Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec France 2 le 3 mai 2018, sur la supression de l'Exit Tax, le plan de réformes pour réorienter l'épargne des Français et sur les relations commerciales entre l'Union européenne et les Etats-Unis. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec France 2 le 3 mai 2018, sur la supression de l'Exit Tax, le plan de réformes pour réorienter l'épargne des Français et sur les relations commerciales entre l'Union européenne et les Etats-Unis.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti :

LAURENT BIGNOLAS
Bonjour Caroline. Vous recevez ce matin le ministre Bruno LE MAIRE.

CAROLINE ROUX
Le ministre de l'Economie. Alors, il détaille ce matin son plan d'épargne, de réforme de l'épargne des Français, des changements dont il espère qu'ils viendront doper l'économie.

/// Jingle

Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Caroline ROUX.

CAROLINE ROUX
On va parler de votre réforme de l'épargne des Français, mais d'abord, de ce sujet, dans un entretien au magazine Forbes, qui fait chaque année le classement des milliardaires, le président annonce la suppression l'an prochain de l'Exit Tax, pour les contribuables partant à l'étranger. Alors si François HOLLANDE était face à vous, il dirait : c'est encore un cadeau pour les supers riches.

BRUNO LE MAIRE
Non, c'est un cadeau pour l'attractivité de la France, et c'est une décision qui est cohérente, nous voulons être le pays le plus attractif en Europe pour les investisseurs et pour les entrepreneurs, c'est une taxe qui ne rapporte quasiment rien. 15 millions d'euros par an, 100 millions d'euros sur six ans et qui en revanche est un repoussoir pour les investisseurs et pour les entrepreneurs. Nous, ce que nous voulons, c'est garder nos investisseurs et nos repreneurs chez nous, donc cette Exit Tax, elle n'a pas lieu d'être, elle fait partie de ces taxes que nous supprimons.

CAROLINE ROUX
Vous dites : moins de 100 millions de rendement, le Conseil des prélèvements obligatoires évoque 800 millions, ce n'est pas la même histoire.

BRUNO LE MAIRE
Non, parce que c'est le calcul sur les plus-values latentes, je ne vais pas rentrer trop dans la technique, mais la réalité de ce que ça a rapporté concrètement au Trésor public français, c'est 15 millions d'euros…

CAROLINE ROUX
Eh bien, c'est sûr que là, on ne les aura plus…

BRUNO LE MAIRE
Non, on ne les aura plus, mais ces petites taxes, on les supprime, moi, je vois beaucoup d'adversaires politiques qui nous disent : vous multipliez les taxes et les impôts, non, nous allons baisser l'imposition en France et supprimer des taxes, celle-là en fait partie.

CAROLINE ROUX
C'est une mesure qui avait été mise en place par Nicolas SARKOZY, vous étiez à l'époque ministre de Nicolas SARKOZY, c'est donc une mesure que vous aviez défendue à l'époque ?

BRUNO LE MAIRE
Moi, je défends aujourd'hui l'attractivité de la France, je pense…

CAROLINE ROUX
Ce n'était pas le cas à l'époque ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que c'est une autre politique qui est mise en place aujourd'hui, c'est une politique qui vise à rendre notre pays plus attirant pour les investisseurs pour, au bout du compte, parce que c'est quand même ça l'objectif, avoir des emplois pour les Français. Qu'est-ce qu'on veut ? Empêcher les gens de partir ou les garder chez nous en étant plus attractifs ? Nous, nous avons une politique positive, qui consiste à dire à tous les investisseurs, tous les entrepreneurs, tous ceux qui créent leur entreprise, toutes les start-up : restez en France.

CAROLINE ROUX
Et qu'est-ce que vous dites aux Français eux-mêmes, parce que, il y a un sondage qui est tombé ce matin qui explique qu'Emmanuel MACRON est jugé… la politique économique d'Emmanuel MACRON est jugée socialement injuste par 72 % des Français. Il y a peut-être certains petits retraités qui vous écoutent aujourd'hui et qui ont peut-être du mal à encaisser ce que vous êtes en train d'expliquer, qu'il était urgent de supprimer une taxe qui va favoriser les contribuables les plus aisés, et qu'on leur demande à eux un effort…

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas une question d'urgence, Caroline ROUX, je pense que ce qui est socialement injuste, c‘est le chômage. Et que c'est pour ça que ça fait trente ans que la France est socialement injuste. La vraie injustice, c'est le chômage. Et nous, tout ce que nous faisons n'a qu'un seul objectif, c‘est créer de l'emploi pour les Français. Or, cet emploi, on ne va pas le créer en redistribuant de l'argent tous azimuts, on va le créer en permettant à notre économie, à nos entreprises, à nos PME, à nos commerçants, à nos artisans de créer des emplois dans les meilleures conditions possibles. Et nous le faisons – c'est ce que j'ai annoncé ce matin – en prévoyant aussi que les premiers bénéficiaires en soient les salariés.

CAROLINE ROUX
Là où je ne comprends pas le mécanisme, c'est en quoi la suppression de l'Exit Tax crée plus d'emplois ?

BRUNO LE MAIRE
Parce que ça incite les investisseurs à venir, ils savent que s'ils viennent, ils ne seront pas piégés en France avec une Exit Tax qui les empêcherait à un moment ou un autre, s'ils le souhaitent, de repartir de France, enfin, nous sommes dans un monde où la richesse se crée, un monde qui est ouvert, et nous voulons réussir dans ce monde-là, et c'est bien le sens des décisions que prenons.

CAROLINE ROUX
Toujours pas de contreparties exigées à ces premiers de cordée, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Les contreparties, c'est celles que nous allons donner aux salariés, c‘est l'intéressement et la participation, c'est la suppression du forfait social, je voudrais juste faire une comparaison de chiffres, 15 millions d'euros pour l'Exit Tax, presque un demi-milliard d'euros que nous allons mettre sur la suppression du forfait social, sur l'intéressement et la participation pour toutes les entreprises entre 0 et 250 salariés. Ça veut dire que tous les salariés qui font réussir leur entreprise, ils vont être les premiers bénéficiaires, ils auront de l'intéressement, ils auront plus d'argent à la fin du mois. C'est ça notre philosophie, créer du travail, et que le travail paie. C'est très simple, et je pense que c'est efficace.

CAROLINE ROUX
C'est vous qui portez la politique économique de ce gouvernement. Quand vous voyez ce chiffre-là en vous levant le matin…

BRUNO LE MAIRE
Oui, et je la porte avec enthousiasme…

CAROLINE ROUX
72 % des Français qui considèrent que vous menez une politique économique injuste. Vous dites quoi : c‘est le prix à payer, l'impopularité, on sait où on va, on tient le cap, ou est-ce que vous considérez que vous êtes mal compris, comment est-ce que vous vivez ce chiffre-là ?

BRUNO LE MAIRE
Je leur dis qu'on a acheté pendant des années la bienveillance des Français à force de dépenses publiques et de redistribution, et que le résultat, c'est trois millions de chômeurs, c'est des déficits, c'est la dette publique. Ça fait trente ans que ça dure. Et que, aujourd'hui, notre politique économique, elle se résume de manière très simple : créer du travail et faire en sorte que le travail paie, vous voyez, c'est aussi simple que ça : créer du travail, et que le travail paie.

CAROLINE ROUX
Vous présentez un plan de réformes pour réorienter l'épargne des Français, pour doper l'économie, vous allez encourager fiscalement l'épargne retraite plutôt que l'assurance-vie, pourquoi ?

BRUNO LE MAIRE
Parce que l'épargne retraite aujourd'hui, c'est 200 milliards d'euros et que l'épargne de précaution, c'est 2.000 milliards d'euros, l'assurance-vie plus le Livret A, donc l'épargne retraite, ça ne marche pas. Les salariés ne mettent pas assez d'argent de côté pour préparer leur retraite. Donc on va donner des incitations très puissantes, si aujourd'hui vous mettez de l'argent de côté, une fois que ces réformes seront adoptées, si vous mettez de l'argent de côté pour votre épargne retraite, tout l'argent que vous aurez mis vous-même sur votre compte d'épargne retraite, il sera déductible de votre impôt de référence, de votre revenu de référence, c'est la première incitation que nous mettons ; vous avez 40.000 euros de revenus de référence, vous mettez 2.000 euros de côté, eh bien, vous n'aurez plus que 38.000 euros de revenus de référence. Deuxième incitation, liberté totale, à la sortie, quand vous partez à la retraite, si vous voulez sortir avec votre capital, vous sortez votre capital, vous voulez sortir en rente, vous sortez en rente, c'est vous qui choisissez.

CAROLINE ROUX
Pourquoi c'est important d'introduire cette liberté-là, qu'est-ce que ça change ?

BRUNO LE MAIRE
Parce que je pense que pour l'épargnant qui prépare sa retraite, il veut avoir la liberté au moment où il part à la retraite de décider lui-même, qu'on ne lui impose pas une rente ou un capital, mais qu'il puisse librement décider en fonction de la situation personnelle dans laquelle il sera au moment où il part à la retraite. Troisième incitation, si dans le courant de votre activité professionnelle, vous avez votre compte épargne retraite, mais vous voulez vous acheter votre résidence principale et il vous manque un peu d'argent, vous pourrez débloquer l'argent pour votre résidence principale, aujourd'hui, ça n'est possible que dans quelques cas. Et dernière incitation très forte, il y aura un dispositif de réversion qui sera prévu pour tous ceux qui se retrouvent dans une situation difficile parce qu'ils ont perdu leur conjoint, il y aura une possibilité de réversion.

CAROLINE ROUX
Est-ce que c'est une façon aimable de nous encourager les uns et les autres à mettre de l'argent de côté, à capitaliser pour notre retraite, laissant entendre que l'Etat ne pourra plus assurer une retraite par répartition, comme c'est le cas aujourd'hui, dans quelques années ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord, il faut toujours être aimable, Caroline ROUX, c'est très important, surtout dans un monde de plus en plus violent, il faut toujours être aimable…

CAROLINE ROUX
C'est vrai, et ça ne suffit pas…

BRUNO LE MAIRE
Et je dis très aimablement aux épargnants français : c'est votre intérêt d'aller placer de l'argent dans des comptes d'épargne retraite…

CAROLINE ROUX
Mais pourquoi ?

BRUNO LE MAIRE
Et nous vous donnons tous les avantages pour le faire, c'est votre intérêt…

CAROLINE ROUX
Ça veut dire que dans quelques années, il faudra un complément de capitalisation pour avoir une bonne retraite…

BRUNO LE MAIRE
Non…

CAROLINE ROUX
C'est ça qu'on comprend…

BRUNO LE MAIRE
Non, parce que, ce n'est pas ce qu'il faut comprendre, il y a une épargne, il y a une retraite par répartition qui est un système auquel nous sommes profondément attachés, qui va être justement transformé pour être solide, pour être durable et pour résister dans la durée à tout ce qui pourrait le fragiliser, mais je pense qu'il est toujours bon pour vivre mieux sa retraite d'avoir été capable d'épargner et de mettre un peu d'argent de côté ; je rappelle que le montant moyen, c'est de l'ordre de 10.000 euros, donc ce ne sont pas des sommes qui sont considérables, mais ça permet d'avoir une retraite plus confortable, et c'est responsables de mettre de l'argent de côté.

CAROLINE ROUX
Ça va déstabiliser l'assurance-vie ?

BRUNO LE MAIRE
Absolument pas. Moi, j'ai entendu les craintes des assureurs, ces craintes sont totalement infondées. Je redonne les sommes : 1.600 milliards d'euros d'assurance-vie, 200 milliards d'euros d'épargne retraite, je crois qu'on peut dire aux Français, à tous les salariés, à tous les indépendants : mettez de l'argent de côté dans votre épargne retraite, ce sera bon pour vous et ce sera bon pour financer nos entreprises et nos PME.

CAROLINE ROUX
Quand vous voyez : relatif essoufflement de la croissance dans la zone euro, vous vous dites : c'est déjà les conséquences de la politique fiscale, économique de Donald TRUMP ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense qu'il y a un risque en tout cas sur la croissance, c'est la guerre commerciale, c'est bien pour ça qu'il faut tout faire pour l'éviter, cette guerre commerciale ne fera que des perdants, aux Etats-Unis comme en Europe.

CAROLINE ROUX
Et à Donald TRUMP, vous dites quoi, parce que ça n'a pas l'air de…

BRUNO LE MAIRE
J'ai vu que le président des Etats-Unis nous avait donné 30 jours pour décider une exemption sur les nouveaux tarifs américains, moi, je dis de manière très claire : une exemption définitive et totale des tarifs américains sur l'Europe est la condition sine qua none pour une discussion avec les Etats-Unis, nous ne pouvons pas accepter d'être les victimes de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, nous demandons donc une exemption totale et définitive, c'est le point de passage obligé, sans lequel il n'y aura pas de discussion et pas de négociation avec les Américains…

CAROLINE ROUX
Vous dites nous, la France, mais pas la France plus l'Allemagne, plus l'Europe, tout le monde n'est pas absolument raccord sur cette ligne-là ?

BRUNO LE MAIRE
J'ai vu le ministre de l'économie Peter ALTMAIER, j'ai vu la commissaire européenne, Cecilia MALMSTRÖM, qui dirige ces discussions, les choses sont très claires, je l'ai dit avec beaucoup de fermeté : nous devons être unis et fermes face aux Etats-Unis et passer un seul et même message : il faut une exemption totale et permanente, sans quoi il n'y a pas de discussion possible.

CAROLINE ROUX
Vous avez dit à l'instant, il faut toujours être aimable, dans une interview à Nice-Matin, Bernard TAPIE vous accuse d'être coupable d'acharnement dans l'affaire de l'arbitrage du CREDIT LYONNAIS alors qu'il se bat contre un cancer, c'est ce qu'il explique dans cette interview, il dit : il ne me lâche pas, il parle de vous, il ne me lâche pas un jour, vous vous acharnez contre Bernard TAPIE ?

BRUNO LE MAIRE
Non, absolument pas, moi, je suis très sensible à ce que vit personnellement Bernard TAPIE, bien entendu, ensuite, il y a une affaire judiciaire en cours, et je ne traite pas cette affaire judiciaire, je pense que, il est bon de laisser les choses séparées, ça ne m'interdit pas d'être très sensible à ce que vit personnellement Bernard TAPIE, et être très sensible en règle générale à tous ceux qui sont confrontés à la maladie.

CAROLINE ROUX
Il vous demande en gros de lever le pied.

BRUNO LE MAIRE
Mais ce n'est pas à moi de décider de lever le pied, il y a une affaire de justice et elle suit son cours.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup, Bruno LE MAIRE


source : Service d'information du Gouvernement, le 4 mai 2018

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