Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à France-Info le 27 avril 2018, sur l'enseignement du calcul, de la grammaire et de la lecture aux élèves. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à France-Info le 27 avril 2018, sur l'enseignement du calcul, de la grammaire et de la lecture aux élèves.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-michel, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti :


BRUCE TOUSSAINT
L'invité de Franceinfo est Jean-Michel BLANQUER, le Ministre de l'Education nationale.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez rendu publiques hier quatre circulaires sur la meilleure manière d'enseigner le calcul, la lecture et la grammaire aux élèves. Vous avez d'ailleurs repris cela, pour ce qui concerne la lecture et l'écriture, dans un petit guide orange qui va être distribué, si j'ai bien compris, à tous les enseignants. Vous préconisez un quart d'heure de dictée tous les jours, quinze minutes de calcul mental tous les jours aussi, un apprentissage syllabique de la lecture. B.A.BA, voilà, finie la méthode globale. Ça prouve qu'elle était encore utilisée. Cinq à dix livres étudiés par an. Bref, des choses de bon sens et on se dit : « Mais si ce n'était pas appliqué, en fait, s'il a fallu que le ministre les mentionne de manière officielle et un peu solennelle, c'est que quand même ça ne va pas très bien dans les écoles primaires. »

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le but, c'était surtout d'être explicite, de dire clairement les choses.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y en avait besoin ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est toujours bien, vous savez, d'être clair dans la vie et c'est très bien que l'institution soit claire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Elle ne l'était pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense qu'elle ne l'était pas suffisamment en tout cas.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Donc il est fort possible que bien des choses qui sont dans les circulaires soient appliquées en classe. Dans ces cas-là, il faut s'en réjouir.

JEAN-MICHEL APHATIE
« C'est bien possible » : vous ne le savez pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je sais parfaitement que ce n'est pas le cas dans 100 % des cas. Ce que je souhaite, c'est qu'évidemment il y ait une plus grande référence commune pour l'ensemble des classes de français.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un peu l'anarchie jusque-là.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez qui sont les premiers demandeurs de ça ? Les premiers demandeurs de ça, ce sont les professeurs et notamment…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous en êtes sûr ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'en suis certain parce que j'en vois beaucoup.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais les réactions, on va voir.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez, je vois des titres dans la presse avec : « Les professeurs agacés », des choses comme ça. Ce n'est pas « les professeurs agacés », c'est certains syndicats agacés. Mais les professeurs, j'en vois beaucoup. Vous savez, je suis dans les classes en permanence et j'en ai vus beaucoup dans ma vie. Je sais ce qu'ils pensent, ce qu'ils veulent pour la plupart. Et ce qu'ils souhaitent, c'est que l'institution soit claire avec ces attentes. Et depuis le début, j'ai un message de confiance vis-à-vis des professeurs, et ça continue évidemment aujourd'hui. C'est un message de confiance qui est que justement ils peuvent compter sur leur institution pour tenir compte, 1 : des meilleures pratiques, donc ce qui se passe de mieux en classe aujourd'hui ; 2 : de la meilleure recherche. Parce que tous ces sujets-là, ce ne sont pas des sujets d'opinion. Ce n'est pas un beau matin, je ne me suis pas levé en disant : « Tiens, je vais écrire ça aux professeurs. » Tout ça, c'est le résultat d'un travail collectif, d'une intelligence collective parce qu'il y a des chercheurs qui sont sur ces sujets, parce qu'il y a d'autres pays que nous qui travaillent là-dessus et que quand vous faites la synthèse, quand vous regardez ce qui se passe de mieux dans le monde et en France sur ces questions-là, vous pouvez écrire des choses comme celles-là parce que nous savons que c'est ce qui fonctionne.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça n'est jamais objectif, la science de l'éducation.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, c'est quelque chose qui n'est jamais fini.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce que vous contestez aujourd'hui était aussi issu de la recherche et de la réflexion de pédagogues qui disaient : « Il vaut mieux faire comme ça que comme ça. » C'est un débat éternel.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Heureusement d'ailleurs.

JEAN-MICHEL APHATIE
Heureusement.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est une science humaine. L'être humain avance part tâtonnements successifs. Simplement on peut à un moment donné faire le point de là où on en est. Simplement, tâtonnements ça ne veut pas dire zigzag, si vous voulez. C'est-à-dire qu'il y a eu des embardées dans le passé, il y a eu des erreurs il y a plusieurs décennies. Il y a eu des erreurs, il faut le reconnaître. Aujourd'hui, on peut certainement dire… Dans deux ans ou dans trois ans, on pourra certainement dire des choses encore plus avancées que ce qui est dit là. Simplement, le livret auquel vous faites référence et que tout un chacun peut voir sur Internet maintenant, ce livret c'est tout simplement une référence commune. Ça nous dit ce que l'on sait de ce qu'il y a de meilleur. Et ç'a été discuté avec des scientifiques, ç'a même été… Les circulaires auxquelles vous faites référence ont été données aux syndicats, je le signale au passage, il y a un mois. Donc ils avaient tout le loisir sur le fond de pouvoir éventuellement faire des remarques.

BRUCE TOUSSAINT
Mais cela sonne comme un rappel à l'ordre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Certains ont envie que ça sonne comme tel.

BRUCE TOUSSAINT
Vous pourriez l'assumer, au fond, ce rappel à l'ordre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, justement. Ce n'est pas du tout la dimension que je veux donner. Si c'était le cas, je le dirais sans aucun problème mais je ne le fais pas du tout comme un rappel à l'ordre. Non. Encore une fois, mon message si vous voulez vis-à-vis des professeurs comme vis-à-vis de la société française en général, c'est un message de confiance. C'est-à-dire comment créons-nous le cercle vertueux de la confiance ? Je n'ignore pas qu'il y a des gens qui ont un intérêt à toujours mettre de l'huile sur le feu, à rendre polémiques des choses qui ne devraient pas l'être. Il y a un certain nombre de débats qui, en réalité maintenant, sont dépassés et devraient ne plus nous occuper. Donc je dis très sereinement ces choses. Ces choses, elles sont encore une fois démontrées. Si quelqu'un sur le fond a une objection par rapport à ce qui est écrit, bien qu'il vienne, qu'il le dise et qu'il explique pourquoi il ne faut pas faire ce qui est écrit là.

BRUCE TOUSSAINT
Ça tient au fait que les choses que vous rappelez semblent tellement évidentes…

JEAN-MICHEL APHATIE
De bon sens, oui.

BRUCE TOUSSAINT
D'abord à tous ceux qui nous écoutent ce matin, sans doute à la majorité voire la plupart des enseignants, que ça peut surprendre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Voilà, justement. Regardez justement ceux qui cherchent… Je ne peux évidemment qu'être d'accord avec ce que vous venez de dire et de ce point de vue-là, quand vous voyez les éventuelles polémiques qu'on cherche à faire naître, c'est des polémiques non pas sur le sujet lui-même mais autour du sujet. Et donc ce qui est important maintenant, c'est soyons concentrés sur le fond des choses, regardons ce qui est écrit. Si d'aventure il y a des choses qui seraient erronées ou contestables dans ce que j'ai écrit, bien parlons-en. Mais il se trouve que je ne l'ai pas écrit comme ça un beau matin, c'est quelque chose encore une fois qui a été très travaillé et qui correspond à ce qui est bon pour nos enfants.

JEAN-MICHEL APHATIE
Sur le fond, l'apprentissage de la lecture. Vous dites : « Revenons à l'apprentissage syllabique de la lecture. » Ça veut dire, moi je pense – on n'est pas des spécialistes de ce qui se fait dans le monde éducatif, mais on nous a souvent dit que la méthode globale n'était plus utilisée dans les classes françaises, donc elle est encore utilisée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça n'est pas exact de dire ça. C'est-à-dire qu'il y a des traces de la méthode globale. Chaque fois qu'on essaye de créer de la devinette en matière d'apprentissage de la lecture, on fait quelque chose qui ne va pas. Ça, c'est totalement démontré. Ce qui est bon, c'est le décodage fluide des textes associé à une bonne compréhension de ce que l'on lit. Donc on ne doit pas opposer le sujet qui parfois peut apparaître comme mécanique, qui est le fait de savoir le B.A.BA si vous voulez, et d'autre part la question de la compréhension qui est le sujet de la façon dont on comprend ce qui est écrit. Ces deux choses-là, non seulement il ne faut pas les opposer mais ça va ensemble. Donc c'est ce débat-là qui doit être dépassé. On doit en finir avec cette opposition.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il faut harmoniser les choses mais aujourd'hui vous diriez, Jean-Michel BLANQUER, puisque vous avez ressenti le besoin de publier ces directives et de faire un guide, que la situation de l'enseignement de la lecture dans le primaire en France n'est pas satisfaisante ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Elle n'est jamais satisfaisante, on n'atteint jamais la perfection.

JEAN-MICHEL APHATIE
Majoritairement pas satisfaisante ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, pas majoritairement. Justement, elle est majoritairement satisfaisante mais elle est perfectible et, si vous voulez, nous avons…

JEAN-MICHEL APHATIE
Perfectible. Tout est perfectible, oui.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, parce que, que constatons-nous ?

JEAN-MICHEL APHATIE
On cherche à comprendre pourquoi vous avez ressenti le besoin de faire ça.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pour les raisons que je dis depuis que je suis arrivé comme ministre. Je vais les rappeler, elles sont simples. Il y a plus de 20 % des élèves qui sortent de l'école primaire sans savoir bien lire, écrire, compter et j'ajoute souvent respecter autrui. Ensuite, vous avez la même chose après même la classe de Terminale. C'est-à-dire qu'on voit très bien qu'il y a un affaissement du niveau de français écrit dans notre pays. C'est une très mauvaise chose pour notre pays. Un certain nombre de nos problèmes de société, que ce soient le chômage ou la violence, peuvent tout à fait être liés à cet affaissement de la langue. Nous avons besoin de redonner de la force à l'usage écrit et oral de notre langue et c'est bien évidemment ma mission de faire cela. Et donc, bien entendu que la situation n'est pas parfaite et c'est mon rôle de faire tout ce que je peux pour que ça change.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais ce constat est un constat de défiance vis-à-vis de ceux qui enseignent.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais pas du tout. Il y a aussi bien d'autres facteurs. Il y a la société telle qu'elle évolue, il y a par exemple le sujet aussi de la formation des professeurs, le sujet de la relation avec les parents d'élèves. C'est un sujet qui nous engage tous. Par exemple pour les parents qui nous écoutent, il faut bien savoir que, par exemple, exposer ses enfants aux écrans pendant les premières années de la vie, ça n'est pas bon. Ou de savoir que lire des histoires à voix haute à ses enfants, c'est excellent. Toutes ces choses-là, ça fait partie de toutes les heures que l'on passe en dehors de l'école et qui contribuent à réussir à l'école. Donc encore une fois, mon message est un message de confiance vis-à-vis de la société française et de confiance vis-à-vis des professeurs et de confiance entre les deux. Et tous ceux qui essayent de mettre un point entre ça, c'est-à-dire entre le ministre et ses professeurs ou les professeurs et la société, font des erreurs. Ce qui est important aujourd'hui, c'est qu'on soit uni autour de ces enjeux qui sont les enjeux clefs de la vie collective. (…)

JEAN-MICHEL APHATIE
Comment les enseignants concernés ont-ils reçu vos circulaires et votre guide ? Alors évidemment, comme on parle d'une population importante - plusieurs dizaines, peut-être quelques centaines de milliers d'individus…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Huit cent cinquante mille.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui. Mais enfin, pas tous dans le primaire pour le coup.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, une petite moitié dans le primaire ?

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord. Donc, il est difficile d'avoir un sentiment général mais quand même les témoignages que l'on a recueillis semblent prouver que votre message n'a pas forcément été bien reçu, un message institutionnel. La vice-présidente du Sgen-CFDT, Catherine NAVE-BEKHTI, dit : « Les circulaires réduisent les enseignants à un rôle d'exécutant. » Vous avez balayé la parole syndicale mais sur le site…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais là, vous parlez de un huit cent cinquante millième.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, vous n'avez pas beaucoup de respect pour les syndicats visiblement.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, si vous prenez l'exemple de cette dame, je ne pense pas qu'elle ait dit une seule chose positive depuis que je suis arrivé.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Donc si vous voulez, soit on fait du syndicalisme de proposition soit on fait du syndicalisme de posture, voilà.

JEAN-MICHEL APHATIE
La voilà rhabillée pour l'hiver, mais sur le site de Franceinfo, vous pouvez aussi voir Cathy, directrice d'école dans l'est de la France : « On a le sentiment que le ministre nous prend pour des branquignols. Lui, le super pédagogue, va nous apprendre à apprendre. » Adrien, instituteur à Paris « On a le sentiment d'être irresponsable, c'est un sentiment d'infantilisation. » Alors, je ne sais pas si c'est représentatif mais ça existe et peut-être que votre message est reçu de manière diverse dans la communauté enseignante.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est pour ça que je vous parle aujourd'hui, et c'est pour ça que je m'adresse directement aux professeurs en leur disant : « Evidemment que ces circulaires ne sont absolument pas une sorte d'injonction », encore moins un désaveu par rapport aux pratiques qu'ils peuvent avoir. Le professionnalisme des professeurs de France est, au contraire, à saluer. C'est ce que je fais tout le temps. Donc certains cherchent à caricaturer mon propos mais ce que je dis à tout le monde c'est : « Ne vous fiez pas aux commentaires de ce que je dis. Regardez ce qui est écrit, regardez ces textes, écoutez ce que je suis en train de dire plutôt que de se fier à des commentaires qui cherchent à créer de la polémique. » Ce qui est important, c'est le fond du sujet. Le fond du sujet, c'est que nous besoin tout simplement de structurer l'apprentissage du français et des mathématiques à l'école primaire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais ce qui est important aussi, c'est que ceux qui reçoivent vos circulaires vous accompagnent dans votre réflexion.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais je pense… Vous savez, on a des enquêtes aussi. On voit bien ce que les professeurs pensent de ces sujets et je sais très bien qu'une grande majorité des professeurs, y compris ceux du second degré, ceux qui voient bien cette question de l'affaissement de la langue…

JEAN-MICHEL APHATIE
L'arrivée ensuite des élèves de primaire.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, y compris l'ensemble des professeurs du primaire qui ont besoin d'avoir cette logique d'équipe pour avancer. Et la logique d'équipe, c'est de sentir le ministère avec eux et c'est le cas. Nous sommes une structure d'un million de personnes quand on compte l'ensemble des personnels. Il faut que chaque professeur de France se sente soutenu par son ministère et c'est le cas. Ces circulaires sont des circulaires de soutien parce qu'elles créent une référence commune à tous.

BRUCE TOUSSAINT
Est-ce que vous avez besoin de proposer, par exemple, le format du cahier comme ç'a été raconté hier ? On veut bien qu'ils soient soutenus, les professeurs, mais est-ce qu'ils ont besoin de cela ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Même la marque du cahier.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Là évidemment, c'est un exemple typique de la caricature qui est faite depuis… Parce que vous avez, d'une part, quatre circulaires qui expliquent tout simplement les démarches souhaitables en français et en mathématiques. Puis d'autre part, vous avez un livret qui est un livret qui fait plus de cent pages. Ce livret n'est absolument pas une circulaire, n'est absolument pas comminatoire, n'est pas une injonction : c'est juste un livret de référence sur les bonnes pratiques. Et parmi les bonnes pratiques, il y a en effet le fait qu'il est bon d'écrire par exemple sur des lignes bien marquées plutôt que sur une feuille blanche par exemple. Ce sont des choses en réalité de bon sens, très pragmatiques, qui sont rappelées dans ce texte, comme d'ailleurs ç'a pu l'être dans bien des textes à destination des professeurs dans le passé. Donc on essaye de faire une caricature. Je ne suis évidemment pas derrière chaque professeur en disant : « Vous allez prendre tel cahier de tel type et cætera. » Ce n'est pas du tout ça. C'est au contraire un texte de référence absolument passionnant d'ailleurs. Tout un chacun peut le lire. Ça rentre dans le détail des enjeux de la lecture, de l'écriture pour un enfant. Parmi les éléments sur la centaine de pages, il y a ça et c'est quelque chose en effet de très juste. Il n'y a pas une ligne à retirer sur ce point, mais c'est une référence. C'est quelque chose d'utile, quelque chose que vous regardez quand vous avez envie d'améliorer vos pratiques.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pour la petite histoire, on dit que c'est vous qui avez écrit le livret.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, bien entendu que ce n'est pas moi qui écrit tout dans mon bureau. Je travaille en équipe.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous en avez beaucoup écrit ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr que j'y mets ma patte puisque je vois des choses mais rassurez-vous. Vous savez, j'utilise le mot intelligence collective, c'est vrai à l'échelle du ministère, c'est vrai à l'échelle de chaque école. On travaille mieux à plusieurs que tout seul. Il y a un conseil scientifique de l'Education nationale maintenant avec vingt-et-une personnes de très haut niveau, de différentes disciplines, qui ont lu ce livret par exemple, qui ont fait des corrections. Les syndicats eux-mêmes, je le rappelle, ont eu il y a un mois ces textes. Les quatre circulaires, elles leur ont été données. A l'époque d'ailleurs, ça a donné lieu à des fuites. Ils avaient tout le loisir pendant un mois d'apporter les améliorations.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il l'a fait ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y en a un qui l'a fait et on a tenu compte de certaines observations qui étaient tout à fait intéressantes. Vive le syndicalisme de proposition, vive le syndicalisme qui nous permet d'avancer et ça existe. Je salue ceux qui se situent dans cette logique.

JEAN-MICHEL APHATIE
Qu'est-ce que vous répondez, Jean-Michel BLANQUER, à ceux qui disent que la démarche qui est la vôtre et les textes que vous proposez aujourd'hui aux enseignants, certaines personnes vous qualifient de réac, disent : « C'est la vieille école. » Comment vous vivez ça et qu'est-ce que vous répondez aux gens qui vous disent ça, Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord, je le vis très sereinement parce que tout ça fait partie de l'écume des jours.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça vous agace un peu peut-être, non ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Même pas. Parce que ce qui est excessif est dérisoire mais par contre, ce qui… Je vais vous faire une comparaison : prenez l'agriculture. En agriculture, il y a aujourd'hui de grands débats sur comment on doit faire la meilleure agriculture possible. Si quelqu'un arrive en disant : « Il faut reconstruire les haies parce que ça permet de retenir la pluie. Il faut faire ceci pour retenir les insectes et cætera. » Personne ne songe à dire que cette personne est réactionnaire. La personne en question d'ailleurs ne dit pas : « Il va falloir faire l'agriculture comme au dix-neuvième siècle. » La personne en question dit : « Nous avons fait des pas dans le passé, nous avons fait des erreurs, des avancées. Aujourd'hui, tirons les conséquences de ce qui marche bien et de ce qui ne marche pas bien et avançons d'un pas pour être plus productifs mais aussi avoir une vision plus efficace et meilleure pour tous », et personne ne dit qu'on est réactionnaire. Je pourrais vous dire la même chose en matière d'urbanisme.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord. Donc vous n'êtes pas réactionnaire.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Est-ce que quand vous dites : « Il ne faut plus faire les barres de HLM », vous êtes un réactionnaire ? Non. Vous tenez compte de ce qui n'a pas marché dans le passé. C'est exactement ce que je fais. Je suis au contraire pleinement du vingt-et-unième siècle, tout ce que je fais c'est à la lumière des différentes disciplines concernées. Et donc ce qui parfois est passéiste, c'est ceux qui s'attachent à des à des choses qui ont été erronées il y a vingt ans.

JEAN-MICHEL APHATIE
Parcoursup veut orienter les lycéens dans le monde compliqué qu'est le monde universitaire et les professeurs d'université, je vais vous proposer de les entendre, Jean-Michel BLANQUER, ont du mal à appliquer ces consignes d'orientation des lycéens futurs étudiants.

UN PROFESSEUR
On n'est pas là pour sélectionner les étudiants. On est là pour les faire grandir, pour amener un maximum de personnes vers le plus haut niveau.

UN PROFESSEUR
Vingt-cinq minutes par dossier, vous voyez, c'est un travail qui est complètement infaisable.

UNE PROFESSEURE
Prendre ce choix qui pour moi relève d'un choix éthique, de noter la qualité de son curriculum vitae sachant qu'elle a dix-sept ans, sachant que tous les étudiants n'ont pas les mêmes dispositions ni les mêmes ressources ni les mêmes facilités, effectivement, pour avoir des CV plus ou moins étoffés, je n'en ai pas le droit.

JEAN-MICHEL APHATIE
Noter un CV, passer vingt-cinq minutes par dossier, est-ce que Parcoursup est vraiment adapté à de la sélection des futurs étudiants si on peut employer le mot qui fâche ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parcoursup, c'est un progrès incontestable. Souvenez-vous de tout ce qui était dit à…

JEAN-MICHEL APHATIE
Le précédent système n'était pas bien. Est-ce que celui-là est bien ? Ce n'est pas parce que le précédent n'était pas bien que celui-là est bien.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Après, il faut savoir prendre ses responsabilités. C'est-à-dire si on ne veut plus du tirage au sort, si on ne veut plus du système absurde où on est tiré au sort pour entrer dans université et après on constate de manière passive que 60 % des étudiants ne vont pas réussir pendant les trois années de licence qu'ils ont, si on veut raisonnablement résoudre un tel problème, on doit mieux réussir l'orientation des élèves en leur garantissant un parcours dans l'enseignement supérieur.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais noter un CV ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si ça permet que quelqu'un aille dans l'endroit qui lui va le mieux, où il ou elle va me le mieux réussir, c'est évidemment très souhaitable. Si entre deux personnes qui vont aller quelque part, on prend celle qui a le plus de chance de réussir, ça ne me paraît pas une folie.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et passer vingt-cinq minutes par dossier ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
En revanche ce qui est important, c'est que la deuxième se voie garantir une institution pour travailler où elle va réussir. Et c'est le sens de ce qui a été fait. C'est comme notamment tout ce qui a été fait pour accepter les personnes, mais en leur apportant l'aide permettant de réussir. Vous savez, tout est lié…

JEAN-MICHEL APHATIE
On a l'impression que la communauté éducative a du mal à s'approprier Parcoursup. Beaucoup de professeurs disent : « C'est très compliqué, très difficile, voire infaisable. » Très compliqué, très difficile. Arrêtons-nous là.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Arrêtons-nous à compliqué et difficile, mais infaisable, non. Par contre, je pense qu'il faut que chacun comprenne le sens de ce qui est fait. Le sens de ce qui est fait, c'est pour faire réussir tout le monde et c'est, comme l'a dit l'étudiant qu'on a entendu, le but qu'on doit tous partager c'est faire réussir l'ensemble de la population et dans sa grande diversité, dans les différents parcours que chacun peut faire dans sa vie. Donc ça, c'est le but évidemment. Et pour y arriver, il faut aider tout un chacun. C'est le sens du « oui si » de Parcoursup. Vous savez, c'est le fait d'être admis mais à condition d'être ensuite aidé dans son parcours. Et ce qui est important aussi de dire, c'est que notre travail consiste à créer les conditions pour que tout le monde ait une place dans l'enseignement supérieur. (…)

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes en fonction depuis 1 an, le gouvernement est en fonction depuis 1 an, et le bulletin de notes du gouvernement est arrivé, et il n'est pas terrible, c'est un sondage Odoxa-Dentsu Consulting. D'abord, 6 Français sur 10 ne sont pas contents de l'action du gouvernement, 59 précisément, 78 % des Français jugent que les ministres ne sont pas proches des gens, ils sont vus comme des technocrates, des mauvais communicants, je ne sais pas si vous en prenez votre part Jean-Michel BLANQUER. Pour l'éducation 54 % des Français jugent l'action que vous menez négative. C'est un sondage assez sévère et assez dur pour le gouvernement dans son ensemble, peut-être un peu pour vous aussi, je ne sais pas si le mot technocrate vous est attribué ou pas par les Français, mais c'est ce qui ressort du sondage.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne pense pas être perçu comme un technocrate, d'ailleurs, tout ce que nous nous disons depuis tout à l'heure ne va pas tellement dans ce sens, je pense. Nous sommes un gouvernement qui sait prendre des risques, nous sommes un gouvernement qui essaye de viser l'intérêt général, cela va de soi, me semble-t-il. Bien entendu il faut entendre ça, je pense que si les Français ne nous connaissent pas assez, ne perçoivent pas pleinement le sens de l'action, on doit en tenir compte, y compris dans notre manière d'en parler, dans notre manière d'écouter, c'est ce que nous faisons. Nous sommes quand même beaucoup sur le terrain, moi je passe beaucoup de journées, par semaine, sur le terrain, dans les écoles, les collèges, les lycées, à écouter les professeurs, les parents d'élèves. Peut-être nous ne le faisons pas assez, peut-être que ça ne se voit pas assez, donc…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a quelque chose d'injuste dans ce jugement peut-être, d'après vous ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, ce n'est jamais injuste, il faut toujours écouter. Nous sommes au milieu du gué, enfin même, vous faites la comparaison avec un bulletin de notes, c'est comme si c'était notre bulletin de notes de la Toussaint dans une année scolaire, donc on a encore largement le temps de rectifier cela, c'est important de l'entendre. Et en même temps nous savions bien que la première année sera difficile, peut-être la deuxième aussi d'ailleurs, puisque, vous savez, il y a beaucoup de sujets, par exemple, ceux dont nous venons de parler, et bien d'autres, sur lesquels nous trouvons une situation difficile et sur lesquels il y a des mesures souvent un petit peu courageuses à prendre, et des mesures qu'il faut savoir faire comprendre. Par ailleurs c'est vrai que nous sommes un gouvernement avec des visages neufs, c'est quelque chose qui, quand même, je crois, est apprécié aussi, mais en même temps c'est quelque chose qui nécessite que nous ayons le temps de mener les politiques publiques nécessaires, 1 an c'est peu de temps aussi pour faire avancer des sujets qui souvent sont des sujets qui s'inscrivent dans la durée.

BRUCE TOUSSAINT
La pédagogie, autrement dit la communication, c'est quelque chose que vous avez travaillé un peu, depuis 1 an, depuis votre arrivée au ministère ? Personne ne vous connaissait, le grand public…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est pour ça que, si vous voulez, il faut relativiser les choses. Il y a 1 an personne ne me connaissait, donc aujourd'hui le fait qu'il y ait peut-être un tiers des gens qui ne me connaissent pas, n'est finalement peut-être pas une aussi performance que ça.

BRUCE TOUSSAINT
La com., vous avez travaillé un peu ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ma vie c'est la pédagogie, donc d'une certaine façon, comme vous le dites, il me semble que je savais déjà le faire ça, donc j'essaye d'expliquer. D'ailleurs, si vous prenez le sujet de l'éducation, en réalité les enquêtes ne sont pas mauvaises sur la façon dont les professeurs, et la société, perçoivent l'action menée. Donc là aussi…

BRUCE TOUSSAINT
41 % des Français ne vous connaissent pas, c'est le chiffre du sondage.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous nous invitez à la contrition, je veux bien m'y rendre, mais…

BRUCE TOUSSAINT
J'essaye de comprendre comment vous travaillez ça.

JEAN-MICHEL BLANQUER
L'exercice a ses limites, c'est-à-dire il y a aussi beaucoup de très bonnes choses qui ont été faites, et je voudrais les défendre. Dans mon domaine, si vous voulez, on a 80 % d'approbation de toutes les mesures qu'on a prises à la rentrée dernière, que ce soit le dédoublement des classes de CP, que ce soit l'assouplissement des rythmes scolaires, que ce soit le rétablissement des classes bi-langues, le rétablissement du grec et du latin, que ce soit les sections européennes, que ce soit la mesure « Devoirs faits » en collège, je rappelle que ce sont des mesures extrêmement sociales, dans le cas de « Devoirs faits » ça s'adresse notamment aux familles défavorisées, dans le dédoublement des classes de CP c'est la même chose, nous améliorons le taux d'encadrement dans les écoles primaires à la rentrée dans tous les départements de France. Bref, il y a des choses qui sont accomplies…

BRUCE TOUSSAINT
Et le proviseur vous a donné quelle note pour l'instant ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, on a une relation d'équipe fantastique, je pense que c'est le travail…

JEAN-MICHEL APHATIE
Le proviseur c'est Emmanuel MACRON !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, j'avais compris. Evidemment, ce qui est à noter aussi, c'est cette solidarité, moi je travaille beaucoup avec les autres ministres, nous avons avec…

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors, tiens, solidarité ? L'une de vos collègues est très critiquée actuellement, Françoise NYSSEN, ministre de la Culture et de la Communication, plusieurs articles dans la presse, Le JDD, Libération notamment, se demandent si ses jours sont comptés au gouvernement, et pour appuyer ces papiers ils font tous référence à une interview que Françoise NYSSEN a accordée il y a un mois et demi à nos confrères de France Inter et où elle apparaissait peu sûre d'elle même, ce qui évidemment la fragilisait. On l'écoute.

FRANÇOISE NYSSEN, MINISTRE DE LA CULTURE (LE 7 MARS SUR FRANCE INTER)
Il faudra réfléchir… il faudra réfléchir… il faudra réfléchir… de réfléchir… on réfléchit… on peut réfléchir… il faut le réfléchir… à réfléchir… c'est qu'on réfléchit. L'idée, bien sûr c'est d'imaginer. Vous le dites, l'important c'est de réfléchir et c'est de cela qu'il s'agit.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est dur la vie politique ! Qu'est-ce que vous pensez de Françoise NYSSEN ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Françoise NYSSEN c'est une femme exceptionnelle, c'est une femme absolument remarquable, qui a un parcours merveilleux, une femme très honnête et très droite…

JEAN-MICHEL APHATIE
Fondatrice des éditions Acte Sud.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Donc que parfois elle peut être malhabile devant un micro, est-ce que c'est un défaut majeur, alors même que ce qui compte c'est d'avoir une colonne vertébrale, une vision sur la culture, ce qu'elle a. On a là, avec elle, une personnalité politique droite, honnête, compétente, le fait d'avoir peut-être été malhabile au micro une fois ne saurait justifier l'hallali auquel vous avez fait référence.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Jean-Michel BLANQUER. Très bonne journée à vous.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 mai 2018

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