Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV/RMC le 16 mai 2018, sur la politique de l'environnement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV/RMC le 16 mai 2018, sur la politique de l'environnement.

Personnalité, fonction : HULOT Nicolas, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité ce matin, Nicolas HULOT, ministre de la Transition écologique. Nicolas HULOT bonjour.

NICOLAS HULOT
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. 12 mois au gouvernement demain.

NICOLAS HULOT
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Demain. Vous vous étiez donné un an pour juger de votre utilité au gouvernement. Est-ce que vous êtes satisfait ?

NICOLAS HULOT
Satisfait, c'est difficile. Moi je vois surtout ce qu'il reste à faire. Vous savez, d'abord, pour répondre très clairement. Là, je suis en pleine action parce que je viens de lancer un plan de rénovation thermique, on va lancer le plan diversité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y revenir.

NICOLAS HULOT
Avec Brune POIRSON on a lancé une feuille de route économie circulaire, nous sommes dans la programmation pluriannuelle de l'énergie, on a les assises de l'eau. Jusqu'à l'été, j'ai la tête sous l'eau. Cette évaluation-là, je la ferai cet été. Il y a une chose que je sais mal faire, je peux le faire comme tout le monde, c'est mentir et surtout mentir à moi-même. Donc cet été, là je ferai cette évaluation, voilà, et je pense que cet été j'aurai suffisamment d'éléments pour pouvoir regarder si effectivement je participe à cette transformation sociétale. Mais évidemment en un an, parce que l'enjeu que je porte ce n'est pas un enjeu marginal, c'est une transformation profonde, majeure, de notre société.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous dites : les conditions irréversibles de la transition écologique.

NICOLAS HULOT
Je pense que par exemple, sur deux sujets, on a changé de tropisme. Sur les sujets santé environnement, même si ça ne va pas assez vite, je pense qu'on est passé d'une approche au cas, à une mise en place d'une méthodologie qui va nous permettre de petit-à-petit de s'affranchir des pesticides, et de regarder avec de nouvelles méthodologies les relations de cause à effet entre l'utilisation d'un certain nombre de substances et leurs effets environnementaux et leurs effets sanitaires. Ça ne se fera pas du jour au lendemain, mais là je position de la France sur laquelle parfois on a dit que j'avais avalé des couleuvres, enfin celle-là franchement, là je dis qu'on s'est un peu trompé de diagnostic, sur les perturbateurs endocriniens, sur les néonicotinoïdes, et sur le glyphosate, heureusement qu'on a eu des positions fermes. Alors il y a nos propres positions, et puis il y a ce que ça a entraîné. Si l'Europe, il y a quelques jours, a embrayé sur les néonicotinoïdes, je pense que la fermeté de la France y a été pour quelque chose. Les agences européennes, les agences mondiales, les agences nationales, vont maintenant se coordonner parce que vous savez que la difficulté qu'on avait jusqu'à présent c'est qu'en réalité, qu'est-ce qu'on calculait, qu'est-ce qu'on vérifiait sur la dangerosité d'un produit, simplement ce qu'on appelle l'effet de dose. On regardait la toxicité immédiate, puisqu'on découvre et que vous connaissez bien, c'est qu'il y a ce qu'on appelle des effets cocktail, c'est parfois une molécule toute seule, n'a pas de danger, ne provoque pas de danger, mais associée par exemple à un adjuvant, elle peut avoir un effet dangereux. Donc, cela, je pense qu'on a vraiment changé de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Là vous avez avancé…

NICOLAS HULOT
... et le modèle agricole, très sincèrement, quand je vois, pour vous ça va paraître anodin, mais que la FNSEA, elle-même, propose un plan de sortie des pesticides, je ne dis pas que je m'en accommode, mais c'est une révolution culturelle, ça veut dire que y compris conventionnel, s'engage dans une démarche de progrès. Quand vous voyez que, à la sortie des OGA, chaque citoyenne et citoyen pourra avoir un repas sur deux, dans la restauration collective, dans les hôpitaux, dans les crèches, dans les écoles, avec des produits de qualité et de proximité, il y a des choses qui changent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui avancent.

NICOLAS HULOT
... en profondeur et on va changer d'échelle, notamment dans les nouvelles formes de production agricole, dans l'agro-écologie, dans la permaculture, dans l'agroforesterie, dans l'agriculture bio, et y compris le conventionnel va rentrer dans une démarche de progrès.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc Nicolas HULOT, pour résumer, vous déciderez cet été si vous partez ou si vous restez au gouvernement.

NICOLAS HULOT
Vous savez, d'abord, pour être au gouvernement, ça dépend, c'est comme dans un couple, ça dépend d'abord du président de la République et du Premier ministre, c'est eux qui décident de ma présence ou pas au gouvernement. Après, moi je n'ai pas d'agenda personnel, moi la seule chose c'est que je suis là pour faire et pour organiser, harmoniser, mais je ne peux pas le faire tout seul, évidemment, cette transformation sociétale. Eh bien cet été on aura, avec le président et le Premier ministre, je pense, un moment de vérité, on fera le point, on tracera les perspectives, et on prendra ensemble des décisions sur l'avenir et sur les prochaines étapes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou non, je reste ou je pars ?

NICOLAS HULOT
Oui, enfin, je ne le pose pas dans une…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non non, mais enfin, je reste ou je pars !

NICOLAS HULOT
Comprenez bien, soit je sens que je peux faire, qu'on a une perspective et qu'effectivement, parce que ça ne peut pas être une action simplement individuelle. Pour comprendre la difficulté de l'exercice, moi je me retrouve dans un dilemme permanent. Vous avez d'un côté des aspirations individuelles immédiates, de chaque citoyen, de chaque corporation, qui a à faire face à des souffrances, des difficultés immédiates, et de l'autre côté, vous avez des enjeux vitaux, qui sont moins visibles, qui conditionnent tout ce qui a de l'importance à nos yeux, mais qui descend dans la rue pour protéger la diversité ? Qui descend dans la rue pour lutter contre la pollution de l'air ? Et moi je suis dans cette confrontation immédiate, parce que le court-terme fait peser sur les épaules du gouvernement une pression énorme, et les enjeux de long terme que je porte, qui sont à long terme, beaucoup plus préjudiciable pour l'humanité et pour les générations futures, elles, elles ne se manifestent pas, et moi mon action, mon rôle, c'est d'essayer que tout le monde regarde dans la même direction, et avance dans la même direction. Si j'arrive à imprimer ce mouvement dans les transformations du modèle agricole, dans les sujets santé environnement, dans la transition énergétique, s'il ne reste plus qu'à accélérer derrière, je serais content. Si je sens qu'on n'avance pas, que les conditions ne sont pas remplies, voire éventuellement qu'on régresse, à ce moment-là j'en tirerai des leçons, mais je ferai cet exercice…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous êtes capable de partir. Vous êtes capable de partir !

NICOLAS HULOT
Mais, vous savez, évidemment, enfin, je suis capable de partir si je sens que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si vous vous sentez, vous êtes capable de partir.

NICOLAS HULOT
Il y a eu une forme de naïveté. On s'est dit : HULOT, au gouvernement, comme on m'accorde d'avoir un peu de convictions, et mes convictions n'ont pas changé, on s'est dit : ça va être génial, du jour au lendemain, tout va être réglé. Enfin, c'est une vision un peu raccourcie. On hérite quand même de décennies d'aménagement du territoire, de politiques publiques, qui ont fait abstraction de ces grands enjeux, et moi je me retrouve aujourd'hui. Je prends un exemple très précis : quand vous avez une usine, dont je sais qu'elle est polluante, mais qu'on l'a laissée se développer pendant des décennies, et que si demain matin je prends l'angle environnemental, je la ferme, je mets 250 voire 500 personnes avec les emplois indirects, au chômage, eh bien les choses ne peuvent pas se régler en un an, donc il faut les planifier. Il faut les planifier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Nicolas HULOT, alors je vais prendre un exemple. TOTAL, à la Mède, près de Marseille, vous serez à Marseille après-demain.

NICOLAS HULOT
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
TOTAL, La Mède, qui veut ouvrir une usine pour des biocarburants et qui va utiliser de l'huile de palme…

NICOLAS HULOT
Non, la réalité est plus complexe que ça. Le gouvernement précédent a demandé à TOTAL de transformer sa raffinerie, qui est une raffinerie qui se faisait à base de produits pétroliers, et de la transformer sous peine de la fermer. Et du coup ils ont transformé, ils ont fait plusieurs centaines de millions de travaux, ça a été demandé par le gouvernement précédent, et ils ont transformé cette raffinerie pour qu'elle s'alimente à partir non plus de produits d'énergies fossiles, mais notamment des produits oléagineux, des huiles etc. Bon. On leur a demandé ça pour sauver 250 emplois. Maintenant, il se trouve que, évidemment, dans le modèle économique, ils ont décidé d'avoir une proportion d'huile de palme. La tendance, le sens de l'histoire, c'est qu'on va, à terme, au niveau européen, arrêté d'importer des huiles de palme. Mais je ne peux pas leur demander là, alors qu'ils ont fait ces efforts, ces investissements, de renoncer, parce qu'ils ont joué le jeu, ça a été demandé, avec le gouvernement précédent, donc j'ai eu monsieur...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous ne leur demandez pas de renoncer.

NICOLAS HULOT
Je leur demande, et on fera un communiqué cet après-midi, j'ai eu monsieur POUYANNE, de réduire au maximum l'utilisation d'huile de palme, et vous verrez qu'ils ont réduit au maximum d'utilisation d'huile de palme, et d'essayer d'année en année, de réduire la part d'huile de palme et d'augmenter la part d'huiles usagées. Mais on ne peut pas avoir tout, du jour au lendemain. La tendance irréversible de s'affranchir des huiles de palme et d'éviter la déforestation importée, celle-là, on ne reviendra pas en arrière, mais du jour au lendemain…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire qu'on n'utilisera plus d'huile de palme en France par exemple.

NICOLAS HULOT
A terme, l'Europe prendra évidemment ses responsabilités.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, ça veut dire quoi ?

NICOLAS HULOT
Dans les années qui viennent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans les années qui viennent. Le glyphosate, j'y reviens, j'y reviens, vous parliez tout à l'heure de pesticides, c'est une info RMC, le député que vous connaissez bien, Matthieu Orphelin, député La République En Marche, a déposé, va déposer avant la fin de la semaine un amendement interdisant le glyphosate avant trois ans, avec des dérogations possibles quand il n'y a pas d'alternative, jusqu'en 2023, c'est-à-dire cinq ans, vous appuyez ce cet amendement ?

NICOLAS HULOT
Moi, j'y suis plutôt favorable, je vais vous dire pourquoi, parce qu'il faut être cohérent, il faut être cohérent, puisque la France a annoncé que, on allait renoncer à l'utilisation du glyphosate d'ici trois ans, sauf, et c'est normal, quand on va se trouver vraiment dans des impasses technologiques, mais il faudra en faire la démonstration, parce que, pendant longtemps, j'ai entendu me dire : on ne sait pas faire autrement, et puis, maintenant, on me dit : laissez-nous du temps pour faire autrement. Donc si on ne se fixe pas ces points d'étape, je sais très, très bien qu'il ne se passera rien, moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous appuyez cet amendement ? Vous le soutenez ?

NICOLAS HULOT
Moi, je suis favorable à ce qu'on inscrive dans la loi l'interdiction du glyphosate, assortie des possibilités d'exonérations quand on se retrouvera dans des impasses technologiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous soutenez cet amendement ?

NICOLAS HULOT
Donc je suis favorable à cet amendement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, cet amendement qui, finalement, remplit une promesse, mais qui est une promesse du président de la République, pardon, mais, au passage…

NICOLAS HULOT
Qui est simplement un acte de cohérence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, un acte de cohérence. Bien. Interdiction du plastique dans les cantines.

NICOLAS HULOT
Mais vous avez vu dans la feuille de route et le plan Economie circulaire que Brune POIRSON et le Premier ministre ont présentés il y a de ça quelques semaines, nous sommes dans une perspective de zéro plastique, et donc d'une interdiction, et notamment, de faire à terme, et dans un délai très court, qu'on ne puisse plus…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ?

NICOLAS HULOT
Dans les quatre prochaines années, voilà…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant la fin du quinquennat…

NICOLAS HULOT
Avant la fin du quinquennat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'on ne puisse plus quoi ?

NICOLAS HULOT
Eh bien, en tout cas, qu'on ne puisse plus du tout… d'abord, il faut qu'on aille vers 100 % de plastique recyclé, voilà recyclable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Recyclable. Fonds d'indemnisation des agriculteurs victimes des pesticides ?

NICOLAS HULOT
Alors, j'y suis favorable sur la philosophie et sur le principe, bien entendu, j'y suis favorable, la seule réserve que, Agnès BUZYN a fait valoir, c'est que, parfois, c'est très difficile d'attester dans les cadres et les méthodologies actuels exactement les relations de cause à effet, parce que parfois, la source d'un cancer, pour ne parler que d'un cancer, ça peut être multifactoriel, mais sur le principe, quand un agriculteur, comme ça a été le cas de Paul FRANÇOIS qui a fait condamner MONSANTO, eh bien, là, c'est une maladie professionnelle, et il est indemnisé, quand on aura évidemment adapté dans les évaluations des cause à effet entre l'ingestion ou éventuellement la respiration d'un certain nombre de molécules, et c'est pour ça qu'il faut changer et donner des moyens à nos agences de pouvoir valider ces expertises, quand on aura certifié cela, ça sera évidemment beaucoup plus facile après de pouvoir indemniser, mais aujourd'hui, en l'état des moyens de recherche, ça va être très difficile de fiabiliser l'expertise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tout le monde se fiche de la biodiversité, j'ai vu votre coup de colère, vous dites : on devrait avoir honte, c'est-ce que vous avez dit, il y a quelques semaines, honte. Demain, je crois que c'est, ou après-demain, non, demain, vous présentez…

NICOLAS HULOT
Vendredi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vendredi, vous présentez un plan bio pour la biodiversité. Quel est l'objectif, quelle est l'idée du plan ?

NICOLAS HULOT
Mais vous savez, d'abord, l'idée du plan, c'est qu'il faut que la France prenne sa part de responsabilité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est de la préserver…

NICOLAS HULOT
Et que l'on protège les écosystèmes, que l'on arrête d'empoisonner la nature, qu'on arrête d'artificialiser les sols…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comment ?

NICOLAS HULOT
Eh bien, avec un certain nombre d'outils réglementaires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par exemple ?

NICOLAS HULOT
On peut très, très bien envisager à terme que, avant de transformer l'utilisation d'un sol, d'abord, la taxe sur les pollutions diffuses que l'on a mise en place, quand on lutte contre les pesticides, on protège la biodiversité, si on a un plan pour essayer de freiner l'artificialisation des sols, ça participe à protéger la biodiversité, mais je ne vais pas vous dévoiler tout mon plan, je vais le dévoiler vendredi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, non, pas tout. Oui…

NICOLAS HULOT
Ce que je veux simplement dire, mon objectif, c'est que la France va accueillir un certain nombre d'événements internationaux liés à la biodiversité, et notamment lors du G7, que la France va accueillir la semaine prochaine. Mon objectif, c'est de placer dans le radar de nos sociétés, l'enjeu biodiversité au même niveau que l'enjeu climatique, parce que les préjudices pour l'humanité sont exactement aussi forts, si ce n'est plus forts, que celui de l'enjeu climatique, et on ne gagnera pas une bataille sans l'autre. Donc je vais utiliser tous les moyens, mais pour que la parole de la France, comme elle est crédible dans le climat, soit crédible dans la biodiversité, il faut aussi que dans les collectivités, les citoyens, chacun d'entre nous, s'interrogent sur sa responsabilité, quand vous voyez par exemple la difficulté, et je peux le comprendre, et je ne fustige pas les éleveurs, mais que je vais avoir à réintroduire deux ours dans les Pyrénées, comment, après, aller voir, comme je vais aller au Tchad bientôt, enjoindre le Tchad à lutter contre le braconnage des éléphants, pour qu'on ait un minimum de crédibilité, il faut que nous, on ne renonce pas, on ne baisse pas les bras. Donc j'appelle, là, dans ce domaine-là, comme dans d'autres, à une forme de concertation, d'ouverture d'esprit, mais il faut que chacun prenne sa part de responsabilité parce que c'est un enjeu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous vous adressez, là, aux bergers, vous vous adressez à tous ceux qui sont contre la réintroduction des ours.

NICOLAS HULOT
Eh bien, la population, majoritairement, elle y est favorable, mais on peut comprendre qu'on puisse être favorable à la réintroduction d'un ours quand on n'est pas affecté par sa présence, mais j'ai aussi des éleveurs, pardon, qui m'écrivent, parfois, ils le font d'une manière anonyme, mais pour me dire que, eux, ils sont aussi pour la présence de l'ours et la présence du loup, parce que, historiquement, le pastoralisme et ses prédateurs ont cohabité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc d'autres ours seront…

NICOLAS HULOT
On a besoin... Il y a un foyer où il n'y a que deux mâles, dans le foyer des Pyrénées Atlantiques, il faut - et c'est une injonction européenne mais ce n'est pas parce qu'il y a une injonction européenne que je vais le faire – on a besoin pour garantir la survie de l'espèce de réintroduire au minimum deux femelles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, les prix de l'essence et du gazole à la pompe - on parlait du climat - ont augmenté et fortement augmenté depuis un an. Est-ce que la fiscalité sur les carburants va encore augmenter ?

NICOLAS HULOT
La trajectoire carbone, oui. Elle va augmenter et elle ne cessera d'augmenter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que les prix, les taxes vont augmenter sur le gazole notamment ?

NICOLAS HULOT
D'abord, il y a rattrapage du diesel sur l'essence qui va augmenter, qui se fait progressivement, et puis vous avez le prix…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'année en année. L'année prochaine, les taxes augmenteront sur le gazole.

NICOLAS HULOT
Absolument. Mais ce qu'il faut voir en parallèle, parce que j'essaie de faire en sorte de démocratiser l'écologie, on a mis en place - et ça, on en parle jamais - notamment depuis le Plan climat mais au-delà du Plan climat, un certain nombre de dispositifs dont les Français peuvent s'emparer et certains commencent à s'emparer, qui leur permettent largement de compenser la hausse du prix des énergies en s'équipant pour réduire durablement et se protéger durablement de l'augmentation du prix de l'énergie. Les primes à la conversion, mille euros pour certains.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça marche très fort, les primes à la conversion.

NICOLAS HULOT
Très fort.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'objectif, c'était cent mille sur l'année. Vous en êtes à combien, là ?

NICOLAS HULOT
On en est à quarante mille. Je lance un appel : allez sur les points info énergie, regardez l'ensemble des dispositifs qui, pour certains ménages et notamment les ménages les plus modestes, pour la rénovation de leurs bâtiments, pour changer leur chaudière, pour changer leur véhicule, parfois peut aller à plusieurs milliers d'euros. Les gens ne le savent pas. Donc j'ai mis en place entre les primes à la conversion, entre les certificats d'économie d'énergie, entre le chèque énergie que j'ai envoyé à quatre millions de Français, il y a un nombre de dispositifs pour que ma transition écologique, comme je l'ai affiché dans le ministère, elle soit écologique et elle soit solidaire. Regardez ce dont vous pouvez disposer. Parfois, vous pouvez rénover pour un euro votre habitation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Donc la fiscalité va augmenter, mais parallèlement les aides à la conversion seront prolongées. Est-ce qu'elles seront prolongées en 2019 ?

NICOLAS HULOT
Oui, elles seront prolongées et au passage…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même augmentées peut-être ?

NICOLAS HULOT
Il y a des crédits d'impôts qui n'étaient accessibles qu'aux gens qui pouvaient faire l'avance que nous transformons en prime. Donc c'est aussi un changement, parce que ne pouvaient bénéficier de ce dispositif que ceux qui pouvaient avancer les travaux. Maintenant, une fois que vous aurez fait les travaux, vous retrouverez un chèque immédiatement à l'exécution des travaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous confirmez votre objectif : en 2040 en France, on ne vendra plus ni de voitures à essence ni de voitures diesel ?

NICOLAS HULOT
Evidemment que je confirme l'objectif mais comprenez bien l'intérêt de cet objectif. Vous pouvez me dire : où serez-vous en 2040 pour pouvoir… Voilà. L'intérêt de ça, qu'est ce qui s'est passé dans la foulée. C'est que des constructeurs automobiles français ont annoncé dans un délai très court - 2025 pour l'un d'entre eux – qu'à chaque véhicule thermique, il y aura une version électrique. Qu'est-ce qui se passe dans le même temps ? C'est qu'on est en train partout de multiplier l'installation des bornes électriques. On est en train de structurer ces filières. Je vais bientôt lancer un plan hydrogène, parce que je crois beaucoup à l'utilisation de l'hydrogène, pas forcément pour les petites unités, pour les flottes de camions, pour les flottes municipales…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire Plan hydrogène ? Vous allez encourager ? Encore faut-il trouver des véhicules.

NICOLAS HULOT
On va développer la filière hydrogène.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et comment ?

NICOLAS HULOT
Parce que l'hydrogène, ça sert à stocker l'énergie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment ? Avec des aides ? Comment ?

NICOLAS HULOT
Oui, avec des aides. On a préparé avec le CEA un Plan hydrogène. J'ai réuni à trois reprises au ministère l'ensemble des acteurs économiques. On a toute la chaîne. On a des acteurs économiques qui sont prêts et il faut que la France prenne un avantage compétitif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand est-ce que vous présentez ce Plan hydrogène ?

NICOLAS HULOT
Le 1er juin, et notamment je vais aussi aller dans un certain nombre de villes. Vous allez à Pau : les bus vont être transformés bientôt en bus à hydrogène. ALSTOM fabrique des rames et des trains à hydrogène. Donc on a une flopée d'entreprises, une flopée de collectivités qui veulent investir dans ce domaine-là. Le rôle de l'Etat, c'est de faire émerger cette filière, l'accompagner le temps qu'économiquement, elles deviennent rentables, et ça fait partie aussi des travaux, pas forcément très visibles, mais que nous menons dans ce ministère. Parce que souvent on nous dit : « Mais on ne vous voit pas. » Mais on ne peut pas à la fois être au four et au moulin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A Notre-Dame-des-Landes - ce sera ma dernière question - les derniers zadistes qui n'ont pas de projet seront expulsés ?

NICOLAS HULOT
Ils seront expulsés. Je préférerais qu'ils partent d'eux-mêmes parce qu'il y a un moment ou un autre, je pense qu'on a fait le maximum. On a essayé d'apaiser les choses, on a donné des voies de sortie à tout le monde, on a permis à ceux, et qui sont nombreux et qui l'ont fait, qui veulent rentrer dans un cadre légal, dans des projets puisque maintenant on signe les premières conventions, ce qui a été fait avec le Ministre de l'Agriculture, la chambre d'agriculture et la préfète Nicole KLEIN. Voilà. Maintenant, comme il va falloir que ces gens puissent aller sur leurs terres et commencer à pratiquer leur activité agricole, là où il y a des gens qui occupent illégalement, la raison d'être de ce combat n'était pas l'occupation illégale des terres : la raison d'être, et c'est une raison d'ailleurs qu'il faut garder à l'esprit parce qu'elle avait sa pertinence et quelque part sa légitimité, c'était de protéger les terres agricoles qui deviennent des terres rares, protéger la biodiversité, protéger les zones humides. C'est fait. Et se poser à la question à l'avenir de savoir où est-ce qu'il faut mettre l'argent. Est-ce qu'il vaut mieux mettre l'argent dans une onzième plateforme aéroportuaire dans une région qui en avait déjà énormément ? Ou est-ce que la rénovation des bâtiments, est-ce que la précarité énergétique, est-ce que les équipements pour gérer l'eau qui va devenir une denrée rare, est-ce que tout ça n'est pas plutôt prioritaire par rapport à ce type d'aménagement qui me semblent être des aménagements d'une autre époque ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Nicolas HULOT.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 mai 2018

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