Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec BFMTV/RMC le 18 mai 2018, sur la limitation de vitesse, la question des campements sauvages de migrants à Paris, la lutte contre les terrorisme, l'organisation de l'islam en France et sur la présidente voilée de l'UNEF pour l'université Paris 4. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec BFMTV/RMC le 18 mai 2018, sur la limitation de vitesse, la question des campements sauvages de migrants à Paris, la lutte contre les terrorisme, l'organisation de l'islam en France et sur la présidente voilée de l'UNEF pour l'université Paris 4.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti :
JEAN-JACQUES BOURDIN
Gérard COLLOMB, ministre de l'Intérieur et des Cultes est avec nous ce matin, bonjour.

GERARD COLLOMB
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Il y a 2 ans vous étiez ici-même mon invité, il y a 2 ans jour pour jour, et ce jour-là vous annonciez votre soutien à Emmanuel MACRON, c'était en mai 2016. Vous saviez qu'il serait candidat ?

GERARD COLLOMB
Non, je ne savais pas à l'époque, simplement je voyais le président HOLLANDE baisser dans les sondages, et donc, vous m'avez posé la question en me disant « et dans ce cas-là vous verriez qui ? », et moi j'avais organisé avec Emmanuel MACRON, le sommet des réformateurs, et donc je m'étais dit voilà quelqu'un qui a du talent, qui peut penser la France, et donc spontanément… mais lui ne le savait pas, je vous ai dit « eh bien voilà, Emmanuel MACRON me semblerait être un bon candidat. »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il était déjà prêt quoi !

GERARD COLLOMB
Non, il n'était pas prêt, il m'a appelé quelques jours après en me disant « Gérard, j'ai écouté ce que tu disais chez BOURDIN, il faudrait peut-être qu'on se rencontre », et voilà, on s'est rencontré.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Hier soir vous étiez, comme tous les ministres, à la rencontre des Français, vous étiez à Rungis, et l'un de vos interlocuteurs vous a posé une question sur les 80 km/h.

GERARD COLLOMB
Oui, et j'ai dit que c'était une excellente réforme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un joker, non, non, vous avez dit joker, mais ici il n'y a pas de joker, vous savez Gérard COLLOMB, il n'y a aucun joker.

GERARD COLLOMB
Il n'y a pas de joker.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y a pas de joker. Alors, ça ne vous plaît toujours pas ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, je pense que le but recherché est un bon but. Evidemment, on a beaucoup de morts sur les routes de France, et donc il convient de prendre l'ensemble des mesures qui permettraient de diminuer cela. Je pense que les routes départementales en question sont des routes qui appartiennent souvent aux départements, donc ça veut dire qu'il veut peut-être travailler davantage avec eux si on veut que la mesure prenne sa pleine effectivité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, en l'état actuel, 80 km/h, à partir du 1er juillet, ça ne vous plaît pas, en l'état actuel.

GERARD COLLOMB
Le Premier ministre a décidé, donc moi tout ce que fait le Premier ministre me plaît, par définition.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, mais… ce n'était pas une promesse d'Emmanuel MACRON cela.

GERARD COLLOMB
Oui, c'était simplement un constat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui a décidé ?

GERARD COLLOMB
C'était simplement un constat, le constat que, après avoir baissé pendant quelques années l'accidentologie ré-augmentait. Vous savez, il y a eu une grande décision de CHIRAC pour baisser la vitesse, et donc le Premier ministre, dans la version chiraquienne des choses, pensait que peut-être ça pouvait permettre de faire à nouveau baisser le nombre de morts sur les routes. Et donc, si on aboutit à ce résultat, ça sera bien. Il a dit lui-même, d'ailleurs, qu'au bout de 2 ans il ferait la conclusion pour savoir si effectivement c'était une mesure qui marchait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire qu'on change tous les panneaux et puis on les rechange dans 2 ans, vous imaginez, ça va coûter cher, ça va coûter cher aux Français !

GERARD COLLOMB
Il suffit de mettre un petit adhésif, Monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah ben ça va être beau tiens ! Non, mais cette mesure ne vous plaît pas, c'est le Premier ministre qui a décidé seul quand même, non ?

GERARD COLLOMB
En général il s'entoure d'un certain nombre de conseillers, je pense qu'il en parle au président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, enfin ça ne vous plaît pas, on ne va pas s'attarder dessus, mais je le sais, n'allez pas me contredire.

GERARD COLLOMB
Je ne vous contredis jamais.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà, au moins c'est clair. Est-ce que vous vous êtes rendu à Paris sur le bord du canal Saint-Martin ou porte de La Villette, est-ce que vous avez vu ces campements où vivent entre 2000 et 3000 migrants, sous des tentes, au bord des eaux croupies du canal ? Vous avez vu, est-ce que vous allez mettre à l'abri ces migrants ?

GERARD COLLOMB
Alors, si vous voulez, c'est un problème qui est extrêmement compliqué. Je m'y suis rendu, et je m'y suis rendu au moment où il y avait le plan froid, donc au moment le plus difficile. Pourquoi c'est difficile…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils étaient moins nombreux à l'époque, maintenant ils sont plus nombreux.

GERARD COLLOMB
Je sais. Pourquoi c'est difficile ? Parce que vous emmenez un certain nombre de ces gens, mais ces gens ne veulent pas être contrôlés, et donc ils reviennent sur les bords du canal ou bien dans le camp du Millénaire, et donc il faut trouver effectivement une véritable solution, et ça demande sans doute un travail partenarial avec la Mairie de Paris, de manière à pouvoir aménager l'ensemble de ces lieux, de manière à ce qu'ils ne reviennent pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aménager l'ensemble des lieux ?

GERARD COLLOMB
Oui, moi je l'ai fait à Lyon, il y avait un endroit, par exemple, si vous voulez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que la solution c'est d'aménager les bords du canal Saint-Martin ?

GERARD COLLOMB
C'est de faire en sorte, d'abord, un, que l'on puisse faire en sorte que ces personnes soient contrôlées, qu'ils ne restent pas de manière irrégulière sur le territoire français, qu'ils acceptent, comme tous les autres migrants, ce que l'on veut faire, c'est-à-dire de regarder s'ils ont droit à l'asile ou s'ils n'ont pas droit à l'asile…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En attendant ils restent là.

GERARD COLLOMB
Ce ne sont jamais les mêmes, ce ne sont jamais les mêmes, il y a un remplacement, il y en a qui s'en vont, parce qu'il y a des maraudes qui sont effectuées, mais vous en avez qui reviennent, c'est la 35ème évacuation, on ne peut pas continuer comme ça, je suis d'accord avec vous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'évacuerez pas ?

GERARD COLLOMB
Si on évacuera, mais je ne veux pas que les gens reviennent, et à Lyon ils ne reviennent pas parce qu'il y a aussi des maires qui prennent des décisions. Vous voyez, ces terrains, ce sont des terrains qui appartiennent à la ville, en général, qu'est-ce qui se passe ? Le maire demande au tribunal administratif d'ordonner l'évacuation, c'est ce qui se fait, le préfet, à ce moment-là, met à l'abri, et il y a un tri qui est fait entre les uns et les autres pour voir si effectivement on a droit à l'asile, ou si on n'a pas droit à l'asile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le maire n'a pas demandé l'évacuation ?

GERARD COLLOMB
Pour le moment non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non. La cinquième puissance du monde incapable de prendre en charge, de mettre à l'abri ?

GERARD COLLOMB
Nous on est capable de prendre tout ce qu'on veut, à condition que cela se fasse dans des règles de droit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre-Dame-des-Landes, deux jours d'intervention déjà, troisième journée, jusqu'à quand l'intervention ?

GERARD COLLOMB
Deux jours, simplement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est vrai, hier matin, vous avez raison, jusqu'à quand ?

GERARD COLLOMB
C'est terminé ce soir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Terminé ce soir ?

GERARD COLLOMB
Ce soir, terminé. Si vous voulez, qu'est-ce qu'on a fait. On a fait qu'il y a une trentaine de personnes qui, effectivement, ont des projets agricoles, qu'ils vont réaliser, dont les historiques, qui étaient déjà là avant le projet Notre-Dame-des-Landes, et puis les autres on les évacue. Pour nous le problème est simple, c'est de savoir si effectivement partout en France, on fait respecter l'Etat de droit, et on le fait à Notre-Dame-des-Landes, comme on le fait à Bure par exemple, et aujourd'hui vous n'entendez plus parler de Bure, et vous n'entendrez plus parler de Notre-Dame-des-Landes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La lutte contre le terrorisme, est-il vrai qu'un nouvel attentat vient d'être déjoué ?

GERARD COLLOMB
Oui. Il y avait deux jeunes gens, d'origine égyptienne, qui s'apprêtaient à commettre un attentat, et donc avec soit de l'explosif, soit à la ricine, ce poison évidemment très fort…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un attentat avec un poison ?

GERARD COLLOMB
Ils avaient des tutoriels qui indiquaient comment construire effectivement des poisons à base de ricine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils étaient plusieurs ?

GERARD COLLOMB
Ils étaient deux, deux frères.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment ces deux hommes ont été interpellés et pourquoi ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, parce que, évidemment, on suit un certain nombre de personnes sur des réseaux, ils se trouvent qu'eux étaient sur Telegram, et donc nous avons pu les déceler, déceler ce projet d'attentat, et nous avons pu les arrêter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le dernier attentat à Paris. L'ami de Khamzat ASIMOV est donc mis en cause…

GERARD COLLOMB
De même que deux autres jeunes filles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'avait pas de casier judiciaire.

GERARD COLLOMB
Non, il n'était pas de ceux qui constituaient le haut du spectre, c'était d'ailleurs plutôt son ami que l'on surveillait, plutôt que lui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, lui, son ami, deux jeunes filles, filière organisée, est-ce qu'on peut parler de filière organisée ?

GERARD COLLOMB
On peut dire en tout cas groupes qui se connaissaient et qui évidemment échangeaient. Vous voyez, la théorie du loup totalement solitaire, moi je n'y crois pas trop, c'est chaque fois un groupe d'amis qui travaillent ensemble, qui se montent la tête, qui basculent tout d'un coup ensemble, dans un islamisme radical, et donc qui, à un moment donné, peuvent passer à l'action. Mais ce qui est difficile de voir, c'est à quel moment ils peuvent passer à l'action. Par exemple, ce jeune homme, qui part de chez lui, il prend un couteau dans la cuisine de sa mère, et qui va tuer des passants au hasard, c'est quand même juste improbable. Il se trouve qu'hier, vous disiez que nous faisions, avec les Français, les rencontres, il y a quelqu'un qui est venu me voir et qui m'a dit « Monsieur COLLOMB, je vais vous raconter, je vous vois personnellement, parce que moi j'étais dans ma voiture et il a essayé de m'agresser, de casser ma voiture, pour pouvoir me porter un coup de couteau. » Voyez, c'est quelque chose qui surgit en l'espace de quelques heures.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous entendez les accusations de l'opposition, de droite ou d'extrême droite…

GERARD COLLOMB
Oui, j'entends, mais si vous voulez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes naïf, vous êtes laxiste…

GERARD COLLOMB
Oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes naïf et laxiste ?

GERARD COLLOMB
Je vais vous dire ce que nous faisons aujourd'hui. Vous savez, il y a une grande polémique sur les fichés S. sur les fichés S, il y en a 26.000 très exactement, 26.000 qui ne concernent pas simplement les problèmes de l'islamisme radical. Les gens ne savent pas ce que c'est qu'un fiché S, alors je vais vous le dire. C'est simplement une conduite à tenir pour, par exemple, ceux qui font le contrôle de personnes, ou bien pour la police aux frontières, et ça donne la nature de la conduite qu'il faut avoir. Je vais vous dire. Fiche S2 par exemple, conduite à tenir : ne pas attirer l'attention, signaler passager, relever provenance, destination, moyen de transport, et signaler accompagnant. Fiche S3…, conduite à tenir : vérifier la situation de l'intéressé et les personnes l'accompagnant, signaler le passage en douane en vue d'une visite éventuelle des personnes, des bagages, des véhicules. Ça veut dire que chaque fois c'est une conduite à tenir pour les policiers, ça ne veut pas dire celui-là, là, il faut me l'arrêter tout de suite, ça veut dire celui-là il nous inquiète, et donc aller regarder sans attirer son attention…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est de la surveillance.

GERARD COLLOMB
Et évidemment, s'il sait qu'il est fiché S, ça n'a aucun intérêt, parce qu'il va tout abandonner, c'est de faire discrètement, c'est de la surveillance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est de la surveillance, bien. Mais, les étrangers fichés S pourraient être expulsés.

GERARD COLLOMB
Alors, si vous voulez, ce qui existe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que demande Laurent WAUQUIEZ par exemple.

GERARD COLLOMB
Ce qui existe c'est le FSPRT, et sur le FSPRT vous avez aujourd'hui 19945 individus qui sont inscrits dans ce fichier, qui est fait, comme vous le savez, par signalements. Il y en a très exactement 3158 qui sont d'origine étrangère, et sur ces personnes d'origine étrangère, l'année dernière, nous en avons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais d'origine ou de nationalité étrangère ?

GERARD COLLOMB
D'origine étrangère.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de nationalité étrangère ?

GERARD COLLOMB
De nationalité, pardon, étrangère…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De nationalité étrangère, oui.

GERARD COLLOMB
Et l'an dernier nous avons éloigné 197 qui se trouvaient en situation irrégulière…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Expulsés.

GERARD COLLOMB
Expulsés, et 80 qui se trouvaient en situation régulière.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et depuis janvier ?

GERARD COLLOMB
Nous continuons sur le même rythme. Cela veut dire qu'effectivement nous faisons un travail qui nous permet d'éloigner les plus dangereux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Laurent WAUQUIEZ demande au président de la République de recevoir les chefs de parti, est-ce que ça va se faire ?

GERARD COLLOMB
Laurent WAUQUIEZ essaye de décoller dans les sondages.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est tout, c'est votre réponde ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le recevrez s'il vous demande de le recevoir ?

GERARD COLLOMB
On comprend bien que mettre 26.000 fichés S en prison, comme il le demande, ça n'a aucun sens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'islam de France, l'organisation de l'islam, vous êtes ministre des Cultes, le président de la République doit bientôt s'exprimer sur le sujet, je crois, vous savez quand ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, peut-être va-t-il attendre la période du ramadan…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A la fin du ramadan donc.

GERARD COLLOMB
Donc qui a commencé ici, avant-hier, ou hier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Hier.

GERARD COLLOMB
Pour pouvoir s'exprimer. Il s'est déjà exprimé vis-à-vis des cultes, il le fera sans doute vis-à-vis des organisations philosophiques, il le fera vis-à-vis de l'islam, je pense qu'il veut porter un message de concorde, de paix, de solidarité, entre les différentes fractions de la France, des gens qui se reconnaissent dans des religions ou des philosophies qui sont différentes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Trois cent imams étrangers sont arrivés pour ce ramadan.

GERARD COLLOMB
Oui, c'est l'habitude.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'on ne peut pas rompre cette habitude ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, je pense que dans l'avenir, effectivement, il faudra qu'il y ait des imams français qui parlent français, qui puissent psalmodier, s'ils le veulent, en arabe, mais en tout cas qui parlent français, qui soient adaptés à la société française.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec de nombreux imams qui sont rémunérés par des pays étrangers.

GERARD COLLOMB
Par des pays étrangers. Cela veut dire que nous devons avoir un islam de France, parce que, si vous voulez, bien évidemment, ces personnes-là représentent plutôt leur pays qu'elles ne représentent la France, donc il faut avoir un islam qui soit un islam français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand vous pensez que l'Arabie Saoudite forme, par exemple en ce moment, 40 jeunes Français qui deviendront imam en France, ensuite qui vont répandre la parole, et peut-être une parole wahhabite, que vous connaissez…

GERARD COLLOMB
J'aime mieux, si vous voulez, que dans nos universités il y ait à nouveau une grande école orientaliste qui attire un certain nombre de jeunes musulmans…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce qui va se passer ?

GERARD COLLOMB
Oui, c'est ce qui va se passer, c'est ce que nous allons faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, qu'est-ce que vous allez faire ?

GERARD COLLOMB
Nous voulons faire en sorte que ce qui a été une grande école, dans le temps, où on était les meilleurs dans la pensée orientaliste, dans la pensée musulmane, ça c'est totalement détruit, le refaire. Déjà, aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, il y aura dans nos universités des cours…

GERARD COLLOMB
Des cours sur l'Orient, sur le monde musulman…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour former…

GERARD COLLOMB
Pas pour former des imams, pour comprendre, pour former des intellectuels, qui puissent effectivement nous dire ce qu'est aujourd'hui l'islam, ce qu'est le monde musulman, nous avons perdu cela. Et puis, pour les personnes qui voudraient devenir imam, avoir des cours qui soient des cours théoriques, mais laïcs, et après, évidemment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des cours que l'Etat français assumerait ?

GERARD COLLOMB
Oui, mais il existe déjà des cours qui sont faits à la fois pour ces personnes-là, mais pour les personnes de la Fonction publique, des entreprises privées, qui ont l'occasion de travailler beaucoup avec le monde musulman, et où on explique ce qu'est ce monde musulman, et croyez-moi, c'est terriblement utile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une façon de participer à la formation des imams.

GERARD COLLOMB
Non, non. Je vais plus loin. Il est bien, par exemple, que dans nos livres on enseigne de manière laïque le fait religieux, qu'on dise, en gros, ce qu'est la doctrine des chrétiens, ce qu'est celle des juifs, ce qu'est celle des musulmans, de manière à ce qu'on apprenne à connaître. Parce que, en fait, c'est souvent la peur de l'autre qui engendre effectivement ces tensions, et donc il faut pouvoir les réduire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et le financement de l'islam en France, du culte, le financement des lieux de culte ?

GERARD COLLOMB
Eh bien on y réfléchit et on va essayer de faire un certain nombre de propositions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Redevance sur les produits halal ?

GERARD COLLOMB
Oui, par exemple, on pourrait imaginer que le pèlerinage à la Mecque puisse avoir une exclusivité, et donc que ça permette de financer un certain nombre d'activité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une forme de redevance sur les produits halal, comme ça existe sur les produits kacher.

GERARD COLLOMB
Aujourd'hui, par exemple, sur le pèlerinage, ce sont des agences privées qui organisent, et qui prennent leurs marges, si c'était pour organiser le culte musulman, ce serait mieux que pour se les mettre dans des poches privées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pas de redevance sur les produits halal ?

GERARD COLLOMB
Alors, la difficulté, si je veux être juriste, mais ça c'est plutôt mes collègues qui me disent ça, c'est qu'il est quand même difficile pour un Etat de dire ce qui est halal et ce qui ne l'est pas. Je ne sais pas si vous, vous connaissez.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Gérard COLLOMB, la présidente de l'UNEF, pour l'université Paris 4, qui est voilée, porte-parole voilée. Je lis ce qu'a déclaré Marlène SCHIAPPA : ça m'interpelle que l'UNEF ait choisi comme porte-parole une personne qui, de toute évidence, a des signes manifestes de religion d'islam politique. Vous dites la même chose ?

GERARD COLLOMB
Je pense que, effectivement, c'est choquant, je veux dire qu'il faut montrer un modèle, et on voit bien qu'il y a un combat culturel, finalement, au sein des jeunes musulmans. Est-ce que, finalement, l'islam c'est un islam qui veut converger avec la culture française ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez des doutes ?

GERARD COLLOMB
J'ai des doutes, je pense qu'aujourd'hui il y a un combat qui est engagé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous avez des doutes.

GERARD COLLOMB
Je pense qu'un certain nombre de jeunes peuvent se laisser attirer par les thèses de Daesh. Vous avez une étude qui a été faite par l'Institut Montaigne, qui dit que près de 28 % des jeunes pourraient, pas passer à l'acte et donc commettre des crimes, mais être attirés par cette idéologie. Ça veut dire qu'il y a un grand débat culturel pour qu'il y ait un islam moderne qui s'oppose à l'islam répressif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un islam moderne non voilé ?

GERARD COLLOMB
Un islam qui portera peut-être, si vous voulez, une forme de voile, mais en tout cas pas affectivement le voile intégral.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, ça vous choque ?

GERARD COLLOMB
Voyez, ma maman, moi, quand elle allait à l'église, elle mettait un voile, je ne sais pas ce que faisait la vôtre, mais comme quoi c'est un signe, mais il ne faut pas que ce soit une marque de volonté identitaire qu'on montre qu'on est différent de la société française.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et là, cette présidente de l'UNEF, le montre ?

GERARD COLLOMB
Là elle semble effectivement le montrer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est du prosélytisme.

GERARD COLLOMB
C'est du prosélytisme. Je dois dire qu'il y a, on le voit bien, un certain nombre de gens qui, au travers de ces signes, sont dans la provocation, comme d'ailleurs ils le sont, dans la provocation, lorsqu'ils viennent sous une autre forme dans les manifestations, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question concernant votre épouse, Caroline…

GERARD COLLOMB
Ah… Caroline.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien oui, elle est devenue la référente En Marche…

GERARD COLLOMB
C'est la star.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle est devenue la référente En Marche dans le Rhône, est-ce qu'elle sera candidate à la mairie de Lyon ?

GERARD COLLOMB
Non, mais aujourd'hui on lui prête beaucoup. Ce qu'elle essaye de faire, c'est qu'une autre génération qui, à Lyon, apparaisse, venant de tous les milieux de la société, jeune et capable d'assurer la relève. Voyez, moi ça fait 45 ans que je me dévouais pour ma ville, je veux continuer à aller de l'avant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est fini la ville pour vous.

GERARD COLLOMB
Oui, bien sûr. C'est considéré, si vous voulez, comme une ville exemplaire, qui est devenue une grande ville européenne, je veux que cela continue, et donc qu'il y ait une nouvelle génération qui puisse prendre la relève.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'elle sera candidate à la mairie de Lyon ?

GERARD COLLOMB
Mais cela lui appartient, et à mon avis ce n'est pas cela son but.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne l'écartez pas ?

GERARD COLLOMB
Cela n'est pas son but.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'écartez pas cette idée ?

GERARD COLLOMB
Je ne vais pas parler à sa place. Le jour où vous êtes intéressé par Caroline, vous l'invitez à ce micro.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Merci Gérard COLLOMB d'être venu nous voir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 mai 2018

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