Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à RMC le 20 avril 2018, sur la poursuite des négociations avec les syndicats après le vote par l'Assemblée nationale de la réforme de la SNCF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à RMC le 20 avril 2018, sur la poursuite des négociations avec les syndicats après le vote par l'Assemblée nationale de la réforme de la SNCF.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth.

FRANCE. Ministre des transports

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Elisabeth BORNE, bonjour !

ELISABETH BORNE
Bonjour !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Les syndicats ne veulent plus vous parler.

ELISABETH BORNE
Oui, écoutez-moi je déplore cette posture et c'est vraiment une posture, un effet de manche puisqu'elle intervient après quasiment deux mois de discussions et au moment où les discussions touchent à leur fin. Donc refuser le dialogue, c'est jamais une bonne méthode et puis moi, je veux le redire, la discussion a été très utile. Le projet de loi qui a été voté mardi dernier à l'Assemblée par une majorité très large, très au-delà de la majorité présidentielle, il n'aurait pas été le même sans ces concertations et les syndicats le savent bien. Moi, j'ai fait des avancées très importantes sur une ouverture progressive à la concurrence, sur les conditions de transfert, sur les garanties qui seront données aux cheminots. Donc voilà il y a eu des avancées et enfin, vous pouvez noter que la position des syndicats ne bouge pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elisabeth BORNE, le Premier ministre ne recevra pas les syndicats, c'est la demande de l'intersyndicale.

ELISABETH BORNE
Oui mais vous savez c'est un faux débat, c'est toujours les faux débats, les faux prétextes jusqu'à présent …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous avez été désavouée par le Premier ministre, je veux dire par là qu'Elisabeth BORNE, il est bien clair que Matignon ne recevra pas l'intersyndicale !

ELISABETH BORNE
Mais je vous dis, ce n'est pas un débat de personnes : il y a une réforme ; il y a un gouvernement ; il y a un cap qui a été donné par le président de la République ; il y a une méthode, des principes qui ont été donnés par le Premier ministre et ce n'est pas le sujet de dire « je vais discuter avec le ministre des Finances, avec la ministre des Transports ». C'est la même réforme …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou avec le Premier ministre …

ELISABETH BORNE
Tout le gouvernement porte la même réforme, la même réforme et on la porte avec détermination parce que c'est une réforme qui est nécessaire pour répondre aux attentes des Français qui veulent un meilleur service ferroviaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'avez dit, vous le répétez, le président de la République l'a encore dit dimanche et il le répète comme vous sans cesse, vous irez au bout de cette réforme, quoi qu'il arrive ?

ELISABETH BORNE
Mais bien sûr, attendez, cette réforme, elle est nécessaire, oui. L'ouverture à la concurrence, ça a fait des années qu'on en parle. Donc maintenant, il faut en définir les modalités, c'est ce que j'ai fait après les discussions avec les organisations syndicales, une ouverture progressive à la concurrence au rythme souhaité par les régions et c'est quoi l'ouverture à la concurrence ? C'est plus de trains ; c'est des trains moins chers. La réforme, c'est aussi un investissement …

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est peut-être des petites lignes abandonnées, c'est le reproche qu'on entend sans cesse ?

ELISABETH BORNE
Mais c'est toutes les contre-vérités …

JEAN-JACQUES BOURDIN
La crainte qui s'exprime …

ELISABETH BORNE
C'est toutes les contre-vérités qui circulent sur la réforme. Là aussi le gouvernement l'a dit, le Premier ministre l'a dit, le président l'a dit : ce n'est pas une réforme des petites lignes. L'Etat tiendra ses engagements et ce qu'on voit chez nos voisins c'est que l'ouverture à la concurrence, ça a permis de redynamiser des petites lignes. Il y a des petites lignes en Allemagne qui sont passées de 400 voyageurs à 10 000 voyageurs par jour, donc voilà ne mettons pas des faux débats, parlons du fond de la réforme. Et l'autre point de cette réforme, c'est qu'on aurait pu se contenter de faire l'ouverture à la concurrence sans s'occuper de donner des atouts à la SNCF. Au contraire, la nouvelle organisation de la SNCF, la modernisation sociale du secteur c'est aussi pour que cette ouverture la concurrence à la concurrence, elle soit réussie pour les Français et qu'elle soit réussie pour la SNCF et les cheminots.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Qu'est-ce qu'il y a à négocier encore aujourd'hui ? Qu'est-ce que les syndicats pourraient encore négocier ?

ELISABETH BORNE
En fait, on passe une nouvelle étape. Aujourd'hui, les principes de la réforme ont été posés. Cette réforme, je le redis, elle a été votée par une très large majorité mardi dernier. Par contre, il est nécessaire que la discussion s'ouvre maintenant au niveau de la branche pour négocier la convention collective. Et moi, j'ai à coeur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça fait un an, un an et demi que ces discussions ont commencé et ça n'avance pas.

ELISABETH BORNE
Justement. Ecoutez, justement. Moi, j'ai à coeur que cette convention collective avance. Je ne souhaite pas qu'il y ait un vide entre l'arrêt du recrutement au statut et la finalisation de cette convention collective. Donc le sujet maintenant, c'est de se mettre autour de la table.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment la faire avancer ?

ELISABETH BORNE
Le gouvernement sera très attentif. J'ai encore envoyé hier aux organisations syndicales un document de travail pour lister les thèmes qui doivent être discutés dans le cadre de la convention collective. Maintenant, la discussion doit se mener à ce niveau-là, aussi au sein de la SNCF où il y a des négociations sur le futur cadre social. Donc la bonne méthode, ça n'est pas de propager des contre-vérités, de se lancer dans des débats de personnes, c'est de se mettre autour de la table et je pense que c'est ce que les cheminots peuvent attendre. Les cheminots attendent des réponses sur le futur cadre social. Tous les cheminots de toutes les entreprises, donc à l'échelle de la branche, c'est la convention collective qui doit être négociée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-il vrai que la SNCF ne passera pas sa commande de cent TGV à ALSTOM pour l'instant ?

ELISABETH BORNE
On est train de travailler sur un modèle économique équilibré dans la durée pour la SNCF. Il faut qu'on ait une nouvelle trajectoire de péage. Vous savez, les péages TGV, c'est-à-dire ce que la SNCF paye pour utiliser les rails…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les tarifs ont augmenté.

ELISABETH BORNE
Les péages ont beaucoup augmenté et c'est aussi ça la réforme. C'est donner un modèle soutenable à la SNCF pour défendre le modèle TGV auquel moi je suis attachée. C'est des TGV qui sont accessibles à tout le monde et qui continuent à irriguer notre pays, à aller au-delà des lignes à grande vitesse, à desservir les villes moyennes. Donc il faut arbitrer cette trajectoire de péages et une fois qu'on aura traité ce sujet dans le cadre de l'équilibre global…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour l'instant, la commande est suspendue.

ELISABETH BORNE
Vous savez, vraiment l'objectif, c'est de responsabiliser la SNCF. Elle fera cette commande quand on aura finalisé le modèle financier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas tout de suite. Elle est suspendue, la commande.

ELISABETH BORNE
Elle sera passée prochainement, quand on aura arbitré la trajectoire de péages.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc elle est pour l'instant suspendue.

ELISABETH BORNE
Elle viendra. Elle viendra, voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut le dire.

ELISABETH BORNE
Et des nouveaux TGV, ce sera important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elisabeth BORNE, il ne faut pas avoir peur des mots : elle est suspendue.

ELISABETH BORNE
Elle n'est pas suspendue parce qu'elle n'a jamais été passée, la commande…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais retardée. Elle est retardée. Elisabeth BORNE, elle est retardée.

ELISABETH BORNE
Oui, mais elle ne va pas être retardée très longtemps. Il faut qu'on arbitre une trajectoire de péage soutenable, et alors la SNCF prendra la décision, les bonnes décisions de commander des nouvelles rames TGV.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et puis, est-il vrai aussi que la SNCF a mis en vente cent trente-cinq immeubles ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je n'en sais rien. Je pense qu'il faut aussi lui donner une certaine autonomie de gestion. C'est aussi ça, vous savez. Le gouvernement s'occupe de ces sujets. La SNCF est une entreprise responsable qui prend les bonnes décisions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Merci beaucoup Elisabeth BORNE. Merci d'être venue nous voir, ministre des Transports.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 avril 2018

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