Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à CNews le 16 mai 2018, sur la mise en place de la loi sur la protection des données personnelles (RGPD. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à CNews le 16 mai 2018, sur la mise en place de la loi sur la protection des données personnelles (RGPD.

Personnalité, fonction : MAHJOUBI Mounir, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au numérique;

ti :


ROMAIN DESARBRES
Hier soir, La République en marche célébrait la première année de mandat d'Emmanuel MACRON. Il y avait notamment Mounir MAHJOUBI, secrétaire d'Etat au Numérique. Que s'est-il dit hier soir ? Les réponses tout de suite, Mounir MAHJOUBI est face à Jean-Pierre ELKABBACH dans votre matinale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je commencerai par autre chose. Neuf, huit, sept, six, cinq, le compte à rebours a commencé, il est engagé. Le 25 mai, c'est-à-dire dans neuf jours, le RGPD entre en vigueur dans toute l'Europe pour tous les Français, pour tous les Européens, le Règlement général de protection des données personnelles. Bienvenu Mounir MAHJOUBI.

MOUNIR MAHJOUBI
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonjour. Mais d'abord, vous y étiez hier soir. Qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce que vous vous êtes dit entre Marcheurs ?

MOUNIR MAHJOUBI
Hier, on était entre Marcheurs. On était plusieurs centaines. On était les Marcheurs du premier jour, les Marcheurs du dernier jour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi du dernier jour ? C'est fini ?

MOUNIR MAHJOUBI
Parce que tous ceux qui viennent du dernier jour passé, mais notre mouvement est un mouvement qui est ouvert. C'est un mouvement qui recrute, c'est un mouvement où de nombreux Français nous rejoignent chaque semaine et on était tous ensemble hier avec des membres du gouvernement, avec des personnes qui ont été bénévoles dans la campagne, avec des personnes qui sont des animateurs sur le terrain. Et on s'est dit : « Vous vous rendez compte ? Ça fait un an. Un an qu'on est là, ça n'est que le début et il faut qu'on continue de bosser. »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est l'autosatisfaction. Une soirée d'autosatisfaction : on est les meilleurs, on est les plus beaux.

MOUNIR MAHJOUBI
Je viens de vous dire que ça fait un an et on se rend compte qu'il faut encore bosser. C'est un mouvement où on bosse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et à un moment, vous vous êtes dit : « Qu'est-ce qui ne va pas ? »

MOUNIR MAHJOUBI
Il y a un moment où on s'est dit tout le temps entre nous, puisque c'était plutôt des milliers de discussions qui ont eu lieu hier soir : « Comment on continue d'innover ? Comment on continue d'être au service des Français ? Comment on continue à être ce qui a fait notre succès il y a un an ? Comment on continue d'être en marche ? »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, vous vous êtes posé la question. Mais comment vous répondez ?

MOUNIR MAHJOUBI
Chacun répond là où il est. Les membres du gouvernement disent comment moi je peux mieux expliquer encore ce que nous faisons au quotidien. Le référent d'un département qui parlait avec un autre et qui disait : « Et toi, comment as-tu organisé les débats sur ces sujets ? » Et un autre qui dit : « Moi, ça fait quelques mois que je n'étais pas revenu. Je suis prêt à revenir et à redonner quelques heures. »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et on vous a dit : « S'il y a des élections prochaines - municipales, européennes -, on va prendre une casserole, une gamelle ? » Ou : « On va être encore les meilleurs ? »

MOUNIR MAHJOUBI
On est prêts pour les prochaines élections. La prochaine, c'est les Européennes. On a fait la Grande marche de l'Europe, plusieurs centaines de milliers de questionnaires ont été remplis, des Français nous ont répondu, nous ont ouvert les portes pour dire : « Voilà ce qu'est l'Europe pour nous. » Ça, ça va nous aider à construire le projet pour gagner les prochaines élections.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mounir MAHJOUBI, ça c'est le côté politicien qu'on règle vite. L'essentiel, ce qui est en train de se passer au moment de l'innovation pour tous, le RGPD, pour les grandes entreprises et surtout les PME-TPE, c'est-à-dire pour les emplois, pour l'innovation, pour les informations de chacun de nous, c'est on peut dire alerte générale. Qu'est-ce qu'implique à partir du 25 mai le RGPD ?

MOUNIR MAHJOUBI
Le RGPD, c'est un nom compliqué pour parler de la nouvelle loi sur la protection des données personnelles. C'est une loi qui a été ensuite traduite dans le droit français, qu'on vient de voter à l'Assemblée nationale il y a quelques jours seulement. Cette loi donne des nouveaux droits aux Français, elle donne des nouveaux droits à tous les Européens. Elle dit : « Les données personnelles qui parlent de vous, les données intimes, ce que vous aimez, ce que vous avez visité, les endroits où vous avez été, toutes ces informations quand elles sont stockées quelque part, c'est vous qui en avez la maîtrise. »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et elles sont stockées quelque part.

MOUNIR MAHJOUBI
Elles sont stockées sur Facebook, elles sont stockées sur Twitter, elles sont stockées sur votre site de e-commerce, elles sont stockées aussi dans la base de données d'une entreprise avec qui vous avez acheté quelque chose.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On est complice malgré nous parce qu'on livre nos informations et elles sont récupérées, stockées.

MOUNIR MAHJOUBI
Et on en donne beaucoup. Vous avez vu ce qui s'est passé avec CAMBRIDGE ANALYTICA. Les gens donnaient beaucoup d'informations sur eux et puis, un jour, on s'est rendu compte que ces infos peuvent fuiter, être utilisées et même utilisées contre vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Et puis les GAFA, puisqu'il s'agit d'eux ou d'elles, les GAFA en profitent parce que ce sont des données marchandes, des valeurs marchandes et que cela rapporte de l'argent surtout à elles.

MOUNIR MAHJOUBI
Et sur ce sujet, la grande question – et c'est ce qu'introduit cette nouvelle loi pour la protection des données – c'est que c'est vous, vous le citoyen, vous l'utilisateur, qui décidez ce qu'on fait de vos données.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va y venir.

MOUNIR MAHJOUBI
On vous demande, vous dites oui ; on vous demande, vous dites non, c'est vous qui décidez.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Vous travaillez aussi sur la cybersécurité et la traque anti-terroriste. Le maire de Nice, Christian ESTROSI, qui est en même temps le président de la métropole Nice-Côte d'Azur – ne soyez pas étonné, vous avez l'air étonné – veut expérimenter chez lui comme dans la plupart des gares d'Allemagne, la reconnaissance faciale. Est-ce que vous l'autoriseriez, vous ?

MOUNIR MAHJOUBI
La question sur la reconnaissance faciale, c'est un débat très technique. Il y a plusieurs façons de faire de la reconnaissance faciale. La grande question derrière, c'est on fait la reconnaissance et après, on compare à quelle base de données. Est-ce qu'on fait une base de données des visages ? Est-ce que cette base de données, on la met à disposition ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous ne m'avez pas répondu.

MOUNIR MAHJOUBI
Mais ma réponse, c'est que si on fait de la reconnaissance faciale dans des lieux spécifiques, il faut le faire avec des technologies qui sont capables d'équilibrer la protection des données personnelles et des libertés individuelles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce qu'on en est capable ? Est-ce qu'on est en train d'y arriver ?

MOUNIR MAHJOUBI
Il y a des technologies qui existent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors si les technologies existent, qu'est-ce que Mounir MAHJOUBI, secrétaire d'Etat chargé du Numérique, et cætera, est d'accord et il l'appliquerait ? Il l'autoriserait ?

MOUNIR MAHJOUBI
Quand on est membre du gouvernement justement, on attend de nous un peu de sagesse. Un peu de sagesse, c'est-à-dire pas de réponse immédiate et je vous réponds : « Il faut vraiment s'assurer pour chaque dispositif qu'on met en place, et c'est comme ça que ça fonctionne en France, est-ce que j'ai bien fait l'équilibre entre la sécurité et les données personnelles ? »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord. Mais ce serait un instrument efficace de prévention et de lutte…

MOUNIR MAHJOUBI
C'est un instrument très efficace si en même temps on équilibre les protections et les libertés individuelles, et on sait le faire aujourd'hui technologiquement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors pourquoi la CNIL le refuse ? La CNIL ?

MOUNIR MAHJOUBI
Parce que dans le cas spécifique, je ne sais pas vous dire si les garanties avaient été apportées, mais le rôle de la CNIL d'aller le contrôler.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Face à des ennemis, pourquoi on multiplie les freins, les démarches administratives, les procédures ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je vous assure que face à des ennemis, nous multiplions les capacités d'intervention humaine, technologique, et que notre volonté - et personne ne peut revenir dessus - c'est de traquer ces ennemis partout sur le territoire et ailleurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien. Parce qu'on donne l'impression de craindre moins Daesh que la CNIL.

MOUNIR MAHJOUBI
Non alors là, je ne peux pas vous suivre sur cette phrase. La lutte contre Daesh est engagée, le gouvernement est complètement mobilisé…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je sais, mais c'est assez provocateur. Pourquoi on ne laisse pas les maires qui en ont besoin et qui le réclament d'expérimenter sur la reconnaissance faciale comme d'autres formes de reconnaissance pour prévenir les crimes, les attentats, et cætera ?

MOUNIR MAHJOUBI
En fait, ce que vous décrivez c'est l'arrivée des nouvelles technologies dans des nouveaux domaines. L'hyper technologie dans le domaine de la sécurité, ça a été un débat les cinquante dernières années, c'est pour ça que la CNIL a été créée. Chaque nouvelle technologie introduit des nouveaux bénéfices en termes de sécurité et des nouveaux risques pour la liberté. Notre rôle de responsabilité, c'est de toujours s'assurer qu'on bénéficie des meilleurs côtés et qu'on contrôle le reste.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord. Mais vous avez dit que le règlement, le RGPD, c'est une directive européenne.

MOUNIR MAHJOUBI
Tout à fait. Avec une loi française.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pourquoi il n'y aurait pas une autorité indépendante européenne au-dessus même de la CNIL ? Et des CNIL de chaque pays européen s'il y en a ?

MOUNIR MAHJOUBI
Il y a aujourd'hui une coordination européenne des CNIL, avec une présidente et un président qui alternent sur cette autorité, et qui s'assure que toutes les CNIL d'Europe appliquent à peu près de la même manière tous les textes, parce que ça c'est très important.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Depuis deux ans, les acteurs économiques savent que le RGPD adopté par le Parlement européen allait s'appliquer là, le 25 mai, sous peine de sanctions et d'amendes. Les grandes entreprises, les grands groupes s'y sont préparés, ont fait toutes les démarches, ils ont les moyens de le faire. Mais ceux qui souffrent apparemment, ce sont les PME et les TPE parce qu'il faut une expertise et ça coûte cher. Est-ce que vous avez des experts qui vont les aider ? Est-ce qu'il y a un moyen de les y amener ?

MOUNIR MAHJOUBI
Oui, plusieurs messages à ces TPE-PME puisque c'est à elles qu'il faut s'adresser. Ce règlement général pour la protection des données, cette nouvelle loi pour la protection des données, elle est équilibrée. C'est-à-dire qu'elle est proportionnelle en fonction du danger que représentent ces données. Si vous êtes une très grande plateforme internationale, que vous stockez des millions voire des centaines de millions d'informations sur des personnes, vous avez des très grosses obligations et des sanctions qui peuvent aller jusqu'à un milliard, un milliard et demi d'euros de sanctions si vous ne respectez pas. Si vous êtes un commerce de proximité, que vous avez une petite base de données de vos clients de proximité, les obligations du règlement elles sont légères. En une heure de travail, vous utilisez les documents pré-rédigés qui existent sur Internet et c'est réglé. Il faut vraiment se dire pour les PME.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous donnez un délai si on est PME-TPE ?

MOUNIR MAHJOUBI
C'est la CNIL qui va assurer les contrôles et la présidente l'a répété à plusieurs reprises : le 25 mai, elle ne va pas envoyer une centaine de men in black dans toutes les TPE de France.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Autrement dit, c'est une date fatidique mais pas fatale. C'est-à-dire qu'on a encore un délai pour s'adapter et apprendre.

MOUNIR MAHJOUBI
La tolérance sera aussi proportionnelle à la capacité de ces entreprises à l'avoir fait. Une entreprise qui n'aura fait aucun effort alors qu'elle a des données très sensibles, elle sera sanctionnée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça veut dire que désormais GOOGLE, FACEBOOK, UBER, AMAZON qui captent mes données doivent obtenir mon consentement. Je dois dire oui ou non.

MOUNIR MAHJOUBI
Vous devez dire oui ou non et vous devez même avoir le droit de dire oui dans le détail. Dire : « Ça, oui ; ça, non. »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et si je veux obtenir toutes les données dès le 26 mai, je peux les obtenir ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous pouvez même le faire dès aujourd'hui mais ce qui change à partir du 26 mai, c'est que ce sera juste avec un clic. Moi, j'ai récupéré mes données AMAZON par exemple.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous avez découvert beaucoup de choses ?

MOUNIR MAHJOUBI
J'ai envoyé une lettre recommandée, j'ai reçu un CD-rom.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Chacun découvre énormément sur…

MOUNIR MAHJOUBI
Ah ! Mais on découvre énormément, dans mes données Uber j'ai découvert ma vie entière…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On découvre tout, la vie intime, les données médicales, etc.

MOUNIR MAHJOUBI
Ce qui est très important c'est qu'on se rende compte de ce qu'on laisse et psychologiquement, au quotidien, une fois qu'on s'est rendu compte, on se met à laisser moins et à devenir plus responsable vis-à-vis de ses données.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors c'est une fois pour toutes les informations que l'on recueille ou on peut régulièrement, à tout moment, demander ce qu'il y a de nouveau ?

MOUNIR MAHJOUBI
Si vous le souhaitez, vous pouvez le faire toutes les heures, toutes les minutes, tous les jours, ce qui est très important vraiment – moi ce que je fais et ce que je souhaite que les parents transmettent à leurs ados et à leurs enfants – c'est prenez conscience des traces que vous laissez, prenez conscience de ce que vous mettez sur Internet, cette nouvelle loi elle va permettre à chacun de prendre conscience.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cela d'autant plus que le volume des données de chacun de nous, d'après ce que j'ai lu, double tous les 24 mois. J'ai dit les GAFA, c'est peut être une gaffe, parce que je devrais dire aussi les BATX, c'est-à-dire Baidu, Alibaba, Tencent, c'est-à-dire les Chinois qui s'intéressent à l'Afrique et à nous, qui commencent à être présents ?

MOUNIR MAHJOUBI
Tout à fait, ils sont de plus en plus présents. Mais ce qu'il faut rappeler c'est que ce règlement et cette loi pour la protection des données elle s'appelle à tout le monde, elle s'applique aux Américains qui vendent à des Européens et des Français et elle s'applique aux Chinois qui vendent à des Européens et à des Français - c'est ça qui est bien – c'est que ça met tout le monde sur un pied d'égalité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais rassurez-nous toutes les informations elles ne circulent pas librement, si par exemple les choix religieux ou politiques, les origines, les données qui concernent l'orientation sexuelle, la santé, ça doit être un peu plus contrôlé je suppose ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous avez raison, il y a certaines données c'est vraiment de la pure intimité numérique, c'est-à-dire que ça va chercher très, c'est le prolongement vraiment de ce que je suis et je n'ai vraiment pas envie qu'il y ait une fuite. Ce qui est nouveau dans cette loi aussi c'est que si une plateforme laisse fuiter des données elle a l'obligation de vous prévenir et elle a l'obligation de prévenir les autorités et, si elle ne le fait, c'est sanction.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les évaluations et les contrôles passent par la CNIL, encore une fois la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés, si ce n'est pas grave et, si c'est plus grave, par le ministère de la Justice, c'est-à-dire on est coincés entre Nicole BELLOUBET et les algorithmes ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ce qui est important d'entendre c'est qu'il y aura une attitude flexible et adaptée et, en même temps, une sévérité très importante pour tous ceux qui ont des responsabilités importantes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jean-Michel BLANQUER, le ministre de l'Education nationale, interdit les sorties scolaires dans les boutiques Apple, pourquoi, est-ce qu'un enfant ... (problèmes de son)... ou qui ont 10 ans c'est une incitation à leur consommation et même le début des addictions ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ce qui est certain c'est que moi je ne veux pas qu'on tape sur le responsable pédagogique ou le professeur qui a eu l'idée d'y aller parce que lui il l'a fait de bonne foi, il s'est dit : « c'est un moment où mes élèves vont pouvoir le faire », mais après dans le sens et le symbole et ce que ça fait à ces élèves d'aller apprendre du numérique - mais dans un lieu commercial – je peux comprendre que des parents aient dit : « il ne faut pas » et que le ministre ait répondu : « c'est sûr que non on n'amène pas une classe dans une boutique commerciale ». Mais c'est une question que vous abordez qui est très importante, à partir de quel âge il faut qu'on se pose des questions sur l'addiction à l'écran ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Réponse ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ca dépend des familles, ça dépend des enfants, par contre ce qui est important c'est que les parents en parle. Ce qui est certain c'est qu'il y a un âge jusqu'auquel il ne faut pas laisser les enfants seuls face à l'écran, il vaut mieux être présent avec eux ; et puis, après il y a une durée ; et puis il y a les moments, ce qui devient très dangereux c'est quand il n'y a pas de règle, que c'est tout le temps et qu'on ne peut plus communiquer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que c'est le mot qui est en train de monter, l'addiction, l'addiction au Smartphone, et vous allez aussi vous en occupez ?

MOUNIR MAHJOUBI
On va aujourd'hui s'en occuper, on va le prendre en main au sein du gouvernement, parce que c‘est une demande des Français et des parents, aujourd'hui les parents ils sont pommés face à ces nouveaux…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Surtout quand eux aussi ils sont pris par la dépendance ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous avez raison en parlant des enfants, mais aujourd'hui on a des histoires de famille où c'est un adulte à table qui a disparu mentalement puisqu'il est avec son téléphone. Moi vous savez que j'ai introduit des règles dans mon travail au quotidien avec mes équipes, en disant : « plus de téléphone quand on est ensemble » parce que ça fait vraiment créer des comportements qui empêchent de travailler.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous en parlez comme si c'était une drogue ou une maladie ?

MOUNIR MAHJOUBI
Mais comme tous les nouveaux usages... Vous savez avoir un téléphone chacun dans la main c'est nouveau, on n'était pas prêts à avoir cet objet magique avec un super écran…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ca, ça nous crée des comportements qu'il faut savoir travailler ensemble.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc dans votre ministère, etc., et autour de vous - et peut-être au gouvernement - vous vous occupez à la réduction de l'usage des Smartphones et, en même temps, vous faites en sorte qu'on se libère ou on se soigne de ces addictions galopantes ?

MOUNIR MAHJOUBI
La grande question c'est le contrôle, c'est-à-dire qu'on voit de plus en plus de gars, de personnes, qui perdent le contrôle et donc face à ça il faut qu'on redonne à chacun la capacité à décider. Vous savez le débat il a eu lieu sur la télé il y a très longtemps, il y a eu à chaque fois que de nouvelles technologies arrivent, sur le jeu vidéo c'est un travail quotidien des éditeurs, là il faut que ce soit la même chose sur les services...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez du boulot en perspective. Les injures, les insultes, la haine en ligne devient un phénomène d'ampleur dangereuse et même effrayante, aujourd'hui il n'est pas bon d'être – il y a eu une enquête – d'être juif, musulman, noir, femme, homosexuel, les injures prennent une dimension ?

MOUNIR MAHJOUBI
On m'a remis il y a quelques semaines un panorama de la haine en ligne, dans ce panorama on découvre que 1 message sur 10 - 10 % des messages - sur tous les grands sites et les pages de média ce sont des messages de haine, 50 % d'entre eux c'est une catégorie c'est la haine généraliste comme l'on dit, la haine généraliste c'est quelques insultes et, ensuite, il y a…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Du classique quoi ?

MOUNIR MAHJOUBI
Du classique que je ne citerai pas ! Et puis, après, on a des haines plus thématiques, on a du racisme, on a de la grossophobie, on du misogynisme, on a de l'antisémitisme, on a des paroles anti-arabes, antimusulmans…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et, quand on a tout ça, qui doit supprimer la haine, qui doit les combattre et de quelle façon ?

MOUNIR MAHJOUBI
Ce qu'on a rappelé avec le Premier ministre c'est qu'on devait absolument donner les outils juridiques pour aller plus loin, la situation actuelle ne va pas, c'est pour ça qu'on a nommé une mission avec monsieur AMELLAL, madame AVIA et monsieur TAÏEB…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, d'accord, d'accord, encore une fois…

MOUNIR MAHJOUBI
Pour faire quoi ? Pour faire quoi ? Pour trouver une façon d'aller plus vite et de demander aux plateformes d'être plus responsables. Aujourd'hui quand vous identifiez ces messages, que vous demandez leur suppression, ils ne sont pas supprimés ; et vous avez répondu, il y a deux questions : qu'est-ce qui décide ? La victime, la plateforme, un juge ? Ça va dépendre des types de contenu et il faudra tout faire pour aller plus vite, il faudra tout faire pour que ce soit plus légitime…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a quelques amis et spécialistes que je connais, qui disent : « mais pourquoi on ne signe pas les tweets, pourquoi on ne donne pas l'identité de celui qui tweete, comme ça on peut savoir ce qu'il dit et d'où ça vient ? ».

MOUNIR MAHJOUBI
Il y a des gens qui proposent que tout l'Internet soit un Internet non anonyme où on se connecte avec l'identité vérifiée pour le faire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors ?

MOUNIR MAHJOUBI
Le problème avec ça c'est que ça rompt avec le principe même qui a toujours été Internet d'un lieu de liberté d'expression, vous savez c'est comme dans la rue, dans la rue on ne vous demande pas de vous balader avec une pancarte qui dit : « voilà mon nom, voilà mon…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais alors il faut s'habituer au nom de la liberté d'expression à avoir ces torrents de boue et d'injure ?

MOUNIR MAHJOUBI
Surtout pas ! Et c'est pour ça qu'on Propose un plan d'action qui NE démarre pas que par la loi, c'est : comment à l'école on apprend à mieux débattre et discuter en ligne, comment quand la haine est exprimée on peut la supprimer et, quand elle va plus loin, quand c'est du harcèlement... la loi de madame SCHIAPPA qui est discutée en ce moment à l'Assemblée elle prévoit par exemple de créer un délit de harcèlement en ligne pour faire stopper les actions de ceux qui harcèlent les femmes sur Internet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord. Avant que vous partiez, les voitures autonomes ça nous passionne, dans deux ans les Français pourront circuler dans des voitures autonomes, c'est-à-dire que si le pilotage est automatique ils ne conduisent plus…

MOUNIR MAHJOUBI
Ça veut dire qu'ils ne conduisent plus. Mais la voiture autonome ça veut dire quoi ? Ça veut dire c'est mieux pour l'environnement, ça veut dire la fin des bouchons, ça veut dire aller plus vite d'un point à un autre, ça veut dire plus de sécurité, plus de simplicité, mais pour ça il faut encadrer l'arrivée de cette nouvelle technologie et il faut que ce soit possible rapidement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais alors les voitures, c'est-à-dire au début je peux conduire et puis après il y a un système qui permet l'automaticité ?

MOUNIR MAHJOUBI
Pendant 10 - 15 ans on va vivre dans une période de transition où on va avoir différents types de véhicules et le même véhicule où on sera dans une voie où les véhicules autonomes sont autorisés, une autre où il faut que le conducteur reprenne en main et, ça, c'est-ce qu'on va vivre petit à petit ensemble.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais c'est vrai qu'il y aura des voies spéciales sur les autoroutes ?

MOUNIR MAHJOUBI
Vous savez qu'il y a déjà des projets sur autoroute autour de la ville, la mairie de Paris en a déjà parlé dans des projections sur les 15 prochaines années, vous savez c'est important qu'on se prépare dès aujourd'hui à la façon qu'on va avoir de bouger dans l'espace dans quelques années.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les voitures ou les camions d'abord ?

MOUNIR MAHJOUBI
Beaucoup disent les camions fret seront les premiers ou alors les flottes de camions fret, vous savez un camion conducteur qui avance…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, les convois.

MOUNIR MAHJOUBI
Et, ensuite, un convoi automatisé derrière…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est expérimenté aux Etats-Unis.

MOUNIR MAHJOUBI
Tout à fait ! On va voir quelles vont être les expérimentations, mais ce que le gouvernement a souhaité c'est de permettre les expérimentations à grande échelle sur toutes les routes dès 2020.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais est-ce que vous - et j'en termine - vous les syndicats et les chercheurs, vous commencez à nous prévenir ou à penser avec les transporteurs routiers, avec les taxis, etc., que pour éviter des catastrophes sociales, des crises majeures il faut commencer en discuter plutôt que de discuter de petits problèmes ?

MOUNIR MAHJOUBI
Evidemment ! Et, ça, c'est le sujet de toute l'intelligence artificielle et de tout le numérique, tous ces emplois qui vont être transformés, qui vont disparaître, qui vont venir de nouveaux emplois - le numérique ça crée des milliers d'emplois mais ça en détruit aussi…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais ça en perd aussi.

MOUNIR MAHJOUBI
Donc, comment – et ça c'est le principe du plan d'investissement pour les compétences - comment on forme tous ceux qui vont perdre leur emploi demain à avoir…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Allez, rassurez-vous, vous viendrez parler d'intelligence artificielle avec Cédric VILLANI et en même temps…

MOUNIR MAHJOUBI
Avec joie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En même temps de ce que vous faites. Aujourd'hui c'est la folie, Marseille, l'Atletico Madrid, vous êtes quoi vous ?

MOUNIR MAHJOUBI
J'ai été élu député de Paris, je soutiens l'équipe de Paris, mais ce soir on est tous Français et on est tous Marseillais, donc allez il faut que l'OM gagne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, que l'OM gagne. Est-ce que vous allez à Lyon avec le président de la République qui est un fan de l'OM et de Marseille où il passe ses vacances ?

MOUNIR MAHJOUBI
Je n'y serai pas et je vous le rappelle encore une fois je suis député de Paris et de l'équipe du PSG toute l'année, ce n'est pas la même que celle du président.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais lui il est élu de toute la France, donc il peut porter le tee-shirt de l'OM ?

MOUNIR MAHJOUBI
En tout cas ce soir je suis très heureux, je soutiendrai la même équipe que le président de la République.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et nous aussi, sans forcément suivent le président de la République ou le gouvernement, mais on est pour Marseille, vive Marseille. Demain je recevrai Thierry SOLERE, une sorte de revenant, après une cure de silence il rapplique, il revient.

MOUNIR MAHJOUBI
Bonne journée à vous aussi.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 mai 2018

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