Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV le 24 avril 2018, sur le recyclage, la question climatique et les Etats-Unis et sur l'évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV le 24 avril 2018, sur le recyclage, la question climatique et les Etats-Unis et sur l'évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

Personnalité, fonction : POIRSON Brune, Malherbe Apolline (de).

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Brune POIRSON.

BRUNE POIRSON
Bonjour Apolline de MALHERBE.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être avec nous. Vous êtes secrétaire d'Etat auprès de Nicolas HULOT, Ministre de la Transition écologique et solidaire. On va parler recyclage, on va parler réparation parce que vous partez en guerre, en guerre contre le gaspillage : un plan de bataille anti-gaspillage en cinquante mesures que vous avez présenté hier avec le Premier ministre. C'est quoi l'objectif ? Ambitieux ?

BRUNE POIRSON
L'objectif, il est ambitieux. L'objectif, il est de faire en sorte que chacun dans son quotidien, aussi bien l'Etat que les collectivités locales, les entreprises, les Français, les consommateurs, ils aient les moyens de faire plus pour la planète.

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous pensez qu'ils vont vous suivre ?

BRUNE POIRSON
L'éveil des consciences a eu lieu. On sait qu'aujourd'hui nos émissions de CO2 augmentent, que la biodiversité s'effondre, que nous consommons trop des ressources de la planète. Ça, on le sait. Je crois que les Français le savent, ils en ont conscience. Ils voient le plastique aussi au quotidien dans leur vie, ils veulent faire plus. Simplement, c'est difficile parce qu'on ne leur en donne pas suffisamment les moyens. Et moi, je considère que le rôle de l'Etat est aussi d'aider les citoyens, leur donner les moyens de faire plus plus facilement.

APOLLINE DE MALHERBE
On va voir. Vous allez les aider et puis un peu les faire payer. Mais d'abord les aider effectivement, parce que dans ce plan, il y a notamment la lutte contre l'obsolescence programmée. Concrètement, ça passe par quoi ?

BRUNE POIRSON
Concrètement, la lutte contre l'obsolescence programmée passe par donner au consommateur le pouvoir de décider comment est-ce qu'il veut consommer. Mais pour ça, il faut qu'il ait de l'information parce qu'aujourd'hui, il y a six Français sur dix…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc on va savoir quelle est la durée de vie en quelque sorte des objets qu'on achète.

BRUNE POIRSON
On va mettre en place un indice, c'est-à-dire un chiffre à côté du prix, qui va indiquer quelle est la robustesse, la réparabilité et la durabilité des appareils électroménagers et électroniques. L'objectif, comme l'a dit le Premier ministre hier, est pour les consommateurs : quand ils consomment ils décident. Parce qu'acheter, c'est décider. C'est ce qu'il a dit et c'est vrai. Nous, on vent qu'ils puissent le faire concrètement.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce sera écrit comment ? Il y aura un indice, il y aura une étiquette qui nous dira : « Vous achetez ce sèche-linge mais dans trois ans, il va vous lâcher » ?

BRUNE POIRSON
Ce n'est pas la durée exacte très précise, mais en tout cas c'est une moyenne. Il va y avoir dix critères qui vont être résumés en un chiffre qui va aller d'un à dix et qui va donner une idée, une note moyenne.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc ce n'est pas précisément une date de péremption ?

BRUNE POIRSON
Non, ce n'est pas une date de péremption sur les appareils électroménagers parce qu'il y en a certains qui durent plus longtemps que prévu, mais il y en a aussi qui durent beaucoup moins longtemps. Une autre mesure importante aussi qu'on va mettre en oeuvre, c'est qu'on veut étendre la durée de garantie des produits. Vous savez qu'en France, elle est de deux ans. Deux ans, c'est bien, c'est quand même plus que la moyenne des pays européens mais nous, on veut aller plus loin parce qu'on veut aussi lutter contre le business de l'extension de garantie qui coûte très cher aux Français.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais là pour le coup, les fabricants vont vous suivre ?

BRUNE POIRSON
Mais vous savez, on a commencé à en discuter avec eux et on continue et on va le faire. Mais ça passe aussi par mieux faire appliquer les règles de cette garantie-là. Apolline, je suppose que ça vous est arrivé, vous, d'avoir une micro-onde par exemple. Vous l'avez acheté il y a un an et demi, vous avez une garantie qui dure deux ans, il tombe en panne. Contrairement à six Français sur dix qui, quand leur appareil électroménager tombe en panne, décident en fait de ne pas le réparer mais automatiquement en acheter un nouveau, donc si vous faites partie des quatre Français sur dix qui décident, au contraire, d'aller…

APOLLINE DE MALHERBE
Tenter de le faire réparer.

BRUNE POIRSON
Exactement. Alors vous le prenez, vous le portez, c'est lourd, c'est compliqué, vous n'avez pas le temps mais vous décidez quand même de prendre votre courage à deux mains, d'aller chez le vendeur. Vous le lui apportez, votre vendeur observe votre micro-ondes sous tous les angles et il vous dit…

APOLLINE DE MALHERBE
Ce n'est pas dans le cadre de la garantie.

BRUNE POIRSON
« Madame, je suis absolument confuse mais c'est de votre faute. Nous, ce n'est pas de votre faute. » En réalité pendant deux ans, pendant la durée de la garantie, le fabricant doit prouver, il doit vous prouver que c'est de votre faute mais il doit vous l'expliquer, il doit vous le prouver et ça n'est pas appliqué.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc ce sera moins compliqué aussi ?

BRUNE POIRSON
Ce sera moins compliqué.

APOLLINE DE MALHERBE
Malgré tout, là vous me dites qu'il ne peut plus me dire : « C'est de votre faute et pas de la nôtre », mais est-ce que vous allez aussi alléger tout le processus ? Parce que j'imagine que si six Français sur dix n'ont pas le courage d'emporter effectivement leur micro-ondes de retour à la case départ, c'est parce que c'est compliqué.

BRUNE POIRSON
Mais parce qu'on a tous intégré le fait que de toute façon, même si on fait tout l'effort de rapporter l'appareil électroménager, de toute façon ils trouveraient bien une façon ou une autre de ne pas appliquer la garantie. Mais nous, on veut changer ça et, par exemple, la Direction générale du contrôle et de la répression des fraudes, la DGCCRF, a mené en 2016 des études un peu au hasard. Elle a contrôlé des entreprises au hasard et sur les quatre cents entreprises qu'elle a contrôlées, il y en avait 50 %, c'est-à-dire deux cents, la moitié d'entre elles, qui n'appliquaient pas la garantie. On veut lutter contre ça.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais Brune POIRSON, informer les Français sur la qualité des objets qu'ils achètent sur la réparabilité et sur la durée de vie, tout ça a aussi un coût. Ça veut dire qu'en gros, vous dites : « Il va quand même falloir acheter des produits plus chers. »

BRUNE POIRSON
Pas nécessairement, pas nécessairement.

APOLLINE DE MALHERBE
Pas nécessairement, c'est quand même aussi ça parce que le problème, c'est quand même que souvent on n'a pas les moyens, on achète des produits qui sont effectivement pas chers et qui sont plus résistants.

BRUNE POIRSON
Sauf qu'au final, vous finissez par payer beaucoup plus cher. Parce que qu'est-ce que c'est que l'obsolescence programmée ? C'est une double arnaque. C'est une arnaque pour la planète mais c'est aussi une arnaque pour le porte-monnaie des Français. Et qui est-ce qui finit par payer le prix cher ? Ce sont les plus modestes d'entre nous qui finissent par acheter trois grille-pain parce qu'ils achètent souvent le moins cher alors que s'ils dépensaient peut-être un tout petit peu plus au début comme certains choisissent de le faire, ils n'auraient pas besoin d'en acheter trois, ils n'en auraient acheté qu'un.

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a une question aussi que vous voulez remettre sur la table, c'est celle de la consigne. Sauf qu'il y a une petite entourloupe parce que ce n'est pas exactement la consigne à l'ancienne où on rapportait la consigne et on repartait avec une pièce. On repartira sans pièce ?

BRUNE POIRSON
Non. Il y a plusieurs types de consigne mais il y a un problème en France. Dans les zones urbaines, elle est plus dense : il y a une bouteille seulement sur dix qui est collectée et recyclée. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que ça fait. Vous savez que chaque Français – vous, moi, tout le monde – chaque Français, tous les auditeurs qui nous écoutent, il y a soixante-cinq bouteilles par an qui disparaît.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais c'est précisément ce que je dis, Brune POIRSON. Est-ce que vous allez dire aux Français : « Rapportez votre bouteille et vous repartirez avec une pièce » ?

BRUNE POIRSON
O va on va proposer aux Français qui le souhaitent pour essentiellement le hors foyer, c'est-à-dire s'ils sont dans des gares, dans des aéroports, dans des parcs, de pouvoir rapporter s'ils le veulent leurs bouteilles dans un endroit, dans une consigne, dans un endroit où les bouteilles seront collectées spécifiquement. Pour chaque bouteille qui sera mise dans la consigne, il y aura une petite somme qui sera financée par un éco-organisme - donc pas par le contribuable français – et qui ira à une grande cause nationale. On va les déterminer.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est bien ce que je dis, c'est que ce n'est pas donnant-donnant. C'est très généreux, c'est très sympathique, mais il y a un moment où il faut aussi penser au pouvoir d'achat des Français.

BRUNE POIRSON
Vous savez que les bouteilles en verre, c'est comme ça que ça a commencé. C'est exactement comme ça que ça a commencé. Ça a commencé avec une grande cause qui était de lutter contre le cancer ?

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire qu'on pourrait imaginer que, à terme malgré tout, il y ait une consigne qui soit véritablement marchande.

BRUNE POIRSON
Au final, c'est l'objectif.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est déjà ce que font quelques enseignes. On en parlait tout à l'heure sur RMC. Une des auditrices disait que certaines enseignes de supermarchés encourageaient à ce qu'on revienne notamment avec les bouteilles en plastique - les bouteilles de shampooing, les bouteilles de savon –, qu'en échange ils donnaient quelques centimes et que notamment un certain nombre de personnes modestes en profitaient pour se faire quelques sous. Est-ce que ça peut être envisagé pour vous ?

BRUNE POIRSON
C'est comme ça que ça marche aussi dans certains endroits aux Etats-Unis et c'est tout à fait ce que, nous, on a en tête au final.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais pourquoi vous ne le faites pas maintenant ?

BRUNE POIRSON
Parce qu'on ne peut pas comme ça imposer un système qui est potentiellement révolutionnaire, qui va vraiment changer les habitudes non seulement des collectivités locales mais aussi des entreprises et des Français, comme ça du jour au lendemain sur un claquement de doigts. C'est une question de méthode et nous, notre méthode dans ce gouvernement-là, souvent c'est l'expérimentation, la concertation. Ce n'est pas d'imposer des choses de façon arbitraire.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça, vous ne l'expérimentez même pas, Brune POIRSON, la question des centimes qui vont être remis aux consommateurs.

BRUNE POIRSON
Si, il y a déjà des expériences qui sont en cours. Vous avez cité quelques entreprises, on va travailler avec elles. On va regarder comment ça fonctionne.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ce sont des initiatives privées.

BRUNE POIRSON
Ce sont initiatives privées mais si elles fonctionnent bien, on pourra les récupérer et les mettre à l'échelle du territoire. Ensuite, vous savez, en France c'est compliqué. Par exemple dans les grandes villes, là, la collecte, le recyclage, les taux sont très mauvais. Mais si vous regardez par exemple dans des zones qui sont plus rurales, là on a des résultats qui sont bien meilleurs.

APOLLINE DE MALHERBE
Les gens ont pris davantage l'habitude de rapporter les objets, de recycler.

BRUNE POIRSON
C'est plus facile aussi pour eux parce qu'ils vivent dans des espaces qui sont souvent un peu plus grands, donc c'est plus facile pour eux généralement. C'est donc pour ça qu'on va expérimenter. Il y a des villes qui sont déjà volontaires, qui ont envie de travailler avec nous. Il y a des expériences aussi de consignes par exemple solidaires dans des villes comme Lyon. Donc il y a des choses qui sont très bien et on va de se donner cinq ans pour expérimenter, voir ce qui fonctionne et ensuite passer à l'échelle.

APOLLINE DE MALHERBE
Dans votre plan, il y a également une mesure pollueur-payeur. Qui seront les payeurs ?

BRUNE POIRSON
Les entreprises. Vous savez que ça existe déjà en France. Par exemple, toutes les entreprises qui ont des emballages ou des produits plastiques, ils payent déjà ce qu'on appelle une éco-contribution. C'est-à-dire qu'il y a une somme infime. Par exemple là, je vois votre téléphone portable, là aussi il y a une filière sur le principe du pollueur-payeur, où il y a une éco-contribution pour chaque téléphone portable qui est vendu. L'entreprise, elle verse une éco-contribution à un organisme qui gère pour le compte de cette entreprise-là en théorie la prévention des déchets.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous n'avez pas peur que ça se répercute sur le coût des produits ?

BRUNE POIRSON
Non, parce que ce sont des sommes qui, produit par produit, sont extrêmement minimes. Par exemple sur votre téléphone portable, c'est 0,0 7 % du prix du téléphone portable. Mais comme on vend énormément de téléphones portables, vous avez des sommes qui sont importantes et qui sont versées à ces éco-organismes-là qui, ensuite, sont chargés pour le compte de l'entreprise de travailler sur la prévention des déchets, le recyclage, la collecte. Sauf qu'en réalité, premièrement, ces éco-organismes là, ça marchait bien mais ils ont atteint leurs limites en termes de fonctionnement ; il faut qu'on les pousse à aller plus loin et c'est ce qu'on veut faire. A être plus efficaces, à leur donner des objectifs de résultats plutôt que des objectifs de moyens. Ensuite ce qu'on veut faire aussi, c'est créer de nouvelles filières pollueur-payeur. Par exemple, les jouets. En France les jouets, les articles de bricolage, de jardinage, les articles de sport, tout ça, ils ne sont pas soumis à ce principe de pollueur-payeur.

APOLLINE DE MALHERBE
Et donc comment vous allez faire ?

BRUNE POIRSON
Et donc ce qu'on va faire, c'est qu'on va travailler avec ces entreprises-là pour créer des éco-organismes qui vont gérer sur le même principe que les téléphones portables.

APOLLINE DE MALHERBE
En gros, le jouet en plastique, le producteur de ce jouet en plastique va devoir contribuer à cette taxe en quelque sorte de recyclage.

BRUNE POIRSON
Oui, tout à fait. Pour que ça soit mieux géré. Et aussi, vous savez, in fine ça aura aussi un impact positif sur les ménages français. Parce que vous savez que vous payez un impôt, une taxe à la collectivité locale, à votre ville pour qu'elle se charge de vos déchets…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, la collecte les déchets.

BRUNE POIRSON
La collecte des déchets et du recyclage. Et donc, si vous réduisez le volume des poubelles et le poids des poubelles, à ce moment-là cette taxe-là baisse aussi.

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a quand même un point sur lequel vous dites : « Le payeur, c'est systématiquement l'entreprise. » Mais vous avez, parmi vos projets, l'idée d'instaurer aussi une taxe sur les mégots qui pourrait se traduire par une hausse de quelques centimes du prix du paquet de cigarettes. Vous n'avez pas le sentiment qu'il a déjà suffisamment augmenté ?

BRUNE POIRSON
Vous savez, Apolline, j'ai le sentiment que tous les Français payent pour les quelques Français qui fument, qui jettent leurs mégots dans la rue et qui, du coup, donnent beaucoup de travail aux employés municipaux, coûtent cher à la collectivité parce qu'il faut les ramasser tous ces mégots-là. Vous savez, à Paris il y a deux milliards de mégots qui sont jetés chaque année. Deux milliards de mégots. Et ces deux milliards de mégots-là, il faut les ramasser et ça a un coût.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous n'avez pas entendu depuis des semaines ce sentiment quand même sur le pouvoir d'achat, sur le diesel, sur le paquet de cigarettes ? Il y a quand même quelque chose de culpabilisant et de payeur.

BRUNE POIRSON
Mais attendez, vous ne trouvez pas ça normal que ceux qui fument, ce soient eux qui pour le coup fassent les frais, même si - en plus, ça va être des montants très modestes, on va parler d'un centime sur le paquet de cigarettes très probablement - mais que ce soient eux qui payent pour la pollution qu'ils engendrent plutôt que l'ensemble de la société et l'ensemble des Français ?

APOLLINE DE MALHERBE
Et pourquoi vous ne faites pas payer plutôt les producteurs de cigarettes, les grands industriels du tabac dans ce cas-là ?

BRUNE POIRSON
Ça va être eux. Je pense qu'ils vont faire en sorte… Ça va être eux de toute façon. Puisque c'est le paquet de cigarettes, c'est eux qui vont devoir payer pour ça, donc non. Là, je vous ai parlé de toute une série de mesures pour allonger la durée de vie des produits, pour allonger la garantie, tout ça sont des mesures en faveur du pouvoir d'achat, en faveur des citoyens.

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a aussi une question sur la couleur des poubelles. On rentre vraiment aujourd'hui dans la vie quotidienne des Français, mais c'est aussi ça, la politique. La couleur des poubelles, vous allez uniformiser sur tout le territoire ?

BRUNE POIRSON
Tout à fait. Encore une fois, je pense qu'il y a des Français qui voudraient trier plus mais simplement c'est difficile. On ne leur en donne franchement pas les moyens.

APOLLINE DE MALHERBE
Enfin, on avait commencé à comprendre quand même. Les poubelles jaunes, les poubelles vertes.

BRUNE POIRSON
Vous, vous savez. Je ne sais pas où vous habitez, Apolline, mais vous savez, juste pour prendre l'exemple de la région parisienne parce que ce n'est pas très, très grand cette région-là, si vous habitez à Malakoff, le soir quand vous rentrez chez vous, vous mettez votre bouteille en plastique par exemple dans le bac bleu. Mais comme vous travaillez la journée par exemple dans Paris, dans Paris c'est le bac jaune. Mais si jamais vous allez en déplacement professionnel à Charleville-Mézières, ça va être dans le bac marron et donc c'est incompréhensible.

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'on donne aujourd'hui tout l'éventail des couleurs aux Français, de quelle couleur sera la poubelle de tri ?

BRUNE POIRSON
On ne sait pas encore parce qu'on va y travailler. Les codes couleurs, c'est très important parce qu'il y a des réflexes. Ça fait partie des neurosciences et donc on va y travailler et très rapidement va uniformiser sur l'ensemble du territoire. On va laisser un peu de temps aux collectivités pour le faire, on ne va pas l'imposer parce que ça prend du temps. Ce n'est pas forcément automatique mais, en tout cas, on va l'uniformiser.

APOLLINE DE MALHERBE
En tout cas l'objectif, c'est que sur tout le territoire français on sache quelle est la poubelle pour les détritus quotidiens et quelle est la poubelle pour le recyclage.

BRUNE POIRSON
Voilà. Parce qu'il faut que ce soit un geste qui devienne automatiques, que ça se fasse tout seul pour les Français avec le moins d'efforts possible, parce qu'aujourd'hui c'est compliqué.

APOLLINE DE MALHERBE
Les Français sont mauvais élèves par rapport au reste des Européens ?

BRUNE POIRSON
Je ne dirais pas « les Français », je dirais la France. Nous collectivement, globalement.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous voulez juste ne pas trop culpabiliser les Français.

BRUNE POIRSON
Non. C'est-à-dire que moi, je reste convaincue – et on en a parlé – je crois que le système en France est compliqué, on peut le simplifier.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc il y a une forme de responsabilité des politiques.

BRUNE POIRSON
Il y a une forme de responsabilité des politiques, je pense. En tout cas, moi j'estime que ça fait partie de mon rôle que de simplifier ce geste parce qu'il faut que l'écologie rentre dans le quotidien de chacun. Vous savez que si tout le monde vivait comme nous on vit en France et les Occidentaux, il faudrait cinq planètes. Et les planètes, on n'en a qu'une.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que le modèle ne devrait pas venir d'en haut ? Quand on voit par exemple qu'Emmanuel MACRON est parti aux Etats-Unis mais que dans sa délégation il n'a pas emmené Nicolas HULOT, ça vous paraît normal ?

BRUNE POIRSON
Oui, ça ne me paraît pas anormal. Vous savez, Nicolas HULOT ne part pas en déplacement partout avec le président de la République.

APOLLINE DE MALHERBE
Je ne dis pas partout, mais là en l'occurrence, on sait qu'il y a un gros enjeu sur le climat avec Donald TRUMP.

BRUNE POIRSON
Vous savez, Emmanuel MACRON, le climat, c'est aussi un enjeu qu'il porte lui-même. Il le porte en son sein et il a fait de la France un leader mondial sur les questions environnementales.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais dans ces cas-là, vous servez à quoi, vous les ministres s'il fait tout tout seul ?

BRUNE POIRSON
Mais il ne fait pas tout tout seul. Mais il porte cette voix-là et il porte la vision de la France. J'étais aux Etats-Unis la semaine dernière. Je peux vous dire que quand vous êtes français, vous êtes écouté sur les questions climatiques. J'y suis allée puisque je suis secrétaire d'Etat à la Transition écologique auprès du Ministre.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'il va réussir ? Est-ce qu'il tente encore justement en ne parlant visiblement pas véritablement d'écologie pendant ce séjour, en tout cas n'emmenant pas celui qui l'incarne pour la France, Nicolas HULOT – ni vous d'ailleurs - est-ce qu'il va quand même tenter de faire revenir Donald TRUMP sur ses déclarations sur l'Accord climat ?

BRUNE POIRSON
Mais déjà plusieurs choses. La première, c'est que l'Accord de Paris il est comme il est et il ne changera pas. Et ça, le président de la République l'a déjà dit…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais si les Américains ne sont pas dedans, ça veut dire qu'une partie de la planète quand même ne le respectera pas.

BRUNE POIRSON
Pas nécessairement. Nous on l'a vu, et moi j'étais, comme je vous le disais, encore aux Etats-Unis et le président de la République, lors du One Planet Summit le 12 décembre dernier à Paris l'a montré : aux Etats-Unis, il y a un vrai mouvement de fond en faveur du climat, en faveur de la protection de la planète. Certes au plus haut niveau de l'Etat…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça ne vient pas forcément de TRUMP, mais les Américains…

BRUNE POIRSON
Sur les territoires. Vous savez, par exemple le gouverneur de Californie, il va organiser un événement absolument majeur sur le climat qui va réunir tous les acteurs infra-étatiques, qui va réunir les ONG et les entreprises. Il y a un vrai mouvement aux Etats-Unis. Le président TRUMP est relativement isolé sur cette question-là.

APOLLINE DE MALHERBE
Notre-Dame-des-Landes, un dernier mot. Cette nuit, c'était la fin de l'ultimatum. Il y a encore quand même soixante-huit maisons de zadistes sur la zone. Est-ce qu'ils peuvent rester ?

BRUNE POIRSON
A Notre-Dame-des-Landes, il y a mille quatre cent vingt-cinq hectares. Sur ces mille quatre cent vingt-cinq hectares, il y en a six cents qui ont fait l'objet d'une convention d'occupation temporaire, pardon : d'occupation précaire. Ensuite il y a trois cents hectares…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ils peuvent rester ?

BRUNE POIRSON
Bien sûr, parce que ça c'est tout à fait légal. Ensuite, il y a trois cents hectares avec quatre agriculteurs qui sont aussi sur le point de faire l'objet d'une convention similaire. Et puis, il y a deux cent soixante-dix hectares sur lesquels.il y a vingt-huit projets qui ont été déposés récemment.

APOLLINE DE MALHERBE
Par les zadistes.

BRUNE POIRSON
Par les zadistes. La préfète en a déjà analysé environ une dizaine. Ils sont tout à fait recevables, ce sont des projets sérieux d'élevage.

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous, vous souhaitez à titre personnel qu'ils restent ?

BRUNE POIRSON
Mais il faut saluer cela. Ce n'est pas si je souhaite ou pas. Simplement, ce sont des personnes qui ont décidé de rester de façon légale sur ce territoire, de rentrer dans la légalité. Ils sont attachés à ce territoire-là maintenant, ils ont envie de développer des projets agricoles et nous, à partir du moment où ils le font dans la légalité, on leur a tendu la main et ça, je crois qu'il faut le saluer.

APOLLINE DE MALHERBE
Et ils y restent.

BRUNE POIRSON
C'est aussi ce que Nicolas HULOT a réussi à faire passer comme message quand il est allé à Notre-Dame-des-Landes.

APOLLINE DE MALHERBE
Brune POIRSON, vous restez avec nous sur RMC pour répondre aux auditeurs sur ces questions concrètes de recyclage.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 avril 2018

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