un grand service national ferroviaire - ce dont on a besoin dans le pays, tout le monde est attaché aux trains, tout le monde en a besoin – il faut que la SNCF se transforme et je crois que c'est aussi un appel du coup à tout le monde à continuer un dialogue où on peut voilà trouver des solutions mais pas les solutions qui sont tournées vers le passé parce que sinon ça ne va pas marcher mais des solutions tournées vers l'avenir.

CAROLINE ROUX
Le fait que le texte ait été voté à l'Assemblée nationale ne change rien pour les syndicats qui expliquent que la mobilisation va perdurer, je vous rappelle qu'on est aujourd'hui à notre 7ème journée de grève, il y en aura 36.

MURIEL PENICAUD
Les syndicats sont libres de leur décision mais quand même moi je les invite à prendre en compte le fait que la représentation nationale, c'est-à-dire l'ensemble des Français, approuve cette réforme - donc il faut quand même tenir compte de ça - et encore une fois le but c'est d'avoir un grand service public ferroviaire avec plus de trains, des trains moins chers, un service de qualité, je crois que là-dessus les cheminots sont attachés aussi à ces objectifs et donc moi j'espère que ça va quand même contribuer à...

CAROLINE ROUX
A apaiser le climat, c'est ça que vous laissez entendre ?

MURIEL PENICAUD
Je n'en sais rien !

CAROLINE ROUX
Qu'on sorte de ce conflit ?

MURIEL PENICAUD
Mais en tout cas c'est un appel que fait finalement la démocratie aux syndicats, en disant : « il faut trouver une solution mais en avant et pas en arrière ».

CAROLINE ROUX
Une solution parce que là on est...

MURIEL PENICAUD
Tournée vers le futur et qui permette d'avoir un grand service de qualité pour tous.

CAROLINE ROUX
Demain par exemple il y a une journée de mobilisation interprofessionnelle à l'initiative de Sud et de la CGT, avec l'appel notamment au niveau des électriciens, des gaziers, on voit bien qu'il y a une position – on a entendu le président de la République nous dire : « j'irai jusqu'au bout, je suis absolument déterminé », c'est la même chose d'une partie côté des syndicats et en particulier à la CGT ?

MURIEL PENICAUD
Oui, mais il y a aussi des syndicats – certes plus minoritaires au sein de la SNCF – qui eux sont dans une logique exigeante mais aussi de construction, je pense que voilà à un moment donné il faut sortir...

CAROLINE ROUX
L'UNSA et la CFDT ?

MURIEL PENICAUD
Il faut savoir sortir d'une grève vous savez.

CAROLINE ROUX
L'UNSA et la CFDT c'est sur eux que vous comptez ?

MURIEL PENICAUD
L'UNSA et la CFDT. Ce que je dis c'est que de toute façon pour tout syndicat à un moment donné il faut sortir aussi d'une grève en ayant obtenu quelque chose mais quelque chose qui doit être pour les usagers, pour les pays et pour l'avenir de la SNCF.

CAROLINE ROUX
Mais vous savez bien que c'est compliqué quand on s'est lancé dans une grève comme celle-ci et qu'on est la CGT de sortir d'une grève sans perdre la face ?

MURIEL PENICAUD
Je pense que le savoir-faire des discussions, du dialogue social, c'est ça.

CAROLINE ROUX
SNCF, fonction publique, mais aussi formation professionnelle, assurance chômage, vous demandez aux syndicats d'avancer vite, d'avancer au pas de charge, sur l'air de : « on vous avait prévenus, on vous l'avait dit, tout était écrit dans la campagne présidentielle et nous avons été élus pour mener ces réformes-là », comment est-ce que vous qualifiez du coup les relations entre le gouvernement et les partenaires sociaux, on en où là aujourd'hui ?

MURIEL PENICAUD
Je pense que ce qui est certain c'est qu'Emmanuel MACRON a été élu président de la République parce que les Français voulaient que beaucoup de choses changent et qu'on transforme le pays pour qu'on ait un avenir, un avenir pour nos enfants, un avenir pour nous-mêmes, et donc c'est vrai qu'il y a beaucoup de réformes au début des quinquennats parce que les réformes pour que ça fasse de l'effet sur le chômage, sur les inégalités, sur le dynamisme économique, ça prend un peu de temps et c'est vrai que du coup il y a un rythme qui est soutenu, qui est nécessaire...

CAROLINE ROUX
Ils vous le disent les syndicats ?

MURIEL PENICAUD
Je pense que ce qui leur importe le plus ce n'est pas tant le rythme c'est de pouvoir continuer à avoir un dialogue social, il y a des sujets où ils reconnaissent que le dialogue social a permis de produire des résultats meilleurs : le Code du travail, qui n'était pas a priori leur tasse de thé, ils ont quand même apporté - parce qu'on a pris le temps de discuter - on a apporté des choses supplémentaires, sur la formation professionnelle, sur l'assurance chômage, sur l'égalité entre le salaire des femmes et des hommes sur lequel nous sommes en pleine discussion, il y a beaucoup de dialogue avec les syndicats et le patronat et c'est un dialogue très constructif qu'on peut....

CAROLINE ROUX
Oui, mais des dialogues dans lesquels vous prenez des propositions qui viennent des partenaires sociaux...

MURIEL PENICAUD
Oui.

CAROLINE ROUX
Ou c'est marchez à notre rythme et dans la direction que nous avons choisie ?

MURIEL PENICAUD
Non, non, non, il y a les deux. Sur l'assurance chômage et sur la formation professionnelle on a largement repris le rapport interprofessionnel - donc leurs propositions - on l'a complété sur certains points ; sur l'apprentissage, c'est une concertation avec les partenaires sociaux et les Régions. Après c'est le rôle du gouvernement et du Parlement aussi de décider, c'est ce qu'attendent... Voilà ! C'est notre Constitution. Mais je pense que si vous voulez il y a beaucoup de sujets à la fois, donc apparaissent plus les sujets sur lesquels il y a des désaccords, mais il y a aussi des sujets sur lesquels il y a un dialogue social qui marche bien.

CAROLINE ROUX
Par exemple le 27 avril vous présentez en conseil des ministres une loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel...

MURIEL PENICAUD
Oui.

CAROLINE ROUX
Ça sera un gros dossier, c'est le second chantier social du quinquennat, donc on a de la formation professionnelle, assurance chômage, apprentissage, est-ce que donc ce texte...

MURIEL PENICAUD
Egalité professionnelle homme-femme, travailleurs handicapés...

CAROLINE ROUX
Aussi ! Il y en a trop.

MURIEL PENICAUD
Non, non.

CAROLINE ROUX
Est-ce que dans ce texte les syndicats vont perdre de l'influence justement sur ces dossiers précisément, sincèrement ?

MURIEL PENICAUD
Non, sincèrement ils ne perdent pas de l'influence, mais ça évolue. Est-ce que l'influence c'est de faire une collecte financière des entreprises pour redistribuer de l'argent ?

CAROLINE ROUX
Ça fait partie de l'influence ?

MURIEL PENICAUD
Oui c'est une influence, mais est-ce que c'est le rôle du patronat et des syndicats de faire ça, parce que c'est vrai sur le côté patronal comme syndical ?

CAROLINE ROUX
Oui.

MURIEL PENICAUD
En revanche ils vont gagner de l'influence sur le fait que c'est eux qui vont construire le contenu professionnel des diplômes, avec le support de l'Education national et du Travail, mais c'est eux qui vont être en charge ; c'est eux aussi qui vont pouvoir sur le terrain conseiller beaucoup plus les salariés, c'est ce qu'on appelle le conseil en évolution professionnelle, pour que chacun puisse avoir le droit de choisir sa formation, parce que l'un des grands atouts de cette réforme ça va être que tous les salariés – les 20 millions d'actifs en France – ils pourront avoir 500 euros par an, 5.000 euros sur 10 ans, 800 – 8.000 s'ils ne sont pas qualifiés, choisir et aussi avoir un conseiller en évolution professionnelle et, ça, ça vient des partenaires sociaux ce renforcement du conseil en évolution professionnelle...

CAROLINE ROUX
Vous avez lancé hier les nouveaux Emplois francs dans 200 quartiers populaires comme l'on dit, l'entreprise reçoit 5.000 euros par an pour un CDI ou 2.500 euros pour un CDD pour l'embauche d'habitants des quartiers prioritaires, je le disais tout à l'heure a n'avait pas marché sous François HOLLANDE, pourquoi cette fois-ci ça marcherait ?

MURIEL PENICAUD
D'abord pourquoi ? En fait parce qu'il y a une injustice profonde, aujourd'hui un habitant des quartiers prioritaires de la ville il a trois fois plus de risque d'être au chômage, il est moins embauché même à qualification égale et, donc, pourquoi ça va marcher ? Parce qu'on a fait un système super simple. Hier j'étais avec Jacques MEZARD et je viens de... à Clichy-sous-Bois, en fait en 18 jours on a déjà 200 contrats, c'est presque autant qu'en 18 mois le système de 2013, parce qu'on a fait quelque chose qui est très simple pour l'entreprise, très simple pour le demandeur d'emploi, un seul guichet : Pole emploi, et moi je crois que ça va être très fort parce que ça veut dire aussi qu'il n‘y a plus d'assignation à résidence, il n'y a plus le sentiment d'injustice que pour moi ça ne sera pas possible, la croissance repart, il y a des emplois, il faut que où qu'on habite en zone rurale, en quartier prioritaire de la ville, on dit : « moi aussi je peux accéder à cette croissance ».

CAROLINE ROUX
Sur quels critères vous allez au final évaluer la réussite ou non de ce dispositif, parce que pour l'instant c'est quand même une expérimentation, est-ce que par exemple 40.000 signatures d'Emplois francs d'ici à 2019, ce chiffre-là est-ce que vous considérez que ce serait un bond pour continuer une réussite, ce chiffre précisément ?

MURIEL PENICAUD
L'expérimentation concerne 194 quartiers où il y a 200.00 demandeurs d'emplois, donc, si on arrive à 30 - 40.000, oui ça sera très bien. Mais le but ce n'est pas le nombre de contrats signés, c'est l'embauche durable, moi ce que je regarderai c'est combien grâce à ça durablement ont accédé enfin au travail.

CAROLINE ROUX
Oui. Ça veut dire que ça pourrait se généraliser, ça coûtera cher ?

MURIEL PENICAUD
Oui, mais vous savez si ça permet à nos concitoyens de trouver un emploi c'est un bon investissement.

CAROLINE ROUX
Donc, la généralisation de ce dispositif...

MURIEL PENICAUD
Pour 2020, s'il marche bien on le généralise en 2020.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Muriel PENICAUD


source : Service d'information du Gouvernement, le 23 avril 22018

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