Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Info le 18 mai 2018, sur la proposition de PSA d'un accord d'entreprise de "modération salariale" et la réforme de la SNCF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Info le 18 mai 2018, sur la proposition de PSA d'un accord d'entreprise de "modération salariale" et la réforme de la SNCF.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : BRUCE TOUSSAINT
Christophe CASTANER, Secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, délégué général de La République en marche est l'invité de Franceinfo ce matin.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous étiez hier soir l'invité de L'Emission politique. Il s'agissait d'évoquer la première année du gouvernement d'Edouard PHILIPPE sous la présidence d'Emmanuel MACRON. Jean-Marie LE PEN… Heu, pardon ! Marine LE PEN. Pas Jean-Marie LE PEN mais Marine LE PEN, Jean-Luc MELENCHON et Laurent WAUQUIEZ étaient également sur le plateau ainsi qu'Olivier FAURE qui est arrivé avec une balance pour exprimer de manière imagée ce qu'est, selon lui, le bilan déséquilibré de la première année du gouvernement. Un gouvernement, dit Olivier FAURE, qui n'en a que pour les riches. On écoute le Premier secrétaire du Parti socialiste.

Extrait de L'Emission politique de France 2 :
OLIVIER FAURE, PREMIER SECRETAIRE DU PARTI SOCIALISTE
Il y a d'abord eu l'impôt sur la fortune. Et puis après, il y a eu la flat tax qui a permis de baisser l'impôt sur les dividendes. Et maintenant, on nous dit qu'on va même enlever l'exit tax, une amnistie pour les évadés fiscaux.

JEAN-MICHEL APHATIE
Enfin, sans doute que vous jugez ce procès-là infondé, mais ça s'est installé et au bout d'un an, au fond, c'est votre échec : Emmanuel MACRON est le président des riches, des très riches dit même François HOLLANDE. Ça, c'est un échec, au moins en termes de communication.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui. C'est clair que cette perception-là est portée, elle est incarnée, caricaturée comme l'a fait Olivier FAURE hier soir. Quand il parle de l'exit tax, des évadés fiscaux, ça n'a rien à voir. On parle de gens qui viennent investir en France, qui ensuite retournent dans un pays étranger, et donc cela n'a strictement rien à voir avec les évadés fiscaux, mais on a besoin de caricaturer cela. Mais au fond, ça révèle quoi, y compris l'image de la balance ? C'est qu'Olivier FAURE n'est toujours pas sorti de ce système, de cette vision politique où il faut une droite, une gauche qui s'opposent de façon systématique. On aurait des mesures marquées à droite, des mesures marquées à gauche, peu importe qu'elles marchent ou pas. La question de l'ISF, c'est le meilleur exemple. Nous étions le dernier pays en Europe à avoir l'ISF, tout simplement parce que c'était un totem. Tout le monde sait que ça ne marchait pas et que, de toute façon, les plus riches.

JEAN-MICHEL APHATIE
L'ISF ne marchait pas ?

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr que ça ne marchait pas.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça rapportait cinq milliards d'euros au budget.

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a des choses qui peuvent rapporter, vous savez.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pourquoi vous dites que ça ne marchait pas, l'ISF ?

CHRISTOPHE CASTANER
Tout simplement parce que ça freinait l'investissement. Parce qu'on a une fiscalité qui, aujourd'hui, pénalise la prise de risque. On avait une fiscalité qui, quand vous investissez dans l'entreprise et donc dans la création d'emplois, vous faisait courir le risque d'une sanction fiscale. Alors même que si vous avez investissiez dans l'immobilier, et non le risque, à ce moment-là vous n'aviez pas de difficultés et c'est ce qu'on a voulu changer. On a voulu faire en sorte que, dans ce pays, on puisse investir dans la prise de risque, dans l'économie réelle, dans la création d'emplois. Alors on va caricaturer. On va dire : vous faites des cadeaux aux riches, vous faites des cadeaux au CAC 40, mais la réalité de l'économie…

JEAN-MICHEL APHATIE
L'image est là.

CHRISTOPHE CASTANER
Dans mon département, 98 % des entreprises ont moins de dix salariés. C'est cette économie-là à laquelle on s'adresse.

JEAN-MICHEL APHATIE
L'image est là, le sparadrap est là et on peut se dire - puisque la politique c'est de la communication, il faut être habile - que la manière dont par exemple Emmanuel MACRON a annoncé la suppression de l'exit tax, c'est-à-dire qu'on n'en parle à personne puis tout d'un coup le magazine Forbes magazine, un magazine là pour le coup plutôt destiné aux gens riches, il donne une interview et il dit : « On va supprimer cette taxe. » Ce n'est quand même pas très malin, ça, de le faire comme ça. Je ne vous parle pas du fond, je vous parle là de la communication. En fait, vous creusez vous-même le trou dans lequel vous pouvez vous trouver dans cette histoire.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, je ne crois pas. Parce que si on est seulement dans une approche de communication, l'exit tax, la suppression vise à dire à des investisseurs étrangers : « Vous pouvez venir investir en France et vous ne serez pas pénalisés si vous réussissez en France et qu'à ce moment-là vous faites remonter des revenus de votre investissement en France. » Et donc s'adresser aux investisseurs étrangers pour leur dire « venez investir en France », ça me paraît bien. Par contre, il y a cette lecture politique de dire : « Vous voyez ! Encore un cadeau aux riches ! » Donc on parle d'une quinzaine de millions d'euros, d'une taxe qui a été fixée en 2011, qui avait comme vocation d'éviter que des Français partent à l'étranger. Résultat : on a multiplié par trois le nombre de Français partis à l'étranger depuis 2011 sous François HOLLANDE, c'est-à-dire le président de la République représente Olivier FAURE dans son image de la balance aujourd'hui. Parce qu'au fond, peu importe de savoir si ça marche ou pas, on va chercher des marqueurs symboliques de droite et de gauche et puis on va les traîner.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous en souffrez ? C'est dur ? Ça vous pénalise quand même.

CHRISTOPHE CASTANER
Je pense que la France en a souffert.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, non, mais là le procès qui vous est fait de président des riches, ça vous pénalise. Ça complique votre action ?

CHRISTOPHE CASTANER
Peu m'importe que ça pénalise en termes d'image ou pas. La seule question que je me pose, c'est de savoir si va permettre que dans ce pays, on continue à créer des emplois privés. L'année dernière deux cent soixante-dix-sept mille emplois ont été crées dans ce pays. Moi, j'espère qu'on en aura autant voire plus dans l'année qui vient, et donc c'est ça l'objectif. L'objectif, c'est celui-ci : c'est de constater que pour la première fois depuis 2011, on recrée dans ce pays des emplois industriels. C'est plutôt une bonne nouvelle.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le groupe PSA propose à trois mille de ses salariés de l'usine de Vesoul de passer de trente-cinq heures de travail hebdomadaire à trente-sept heures quarante-cinq pour une augmentation de salaire de 2,8 % qui est inférieure au temps de travail supérieur qui est demandé. PSA-PEUGEOT CITROËN justifie cette modification par une nécessité, dit l'entreprise, d'une meilleure compétitivité et, bien entendu, les syndicats trouvent que la pilule est un peu amère. Vous vous trouvez de quel côté dans ce débat qui commence là ? Est-ce qu'on remet en cause les trente-cinq heures ou pas, Christophe CASTANER ? Du côté des ouvriers ou du côté de la direction de l'entreprise ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, je vais me trouver du côté des salariés. Ça va être assez simple : c'est eux qui vont voter, qui vont choisir. Si le projet d'investissement…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ils votent un peu l'épée dans les reins en quelque sorte.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, non.

JEAN-MICHEL APHATIE
Parce que l'entreprise dit : « Sinon, vous savez, l'entreprise on va la fermer. »

CHRISTOPHE CASTANER
Non. D'abord ils n'ont pas dit ça, c'est caricatural. Et ensuite, ils proposent un projet d'investissement, un projet dans la durée pour ce site-là, et donc ils proposent effectivement un programme d'action globale que les salariés vont ou non valider.

JEAN-MICHEL APHATIE
La remise en cause des trente-cinq heures, ça ne vous embête pas finalement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, je crois que dans la pratique…

JEAN-MICHEL APHATIE
Parce que c'est ça qui va se passer. Si PSA ouvre la voie, d'autres sites de PSA puis d'autres entreprises suivront.

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez comme moi que dans beaucoup d'entreprises en France, la plupart des salariés ne travaillent pas trente-cinq heures, qu'il y a des accords de RTT, qu'il y a des accords de récupération, qu'il y a des heures sup' qui sont payées. Au fond d'ailleurs, on s'aperçoit quand on compare avec l'Allemagne que les Français travaillent plus qu'en Allemagne avec un temps horaire de travail qui est censé être inférieur, tout simplement parce qu'on travaille plus que les trente-cinq heures.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais c'est la remise en cause des trente-cinq heures qui s'annonce.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui mais là encore, on est dans un totem. Quand je vous dis que la réalité, c'est que de toute façon aujourd'hui on travaille très souvent plus de trente-cinq heures, on continue à m'opposer ce totem qui date de Martine AUBRY, ministre du Travail, et de Lionel JOSPIN, Premier ministre qui est celui des trente-cinq heures. Si dans une entreprise un salarié veut, en accord avec son patron, travailler un peu plus et être rémunéré plus, avoir un projet industriel pour l'entreprise…

BRUCE TOUSSAINT
La question, c'est plutôt travailler moins en l'occurrence. C'est ceux qui voudront rester à trente-cinq heures.

JEAN-MICHEL APHATIE
Aux trente-cinq heures. Et puis là, ce que propose PSA, c'est de travailler plus et de payer moins, c'est-à-dire ne pas travailler. Parce que quand les gens travaillent plus de trente-cinq heures, ils ont des heures supplémentaires qui sont mieux payées. Là, l'accord que propose PSA n'est pas celui-là. Ils seront augmentés un peu mais moins que le temps de travail supplémentaire.

CHRISTOPHE CASTANER
Jean-Michel APHATIE, vous, vous pensez que c'est par la loi qu'on doit manifestement organiser le temps de travail dans telle ou telle entreprise, dans telle ou telle coin de la France.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, ce n'est pas…

CHRISTOPHE CASTANER
Moi, je pense que c'est dans l'entreprise qu'il est important qu'on puisse en parler, et je ne suis pas dans la caricature de penser que les employés ont le couteau sur la gorge pour cela. Ils vont voter le plus librement possible dans le secret d'un isoloir. Vous savez ce qui s'est passé à AIR FRANCE ? Ils n'avaient pas le couteau sous la gorge, pourtant on leur dit : « Il y a un danger. » Ils ont voté, ils ont fait un choix.

JEAN-MICHEL APHATIE
Enfin, PSA parle de problèmes de compétitivité donc le sous-entendu c'est que si l'accord n'est pas trouvé ou si la proposition n'est pas votée… D'ailleurs, je n'ai pas compris qu'il y aurait un vote, j'ai compris qu'il y aurait une négociation pour l'instant, et PSA souhaite qu'avant la mi-juin, un accord soit trouvé.

CHRISTOPHE CASTANER
Comme on fait référence aux ordonnances de Muriel PENICAUD sur le travail, elles permettent d'ouvrir la possibilité, avec un accord avec les partenaires sociaux, de soumettre cela au vote.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc peut-être qu'on est à la veille d'une remise en cause des trente-cinq heures. Mais comme vous dites que c'est un totem, après tous les totems sont faits pour être touchés.

CHRISTOPHE CASTANER
Monsieur APHATIE, ça s'est fait dans de très nombreuses entreprises et les accords d'entreprises se multiplient. Chaque année, on en compte, je crois, plusieurs milliers. (…)

JEAN-MICHEL APHATIE
Bien sûr hier soir dans L'Emission politique, il a été question de la réforme de la SNCF et notamment, à un moment, dans un échange entre Léa SALAME et Jean-Luc MELENCHON, il a été question du statut des cheminots et nous écoutons cet échange.

Extrait de L'Emission politique de France 2 :
LEA SALAME
Il dit aussi, Jean-Luc MELENCHON : « J'ai promis, je fais ce que j'ai promis. »

JEAN-LUC MELENCHON, DEPUTE LA FRANCE INSOUMISE
Ecoutez, c'était marqué où l'histoire du statut des cheminots ? Rappelez-le moi parce que je le vois dans le programme pour en discuter. Où c'était écrit qu'on allait privatiser la SNCF ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Question posée par Jean-Luc MELENCHON : c'était écrit ou à propos du statut des cheminots ?

CHRISTOPHE CASTANER
Dans le programme, il y a un volet sur la modernisation de la SNCF, le sauvetage la SNCF.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais pas le statut.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais vous avez raison. Effectivement, l'article 42 de texte de loi sur le projet de loi alimentation n'était pas concrètement dans le programme.

JEAN-MICHEL APHATIE
Comme Emmanuel MACRON dit souvent : « Je fais ce que j'ai dit. Je ne vous prends pas surprise. » Le statut des cheminots, alors bien sûr c'est facile d'être ironique, « l'article 42 », mais…

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais l'engagement politique devant les Français, c'est peut-être celui de sauver la SNCF parce que les Français y sont attachés, que nous y sommes attachés et que notre service public de transport est essentiel. Mais c'est vrai que dans le programme, nous n'avions pas non plus prévu que nous garderions à 100 % avec des titres incessibles la SNCF. Ce n'était pas écrit. Et ça, ça n'était pas écrit et ça n'est pas écrit dans le texte de loi…

JEAN-MICHEL APHATIE
Pourquoi d'ailleurs ? Pourquoi vous ne l'aviez pas écrit dans le texte ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je finis juste. Monsieur MELENCHON hier, qui lui continue à avoir lu quelque part que nous allions privatiser la SNCF, il nous l'a répété dix fois. Donc entre ce qui n'était pas écrit t qu'il regrette que ce ne soit pas écrit, et ce qui n'est pas écrit et qu'il invente que ce soit écrit, au bout du compte j'ai quand même quelques difficultés à suivre la logique de monsieur MELENCHON.

JEAN-MICHEL APHATIE
Jean-Luc MELENCHON toujours hier soir disait : « Nous, on avait déposé un amendement à l'Assemblée nationale en disant qu'il il faudrait que les titres de la holding SNCF puis de SNCF MOBILITES et SNCF RESEAU soient incessibles. Au moins, a verrouillerait la porte à toute privatisation. On nous a refusé cela et maintenant, on nous dit qu'on va l'accorder lors de la lecture au Sénat. » Alors pourquoi ?

CHRISTOPHE CASTANER
En fait, on lui a expliqué que par nature, des titres incessibles - parce que le droit français prévoit que les titres de la société mère sont des titres incessibles – ce n'est pas nécessaire d'écrire qu'ils sont incessibles parce qu'incessibles.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais maintenant, vous jugez qu'il vaut mieux l'écrire.

CHRISTOPHE CASTANER
Non. Par contre, il y a une question qui s'est posée pour les deux sociétés qui dépendent de la holding. Nous pensons que ça n'est pas nécessaire de l'écrire mais si ça peut rassurer - puis il y a une discussion avec les partenaires sociaux - si ça peut rassurer, évidemment nous allons l'écrire. Mais depuis le début, le Premier ministre et Elisabeth BORNE on dit qu'il n'était pas question de privatiser la SNCF et je vous le confirme : il n'est pas question de privatiser la SNCF.

BRUCE TOUSSAINT
La grève continue, dixième séquence. Ça va durer jusqu'à quand ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ecoutez, c'est simple. Si la question qui se pose au gouvernement, c'est : « Abandonnez le projet pour qu'on arrête la grève », on est confronté à une vraie difficulté. Donc c'est plutôt aux partenaires sociaux et à ceux qui organisent le blocage de la SNCF qu'il faut poser la question. Il y a d'un côté ceux qui veulent sauver la SNCF avec des sujets comme la reprise de la dette que le Premier ministre abordera de nouveau dans quelques jours avec les partenaires sociaux. Quarante-huit milliards d'euros que nous allons devoir assumer. Les chiffres ne veulent rien dire tellement ils sont énormes. Mais une chose est sûre, c'est que si nous ne faisons rien, la SNCF va dans le mur. Donc il y a un certain nombre d'avancées. Celle d'accorder, vu qu'on parlait du statut à l'instant, celle d'accorder à ceux qui aujourd'hui ont le statut le maintien du statut tout au long de leur vie jusqu'à la retraite.

BRUCE TOUSSAINT
Oui. Ça, c'est le c'est le fond du dossier. Il y a quand même maintenant une menace de grève cet été. Un représentant de l'UNSA que nous recevions tout à l'heure disait : « Oui, oui. Attention, c'est possible. »

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais dans ce cas-là on fait quoi dans ce pays ? On ne réforme plus rien ?

BRUCE TOUSSAINT
Mais ce n'est pas aussi la responsabilité du gouvernement, pardon, de négocier, de trouver une solution ?

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr, mais c'est ce que nous faisons. Le dialogue continue, il a été ouvert sous l'autorité du Premier ministre la semaine dernière. Mais si dans une discussion les partenaires sociaux - la CGT, l'UNSA - nous disent : « De toute façon, c'est notre projet ou rien, et en gros c'est le statu quo parce que tout va bien, c'est seulement de notre chef qui est mauvais » ; j'ai vu que maintenant, la question était de savoir et certain demandaient la révocation du PDG, comme si la question de la SNCF était la question d'un homme. Non, c'est la question de mauvais choix politiques qui ont été faits ces trente dernières années qui amènent notre outil national de transport dans le mur sur lequel il faut agir. On va agir dans l'investissement des trains du quotidien, plus de dix millions d'euros par jour seront investis. Au moment où on parle de privatisation, moi je préfère répondre sur un engagement majeur public pour les trains du quotidien pour arrêter ces retards. Mais ce que l'on constate, c'est la dégradation depuis vingt ans, depuis trente ans du service rendu aux usagers, alors même qu'on met de plus en plus d'argent public. On ne peut pas continuer.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le 26 mai, une marée populaire est convoquée par plusieurs partis politiques, des organisations syndicales, des associations et Adrien QUATENNENS, qui est l'un des députés de la France Insoumise, nous expliquait hier ce qu'il attendait de cette journée du 26 mai qui s'inscrit donc dans la contestation du projet de la SNCF que vous présentez.

ADRIEN QUATENNENS, DEPUTE LA FRANCE INSOUMISE
L'objectif, c'est d'avoir dans un maximum de grandes villes de France des manifestations les plus importantes possibles. Ce que je peux vous dire, c'est que la configuration est historique, elle est neuve et donc elle signifie aussi la colère qu'il y a dans le pays, et nous, nous essayons de lui donner une issue politique et de trouver une forme positive de l'expression de cette colère.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà, la CGT s'est jointe au mouvement, c'est pour ça qu'il parle de configuration historique et ça ne faiblit pas, la mobilisation. Et la colère, il l'appelle comme ça, le ressentiment a l'air quand même important dans ce pays.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, enfin, c'est la sixième, septième ou huitième, je ne sais plus, grande manifestation populaire, grande révolte populaire à laquelle Jean-Luc MELENCHON nous invite. Hier soir, dans le débat que vous évoquiez tout à l'heure, il a commencé en nous disant : « Moi, je vais vous parler des réalités » et, en fait, il n'a fait que nous inviter à manifester. Aujourd'hui, la France Insoumise considère que ce qu'elle a perdu dans l'élection présidentielle - Jean-Luc MELENCHON est arrivé quatrième, je sais que c'est cruel de le lui rappeler - ce qu'il a perdu dans l'élection présidentielle, il souhaite de façon systématique le reconquérir par la rue. Je pense que la démocratie, ça n'est pas cela.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un factieux ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais on le voit dans sa contestation de la légitimité même du président de la République de façon constante, et on le voit dans le fait qu'il pense que c'est par la rue, par des mobilisations qui ne sont pas toujours des succès : la dernière qui a été organisée à Paris a, je crois rassemblé, un peu moins de quarante mille personnes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Trente-neuf mille selon le comptage des journalistes. Cent soixante mille selon Jean-Luc MELENCHON.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est important, moi je l'entends, mais en même temps je crois que les Français attendent. Et quand je les rencontre au quotidien sur le terrain, ils nous disent : « Continuez, ne lâchez rien », j'entends cela aussi.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors il y a quelqu'un qui est populaire, Bruce.

BRUCE TOUSSAINT
François HOLLANDE. Le Parisien nous raconte ce matin que les séances de signature de l'ancien chef de l'Etat rencontrent un succès phénoménal autour de son livre. Un commentaire ?

Christophe CASTANER
Non, c'est plutôt une bonne nouvelle.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous l'avez lu ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je l'ai parcouru et j'ai dû l'acheter. Je ne l'ai pas reçu mais je n'ai pas été en séance de dédicaces.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous l'avez parcouru, vous l'avez lu un peu. Moi je l'ai lu, et je trouve que ne n'est pas mal comme exercice.

CHRISTOPHE CASTANER
Non mais attendez, je n'ai jamais douté du talent d'écrivain de François HOLLANDE.

BRUCE TOUSSAINT
Mais sa popularité, ça vous inspire quoi ? D'autant plus qu'elle s'appuie aussi, pas seulement sur le livre, mais aussi sur ses déclarations, et Jean-Michel le rappelait, la fameuse phrase : « Le président des très riches. » Est-ce que ça vous inspire un commentaire ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne suis pas sûr que le succès en librairie de François HOLLANDE soit le signe de sa popularité auprès des Français. Certaines études ne montrent pas tout à fait une corrélation entre les deux, mais ne rentrons pas dans ce sujet. Moi, j'ai toujours apprécié l'homme François HOLLANDE, ensuite il a été en situation de ne pas pouvoir se représenter à la présidence de la République, ce qui est quand même le signe de son échec politique dans le mandat d'avant. Alors maintenant, il nous théorise que finalement il n'a pas perdu parce qu'il ne s'est pas présenté. On peut s'interroger sur le fait de savoir pourquoi il n'a pas pu se présenter.

JEAN-MICHEL APHATIE
Un an de gouvernement et un ministre malheureux. On est un peu triste pour lui. Nicolas HULOT, ça ne va pas du tout.

CHRISTOPHE CASTANER
(rires)

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça vous fait rire ? Le malheur de Nicolas HULOT vous fait rire ?

BRUCE TOUSSAINT
Il imite Nicolas HULOT faisant Droopy.

CHRISTOPHE CASTANER
Voilà, c'est ça. C'est votre sollicitude à la Droopy, monsieur APHATIE, qui m'a fait sourire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, je suis très triste.

CHRISTOPHE CASTANER
Non mais Nicolas HULOT, j'en ai parlé avec lui cette semaine, porte une exigence. Une exigence de son combat, une exigence constante, et il se heurte à la difficulté d'être ministre parce que vous êtes confronté à des principes de réalité qui font quelques fois, vous avez des rapports au temps qui sont un peu plus difficiles que les y'a qu'à-faut qu'on qu'on a pu entendre dans le débat hier dans L'Emission politique.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce qu'il a raison d'étaler ses états d'âme comme ça ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais c'est sa personnalité. Vous savez, je crois qu'on a des personnalités différentes dans ce gouvernement. Vous n'avez pas que des professionnels de la politique, au contraire. Le président Emmanuel MACRON et Edouard PHILIPPE ont fait le choix de faire appel à des femmes et des hommes qui ne sont pas issus du sérail. Avant, vous aviez un moule unique de droite, de gauche, et à peu près les mêmes profils qui prenaient les responsabilités. Peu importe qu'ils soient compétents dans les sujets dont ils s'occupaient, c'étaient des professionnels de la politique. Aujourd'hui, vous avez des femmes et des hommes avec des profils extrêmement différents qui ont des expressions différentes. Mais ce que peut noter, c'est que depuis un an, les couacs ont été très rares.
BRUCE TOUSSAINT

C'est un peu décalé quand même, non ? Les gens qui nous écoutent là ce matin dans leur voiture, qui vont travailler et qui ont sûrement des soucis se disent : « Bon ! »

CHRISTOPHE CASTANER
Non mais moi, je n'ai pas entendu Nicolas HULOT se plaindre. J'ai entendu Nicolas HULOT dire : « Cet été, en prenant le temps, je me poserai, je réfléchirai, je ferai le bilan de mon engagement et de l'efficacité de mon engagement. »

BRUCE TOUSSAINT
Vous souhaitez qu'il reste ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi je souhaite qu'il reste, bien sûr.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous ferez un bilan, vous, cet été ? Vous souffrez ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je vis avec une maxime très personnelle qui est : « Le doute est le sel de l'esprit », cette formule d'ALAIN, le philosophe. Et je pense qu'elle est essentielle en politique, que les certitudes nous ont conduits trop souvent dans le mur. (…)

JEAN-MICHEL APHATIE
D'un mot, pourquoi l'amendement a été repoussé ? Vous avez suivi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, c'est un travail en commission, je suis plutôt le travail dans l'Hémicycle mais il sera peut-être redéposé pour la discussion dans l'Hémicycle mais on avance, on avance aussi sur la biodiversité. Brune POIRSON sera en déplacement dans le Nord de la France sur un autre amendement important qui va passer qui est l'introduction d'un produit, un peu technique, le dioxyde de titane mais qu'on met dans quasiment tous les bonbons de nos enfants, et qui sévère dangereux. Donc vous voyez, il y a des choses dont on parle peu mais qui sont d'une redoutable efficacité.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pourquoi avoir refusé une commission d'enquête parlementaire sur les incidents du 1er mai ?

CHRISTOPHE CASTANER
On ne l'a pas refusé. Le principe est simple.

JEAN-MICHEL APHATIE
Olivier FAURE a dit « on l'a refusé » !

CHRISTOPHE CASTANER
Ah non mais Olivier FAURE peut dire ce qu'il dit. Moi, je peux vous parler du règlement de l'Assemblée nationale, c'est assez simple. N'importe quel président de groupe peut à chaque session demander une commission d'enquête. Donc s'il y a un président de groupe qui n'a pas demandé de commission d'enquête, qui n'a pas déjà utilisé son droit de tirage décide d'une commission d'enquête, il peut le faire. Si monsieur FAURE …

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais là, il y a eu un vote pour refuser la commission d'enquête parlementaire.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, non, il n'y a pas eu de vote. J'assiste à la conférence des présidents à l'Assemblée nationale et donc, là encore, je regrette cette désinformation, il était président de groupe il n'y a pas longtemps, il a été remplacé par Valérie RABAULT, le groupe socialiste aurait pu décider qu'il y ait cette commission d'enquête. Le gouvernement sur le sujet a été clair, si un groupe la demande, nous mettrons tout en oeuvre pour la transparence et même si un groupe ne le demande pas, nous sommes prêts à assumer la totalité de la transparence s'il y a un quelconque contre-ordre de la part de l'Assemblée ou du Sénat.

JEAN-MICHEL APHATIE
Gérard COLLOMB, ministre de l'Intérieur, vient de dire qu'un attentat avait été déjoué et deux Egyptiens, deux frères apparemment, deux personnes de nationalité égyptienne avaient été arrêtées, je ne sais pas si vous avez des éléments ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je n'ai pas plus d'informations que ceux-là et je ne commente pas ces éléments-là. Ce que je sais, c'est que l'année dernière, une vingtaine d'attentats ont été déjoués depuis le début de l'année. Je crois que c'est le troisième qui a été déjoué. Nos services travaillent le plus efficacement possible, ça ne veut pas dire que le risque 0 est possible.

BRUCE TOUSSAINT
Ce qui frappe dans les déclarations de Gérard COLLOMB ce matin c'est qu'il s'agissait des préparatifs de l'attentat au poison et plus précisément à la Ricine et que ces 2 frères égyptiens en effet ont été arrêtés alors qu'ils s'apprêtaient, selon le ministre, à commettre cet attentat, on aura d'autres informations évidemment dans le courant de la matinée.

JEAN-MICHEL APHATIE
Un peu plus tard hier soir , lors de l'émission politique, Marine LE PEN était sur le plateau quand les organisateurs de l'émission lui ont soumis une déclaration précisément de Gérard COLLOMB, ministre de l'Intérieur qui intervenait le 3 avril dernier devant la commission des lois peut-être de l'Assemblée nationale, en tout cas devant une des commissions de l'Assemblée nationale. On écoute d'abord Gérard COLLOMB, c'était le 3 avril.

GERARD COLLOMB, MINISTRE DE L'INTERIEUR, 3 AVRIL 2018
On s'aperçoit que certaines régions sont effectivement en train de se déconstruire parce qu'elles sont submergées par les flux de demandeurs d'asile.

JEAN-MICHEL APHATIE
« Déconstruire », « submerger », évidemment c'est le langage habituel de Marine LE PEN qui n'a pas manqué de noter hier soir que Gérard COLLOMB parlait comme elle.

MARINE LE PEN, 17 MAI
Donc il sait. Ça n'est pas comme s'il ne savait pas ou comme si il n'était naïf, il sait qu'il y a une submersion et pourtant, il ne fait rien.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a une « submersion ». Donc Marine LE PEN était contente que Gérard COLLOMB l'ait dit. Qu'est-ce que vous pensez, vous, de l'utilisation par Gérard COLLOMB de ce mot-là ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non mais la question du mot, Gérard COLLOMB parlait de l'instruction des dossiers sur les demandeurs d'asile et quand il parle des régions, c'est les endroits où il y a une pression forte …

JEAN-MICHEL APHATIE
Une « submersion » !

CHRISTOPHE CASTANER
Donc l'une parle de la France et d'un « envahissement », le ministre de l'Intérieur parle du traitement des dossiers des demandeurs d'asile, donc on parle de deux choses différentes. Ne jouons pas sur les mots, mais une chose est sûre et d'ailleurs c'est le sens du texte que Gérard COLLOMB a porté sur le texte « asile et immigration », c'est qu'il nous faut à la fois être plus généreux en matière d'asile mais fermes en matière de migration. Je vais vous prendre un seul chiffre : l'Allemagne qui s'est montrée très généreuse pour accueillir a aujourd'hui refusé à peu près 300 000 personnes qui se retrouvent sans droit ni titre en Allemagne. Selon le message que nous envoyons depuis la France, ils viendront très vite en Allemagne, beaucoup qui sont actuellement sur le canal Saint-Martin qui veulent partir ailleurs ont été des déboutés du droit d'asile en Allemagne et donc c'est la question de ce message et ce que j'ai entendu pendant les débats à l'Assemblée nationale, c'est d'un côté sur mon front de gauche des gens qui nous expliquaient qu'on était des liberticides sans coeur et qu'on en voulait à la générosité et à l'image de la France et de l'autre qui nous disaient qu'on était laxiste, je me dis que cette politique d'équilibre …

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc vous êtes au milieu, ça va bien ?

CHRISTOPHE CASTANER
….nous convient parce qu'elle est faite d'humanité, parce qu'elle est nécessaire pour les demandeurs d'asile qui sont ces femmes et ces hommes qui doivent quitter, qui ont quitté leur pays sous peine d'y mourir et en même temps nous devons être fermes sur les migrations économiques, 300 000 personnes en Allemagne, un million de personnes actuellement en Libye qui cherchent à venir en Europe. Je crois que nous devons garantir le bon accueil, donner des moyens d'intégration, ils ont augmenté de 28% dans le budget de cette année pour réussir l'intégration de ceux qu'on accueille mais faire en sorte que les décisions de justice de reconduite à la frontière soient appliquées.

JEAN-MICHEL APHATIE
Gérard COLLOMB toujours hier à Rungis interrogé sur les 80 kilomètres / heure sur les routes départementales, joker, a dit le ministre de l'Intérieur, on l'écoute.

JOURNALISTE
Question routière sur les 80 kilomètres / heure, j'aimerais bien avoir votre position.

GERARD COLLOMB
Je prends un joker sur la question suivante et je passe directement aux radars embarqués.

JEAN-MICHEL APHATIE
Joker, c'est presque un couac, un joker, c'est presque un couac …

CHRISTOPHE CASTANER
C'est un joker, ce n'est pas un couac !

JEAN-MICHEL APHATIE
Limite couac !

CHRISTOPHE CASTANER
Chacun pourra avoir ses réserves, plusieurs ministres les ont exprimées mais moi, mon sentiment est qu'aujourd'hui, si on peut par cette mesure sauver une vie par jour, éviter une centaine de mutilés tous les jours parce que c'est l'objectif, on aura réussi à améliorer la situation.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous le direz à Gérard COLLOMB ?

CHRISTOPHE CASTANER
Et je le dirai à Gérard comme d'autres. Je crois qu'aujourd'hui il faut avoir un peu de fermeté sur ces sujets-là, je sais que c'est impopulaire, mais vous voyez, il faut aussi assumer sa part d'impopularité si elle sauve des vies !

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Christophe CASTANER, très bonne journée !

CHRISTOPHE CASTANER
Merci !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 mai 2018

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