Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 18 avril 2018, sur le projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire et la reprise de la grève à la SNCF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 18 avril 2018, sur le projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire et la reprise de la grève à la SNCF.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : JEROME CADET
Notre invité, le porte-parole du gouvernement, Benjamin GRIVEAUX. Bonjour.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour.

JEROME CADET
Bonjour Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Jérôme.

JEROME CADET
Reprise de la grève à la SNCF.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, c'est le quatrième round de cette grève perlée, la direction dit que la mobilisation serait en baisse chez les cheminots, je ne sais pas si vous avez des chiffres, une opinion, si la direction voit les choses plus roses qu'elles ne le sont.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je n'ai pas d'opinion à avoir, c'est effectivement l'expression qu'a eue la direction de la SNCF, à savoir une moindre mobilisation que celle observée il y a une semaine, mais le texte a été voté hier à l'Assemblée nationale, la loi a été votée…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, avec la droite qui vous a soutenus.

BENJAMIN GRIVEAUX
Avec 454 voix, donc une majorité très nette, qui se sont exprimées pour, et 80 qui se sont exprimées contre.

JEAN-MICHEL APHATIE
La gauche contre ?

BENJAMIN GRIVEAUX
La gauche contre.

JEAN-MICHEL APHATIE
En Marche et la droite pour ?

BENJAMIN GRIVEAUX
En Marche et la droite pour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça veut dire quelque chose politiquement ça.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça veut dire que, par exemple quand on est…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous voyez ce que je veux dire ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Nouvelle gauche, et qu'on a voté dans le quinquennat précédent l'ouverture à la concurrence sans état d'âme, il est assez étrange aujourd'hui de ne pas voter les conséquences, et la suite de ce qui a été voté dans le quinquennat précédent, donc c'est une forme d'incohérence dont on aurait pu s'abstenir. Ils ont décidé de voter contre ce qu'eux-mêmes ils avaient défendu il y a moins de 2 ans, ce qui est assez étrange. Mais il y a trois éléments importants dans cette loi qui a été votée, d'abord c'est une société nationale à capitaux publics, et donc la petite musique sur la privatisation rampante de ce service public est désormais derrière nous, ce sera une société détenue à 100% par l'Etat, par des capitaux publics.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous avez rejeté un amendement de la France Insoumise qui voulait introduire l'idée que ces titres-là seraient incessibles, vous avez rejeté cet amendent.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, pour une raison simple.

JEROME CADET
C'est ce qu'avait dit Emmanuel MACRON dimanche soir, d'ailleurs, lors de son intervention télévisée.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, mais pour une raison technique très simple qui est que si demain nous voulons accroître le capital, augmenter le capital, eh bien avec des titres incessibles c'est impossible. Donc ça ne veut dire, si les titres ne sont pas incessibles, que ce n'est pas à 100 % à capitaux publics, demain s'il y a une ouverture du capital, enfin ouverture, pardon, une augmentation du capital, c'est public.

JEAN-MICHEL APHATIE
Augmentation, auprès d'investisseurs privés ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, publics, publics, 100 % publics. Le terme de titres incessibles empêchait demain une augmentation de capital pour pouvoir éventuellement développer l'entreprise par des capitaux 100 % publics, c'est la raison du rejet de cet amendement de la France Insoumise.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous ne ferez pas appel à des actionnaires privés ?

BENJAMIN GRIVEAUX
100 % de capitaux publics, je ne peux pas être plus clair, c'est inscrit dans la loi.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc, quatrième round de grève tout de même, et dans ce contexte est intervenue une information qui a un peu surpris, la direction de la SNCF a annoncé une filialisation de l'une de ses activités importantes, mais déficitaire, le fret. Alors, c'est justement pour gérer la dette, disent les responsables du fret à la SNCF, les responsables de la direction de la SNCF, mais ça a surpris à la fois le patron de la CGT Laurent BRUN, et puis aussi Fabien VILLEDIEU de SUD-Rail, qui y voient un mauvais coup et une méthode condamnable. On les écoute tous les deux.

LAURENT BRUN, SECRETAIRE GENERAL DE LA CGT-CHEMINOTS
Alors que les conseils d'administration de la SNCF n'ont pas été sollicités, que les organisations syndicales ne sont pas informées, on apprend dans les médias que le fret va être filialisé, on est vraiment dans la méthode du passage, ce n'est même plus du passage en force, c'est du passage à l'arrachée.

FABIEN VILLEDIEU, SUD-RAIL
Demain, Lorsque fret SNCF sera une filiale, vous n'avez plus les conditions de travail de la SNCF, vous n'avez plus le statut, vous n'avez pu les accords d'entreprise de la SNCF, parce que vous êtes dans une filiale de la SNCF, donc vous êtes au droit privé.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est curieux d'annoncer ça en plein conflit, c'est une maladresse ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est surtout que ce que je viens d'être est totalement faux, c'est totalement faux.

JEAN-MICHEL APHATIE
Sur le statut ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Totalement faux.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ils garderont leur statut ?

BENJAMIN GRIVEAUX
La filialisation, pourquoi est-ce qu'on filialise ? On a une activité fret de la SNCF qui est deux fois moins importante en France qu'en Allemagne, et qui, depuis les années 90, a perdu, son marché a été divisé par deux, ça ne fonctionne pas. Or le fret…

JEAN-MICHEL APHATIE
Du fait de la concurrence.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est bon pour l'écologie – je rappelle qu'un fret c'est 50 camions en moins sur la route, un train de fret ferroviaire – donc, il est important de pouvoir développer ça. Pour pouvoir le développer, dans de bonnes conditions, il faut qu'on puisse assainir la situation financière de fret SNCF, et la filialisation ça permet justement d'avoir cet opérateur public, eh bien qui soit consolidé dans la filialisation, mais ce n'est pas un affaiblissement, au contraire…

JEROME CADET
On ne peut pas le faire sans créer une filiale, Benjamin GRIVEAUX, en gardant l'organisation actuelle ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, parce que, regardez, l'organisation actuelle ça ne fonctionne pas, l'organisation actuelle c'est une perte de part de marché importante depuis 20 ans, et puis c'est l'incapacité à répondre aux besoins, au regard de la concurrence qui peut se faire jour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais ce n'est pas la filialisation qui va rendre le fret compétitif, si, en plus, les cheminots gardent leur statut.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, il faut que l'entreprise, la partie fret, puisse repartir sur des bases saines. Aujourd'hui elle est déficitaire…

JEAN-MICHEL APHATIE
Sans dette.

BENJAMIN GRIVEAUX
Aujourd'hui elle est déficitaire de manière importante, il y a de la dette, et donc, pour pouvoir reconsolider cela, eh bien la filialisation est la bonne option.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est-à-dire la dette elle reste dans la société nationale, c'est ça que vous voulez dire ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui. Que ce soit sur le fret, ou que ce soit sur la SNCF transport de voyageurs, quel est l'objectif qu'on poursuit ? c'est que, on a des entreprises publiques, qui sont très largement déficitaires et ont accumulé un niveau de dette très important, si on veut demain qu'elles soient en capacité de faire face à la concurrence, que ce soit pour le transport voyageurs, ou que ce soit sur les activités de fret, il faut d'abord assainir la situation, parce qu'on veut, nous, que l'entreprise publique soit solide. Quand la concurrence va s'ouvrir, ça a été voté hier, ça va s'ouvrir à partir de décembre 2019, et puis 2020, sur les différentes activités, que ce soit en région ou que ce soit sur les lignes TGV, moi je veux une entreprise publique forte, en capacité de résister à la concurrence.

JEAN-MICHEL APHATIE
On découvre pas à pas ce dossier, mais si on filialise le fret, sans changer les coûts de l'entreprise, elle va recréer du déficit parce qu'elle n'était pas concurrentielle jusque-là, un. Et deux, si elle laisse la dette à la structure de chapeau de la SNCF, c'est-à-dire la nouvelle société nationale, la SNCF va se retrouver avec une dette, aura la même dette, et aura perdu des recettes.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ça vous permet, la filialisation…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est quand même curieux comme montage !

BENJAMIN GRIVEAUX
La filialisation vous permet de faire une recapitalisation de l'entreprise pour l'aider à repartir sur des bases saines…

JEAN-MICHEL APHATIE
Une recapitalisation de combien ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça ce n'est pour l'instant tranché, mais ça permet de faire une recapitalisation de l'entreprise pour lui permettre de repartir sur des bases saines. On veut consolider l'activité ferroviaire voyageurs et fret.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc vous envisagez une recapitalisation de la SNCF ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est, à ce stade, en tout cas une possibilité qu'offrira la filialisation.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc il va falloir plusieurs milliards, ça doit être des problèmes budgétaires compliqués là !

BENJAMIN GRIVEAUX
A nouveau, c'est ce qui permet de renforcer l'entreprise publique, et je m'inscris donc en faux par rapport à ce qui a été dit, et ce que j'ai entendu, ça ne remet en rien en cause le caractère 100 % public et les droits associés pour les personnes qui relèvent de cette activité ferroviaire.

JEROME CADET
D'autres questions pour vous, Benjamin GRIVEAUX, juste après l'info.

///

Benjamin GRIVEAUX, porte-parole du gouvernement, notre invité ce matin, Jean-Michel APHATIE, avec toujours dans l'actualité le dossier Notre-Dame-des-Landes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, on apprend que… enfin, on apprend, je ne sais pas, vous allez peut-être nous le confirmer, la préfète de Loire-Atlantique, Nicole KLEIN, reçoit cet après-midi des représentants des zadistes de certaines associations pour essayer de trouver un compromis sur le terrain. Et le journal Ouest France dit que Nicolas HULOT sera à ses côtés cet après-midi, est-ce que vous confirmez…

BENJAMIN GRIVEAUX
Enfin, je ne sais pas, je ne dispose pas de cette information…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous ne savez pas, vous ne connaissez pas l'agenda de Nicolas HULOT, vous espérez…

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne connais pas l'agenda par coeur des 31 collègues qui constituent le gouvernement, mais je vais essayer de faire des progrès, Jean-Michel APHATIE…

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors, on ne vous demande pas les 31, mais…

JEROME CADET
Il serait bon qu'il s'implique, Nicolas HULOT, dans cette discussion ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il est impliqué depuis le départ dans cette discussion, vous le savez très bien, il s'est rendu à Notre-Dame-des-Landes bien avant les événements récents, il s'y est rendu à plusieurs reprises. Donc il est totalement impliqué sur ce sujet, tout comme le sont ses deux secrétaires d'Etat, Sébastien LECORNU et Brune POIRSON.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord. Ce n'est pas pour faire parler Nicolas HULOT, mais on avait noté dans le sujet précédent, sur la SNCF, qu'on ne l'entend pas beaucoup, un texte dans le JDD, zéro interview.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, vous avez une ministre…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est curieux…

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous avez une ministre qui est chargée du sujet transport qui s'appelle Elisabeth BORNE, qui a toutes les compétences pour le faire et qui a le soutien total et entier de son ministre de tutelle, Nicolas HULOT.

JEAN-MICHEL APHATIE
Circulez, il n'y a rien à voir. Débat immigration et asile à l'Assemblée nationale. La discussion a commencé lundi soir, et on note que les députés de La République En Marche sont très réservés, parfois hostiles sur le texte. On va évoquer Jean-Michel CLEMENT et Sonia KRIMI, qui intervenaient, donc, ce sont deux députés de La République En Marche, qui intervenaient respectivement hier sur les ondes de France Info et de France Inter.

JEAN-MICHEL CLEMENT, DEPUTE LREM DE LA VIENNE (DOC FRANCE INFO)
Le ministre nous présente un texte qui se veut équilibré, moi, je n'y trouve surtout pas d'équilibre. Je pense que ce texte est totalement contraire aux principes qui sont les miens, aux valeurs qui les miennes, et je m'y opposerai sans hésitation, et je voterai contre, oui.

LEA SALAME (DOC FRANCE INTER)
Vous n'avez pas décidé si vous allez voter pour, contre ou si vous allez vous abstenir, parce que…

SONIA KRIMI, DEPUTEE LREM DE LA MANCHE (DOC FRANCE INTER)
Non, ce ne sera pas pour.

LEA SALAME
Ah, d'accord. Donc là, vous hésitez entre abstention ou voter contre…

SONIA KRIMI
Voilà, ou voter contre.

JEAN-MICHEL APHATIE
Que risquent les députés de La République En Marche qui voteront contre ce texte, Benjamin GRIVEAUX ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, d'abord, c'est au groupe parlementaire d'organiser le vote en leur sein, et ça n'est certainement pas au gouvernement de commenter et de dire quoi que ce soit. Moi, ce que je note, c'est que…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous les qualifieriez de frondeurs ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce que je note…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce sont des fraudeurs ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, mais attendez, ce que je note, 1°) : c'est que les parlementaires ont été consultés très largement, plus de 200 d'entre eux ont été reçus par Gérard COLLOMB depuis des mois, avec les associations, le texte a été travaillé très en amont, il y a eu un rapport produit par le député Aurélien TACHE, sur le sujet des politiques d'intégration. Et on a vu hier, et moi, je leur dis à ces parlementaires, on a vu hier, lors des débats sur l'article 1, le premier article, des propos à la droite de l'hémicycle, venus des Républicains, qui n'avaient rien à envier à ceux du Front national. Et donc je leur dis aussi à nos parlementaires que dans ce combat, il faut qu'on tienne la ligne de crête qui a été la nôtre depuis le début, fermeté et humanité, et ne céder ni aux caricatures de la gauche, pour laquelle nous apparaissons, en gros, comme… pour la gauche, nous sommes des fascistes, et pour la droite, nous sommes des laxistes. C'est sans doute que nous sommes dans le vrai. Parce que c'est un sujet trop sensible pour en faire une instrumentalisation politique, et pour ne pas céder à la double caricature, dans laquelle veulent nous enfermer et la gauche et la droite.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais là, on ne parle pas de caricature, on parle peut-être d'une trentaine de députés La République En Marche…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, ça, ce n'est pas…

JEAN-MICHEL APHATIE
Entre 20 et 30 dans les papiers, et moi, non plus, je ne connais pas le groupe, c'est ce que j'ai lu, je ne sais pas après…

BENJAMIN GRIVEAUX
Très franchement, ça n'est pas le sentiment qui est le mien…

JEAN-MICHEL APHATIE
Tout ce qui est dans la presse, ça n'est pas faux…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas le sentiment qui est le mien, je note que par exemple, Matthieu ORPHELIN, qui a été un de ceux qui a émis des doutes très en amont, hier, déclarait…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il est revenu en arrière….

BENJAMIN GRIVEAUX
Qu'il est revenu en arrière, donc à nouveau, ces chiffres-là, je ne les commente pas, ce que je sais…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, mais c'est à l'intérieur du groupe qu'il y a un malaise, c'est à l'intérieur de votre groupe politique que des gens trouvent que le texte de Gérard COLLOMB est un texte trop dur…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais vous avez deux personnes qui s'expriment sur plus de 310 parlementaires, et je ne compte pas encore la quarantaine de parlementaires MoDem…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a plus d'état d'âme que ça sans doute…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce que je dis, c'est qu'il y a eu un très gros travail réalisé en amont par Gérard COLLOMB, un très gros travail fait par la rapporteure, Elise FAJGELES, que les débats vont permettre de lever, j'en suis certain, les derniers doutes chez ceux qui hésitent encore. Mais quand j‘entends la nature des débats qui se sont tenus hier dans l'hémicycle, très sincèrement, je pense que nos parlementaires peuvent être fiers de porter un texte équilibré, fidèle à nos principes et à nos valeurs.

JEAN-MICHEL APHATIE
Moi, je vous parle de La République En Marche, vous, vous me répondez en citant les opposants, c'est de bonne guerre. Alors, je vais changer un peu l'axe de la question : tout le monde a noté que parfois, Gérard COLLOMB employait des mots qui appartiennent à un camp qui n'est pas le sien, il a notamment déclaré devant la Commission ad hoc de l'Assemblée nationale ceci : « certaines régions sont en train de se déconstruire parce qu'elles sont submergées – le verbe a étonné – submergées par les flux de demandeurs d'asile. » C'était donc le 3 avril, et Gérard COLLOMB, en disant cela, nous a rappelé quelqu'un.

MARINE LE PEN, FRONT NATIONAL (DOC RTL LE 18 AVRIL 2017)
La réalité, c'est que l'immigration est massive dans notre pays et que la submersion migratoire que nous vivons n'est pas un fantasme.

JEAN-MICHEL APHATIE
Submersion migratoire, ça n'est pas un fantasme dit Marine LE PEN.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, et vous notez la différence…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et elle dit ce que dit Gérard COLLOMB.

BENJAMIN GRIVEAUX
Et vous notez la différence entre les deux…

JEAN-MICHEL APHATIE
Certaines régions sont submergées…

BENJAMIN GRIVEAUX
Elle, elle pense que le pays a une submersion migratoire, bon. Qu'est-ce que dit Gérard COLLOMB dans ce débat en Commission, il dit que, il y a certains points de fixation, et moi, je vais vous dire, je pense aux habitants du Calaisis, nous étions à Calais avec le président de la République, en début d'année, et nous avons vu que vous avez, dans des points du territoire, des points de fixation, là, pour des raisons évidentes qui étaient liées au fait que la frontière se tenait à Calais, suite aux accords du Touquet, et où vous avez eu jusqu'à 10.000, 15.000 migrants qui ont été sédentarisés quasiment dans ce camp de Calais. Aujourd'hui, il n'y en a plus que quelques centaines, ça a été une bataille engagée dans le quinquennat précédent d'ailleurs, disons-le, et qui a été poursuivie dans ce quinquennat, dans cette première année de mandat. Et c'est cela qu'il évoquait, Gérard COLLOMB, dans certains lieux…

JEAN-MICHEL APHATIE
Certaines régions sont en train d'être submergées, c'était juste Calais ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Dans certains lieux. Dans certains lieux, et on pensait en particulier à Calais et aux habitants du Calaisis.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il n'en fait pas un peu trop, Gérard COLLOMB ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, Gérard COLLOMB…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous regrettez le choix de ce mot, « submergées » ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Gérard COLLOMB, c'est un humaniste, je le connais bien, et je le connais depuis longtemps, et il l'a démontré dans les débats, dans la préparation de ce texte, et dans l'écoute qui a été la sienne de l'ensemble des parlementaires.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le mot « submergées », vous le reprendriez à votre compte ? Il y a des régions en France qui sont submergées par les demandeurs de droit d'asile ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, si on peut aussi arrêter de faire des points de fixation sur un débat en Commission, qui dure des heures, et où on parle de certains points qui ont posé des difficultés, où on peut considérer que, il y a eu des difficultés très particulières, et je pense à Calais, je pense à plus loin dans le temps, à Sangatte, etc., ce sont des sujets qu'il faut aborder, il faut le dire, de front, parce que les habitants de ces territoires ont subi, et nous avons eu l'occasion, nous, de les rencontrer, nous avons eu l'occasion de rencontrer les élus, nous avons eu l'occasion de rencontrer les forces vives du territoire du Calaisis, ce sont des gens formidables qui ont fait preuve d'une très grande solidarité, d'une très grande solidarité, quand d'aucuns les auraient poussés vers des propos à caractère xénophobe, ils ont tenu bon, ils ont tenu le coup, mais ils ont vécu objectivement une situation que je ne souhaite à personne.

JEAN-MICHEL APHATIE
Sur ce sujet, Emmanuel MACRON, qui était hier devant le Parlement européen, a aussi été critiqué, je ne sais pas si on a un extrait d'un député… non… vous avez noté, un député belge notamment qui a attaqué assez violemment Emmanuel MACRON sur sa politique, sur donc l'immigration, les demandeurs d'asile, il y a une perception, même à l'extérieur de nos frontières…

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, j'ai noté aussi qu'il avait été attaqué par Florian PHILIPPOT, donc vous voyez…

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, et vous avez vu le député belge aussi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, je n'ai pas vu le député belge.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah, vous avez un regard sélectif ou…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais je ne passe pas ma vie à regarder la télévision, je travaille…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, mais il y a des choses qui ne vous échappent pas…

BENJAMIN GRIVEAUX
Jean-Michel APHATIE…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah ben, je n'ai pas suggéré l'inverse, mais…

BENJAMIN GRIVEAUX
Voyez…

JEAN-MICHEL APHATIE
Visiblement, ce qui vous convient ne vous échappe pas et ce qui ne vous convient pas vous échappe…

BENJAMIN GRIVEAUX
Eh bien, faites-moi écouter l'extrait, je pourrai y réagir, mais j'ai du mal à réagir à un extrait que je n'ai pas vu.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes la définition même d'une nature optimiste, c'est bien.

JEAN-MICHEL APHATIE
La CGT-Energie qui rejoint la lutte, ça vous fait redouter la coagulation ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Moi je ne crois pas à la coagulation des luttes, certains responsables syndicaux ont d'ailleurs dit qu'ils n'y croyaient pas eux-mêmes. Sur les opérations de coupures d'électricité, pour des entreprises qui ne vont pas bien, et donc qui licencient, je ne suis pas sûr que ça améliorera la situation de ces entreprises que de leur couper l'électricité. En tout cas j'encourage vivement à ne pas le faire, parce que des entreprises qui licencient ce n'est jamais un plaisir, quand vous êtes chef d'entreprise, de licencier, de vous séparer d'une activité, de vous séparer de salariés, parfois que vous connaissez depuis longtemps, et donc c'est plutôt un coup de main qu'on attend, que des coupures d'électricité.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le droit de grève est constitutionnel, la coupure d'électricité l'est aussi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
A mon sens la coupure d'électricité qui peut pénaliser l'activité d'une entreprise qui va mal, eh bien ce n'est sans doute pas la meilleure des manières d'aider cette entreprise, et d'aider ces salariés. Si j'i bien compris, le rôle des syndicats est de soutenir les salariés dans les moments difficiles qu'ils peuvent traverser, couper l'électricité à une entreprise c'est l'empêcher de fonctionner, et donc c'est l'enfoncer un peu plus dans les difficultés qu'elle peut connaître.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous étiez dimanche soir parmi les publics, si je puis dire, du Palais de Chaillot, où s'est déroulée l'interview du président de la République, il était interviewé par Jean-Jacques BOURDIN et Edwy PLENEL, vous y étiez Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, je confirme.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et ça a étonné, le fait que vous y soyez, pas vous spécifiquement, mais qu'il y ait des ministres sur le plateau ça a étonné Edwy PLENEL…

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous n'étions pas sur le plateau.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous étiez dans les coulisses.

BENJAMIN GRIVEAUX
On était dans les coulisses.

JEAN-MICHEL APHATIE
Eh bien ça a étonné Edwy PLENEL qu'il y ait autant de ministres, il l'a dit comme ça lundi matin sur BFM, « ils n'ont pas autre chose à faire les ministres ? » s'est interrogé le patron de Médiapart.

EDWY PLENEL (LE 16 AVRIL SUR BFM TV)
Quand même, quand même, le présidentialisme français c'est une bizarrerie, il n'y a pas de public. Qu'est-ce que les ministres avaient à foutre là ? Ils ont du boulot les ministres.

JEAN-MICHEL APHATIE
« Qu'est-ce que les ministres avaient à foutre là ? »

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, nous étions, je crois, quatre ou cinq ministres, et il y avait les plus proches collaborateurs du président. Le président de la République s'exprime pendant 2 heures 30, il n'est pas inutile pour un ministre d'écouter ce que le président de la République a à dire un dimanche soir entre 20h40 et 23h00, si mes souvenirs sont exacts.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est ça, c'est ça.

BENJAMIN GRIVEAUX
Et donc, c'est aussi ça la démocratie Edwy PLENEL, c'est d'écouter, de pouvoir avoir les éléments en tête pour en débattre, et donc moi je suis heureux d'avoir pu écouter, d'avoir pu être là. Auprès du président de la République il y avait ceux qui l'ont accompagné depuis le début, et c'était important d'être là pour nous.

JEAN-MICHEL APHATIE
« Ils n'ont pas autre chose à faire », s'inquiétait-il.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, le dimanche soir entre 20h40 et 23h00, si ça peut rassurer Edwy PLENEL, ma soirée de travail s'est poursuivie après.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord, on va lui dire. Avec le recul, qu'avez-vous pensé de, j'allais dire de ce débat, parce que je ne sais pas si c'était une interview, mais qu'est-ce que vous en avez pensé, de la scène de Chaillot ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça s'apparentait parfois plus à un débat qu'à une interview, ça j'en conviens, moi j'ai trouvé que ça a permis d'aborder beaucoup de sujets qui n'avaient pas été abordés dans la première interview qui avait été réalisée par Jean-Pierre PERNAUT, des sujets, sans doute, qui n'ont pas non plus été suffisamment abordés, moi je regrette que, par exemple, les questions de transition énergétique, les questions environnementales, aient été assez absentes de ces deux interviews. Que l'Europe ait occupé un temps relativement restreint à la fin de l'interview de dimanche soir, alors qu'on est dans une semaine importante pour l'Europe, le président de la République a donné un discours important hier, on lance les consultations européennes, on a, nous, En Marche, lancé la Grande marche pour l'Europe, et donc je trouve qu'il y a des sujets qui ont été absents. Ça ne veut pas dire qu'il faut refaire une émission de 2 heures 30 dans les 3 mois, mais que ça a permis, malgré tout, de brosser beaucoup de sujets et de redonner de la perspective, et du temps long, dans un moment où, parfois, on s'égare à réagir à l'urgence et à être dans la politique du tweet. Le rôle du président de la République c'est de réinscrire aussi le temps long.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pas dans les 3 mois, mais si on a bien compris, l'année prochaine, même lieu, même heure, Jean-Jacques BOURDIN et Edwy PLENEL seront là, alors est-ce que Emmanuel MACRON y sera aussi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, ça il faudra poser la question au président de la République.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est l'engagement qu'il a pris hier soir.

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous verrons si dans 1 an ça se fera dans les mêmes conditions, avec les mêmes intervieweurs, moi je ne serais pas contre introduire une touche féminine dans ce plateau qui était très masculin, si vous voulez mon sentiment profond.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il était masculin, oui, mais comme il dit ce qu'il fait, il a dit « oui, à l'année prochaine », donc, on verra bien.

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous verrons l'an prochain.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors, pendant cette émission le président de la République a dit ceci concernant le jour chômé travaillé pour financer cette grave question qui est celle du vieillissement de la population et donc de la dépendance. On écoute Emmanuel MACRON.

EMMANUEL MACRON (SUR MEDIAPART ET BFM TV)
Je prends ici l'engagement solennel que nous nous y attellerons et que nous le ferons, c'est celui du financement et de l'organisation de ce risque dépendance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-vous instaurer, par exemple, une deuxième journée de travaillée non payée ?

EMMANUEL MACRON
C'est une piste.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable ?

EMMANUEL MACRON
Moi je ne suis pas contre, je pense que c'est une piste intéressante.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors, Emmanuel MACRON dit « c'est une piste », le gouvernement étudie sérieusement cette piste ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Derrière la question… non, mais, parce que la question du second jour férié…

JEAN-MICHEL APHATIE
Chômé travaillé on va dire.

BENJAMIN GRIVEAUX
Chômé travaillé, c'est, derrière, le sujet de comment est-ce qu'on organise la relation avec le quatrième âge et nos grands aînés, qui est un risque nouveau qui est apparu parce que, voilà, les progrès de la médecine ont permis de vivre plus âgé et, malheureusement, de mourir en moins bonne santé, donc plus dépendant. Et ça c'est un risque nouveau qui, quand on a créé la Sécurité sociale aux sortir de la guerre, n'était pas identifié. Est-ce qu'il faut s'interdire d'y réfléchir ? Non, il y a urgence à le faire, et on aurait dû le faire depuis déjà 15 à 20 ans, ça n'a pas été fait de manière suffisamment structurelle. La question du financement peut se poser, et donc le jour férié qui serait supprimé ça répond…

JEROME CADET
Ce n'est pas qu'elle peut se poser, c'est qu'elle va poser.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, mais, la question du financement va se poser, et donc c'est une réponse, mais on ne peut pas rentrer dans un sujet uniquement sur la question du financement. C'est pour en faire quoi ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Le président dit, c'est une piste, alors, ma question, c'est est-ce que le gouvernement réfléchit sérieusement à cette piste ?

BENJAMIN GRIVEAUX
1°) : c'est une piste, mais ce que je veux dire par-là, c'est que c‘est une piste…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est une piste, ça veut dire quoi, que vous y réfléchissez ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça veut dire qu'on peut y réfléchir, mais que le sujet n'est pas que celui du financement…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah, qu'on peut y réfléchir...

BENJAMIN GRIVEAUX
Jean-Michel APHATIE, c'est un sujet trop sérieux, ça n'est pas que le sujet du financement…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah, mais c'est très sérieux…

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est comment est-ce qu'on réorganise…

JEAN-MICHEL APHATIE
Bien sûr…

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, mais la question du grand âge, ce n'est pas simplement avec la question d'un jour férié qu'on va régler la question du grand âge, ça, ce n'est pas par un coup de baguette magique…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça ne suffira pas…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça ne suffira pas. Ce n'est pas un coup de baguette magique. Donc ce sont des réformes structurelles…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais c'est deux milliards d'euros quand même…

BENJAMIN GRIVEAUX
Sur la manière dont on conçoit notre appareil de santé en France, comment est-ce qu'on fait des stratégies de prévention, comment est-ce qu'on change la manière dont l'hôpital prend en charge le grand âge, comment on travaille dans les EHPAD. Il y a la question du financement, elle est importante, mais avant de savoir comment on va financer, il faudrait savoir ce qu'on va faire, c'est ce à quoi travaille Agnès BUZYN, c'est ce qu'on a déjà inscrit dans la stratégie nationale de santé, notamment sur le sujet de prévention. Et c'est sur quoi le gouvernement travaille, mais a priori, aucune piste n'est exclue.

JEAN-MICHEL APHATIE
Aucune piste n'est exclue. Pour rester sur le financement, le président de la République a dit pendant cette émission, pendant le quinquennat, aucun impôt national, aucun impôt local, il faudra bien faire des impôts d'une manière ou d'une autre pour financer ce projet de la dépendance…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, vous le savez, si ça devait arriver, c'est aussi un geste des générations qui travaillent envers leurs aînés. Les aînés, ils viennent de faire un geste envers la génération qui travaille pour lui permettre d'être mieux payée avec l'augmentation de la CSG. C'est ça aussi la solidarité entre les générations, et c'est pour ça que cette piste-là n'est pas à exclure. Ça fonctionne dans les deux sens, il y a un geste de la génération aujourd'hui qui est en retraite, qui a fait un geste pour permettre à la génération qui aujourd'hui travaille d'être mieux rémunérée, et de pouvoir garantir un système de retraite solide, eh bien, demain, il n'est pas à exclure que, on ait aussi un effort à fournir, et montrer notre solidarité envers la génération de nos aînés, c'est ça qui fait aussi l'honneur de la République.

JEROME CADET
Merci à vous Benjamin GRIVEAUX, porte-parole du gouvernement.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 avril 2018

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