Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes à France-Inter le 3 mai 2018, sur les préconistaions du rapport Borloo sur les banlieues et les quartiers. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes à France-Inter le 3 mai 2018, sur les préconistaions du rapport Borloo sur les banlieues et les quartiers.

Personnalité, fonction : SCHIAPPA Marlène, SALAME Léa.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes;

ti :

NICOLAS DEMORAND
Léa SALAME votre invitée ce matin est secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes.

LEA SALAME
Bonjour Marlène SCHIAPPA...

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

LEA SALAME
Merci d'être avec nous. Est-ce que vous arrivez de Trappes directement dans ce studio ?

MARLENE SCHIAPPA
Je vais à Trappes juste après et j'y étais hier soir, oui.

LEA SALAME
Voilà ! Alors vous avez décidé de délocaliser votre ministère pendant trois jours à Trappes, pourquoi ?

MARLENE SCHIAPPA
L'idée c'est d'aller au plus près de ce qu'on appelle le terrain, donc de la réalité, et de pas faire juste une visite d'une heure ou deux mais de rester vraiment trois jours pour partager des temps d'échange, de repas, aller chez les habitants et être vraiment immergés dans la vie des Trappistes pendant trois jours.

LEA SALAME
Le Rapport Borloo sur les banlieues a été remis la semaine dernière au Premier ministre, il dit le Rapport Borloo en substance que le problème c'est qu'il y a un inégalité de moyens entre les banlieues et le reste du territoire, il faut plus de juges, plus de policiers, plus de conseillers Pole emploi - bref plus de moyens - Jean-Louis BORLOO déplore que ce soit ceux qui en ont le plus besoin qui en aient le moins, est-ce que c'est un constat que vous partagez ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, complètement. Moi la question des banlieues, des quartiers prioritaires elle m'anime personnellement depuis longtemps, j'ai grandi dans une cité sur le périphérique et même après j'ai travaillé des années au Bondy Blog pour valoriser justement ce que faisaient les banlieues, le constat de Jean-Louis BORLOO je le partage, il y a moins d'équipements dans les banlieues, il y a moins de services publics ; Et c'est ça qui est important, moi hier j'étais par exemple à la...

LEA SALAME
Donc, il faut plus d'argent ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas une question forcément qu'il faut plus d'argent, c'est une question de...

LEA SALAME
Parce que ce que dit, pardonnez-moi, parce que le constat vous pouvez le partager mais ce que dit Jean-Louis BORLOO c'est que ça suffit, maintenant il faut plus de moyens, plus d'argent ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je suis totalement d'accord avec le constat de Jean->Louis BORLOO, j'ai travaillé partiellement avec lui sur la partie égalité femme-homme. Je vous donne un exemple ! Hier j'ai été à la Maison de justice de Trappes, c'est un espace qui est totalement gratuit qui fait en sorte que la justice va directement aux habitants des banlieues, avec des procureurs, des greffiers, avec des avocats, des juristes qui peuvent les aider à avoir accès au droit, ce qui est une question importante parce que souvent dans les banlieues on méconnaît ses droits, on a autant de droits dans les banlieues que dans les autres territoires de la République mais on n'a pas accès à l'information de ces droits justement.

LEA SALAME
Sur l'égalité femme-homme le Plan Borloo propose notamment le financement de 216 maisons Marianne au bas des immeubles qui seraient confiées à des associations qui promeuvent l'égalité et qui accompagneraient les 100.000 femmes vers l'emploi et la recherche professionnelle, il prévoit aussi la création de 30.000 crèches, tout ça coûte beaucoup d'argent, est-ce que vous êtes d'accord avec cette mesure-là précise ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je ne vais pas vous dire si je suis d'accord avec telle ou telle mesure dans la mesure où le projet, le rapport qui est remis par Jean-Louis BORLOO il fait partie de ce qu'il va enrichir la réflexion du gouvernement - de la même manière que ces trois jours de délocalisation à Trappes - et le président de la République dans un peu moins de trois semaines présentera justement les grandes orientations. Mais l'idée générale...

LEA SALAME
La question qui se pose c'est est-ce que ce rapport au fond ce sera un énième rapport qui finira au fond d'un tiroir...

MARLENE SCHIAPPA
Non, je ne crois pas, parce que...

LEA SALAME
Et que vous allez l'enterrer ? Parce que, pardon, il devait remis à Emmanuel MACRON, il a finalement été remis au Premier ministre Edouard PHILIPPE qui dit : « je ne l'ai pas encore lu », vous le recevez pour le moins froidement ce Rapport Borloo non ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, je ne suis pas d'accord, sinon on ne mettrait pas les projecteurs sur les banlieues, je n'irais pas à Trappes, je serais allée ailleurs. Vendredi, au demeurant demain, je serai rejointe par Julien DENORMANDIE qui est ministre auprès du Premier ministre de la Cohésion des territoires avec qui on va travailler sur le logement, on va faire une marche exploratoire, également aller dans des cafés avec des associations de femmes pour faire en sorte que les femmes puissent être plus visibles dans l'espace public...

LEA SALAME
Justement, ça aussi c'est un des points du rapport : « dans certains quartiers il y a de moins en moins de femmes » dit Jean-Louis BORLOO...

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

LEA SALAME
C'est un constat que vous partagez donc également...

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

LEA SALAME
Est-ce que le gouvernement peut prendre des mesures concrètes, à part de prendre des cafés avec deux ministres un jour ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, moi je pense que d'abord il ne faut pas tourner à la dérision le fait de prendre un café avec des ministres dans un café...

LEA SALAME
Ce n'est pas de la dérision, ce n'est pas de la dérision du tout.

MARLENE SCHIAPPA
Hier soir j'ai fait du porte-à-porte et je suis allée effectivement dans les rues à Trappes dans des cités, j'ai constaté une chose qu'on savait déjà mais c'est qu'en bas des cités les gens qui sont là ce sont des garçons - le plus jeune il avait huit ans, le plus âgé 72 ans – il y avait deux femmes, j'ai du parler avec des dizaines de jeunes hommes, d'hommes, etc. Ensuite...

LEA SALAME
Qu'est-ce que vous pouvez faire concrètement, qu'est-ce que le gouvernement peut faire concrètement ?

MARLENE SCHIAPPA
Justement déjà y aller c'est aussi le retour de l'Etat, les gens étaient surpris, les gens étaient étonnés qu'il y ait des ministres qui soient présents à Trappes, parce qu'ils n'ont pas...

LEA SALAME
Mais ça c'est un jour sur trois.

MARLENE SCHIAPPA
Non ! C'est trois jours, ce n'est pas un jour, premièrement...

LEA SALAME
Oui, pardon, trois jours sur l'année.

MARLENE SCHIAPPA
Et, deuxièmement, ce n'est pas trois jours sur l'année, nous on va lancer justement un tour où on va délocaliser régulièrement comme ça l'activité de mon cabinet dans les banlieues pour être présent et être présent c'est la base du diagnostic. Vous savez c'est ça l'identité d'Emmanuel MACRON et de La République En Marche, c'est de faire un diagnostic concret, de terrain, en porte-à-porte, on frappe chez les gens, on leur demande : qu'est-ce que vous voulez qu'on change dans votre quartier, dans votre vie ? Et c'est comme ça qu'on nourrit nos politiques publiques.

LEA SALAME
Marlène SCHIAPPA, autre sujet qui vous concerne, l'Union nationale des associations familiales souhaite que le gouvernement soutienne une directive européenne qui est actuellement à l'étude et qui envisage de créer un congé parental de quatre mois pour chaque parent, donc chaque parent pourrait s'occuper de leur enfant, de leur bébé, pendant quatre mois tout en touchant une rémunération assez forte, c'est-à-dire quasiment 50 % du salaire - c'est très loin de ce qui se passe aujourd'hui en France – est-ce que vous la soutiendrez ?

MARLENE SCHIAPPA
La France ne soutient pas ça en tant que tel, mais on est en train...

LEA SALAME
Vous ne la soutenez pas pour être concret ?

MARLENE SCHIAPPA
Pas en tant que tel, mais je crois que les discussions sont encore... pour le vote ce n'est pas immédiatement, on est en lien directement avec un certain nombre de députés Européens, notamment Elisabeth MORIN-CHARTIER qui est une députée européenne LR, donc qui est extrêmement engagée sur ces sujets - qui avait porté également les sujets du travailleur détaché - moi je crois que ce qu'il faut voir c'est...

LEA SALAME
Pourquoi est-ce que vous ne la soutenez pas en l'état, qu'est-ce qui vous gêne dans la philosophie, c'est que ça coûte trop cher ?

MARLENE SCHIAPPA
Justement je vous explique, oui il y a une question de financement, de comment chaque pays finance et avec un risque de bâclage derrière, c'est-à-dire de... en France en fait ce qu'on observe et dans certains pays européens latins c'est que, quand on a des politiques familiales dites obligatoires, en fait elles ont l'effet inverse. Je vous donne un exemple, en 2014 le gouvernement décide de rendre obligatoire le partage du congé parental entre les pères et les mères, en se disant : « plus de pères vont prendre leur congé parental », non seulement plus de pères ne le prennent pas mais moins de pères le prennent, on passe de 96 % de mères à 98 % de mères, donc il faut tenir compte de la culture...

LEA SALAME
Donc, on ne fait rien ?

MARLENE SCHIAPPA
On ne fait pas rien, on a commandé un rapport à l'Inspection générale des affaires sociales sur le congé paternité pour mieux le rémunérer et ou augmenter sa durée, actuellement c'est 11 jours - c'est trop peu 11 jours quand vous êtes un jeune père pour prendre vos marques et pour avoir une véritable répartition des tâches – et on a commandé aussi une mission parlementaire sur le congé maternité parce qu'actuellement seules les femmes salariées ont un vrai congé maternité décent bien rémunéré.

LEA SALAME
Le Figaro nous apprend cette semaine que le nombre de plaintes pour agressions et atteintes sexuelles ont explosé entre 2017 et 2018, + 30 % si l'on compare le premier trimestre de cette année par rapport au trimestre de l'an dernier, est-ce qu'il faut y voir un effet Weinstein, un effet Balance ton porc, libération de la parole ? Est-ce que les femmes portent plainte plus facilement ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, complètement, c'est ce qu'on observe nous avec le ministère de l'Intérieur puisqu'on suit ces chiffres régulièrement - par quinzaine à peu près - effectivement il y a une grosse augmentation, je crois que tout ce mouvement qu'on a appelé « libération de la parole », que j'appelle en fait plus « libération de l'écoute » parce que les femmes ça fait des générations qu'elles parlent des violences sexuelles qu'elles vivent, il a amené à plus de plaintes, donc nous on est en train de travailler aussi à une plateforme de dialogue entre les femmes victimes de violences qui pourront parler avec des policières et des policiers – elle est en cours de construction –avec le ministère de l'Intérieur – pour faire en sorte qu'elles puissent directement parler avec des policiers et savoir à quoi une plainte les engage, quelle sera la suite, etc.

LEA SALAME
Justement c'est ça le problème, parce que certes les femmes portent plainte de plus en plus mais les tribunaux restent oubliés, en 2015 sur 55.000 plaintes pour agressions sexuelles seuls 1.000 dossiers sont allés aux Assises et 4.500 en Correctionnel, c'est-à-dire 10 %, c'est-à-dire rien, est-ce que c'est normal ?

MARLENE SCHIAPPA
Non ce n'est pas normal et ce n'est pas satisfaisant, c'est même révoltant. En fait, si on prend les chiffres au global, en France il n'y a que 1 % des violeurs qui sont vraiment condamnés et qui font vraiment de la prison, donc la situation actuelle elle n'est pas normale, c'est pour ça qu'on est en train de présenter un projet de loi qui vise à mieux condamner les violences sexistes et sexuelles en renforçant les condamnations dès le début de ce qu'on appelle le continuum des violences sexistes et sexuelles - donc dès le cyber-harcèlement, dès le harcèlement de rue - et à allonger les délais de prescription et mieux protéger les moins de 15 ans.

LEA SALAME
Votre projet de loi arrive dans 10 jours, le 15 mai à l'Assemblée nationale...

MARLENE SCHIAPPA
Oui, c'est ça.

LEA SALAME
Seule une journée et une soirée de débat sont prévues, ce n'est pas un peu peu pour ce qui doit être la grande cause nationale du quinquennat ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je trouve ça plutôt satisfaisant, ça veut dire qu'on part sur un principe de consensus, on espère qu'il y aura une large majorité pour voter...

LEA SALAME
Vous êtes sûre que vous l'aurez le consensus ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, on n'est jamais sûrs, parce que le respect de la démocratie c'est que tant que ce n'est pas voté on ne sait pas, mais c'est une loi de quatre articles qui est assez brève et ferme en même temps, donc j'espère effectivement une majorité pour la voter.

LEA SALAME
Marlène SCHIAPPA était notre invitée, belle journée à vous.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 mai 2018

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