Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec Public Sénat le 4 mai 2018, sur le déficit budgétaire, la dette de la SNCF, la taxe d'habitation, les dotations aux collectivités locales, le prélévement à la source, l'exit tax et sur la vie politique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec Public Sénat le 4 mai 2018, sur le déficit budgétaire, la dette de la SNCF, la taxe d'habitation, les dotations aux collectivités locales, le prélévement à la source, l'exit tax et sur la vie politique.

Personnalité, fonction : DARMANIN Gérald, VIGUIER Cyril .

FRANCE. Ministre de l'action et des comptes publics;

ti :

CYRIL VIGUIER
Bonjour à tous et à ceux qui nous rejoignent pour la deuxième partie de cette matinale d'infos sur Public Sénat avec la presse quotidienne régionale, les télés locales de France qui nous rediffusent, les Indéradios – 130 radios qui sont nos partenaires dans tout l'Hexagone – et avec TV5 Monde. Ce matin l'invité politique en direct à 8 h et 15 secondes c'est Gérald DARMANIN, bonjour...

GERALD DARMANIN
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Merci d'être avec nous, vous êtes ministre de l'Action et des Comptes publics et, pour vous interroger, à mes côtés ce matin : Hervé FAVRE qui représente la presse quotidienne régionale avec la Voix du Nord ce matin...

HERVE FAVRE
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Bonjour, vous êtes un régulier de cette émission et Marcelo WESFREID du Figaro pour Public Sénat, merci d'être là Marcelo et bonjour à vous. Voilà ! Gérald DARMANIN on démarre tout de suite, selon le commissaire européen Pierre MOSCOVICI la France est en passe de sortir de la procédure pour déficit excessif dans laquelle elle était entrée depuis 2009, est-ce que vous vous attendiez vous à cette bonne nouvelle ?

GERALD DARMANIN
Oui on s'y attendait parce que la France a fait beaucoup d'efforts et nous aurons sans doute une confirmation à la fin du mois de mai, donc pour l'instant nous ne sommes pas officiellement sortis de cette procédure de déficit excessif qui avait un petit côté vexant pour un grand pays comme le nôtre alors que d'autres avaient fait beaucoup d'efforts pour s'en sortir de cette procédure...

CYRIL VIGUIER
Vous saluez vos prédécesseurs aussi ?

GERALD DARMANIN
Je ne peux pas dire ça ! Je pense que nous avons largement contribué à sincériser un budget et à faire des économies dont on se souvient tous à l'été dernier qu'elles étaient difficiles, je vous rappelle que quand j'ai baissé de cinq euros les APL par exemple ou quand on a fait un certain nombre d'économies – y compris sur les collectivités locales – lorsqu'on a eu des différences assez forces avec le chef d'état-major des Armées précédent, c'était la une de tous les journaux, on se demandait si le gouvernement ne faisait pas trop d'austérité, pas trop de déficit...

CYRIL VIGUIER
Le Général De VILLIERS !

GERALD DARMANIN
Finalement, on a bien fait de tenir ces économies.

MARCELO WESFREID
Pierre MOSCOVICI dit : « c'est 10 ans de redressement », donc il englobe Nicolas SARKOZY et François HOLLANDE.

GERALD DARMANIN
Non, mais je comprends pourquoi Pierre MOSCOVICI parle un peu du passé, je crois que ce n'est pas tout à fait la vérité de considérer que c'était les gouvernements précédents qui ont mené à cette situation budgétaire, même si je comprends – comme notamment sous Nicolas SARKOZY – il ait fallu faire de la relance à un moment d'une crise économique extrêmement importante et que voilà la France depuis 10 ans a du retravailler à rétablir des comptes publics que l'Allemagne a réussi à rétablir dans la même situation que nous en quelques années. On a mis 10 ans, tant mieux que nous sortions de ces 10 années de déficit excessif.

MARCELO WESFREID
Bonne nouvelle pour le déficit mais mauvaise nouvelle pur la dette qui continue à augmenter, comment vous l'expliquez ?

GERALD DARMANIN
D'abord, c'est difficile d'arrêter un paquebot qui va très vite et donc chacun peut comprendre que le temps de freiner et de tourner légèrement à droite ou à gauche fait que ça n'est pas instantané. En un an, qu'est-ce que nous avons fait ? Nous avons baissé le déficit de manière extrêmement importante puisque nous étions à 3,4 a dit la Cour des comptes lorsque nous sommes arrivés en responsabilité pour 2,6 constatés, quasiment un point de déficit en moins, c'est un énorme travail ; nous avons réussi à baisser la fiscalité, on a supprimé les impôts, pour les particuliers la taxe d'habitation, pour le capital l'impôt les sociétés ou l'ISF et puis nous avons mis en place un certain nombre de mesures qui permettent nous l'espérons de diminuer la dépense publique et d'autres seront annoncées dans les années qui viennent et dans les mois qui viennent....

HERVE FAVRE
Et la dette ?

GERALD DARMANIN
Et la dette elle va baisser dès l'année 2018 alors que nous avions prévu au début de notre quinquennat de la baisser qu'à partir de 2020, donc ça baissera cette année.

HERVE FAVRE
Gérald DARMANIN, à propos de dette, il y a un gros sujet dans l'actualité, je parle de la dette de la SNCF, le Premier ministre reçoit les syndicats lundi – les syndicats attendent évidemment une reprise de la dette par l'Etat – est-ce que le ministre des Comptes publics que vous êtes a son mot à dire, comment on fait avec ce sujet ?

GERALD DARMANIN
Le ministre des Comptes publics il est sous l'autorité du Premier ministre, donc il a son mot à dire dans le bureau du Premier ministre, le Premier ministre appliquera évidemment ce qu'a dit le président de la République, c'est-à-dire que nous reprendrons la dette à partir de l'année 2020, mais nous la reprendrons que si la SNCF fait les efforts de productivité pour ne pas recréer une dette à déficit qui rendra « shadockien » la façon dont l'Etat gère une grande entreprise publique. Je vous rappelle quand même que la SNCF chaque année crée entre deux milliards et trois milliards de dette et donc, si on reprenait la dette aujourd'hui sans préalable, sans discussion, nous aurions dans 10 ans sans doute une discussion avec un autre journaliste ou un autre ministre du Budget qui dirait : « vous avez 30 milliards de dette, pourquoi vous ne les reprenez pas ».

HERVE FAVRE
Mais l'Etat peut reprendre cette dette sans remettre en cause ses engagements sur justement la diminution de l'endettement du pays, on ne structurera pas ?

GERALD DARMANIN
L'Etat pourrait à partir du mois de janvier 2020 reprendre la dette de la SNCF à la condition express que la réforme ait faite et que la SNCF se réforme...

MARCELO WESFREID
Ce serait 2 % de son PIB en plus de dette !

GERALD DARMANIN
Et l'Etat a donc intérêt, c'est pour ça que nous en disons dès aujourd'hui, à diminuer son stock de dettes – ce que nous ferons dès l'année 2018 – pour pouvoir effectivement que si nous reprenons cette dette toute ou partie nous aurons l'occasion de constater que nous pouvons pour les finances publiques le soutenir à condition de faire les efforts aujourd'hui.

HERVE FAVRE
Autre sujet de dépenses publiques à venir, il y a eu le Rapport Borloo qui demande des gros investissements à nouveau dans les quartiers, votre collègue Christophe CASTANER hier dit : « des dizaines de milliards dans les banlieues ce n'est pas une bonne réponse », quelle est votre position ?

GERALD DARMANIN
D'abord je pense que Jean-Louis BORLOO a fait un travail très important jadis et maintenant, ensuite il a rendu un rapport au président de la République et au Premier ministre, le président de la République le 22 mai fera un discours qui sera un deuxième discours sur la politique de la ville après l'avoir fait dans la ville de Tourcoing et il prendra ce qu'il souhaitera reprendre du rapport de Jean-Louis BORLOO.

HERVE FAVRE
Cinq milliards, puisque c'est ce que met sur la table Jean-Louis BORLOO aujourd'hui ?

GERALD DARMANIN
Mais je pense que si la réponse dans les quartiers, que je connais bien pour avoir présidé aux destinées d'une ville qui est particulièrement touchée par la politique de la ville, était simplement que de la dépense publique nous aurions depuis très longtemps sortis les quartiers des difficultés dans lesquels ils sont. Bien sûr il y a sans doute de la dépense publique, mais ce n'est pas à mon avis le problème principal, le problème principal c'est d'abord l'éducation- et c'est ce que nous faisons dans ce gouvernement – le dédoublement des classes, moi je le vois à Tourcoing, dans des villes difficiles c'est assurer à des gamins l'égalité des chances que n'ont pas manifestement ceux d'aujourd'hui dans la République qui vivent dans ces quartiers difficiles ; L'emploi, l'économie ça sert avant tout les quartiers, c'est par l'économie et la création d'entreprises, la richesse – et pas simplement par la dépense publique qu'on arrivera à sortir des difficultés des quartiers ; Et puis la sécurité, c'est ce que nous faisons avec Gérard COLLOMN avec le Police Quotidienne de Sécurité, il faut aussi la rétablir dans les quartiers, voilà monsieur BORLOO a remis un rapport avec un angle de vue, le gouvernement a peut-être un angle de vue plus large.

MARCELO WESFREID
Refonte de la fiscalité à venir, locale, sur la question de la taxe d'habitation – sa suppression – comment vous allez très concrètement la financer, est-ce que ça va être par une hausse de la CSG u par une hausse de la TVA ?

GERALD DARMANIN
D'abord la suppression de la taxe d'habitation c'est une bonne nouvelle pour tous ceux qui nous écoutent, c'est du pouvoir d'achat en plus pour tous les Français, d'ailleurs pour 80 % d'entre eux dès le mois d'octobre ils vont voir un tiers de moins sur leur facture de taxe d'habitation, il y a déjà 600.00 Français qui mensualisent leur TH aujourd'hui qui nous on dit : « Ah, eh bien moi je voudrais baisser la mensualisation », ils peuvent le faire, pour ceux qui nous écoutent... des impôts. Comment nous allons financer ? La taxe d'habitation ça rapporte à peu près 18 milliards d'euros, la première tranche, les 80 % - c'est à peu près 10 milliards d'euros - que nous avons financée déjà, supprimée par tiers d'ici 2020, donc c'est trois milliards grosso modo d'économies chaque année, c'est ce que nous avons fait dans le budget que j'ai présenté au Parlement, c'est ce que nous ferons en 2019, et puis c'est entre huit et neuf milliards pour les 20 % des Français qui vont voir leur suppression de taxe d'habitation après 2020, nous sommes en train de travailler avec les élus locaux pour deux choses : la première c'est de leur dire : « effectivement il n'y aura aucun impôt nouveau, aucune augmentation de taxe », donc ce n'est pas par de l'augmentation de la fiscalité ailleurs qu'on paiera cette fiscalité supprimée, ce sera par des économies...

MARCELO WESFREID
Que des économies ?

GERALD DARMANIN
Ce sera par des économies ; et puis la deuxième chose c'est de voir avec les élus locaux qu'est-ce qu'on fait de la fiscalité locale de manière générale, qui est complexe, qui est difficile, qui ne permet pas aux élus d'avoir un lien avec le citoyen ? Nous avons mis un point de TVA par exemple pour les Régions sans augmenter la TVA, on leur a donné l'équivalent d'un point de TVA pour les Régions - impôts économiques, collectivités économiques - le Premier ministre discute en ce moment avec les départements de France sur les mineurs isolés, sur le RSA, pour savoir comment ils vont se financer ; et puis les communes ont envie d'avoir un impôt, ce que je comprends tout à fait. Après, sur ces - je voudrais en terminer par là – 10 milliards que coûte la suppression totale de la taxe d'habitation, il y a trois milliards pour les résidences secondaires, est-ce qu'il faut les garder, est-ce qu'il ne faut pas les garder ?

HERVE FAVRE
Justement les résidences secondaires ce n'est pas forcément des résidences de confort, il y a aussi des gens qui ont besoin d'avoir un pied-à-terre parce qu'ils travaillent dans une autre ville et, là, on peut s'apercevoir que les maires en ce moment s'en donnent joyeusement, sur Paris c'est + 40 % par exemple de surtaxe, est-ce que vous avez donné des conseils de modération sur ce...

GERALD DARMANIN
Non. D'abord dans la République chacun est responsable devant ses élections, tout le monde comprend que le gouvernement supprime la taxe d'habitation, s'il y a des élus qui décident d'augmenter le taux de cette taxe, ils en ont parfaitement le droit, ils en répondront devant leurs électeurs, ils peuvent expliquer d'ailleurs pourquoi ils augmentent cette taxe d'habitation, moi chaque année je l'ai baissé dans ma commune – c'est toujours plus facile de baisser des impôts, enfin en tout cas que de continuer à faire une folie d'augmentation fiscale chaque année – et pour que les choses soient bien claires, parce que chacun est très attaché au lien entre le contribuable et l'élu, nous avons mis sur la taxe d'habitation cette année ce qui relève de l'augmentation du taux si notre maire décidait de l'augmenter. Nous avons ces résidences secondaires vous avez raison, mais elles sont quand même essentiellement pas le coeur de cible de ce que nous souhaitions faire, ce que nous souhaitions faire c'est la suppression de la taxe d'habitation pour la résidence principale.

CYRIL VIGUIER
C'est Gérald DARMANIN, le ministre de l'Action et des Comptes publics, qui est notre invité politique ce matin en direct dans Territoires d'infos. On va parler Gérald DARMANIN des collectivités territoriales toujours inquiètes, avec au coeur la question des dotations, Emmanuel MACRON a promis que les communes ne verraient plus leurs dotations baisser, or il y en a 16.000 qui disent avoir perdu de l'argent vous le savez, qu'est-ce que vous répondez ?

GERALD DARMANIN
D'abord il y a 36.000 communes en France, je constate que si vous dites qu'il y en a 16.000 qui voient leurs dotations baisser...

CYRIL VIGUIER
Moi je parle des 16.000.

GERALD DARMANIN
Oui, oui, c'est très bien, il faut regarder le verre à moitié vide.

HERVE FAVRE
Quasiment une sur deux.

GERALD DARMANIN
Non, non, il y en a 54 % des communes...

CYRIL VIGUIER
C'est beaucoup 16.000, qu'est-ce que vous dites à ceux-là ?

GERALD DARMANIN
Je prends la ville de Roubaix par exemple, la ville de Roubaix elle voit plus d'un millier et demi de dotation, voilà si je prends ce genre d'exemple...

CYRIL VIGUIER
Elle est dans l'autre partie des 16.000, ceux des 16.000.

GERALD DARMANIN
Oui, oui, mais je comprends bien que vous essayez à chaque fois de parler du verre à moitié vide, mais moi si moi je ne parle pas du verre à moitié plein personne n'en parlera vous le constaterez. Il n'y a pas de baisse de dotations, il y a même une augmentation de 300 millions. Qu'est-ce qui se passe ? Il se passe que comme à chaque fois que l'on fait une dotation aux collectivités,- il y a 40 variables dans la dotation globale de fonctionnement - la DGF - parmi les variables : quand vous gagnez vous perdez des habitants, quand les villes gagnent des habitants elles ont des dotations en plus puisque de toute façon elles sont calculées par habitants ; quand des villes perdent des habitants, ce qui est le cas d'un tiers des communes de France, elles perdent des dotations, mais ça cela existe depuis que la dotation de l'Etat aux collectivités existe ; il y a 39 autres variables et chacun s'accorde à dire que la DGF, pour parler technique, est quelque chose de très compliquée à comprendre, à l'intérieur de cette dotation - plus de 40 milliards de dotation que l'Etat donne aux collectivités - il y a des péréquations, c'est-à-dire qu'entre collectivités...

CYRIL VIGUIER
Expliquez bien !

GERALD DARMANIN
C'est-à-dire qu'entre collectivités dites riches donnent pour les collectivités dites pauvres, notamment celles qui sont en dotation de solidarité urbaine, dans les quartiers, vous venez de m'interroger sur les quartiers, les villes qui ont des quartiers elles touchent plus d'argent parce qu'il y a plus de problèmes sociaux et puis pour les campagnes, les dotations de solidarité rurale, parce qu'il y a des coins en France effectivement de ruralité très pauvres...

CYRIL VIGUIER
Désertifiés.

GERALD DARMANIN
Et, donc, il est normal qu'il y ait une péréquation. Ce que disent un certain nombre d'élus - et moi je fais partie de ceux-là depuis que j'ai été élu local – c'est que cette dotation est complexe à comprendre, donc vous pouvez augmenter les concours, ce que nous avons fait pour la première fois depuis huit ans, nous sommes le premier gouvernement à avoir augmenter les concours aux collectivités locales chaque année, y compris le gouvernement précédent a baissé drastiquement ces dotations, eh bien au moment où vous augmentez vos concours généraux il y a une incompréhension parfois dans le calcul commune par commune de ces dotations, parfois c'est compréhensible - vous augmentez, vous perdez vos habitants - et il y a de la péréquation positive pour des territoires qui ont des difficultés sociales et, parfois, vous ne la comprenez pas. Par deux fois le gouvernement précédent a essayé de réviser ce système de dotations, par deux fois il est arrêté, il a été arrêté notamment par le Sénat, mais de manière générale par les élus qui voyaient la grande difficulté de changer les règles du jeu, c'est un peu comme la révision des valeurs locatives, on m'a dit moi ,y compris au Sénat : « pourquoi vous ne révisez pas... les locatifs sur la taxe d'habitation puisque vous dites que c'est injuste ? » c'est tellement évident de le dire que ça fait 40 ans que personne ne l'a fait, parce que la révision des valeurs locatives depuis Georges POMPIDOU personne n'y a touchée, c'est bien qu'il doit y avoir une difficulté de la mettre en place.

HERVE FAVRE
Donc, les associations d'élus locaux, régions, départements et maires font un mauvais procès à Emmanuel MACRON et au gouvernement, le gouvernement contre les territoires ?

GERALD DARMANIN
Non, mais moi d'ailleurs je ne pense pas que ce soit généralisé du tout. Je regardais l'histoire de la contractualisation avec les collectivités, on m'a d'abord dit : « c'est anticonstitutionnel » - le Conseil constitutionnel l'a complètement validé - et puis je vois qu'aujourd'hui il y a plus d'une trentaine de collectivités qui ont signé et qu'il y en a encore plus de 200 collectivités qui discutent avec l'Etat, donc ceux qui contestent la méthode du gouvernement sont minoritaires, donc ne généralisons pas. Prenons les régions de France, les régions de France aujourd'hui je constate qu'elles ont 700 millions d'euros de recettes en plus grâce à ce point de TVA, je ne les entends plus beaucoup dire qu'effectivement l'Etat ne les accompagne pas ; Prenons les départements de France, qu'est-ce qui se passe ? On constate des relations avec les départements très compliquées, pourquoi ? Parce que le RSA n'était pas financé, les mineurs isolés qui sont effectivement dus à la crise migratoire dont les départements ne sont pas responsables, l'Etat a dit - et notamment le président de la République : « on va regarder pour voir ce qu'on reprend en effet » ; et puis ils ont des MTO, des Droits de Mutation, quand vous vendez votre appartement vous payez une fiscalité qui est dynamique de plus de 17 %, donc ils ont des recettes fiscales en plus, j'entends que les discussions avec les départements sont très positives ; et avec les communes, je constate avec vous que pour la première depuis huit ans nous avons augmenté les dotations aux collectivités.

MARCELO WESFREID
Gérald DARMANIN il y a beaucoup de sujets et notamment un sujet qui concerne beaucoup les gens c'est l'impôt à la source qui sera mis en place en 2019, pour le salarié ça simplifie la vie mais alors pour le chef d'entreprise c'est des heures de plus à essayer de collecter, etc., qu'est-ce que vous lui dites pour lui simplifier un eu la vie ?

GERALD DARMANIN
D'abord effectivement, l'impôt à la source est une simplification pour tous les Français, pour tous les contribuables. C'est incroyable d'avoir un système aujourd'hui décalé d'un an alors que vos revenus sont, au moment où vous les touchez, des revenus dont vous profitez pour pouvoir vivre et parfois vous n'avez pas beaucoup de trésorerie, et un an plus tard vous payez vos impôts. Alors quand vous avez une rémunération qui ne bouge pas, il n'y a pas de problèmes, mais quand vous avez une rémunération qui bouge comme beaucoup de Français – ceux qui partent en retraite, ceux qui divorcent, ceux qui se marient, ceux qui ont des CDD, ceux qui sont salariés agricoles – ça pose des problèmes effectivement très importants d'impôts. Les entreprises, mais c'est aussi le cas des collectivités locales, des caisses de retraite, tous ceux qui payent, les entreprises sont déjà collectrices des impôts. Elles collectent la TVA.

MARCELO WESFREID
Les petits chefs d'entreprise sont inquiets.

GERALD DARMANIN
D'abord il n'y a pas de petit chef d'entreprise comme il n'y a pas de petit maire. Aujourd'hui, ils sont déjà collecteurs d'impôts. Quand ils font la feuille de salaire de leurs salariés, ils collectent pour le compte de l'Etat, pour le compte de la Sécurité sociale, de la CSG, des cotisations, de la TVA. Alors je comprends les difficultés que certains peuvent avoir dans un changement très important pour l'ensemble de leurs salariés. C'est une mesure de simplification et sociale, l'impôt à la source. Donc je dis, 1 : je suis d'accord pour supprimer les pénalités qui étaient prévues dans l'impôt à la source. Nous avons confiance et ce gouvernement plus que tout autre a confiance dans les entreprises. Et 2 : nous sommes d'accord pour prendre à notre compte tous les moyens de communication et de discussion avec les personnes qui auraient des questions autour de « comment vous allez calculer mon impôt ». Les agents des finances publiques répondront à ces questions-là.

HERVE FAVRE
Une question sur l'impôt : qu'est-ce qui va se passer tout ce qui est cotisations sociales pour emploi salarié à domicile, dons aux associations, aux syndicats, qui donnent droit donc à des réductions d'impôt ? Tout ce qui a été cotisé en 2018, comment cela va se répercuter sur l'impôt 2019 ?

GERALD DARMANIN
Il n'y a aucun problème. Si monsieur FAVRE souhaite donner cent euros à l'association des Amis de Gérald Darmanin, qui n'existe pas - donc il n'y a pas de problème - et je sais que vous ne serez pas tenté ainsi de soutenir une activité locale…

CYRIL VIGUIER
Monsieur FAVRE de la Voix du Nord.

GERALD DARMANIN
Exactement. Je le dis d'autant plus que cette association n'existe pas et qu'il y a des déductions fiscales. Vous pourrez toujours donner et si vous donnez à la SPA, si vous donnez aux Restos du coeur évidemment, vous avez toujours intérêt à donner d'abord parce que j'espère que vous ne donnez pas aux Restos du coeur simplement pour avoir une déduction fiscale, ce qui ne serait pas très généreux de votre part et un peu calculé, mais ce qui serait surtout la possibilité pour vous, me semble-t-il, de dire : je donne de l'argent pour pouvoir aider et une déduction fiscale de 66 %. Comme si vous donnez de l'argent cette année, il n'y a aucun problème. Les Restaurants du coeur par exemple vous enverront votre déduction fiscale et vous pourrez l'intégrer en 2019 à votre réduction d'impôts.

CYRIL VIGUIER
Ce sera simple, vous voulez dire.

GERALD DARMANIN
Et vous aurez toujours intérêt, je voudrais le dire ici, à aider des associations d'utilité publique.

MARCELO WESFREID
Gérald DARMANIN, un mot très rapidement sur l'exit tax, cette taxe qui est censée freiner l'exil fiscal des chefs d'entreprise. On a appris sa suppression au passage d'une interview dans un magazine américain. Vous étiez au courant ?

GERALD DARMANIN
Oui.

MARCELO WESFREID
Vous ne l'avez pas appris en lisant Forbes ?

GERALD DARMANIN
Non.

MARCELO WESFREID
Et comment vous expliquez cette mesure qui n'était pas annoncée et qui fait un peu président des riches pour ses détracteurs ?

GERALD DARMANIN
C'est le même débat que nous avons sur le taux de l'ISF. Le président de la République a dit dans sa campagne, et il l'a redit notamment lorsqu'il a parlé aux Français encore récemment, je l'ai présenté lors du budget, j'ai présenté au Parlement. Nous ne faisons pas de l'idéologie fiscale contrairement au gouvernement précédent, nous faisons, nous l'espérons, de l'attractivité de la France le premier des avantages pour notre pays. C'est-à-dire que tout ce qui empêchait de produire, de faire venir des gens, de créer des entreprises, de créer de l'emploi, nous devons supprimer ces mesures, même si elles apparaissent idéologiquement compliquées. L'exit tax, c'est moins de cent millions de recettes pour l'Etat. Ça empêche énormément – énormément – de chefs d'entreprise, de créateurs de richesses, de gens qui font de l'innovation, de choisir notre pays, et donc il faut lever tous ces freins. Arrêtons l'idéologie fiscale. Ce qu'il faut, c'est baisser le chômage.

CYRIL VIGUIER
Et vous ne voyez pas de risque politique ?

GERALD DARMANIN
Le risque politique, c'est comme le gouvernement précédent : ce serait de ne rien faire et de dire après : « C'est grâce à nous qu'éventuellement les choses se font » alors que ce n'est pas vrai. Comme le coq de Chantecler quand j'étais petit qui croyait que quand il chantait le matin, le soleil se levait. Il faut prendre des mesures courageuses parce que sinon on se dit : il faut baisser le chômage et on ne fait jamais rien pour le faire baisser. Ce gouvernement fait baisser le chômage et il prend des mesures…

HERVE FAVRE
Gérald DARMANIN, une question sur votre avenir politique. On avait beaucoup parlé de vous sur Lille, même vos amis de la droite locale ou vos anciens amis disaient que vous étiez le meilleur candidat pour battre Martine AUBRY. Est-ce que votre non est définitif ?

GERALD DARMANIN
Je l'ai déjà dit mais je peux le redire en chinois médiéval ou en chtimi ou en flamand comme on dirait à Tourcoing. Je suis élu de Tourcoing, j'ai vocation si le président de la République me le permet de mener la liste aux élections municipales de Tourcoing, parce que j'ai encore beaucoup de travail à faire pour ma commune.

HERVE FAVRE
Mais il ne vous demande pas de mener la liste à Lille ?

GERALD DARMANIN
Nous n'avons pas ce genre de discussion avec le président de la République mais viendra le moment où sans doute les hommes politiques et les femmes politiques parlerons de politique, mais pour l'instant on essaye de redresser la France.

MARCELO WESFREID
Demain, manifestation des Insoumis pour faire la « fête à Macron ». Vous êtes inquiet ? Vous dites que cette rhétorique de certains opposants incite à la violence ?

GERALD DARMANIN
Oui. Oui, elle incite à la violence. D'ailleurs, je suis assez étonné que monsieur MELENCHON reprenne des méthodes de l'extrême droite.

MARCELO WESFREID
De l'extrême droite ?

GERALD DARMANIN
Oui, comme monsieur RUFFIN parfois. Je suis assez étonné de la façon dont on essaye de revivre le débat démocratique alors que monsieur MELENCHON a perdu dans les urnes et il a perdu par deux fois puisqu'il a aussi perdu au moment des élections législatives. Et je suis assez étonné qu'il y ait une sorte de transformation, de poujado-castrisme, de ce qui était me semble-t-il quelqu'un qui avait une voix respectée dans la République - on peut ne pas être d'accord avec monsieur MELENCHON – et qui de plus en plus se tourne effectivement vers un modèle vénézuélien qui nous empêche un petit peu d'avoir une discussion démocratique.

CYRIL VIGUIER
Gérald DARMANIN, on a appris que vous avez porté plainte pour des menaces de mort adressées à vous, à votre famille. Vous n'en avez jamais parlé ; pourquoi ?

GERALD DARMANIN
D'abord parce que ce serait faire grand cas de choses qui sont à la fois dérangeantes et insignifiantes et que c'est, je pense, le lot de beaucoup de femmes et d'hommes politiques, et ça m'est arrivé plusieurs fois depuis que je suis ministre. Voilà, je porte plainte parce que d'abord s'en prendre à une famille et s'en prendre à quelqu'un, je pense qu'il ne faut rien laisser passer, mais ça n'a pas beaucoup d'importance...

CYRIL VIGUIER
Dernier point. Bernard TAPIE dans Nice Matin, on le retrouve sur le site Internet, dit : on s'acharne contre moi. Il parle de Bercy. Il met en cause le ministre de l'Economie Bruno LE MAIRE. Il l'accuse d'accélérer les processus illégaux contre lui. C'est possible ça aujourd'hui d'accélérer des processus illégaux à Bercy ou plus du tout ?

GERALD DARMANIN
Je n'ai jamais commenté aucun dossier personnel.

CYRIL VIGUIER
Alors plus globalement, il y a des interventions du ministère ?

GERALD DARMANIN
Non. Monsieur TAPIE se bat courageusement contre une maladie. Indépendamment de ça, avant que j'arrive en responsabilités à Bercy, il y avait un certain nombre de dossiers qui fonctionnaient si j'ose dire. En ce qui me concerne personnellement, je ne suis jamais intervenu pour une situation personnelle pour monsieur TAPIE comme pour n'importe quel autre.

CYRIL VIGUIER
Merci Gérald DARMANIN, ministre de l'Action et des comptes publics, d'avoir été notre invité politique ce matin.

GERALD DARMANIN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 mai 2018

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