Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à Europe 1 le 26 avril 2018, sur les négociations avec les syndicats après le vote par l'Assemblée nationale du projet de loi réformant la SNCF, Parcoursup et le conflit salarial à Air France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à Europe 1 le 26 avril 2018, sur les négociations avec les syndicats après le vote par l'Assemblée nationale du projet de loi réformant la SNCF, Parcoursup et le conflit salarial à Air France.

Personnalité, fonction : PHILIPPE Edouard, COHEN Patrick.

FRANCE. Premier ministre;

ti : PATRICK COHEN
Bonjour Edouard PHILIPPE.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour Patrick COHEN.

PATRICK COHEN
D'abord la SNCF où la grève continue, mais avec des syndicats qui crient « victoire » pour avoir obtenu ce qu'ils réclamaient et que vous aviez d'abord refusé, c'est-à-dire une discussion directe avec vous. C'est un début de recul ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, pas du tout. Pas du tout. Moi j'ai indiqué dès le mois de février, dès le moment où on a lancé la réforme, qu'il y avait des sujets qui étaient clairs, qui ne faisaient pas l'objet de discussions, l'ouverture à la concurrence, la réorganisation de l'entreprise, la fin du recrutement au statut, ça c'était des objectifs, je l'ai clairement indiqué.

PATRICK COHEN
Ce sont des principes qui ne bougeront pas, on peut discuter des modalités mais pas des principes.

EDOUARD PHILIPPE
Absolument, c'est ce que j'ai dit dès le début, et d'ailleurs on a discuté des modalités, on a discuté de la façon d'ouvrir à la concurrence le domaine ferroviaire pour que ce soit un service qui fonctionne mieux pour l'ensemble des Français, on a discuté de la réorganisation de l'entreprise, et on a tellement discuté avec les syndicats, que le texte qui était initialement prévu comme une ordonnance, est devenu un texte au fond, qui a été discuté par l'Assemblée nationale, au fond, et qui a d'ailleurs été adopté à 454 voix sur 577, c'est-à-dire à une très large majorité.

PATRICK COHEN
Mais qu'est-ce qu'il reste le 7 mai, vous n'allez pas dire aux syndicats rien ne bouge et on a fini de négocier ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais vous imaginez bien que le 7 mai, avec les organisations syndicales, je ne vais pas dire, bon, il y a une loi qui a été votée par 454 députés, mais on va s'asseoir dessus. Donc, cette loi elle est là, elle sera discutée au Sénat, et si le Sénat l'adopte, et si la CMP est conclusive, ce sera une loi et elle sera appliquée.

PATRICK COHEN
Ça ne bougera pas, cette loi ne sera pas amendée d'ici la fin de la discussion, de la navette parlementaire ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne vais pas préjuger de la discussion au Sénat…

PATRICK COHEN
Oui, mais enfin dans l'essentiel.

EDOUARD PHILIPPE
Mais en tout cas, ce que j'observe, c'est que cette loi, telle qu'elle est rédigée, elle a reçu l'assentiment de 454 députés sur 577. Pour autant, est-ce qu'il n'y a plus rien à discuter ? Non, il y a encore beaucoup de choses à discuter. A l'intérieur de la SNCF, entre la direction et les organisations syndicales, il y a des discussions à avoir sur…

PATRICK COHEN
La convention collective.

EDOUARD PHILIPPE
Non, ça ce n'est pas à l'intérieur de la SNCF, c'est dans la branche, il y aura des discussions dans la branche, elles sont indispensables, mais à l'intérieur de la SNCF la direction et les organisations syndicales doivent discuter de la meilleure façon de rendre la boîte plus efficace opérationnellement. Comment est-ce qu'on fait pour développer la polyvalence des métiers, comment est-ce qu'on fait pour mieux organiser le travail dans l'entreprise, c'est quand même un sujet sur lequel toutes les entreprises doivent s'interroger quand elles veulent être plus efficaces. Il y a des questions relatives à l'organisation du service public qui peuvent être évoquées au niveau de la ministre, et puis il y a des questions qui restent en discussion, et là encore nous l'avons dit dès le début, les questions relatives à la reprise de la dette, Monsieur COHEN, elles se posent. Comment est-ce qu'on va organiser la reprise de la dette de la SNCF par l'Etat ? Quel montant ? Quelles modalités ? Quel rythme ? Tout ça ce sont des questions qui sont importantes pour la SNCF, parce que ça conditionne le fait que l'entreprise, demain, soit plus fiable et plus viable.

PATRICK COHEN
Mais qui sont sur la table depuis des mois, pourquoi vous n'avez pas décidé encore Edouard PHILIPPE ?

EDOUARD PHILIPPE
Pardon, mais non, l'objectif c'était de faire en sorte qu'on commence par discuter des éléments qui étaient dans la loi, ça c'est fait, très bien. Il y a, une fois que la loi sera adoptée, la question de la reprise de la dette, c'est vrai. Le président de la République a dit qu'à compter du 1er janvier 2020 nous pourrions commencer à reprendre la dette, j'avais dit que le gouvernement prendrait ses responsabilités en la matière. Mais, encore une fois, le montant, le rythme, les modalités, ça c'est une question, comment est-ce qu'on accompagne les investissements ? Ça c'est une question.

PATRICK COHEN
Vous allez l'annoncer aux syndicats le 7 mai ça ?

EDOUARD PHILIPPE
Je vais évoquer un certain nombre de choses, mais les syndicats savent que, en la matière, ma main a toujours été tendue et elle est toujours très ferme.

PATRICK COHEN
Et qui va la payer cette dette ? Vous avez dit que ce serait le contribuable in fine.

EDOUARD PHILIPPE
Ah mais, mais la finance magique ça n'existe pas Patrick COHEN, ça n'existe pas, c'est-à-dire que si l'Etat dit, et je pense qu'il faut le dire, qu'il a vocation à reprendre une partie de la dette de la SNCF, ça veut dire que cette dette de la SNCF elle va s'additionner à la dette de l'Etat, ça veut donc dire que c'est l'ensemble des Français qui vont porter une dette accrue. Et c'est d'ailleurs pour ça, Monsieur COHEN, qu'il faut être exigeant avec l'entreprise, parce que si ce sont les Français qui sont amenés, dans le temps, à rembourser une partie de la dette contractée par la SNCF, eh bien les Français sont en droit d'être exigeants avec la SNCF pour que le système fonctionne mieux, pour qu'il fonctionne bien, pour que l'entreprise ne creuse pas à nouveau une dette, c'est du bon sens à mon avis.

PATRICK COHEN
Si on divise 47 milliards de dette par 37 millions de foyers fiscaux ça fait un peu moins de 1300 euros de dette fiscale en plus par ménage.

EDOUARD PHILIPPE
C'est donc un problème sérieux, mais parce qu'il faut être sérieux avec l'argent des Français. Et je suis totalement déterminé à faire en sorte, un, que la SNCF ne se retrouve dans la situation d'accumuler une dette considérable, deux qu'elle fonctionne bien et qu'elle offre un service de meilleure qualité pour les Français, et trois, que nous n'accroissions pas et que nous n'accroissions jamais la pression fiscale sur les Français. C'est-à-dire que nous devons rembourser l'ensemble de la dette de l'Etat, dans le temps, en faisant attention aux dépenses publiques, en faisant des économies dans nos dépenses publiques, c'est un exercice sur lequel tout le monde est d'accord, mais qui est un exercice difficile.

PATRICK COHEN
Le 7 mai il y aura des annonces, des engagements de l'Etat par votre voix, Edouard PHILIPPE, face aux syndicats ?

EDOUARD PHILIPPE
Le 7 mai il y aura un discours, encore une fois très ouvert, mais très ferme, de la part de l'Etat, comme il a toujours été sur ce sujet.

PATRICK COHEN
Et pourquoi attendre le 7 mai d'ailleurs, lundi en 8, vous n'êtes pas pressé de régler le conflit ?

EDOUARD PHILIPPE
Moi je pense que plus tôt on réglera le conflit, mieux on se portera, c'est une grève qui a des effets qui sont extrêmement pénalisants pour un très grand nombre de Français, extrêmement pénalisants pour la SNCF aussi, qui perd de l'argent dans ce conflit, et à mon avis elle n'a pas vocation à en perdre beaucoup, voyez ? Donc c'est un sujet sérieux, je préférerais que la grève s'arrête, mais j'ai bien observé que les organisations syndicales avaient conçu ce mouvement de grève pour qu'il puisse durer le plus longtemps possible. Moi je pense que ce n'est jamais une solution, la grève, et je préfèrerais qu'ils prennent leurs responsabilités rapidement.

PATRICK COHEN
Vous pensez que ça s'arrêtera avant l'été ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne peux pas préjuger, chacun prend ses responsabilités. Moi je suis déterminé, j'ai entendu la détermination des organisations syndicales, je pense qu'il faut aussi entendre le désarroi des usagers et des clients de la SNCF, il faut aussi entendre l'effet de cette grève sur un certain nombre d'entreprises. Encore une fois j'appelle tout le monde à ses responsabilités, mais je ne veux pas non plus prendre les Français autrement que dans la clarté : nous sommes déterminés à faire avancer cette réforme, elle est indispensable si nous voulons que demain le chemin de fer fonctionne mieux, il faut cette réforme. L'ouverture la concurrence, la fin du recrutement au statut, tout ça est dans la loi désormais, en tout cas dans le projet de loi adopté par l'Assemblée nationale, tout ça à vocation à…

PATRICK COHEN
Et c'est vous, Premier ministre, qui avait le dossier désormais, plus la ministre des Transports Elisabeth BORNE ?

EDOUARD PHILIPPE
Pas du tout. J'entends çà et là des analyses, certains criant « victoire », d'autres disant… je fais cette réforme avec l'ensemble du gouvernement, avec Elisabeth BORNE qui est une remarquable ministre des Transports, en qui j'ai totalement confiance, et toutes ces espèces de considération ne me touchent en rien.

PATRICK COHEN
Notre-Dame-des-Landes, Edouard PHILIPPE, que va-t-il se passer maintenant ? Les occupants se sont déclarés en préfecture, allez-vous ensuite reprendre les évacuations et quand ?

EDOUARD PHILIPPE
Pas tous. Vous dites les occupants, Patrick COHEN.

PATRICK COHEN
Des occupants.

EDOUARD PHILIPPE
Et oui, des occupants. Il y a 28 occupants illégaux qui ont en quelque sorte accepté la main tendue par l'Etat, ils l'ont fait tard, et probablement l'ont-ils fait tard parce qu'ils ne pensaient pas que nous étions déterminés. Mais nous avons montré, parfaitement conforme à ce que j'avais annoncé le 17 janvier lorsque j'ai dit « le projet d'aéroport ne se fera pas, les terres ont vocation à être agricoles, et les occupants illégaux seront expulsés », nous avons dit si ceux des occupants illégaux, qui souhaitent rentrer dans la légalité, c'est-à-dire s'inscrire à la Sécurité sociale, c'est-à-dire payer leurs impôts, Patrick COHEN, comme tous les autres agriculteurs, alors nous en tiendrons compte et alors ils pourront le cas échéant s'installer, dans le respect des procédures de droit commun, ni plus, ni moins. Ceux qui ne respectent pas ça, ceux qui ne veulent pas respecter ce processus, ont vocation à quitter les terrains.

PATRICK COHEN
Quand ?

EDOUARD PHILIPPE
Le 14 mai, Monsieur COHEN, la préfète convoquera, enfin va convoquer pour le 14 mai plus exactement, la première réunion du comité qui a vocation à analyser les dossiers déposés par ceux des occupants illégaux qui veulent rentrer dans le droit chemin, si j'ose dire, en tout cas dans le droit commun. A partir du moment où ces procédures-là sont en oeuvre, ceux qui ont choisi de ne pas s'y insérer, devront avoir quitté les lieux. Et donc, il faut là encore douter en aucune façon de la détermination du gouvernement, elle est totale, nous avons engagé une opération qui a permis, jusqu'à présent, de déconstruire 29 occupations illégales, nous interdisons les reconstructions sur ces terrains, nous déblayons les terrains, il y a plus de 185 bennes de matériaux divers accumulés sur place pour justement permettre les occupations illégales, qui ont été dégagés, nous allons poursuivre ces travaux de déblaiement, et préparer les interventions nécessaires pour tirer les conséquences d'une occupation illégale qui ne voudrait pas cesser.

PATRICK COHEN
Vous avez fixé une échéance, une date ensuite, pour la reprise des expulsions et des… ?

EDOUARD PHILIPPE
Je vous ai dit que la première réunion du comité de pilotage aurait lieu le 14 mai, vous pensez bien que quand on sera dans l'accomplissement effectif de ces procédures administratives, ceux qui ont choisi de ne pas s'y insérer devront avoir, là encore, quitté les lieux, et à ce moment-là nous pourrons intervenir.

PATRICK COHEN
Opération qui consomme des moyens considérables…

EDOUARD PHILIPPE
C'est vrai.

PATRICK COHEN
Vous avez rappelé, 1500 gendarmes toujours déployés, des grenades, des drones, des blindés, des hélicoptères, des dépanneuses. Le Figaro de ce matin a calculé que la facture sécuritaire a déjà dépassé les 5 millions d'euros, est-ce que vous ne trouvez pas que ça fait beaucoup pour quelques dizaines d'occupants illégaux, Edouard PHILIPPE ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est vrai que c'est cher, c'est vrai que c'est cher, et c'est vrai qu'on a en face de nous des gens qui, pour certains d'entre eux, parce que je ne crois pas que la population d'occupants illégaux de la ZAD soit totalement homogène, et d'ailleurs on voit bien qu'il y a des différences entre ceux qui ont compris que nous étions déterminés et veulent rentrer dans le droit chemin, et ceux qui de toute façon n'ont aucune vocation à vouloir le faire. Donc, bien entendu que c'est beaucoup d'argent, mais on a en face de nous des gens qui sont parfois d'une très grande violence. Vous avez vu, je crois, les images, comme moi, provocations, violences, beaucoup beaucoup de violences, pressions d'ailleurs sur ceux qui veulent rentrer dans le droit chemin, donc il fallait intervenir…

PATRICK COHEN
Donc les moyens continueront à être mis à Notre-Dame-des-Landes.

EDOUARD PHILIPPE
Bien entendu.

PATRICK COHEN
La situation dans l'enseignement supérieur. Les présidents d'université, que vous avez reçus hier, font part de leur inquiétude sur le manque de place, pas seulement dans les filières en tension, les filières les plus demandées, pourriez-vous annoncer des moyens supplémentaires qui permettraient l'accueil d'un, sinon de tous les bacheliers, d'un maximum de bacheliers à la rentrée prochaine ?

EDOUARD PHILIPPE
Alors d'abord, plusieurs choses Patrick COHEN. D'abord, un, les bacheliers ont vocation à entrer dans l'enseignement supérieur et ils sont accueillis dans l'enseignement supérieur, et ne laissez jamais douter de cela.

PATRICK COHEN
Pas forcément à la place qu'ils souhaitent.

EDOUARD PHILIPPE
Ensuite, si tout le monde a envie de rentrer dans une seule et même filière, il y a des problèmes, en effet, de places, mais enfin ce n'est pas neuf, ça fait longtemps, et vous savez comment on réglait la question avant, Patrick COHEN, par le tirage au sort. Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne solution, je ne suis pas sûr que les Français pensent que c'est une bonne solution, c'est d'ailleurs pour ça qu'on a créé Parcoursup, pour éviter ce système dans lequel on affecte les étudiants en tirant au sort, « eh bien voilà, on va vous mettre là, parce que, c'est comme ça, on ne peut pas choisir autrement, on ne peut pas orienter les choix, on ne peut pas vous faire réfléchir aux filières que voulez choisir, donc on tirera au sort », ce n'est évidemment pas satisfaisant. On a mis dans le budget de l'Etat, sur les 5 ans qui viennent, 1 milliard de plus pour accompagner la mise en oeuvre du plan Etudiants, donc des moyens supplémentaires, il y en a déjà. Et hier, lorsque j'ai rencontré les présidents d'université, et, pardon mais, ne m'ont pas dit ce que vous venez d'indiquer, ils ont dit que la mise en oeuvre de la réforme se passait dans des conditions qui étaient intéressantes, que ça commençait à produire ses effets, que certains, parmi les présidents d'université, formulaient des inquiétudes, c'est vrai, mais si vous lisez bien, ce ne sont pas la majorité des présidents d'université…non mais j'attire votre attention là-dessus, et nous avons indiqué que nous étions disposés, c'est la ministre de l'Enseignement supérieur qui mènera cette discussion avec les présidents d'université, avec l'ensemble des organisations syndicales, avec l'ensemble des partenaires du monde de l'enseignement supérieur, que nous étions disposés à affecter des moyens supplémentaires là où les demandes des étudiants étaient de plus en plus importantes. Parce que, ce qu'on constate avec Parcoursup, en éclairant les choix des lycéens, c'est qu'il y a des domaines dans lesquels il y a beaucoup plus de demandes qu'avant, notamment tout ce qui est filières courtes de formation, BTS ou IUT, donc il va falloir que nous accompagnions, là où il y a le plus de demandes, soit en créant des places, bien entendu, soit en faisant en sorte de pouvoir accueillir plus d'élèves. Donc ça c'est quelque chose à quoi nous sommes prêts, c'est la ministre de l'Enseignement supérieur qui va discuter dans les deux mois qui viennent avec les présidents d'université, avec l'ensemble des acteurs du monde de l'Enseignement supérieur, elle me fera ses propositions dans 2 mois, mais moi mon objectif c'est de faire en sorte que, un, les universités fonctionnent, mais plus encore, parce que c'est important les universités, mais plus encore que les étudiants réussissent mieux, or vous savez qu'on est mauvais en la matière, vous savez que c'est 60 % d'échecs le premier cycle universitaire, 60 % d'échecs, c'est une situation qui est totalement insatisfaisante. Donc moi ce que je veux, c'est qu'on oriente mieux les élèves, on fasse en sorte de leur donner des meilleures chances de réussite et que, du coup, les universités fonctionnent mieux.

PATRICK COHEN
Autre conflit, Air France, Edouard PHILIPPE. Deux questions. Est-ce que le gouvernement soutient le PDG Jean-Marc JANAILLAC qui a mis son mandat en jeu face au personnel de la compagnie, et puis qu'est-ce que vous pourriez le soutenir un peu plus qu'en paroles, par exemple en faisant baisser les taxes et les redevances aéroportuaires qui, d'après les syndicats, plombent la compétitivité de la compagnie ?

EDOUARD PHILIPPE
D'abord moi je trouve que la position qui a été prise par Monsieur JANAILLAC est courageuse, et je salue assez volontiers cette initiative, et je me dis, je me dis que si le référendum, qu'il a organisé, la consultation…

PATRICK COHEN
Qui commence aujourd'hui.

EDOUARD PHILIPPE
La consultation qu'il a organisée, ne donnait pas les résultats qu'il espérait, et s'il en tirait les conséquences, j'inciterai volontiers tout le monde à boucler sa ceinture de sécurit parce que les turbulences, à mon avis, ne seraient pas minimes.

PATRICK COHEN
Ça veut dire que le sort, l'existence de la compagnie elle-même est menacée ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, mais vous savez, une entreprise qui verrait son patron partir, dans ces conditions, je ne suis pas sûr qu'elle serait en bonne position pour affronter la suite, donc il y a clairement quelque chose de courageux et d'important, et c'est la responsabilité des salariés d'Air France, à la limite, voilà, chacun prend ses responsabilités, et je n'en dis pas plus sur le sujet. Quant aux taxes, sur lesquelles vous m'interrogez, ça je veux bien croire que tout le monde considère que…ces taxes elles financent quoi ? Elles financent le développement des aéroports.

PATRICK COHEN
Que vous allez vendre.

EDOUARD PHILIPPE
Non, non, non…

PATRICK COHEN
Vous allez privatiser AEROPORTS DE PARIS.

EDOUARD PHILIPPE
Elles financent les investissements, elles financent le développement des aéroports, elles financent la qualité de service, elles financent la sécurité, non, non. C'est trop facile de dire que tout ça est évidemment un… voilà, on paye des impôts, les entreprises payent des impôts, qu'est-ce que vous voulez, vous voulez qu'on dise que les entreprises ne payent plus d'impôts ?

PATRICK COHEN
Non, non…

EDOUARD PHILIPPE
Eh ben non, les entreprises payent des impôts et c'est très bien ainsi.

PATRICK COHEN
C'est aussi une revendication de la direction d'AIR FRANCE. On approche du premier anniversaire du quinquennat, Edouard PHILIPPE. Il y a 1 an, le 26 avril 2017, Emmanuel MACRON se faisait chahuter à Amiens, chez WHIRLPOOL, et nargué par Marine LE PEN, vous étiez maire du Havre, député LR, votre candidat, François FILLON, même si vous étiez retiré de sa campagne, François FILLON venait d'être éliminé du premier tour, vous étiez assez loin de Matignon, même si Laurent WAUQUIEZ pense le contraire, il croit, lui, à un pacte secret conclu de longue date, il a dit ça une fois. 1 an après est-ce que vous pouvez vous dire que vos idées, vos convictions, ont triomphé, que vous êtes en train de les mettre en oeuvre ?

EDOUARD PHILIPPE
Moi je n'ai pas de doute sur le fait que ce que nous faisons correspond parfaitement à ce que je crois, et que, en 2017, les Français ont voulu que ça change, ont voulu que ça bouge, et je pense que c'est profondément le sens de leur vote à l'élection présidentielle, et au moins autant qu'à l'élection présidentielle, à l'élection législative. A l'élection législative ils ont donné une majorité très nette au gouvernement, au président de la République, pour dire : OK, vous avez été élus, vous avez un programme, maintenant il faut le mettre en oeuvre, il faut que ça bouge. On sort de trop longtemps d'immobilisme, on sort de trop longtemps d'acceptation de situations qui n'étaient pas réparées, donc il faut y aller. C'est ce que nous faisons, et on n'a pas fini, le travail est immense, ça j'en ai parfaitement conscience. Moi je ne me sens pas du tout dans l'état d'esprit de célébrer un anniversaire, je me sens dans l'état d'esprit d'une très grande concentration et d'une très grande détermination pour continuer à avancer.

PATRICK COHEN
Vous allez pourtant célébrer cet anniversaire avec d'autres membres du gouvernement, c'est prévu, en mai ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne crois pas. Encore une fois, les célébrations ce n'est pas trop mon truc.

PATRICK COHEN
Deux regards sur la première année du quinquennat, je voudrais votre commentaire Edouard PHILIPPE. Laurent WAUQUIEZ, votre ancien compagnon de parti, il a dit hier au Figaro « les portefeuilles se vident, les usines se démontent, les mosquées salafistes se construisent. »

EDOUARD PHILIPPE
Oui, il faut lui reconnaître qu'il est toujours dans la nuance, et dans la mesure, et dans le propos. Je suis un peu surpris. Vous avez dit tout à l'heure sur votre antenne que le chômage baissait.

PATRICK COHEN
Modérément.

EDOUARD PHILIPPE
Ne vous inquiétez pas, il a baissé de 1 % dans le dernier trimestre, s'il avait augmenté de 1 % vous auriez été le premier à me dire c'est une augmentation considérable.

PATRICK COHEN
Elle n'est pas décevante cette baisse, Edouard PHILIPPE, eu égard à la vigueur de la reprise ?

EDOUARD PHILIPPE
On ne triche pas sur les chiffres, on ne fait pas de la cosmétique s'agissant des chiffres, et d'ailleurs, vous l'avez relevé, y compris sur cette antenne. Donc, on ne fait pas de la cosmétique sur les chiffres, on y va, et on constate que la croissance repart, que le chômage diminue, que les investissements en France progressent, que l'image de la France se transforme, que le marché du travail peut se fluidifier, tout ça c'est des bonnes nouvelles. Est-ce que c'est terminé ? Non, il faut encore beaucoup travailler. C'est pour ça qu'on met en place un énorme plan de formation, parce que le chômage de longue durée qui s'accroît, ça veut dire quoi ? ça veut dire que, justement, on a besoin de reformer toute une série de Françaises et de Français pour qu'ils puissent avoir à nouveau accès au marché de l'emploi, donc c'est beaucoup de travail, j'en ai parfaitement conscience, et c'est pour ça que je suis là.

PATRICK COHEN
Et deuxième regard sur la première année de quinquennat, c'était François HOLLANDE hier soir sur TMC : « Emmanuel MACRON n'est pas le président des riches, il est le président des très riches. »

EDOUARD PHILIPPE
Ah, je pense que François HOLLANDE est amer, et je pense que l'amertume c'est un poison de l'esprit.

PATRICK COHEN
C'est l'amertume qui le fait parler comme ça ?

EDOUARD PHILIPPE
Je le crains oui.

PATRICK COHEN
Pas le constat de la fiscalité que vous avez appliquée au gouvernement ?

EDOUARD PHILIPPE
Je pense que tout ça donne une tonalité très marquée par l'amertume, je trouve ça très triste.

PATRICK COHEN
Merci Edouard PHILIPPE d'être venu ce matin en direct au micro d'Europe 1. Vous allez regagner Matignon, recevoir le rapport Borloo sur la banlieue, dont vous avez pris connaissance, pas encore ?

EDOUARD PHILIPPE
Pas du tout, non, non, il vient me le remettre et je n'en n'ai pas une ligne jusqu'à présent.

PATRICK COHEN
Et vous savez ce que vous allez en faire ?

EDOUARD PHILIPPE
Je vais le lire.

PATRICK COHEN
Oui, et ensuite ?

EDOUARD PHILIPPE
Vous aimez la littérature, vous n'aimez pas qu'on parle des livres avant de les avoir lus, eh bien moi c'est pareil. Donc, je vais le lire…

PATRICK COHEN
Et ensuite vous allez piocher, il ne sera pas mis en application de façon intégrale.

EDOUARD PHILIPPE
Vous savez, par définition, quand on demande à quelqu'un qui a une expertise, qui a une légitimité sur un sujet, de travailler, c'est pour savoir ce qu'il propose et pour essayer de mettre en oeuvre un certain nombre de ses propositions, mais le président de la République aura l'occasion de s'exprimer au cours du mois de mai sur ces questions.

PATRICK COHEN
Merci Edouard PHILIPPE, Premier ministre, d'être venu ce matin en direct au micro d'Europe 1.


source : Service d'information du Gouvernement, le 27 avril 2018

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