Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à France-Inter le 22 mai 2018, sur l'orientation scolaire post bac et l'islam. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à France-Inter le 22 mai 2018, sur l'orientation scolaire post bac et l'islam.

Personnalité, fonction : VIDAL Frédérique, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation;

ti :


NICOLAS DEMORAND
Frédérique VIDAL, bonjour.

FRÉDÉRIQUE VIDAL
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Et merci d'être au micro d'Inter. C'est le jour J pour Parcoursup, 810.000 élèves vont avoir, à partir de 18h00, des réponses à leurs voeux d'orientation post-bac, certains sauront s'ils ont des réponses positives, hypothétiques, s'ils sont en liste d'attente ou s'ils ont été refusés. Combien d'élèves auront une réponse ce soir ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, d'après les projections qui sont en train de s'affiner et qui s'affineront jusqu'à ce soir, on a sur la plateforme plus d'1 million de propositions qui seront faites ce soir, et on a globalement la moitié des lycéens qui devraient dès ce soir avoir une ou plusieurs propositions, et puis des lycéens qui seront en attente, et un petit nombre, qui n'ont demandé que des filières sélectives, qui auront des « non » à toutes leurs demandes et qui seront pris en charge par les commissions rectorales dès demain.

NICOLAS DEMORAND
Donc 400.000 auront une réponse, 400.000 n'en n'auront pas ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est à peu près les chiffres sur lesquels on est. Il faut bien comprendre que ce n'est pas qu'ils n'auront pas de réponse, c'est qu'ils seront en attente, et donc on est dans un processus qui n'a rien à voir avec ce qui se passait les années précédentes. Dès ce soir les lycéens, qui auront des propositions, en accepteront certaines, en refuseront d'autres, et donc libéreront des places, et on s'attend à ce que de manière dynamique il y ait plusieurs centaines de milliers de places qui soient libérées. Et d'ailleurs nous avons choisi une transparence totale puisque dès demain matin, et tous les matins, il y aura sur le site du ministère une mise à jour qui indiquera combien de lycéens ont de propositions, combien les ont acceptées, combien sont en attente.

NICOLAS DEMORAND
A quelle date, Frédérique VIDAL, le chiffre de 400.000 élèves, donc on attente, tendra-t-il vers zéro ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, dès demain il y aura de nouvelles propositions qui seront faites, puisque les résultats sont donnés ce soir et que probablement que certains lycéens, même s'ils ont une semaine pour choisir, eh bien s'ils ont exactement ce qu'ils souhaitent, accepteront les propositions, et donc libéreront autant de places. Donc c'est chaque jour des dizaines de milliers de nouvelles propositions qui iront vers les lycéens qui sont en attente.

NICOLAS DEMORAND
Le premier point de rendez-vous pour vous c'est quoi alors, et avec quel taux ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors…

NICOLAS DEMORAND
C'est le bac ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est avant les épreuves du bac, puisque pendant les épreuves du bac on a décidé de suspendre le système de manière à ce que les lycéens se concentrent sur leurs examens, on vise à peu près deux tiers, un peu plus de deux tiers des lycéens qui auront des réponses, et puis, après le baccalauréat…

NICOLAS DEMORAND
On sera à combien là ?

FREDERIQUE VIDAL
Après le baccalauréat, a priori, on devrait dépasser les 80 % de réponses, ce qui signifie que, entre ceux qui finalement font autre chose, ceux qui n'ont pas leur baccalauréat, tout le monde devrait avoir eu une proposition. De toutes les façons, c'est un engagement, que chaque lycéen qui veut poursuivre dans l'enseignement supérieur ait une proposition avant la rentrée.

NICOLAS DEMORAND
Un scénario comme l'an dernier, avant Parcoursup, dans le précédent système, avec près de 4000 élèves sans affectation en septembre, est-il exclu ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, il est exclu parce que le système est totalement différent. L'année dernière on commençait à prendre en charge les lycéens qui avaient des difficultés pour trouver des places dans l'enseignement supérieur après les résultats du bac, là les choses démarrent dès demain, avec plus d'accompagnement. On a aussi énormément travaillé sur l'orientation, moi je veux rappeler vraiment le rôle qu'ont joué les professeurs principaux. Comme je vous le disais, c'est plus d'1 million de propositions qui ont été faites, plus de 135.000 parcours personnalisés qui seront aussi offerts sur la plateforme, donc là aussi un énorme travail de la part des équipes pédagogiques au sein des établissements d'enseignement supérieur. Chacun sentait bien qu'on ne pouvait pas rester sur l'ancien système, et donc c'était très important qu'on ait un système qui soit plus humain, qui soit plus juste, ce qui accompagne mieux le lycéen.

NICOLAS DEMORAND
Aux 400.000 élèves, Frédérique VIDAL, qui ce soir, donc, n'auront pas à une réponse ferme et définitive, ou des réponses fermes et définitives, autant de « oui », disons, qu'il y avait de voeux, que dites-vous, on se calme, attendez demain matin, connectez-vous tous les jours ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, il va y avoir un vrai sujet puisque le système est complètement différent par rapport à l'année précédente. Ce que je leur dis c'est que, et d'ailleurs je ne suis pas la seule à leur dire, et leurs professeurs principaux leur expliquent et les conseillers d'orientation aussi sont là pour ça, ce qui va se passer c'est que, dès demain matin de nouvelles propositions seront faites, et ainsi de suite, et c'est plusieurs centaines de milliers de propositions qui n'auront pas été choisies qui vont leur être offertes. Donc, le système se déroule vraiment de façon dynamique, il est totalement différent du système des années précédentes. Alors j'entends déjà la…

NICOLAS DEMORAND
Donc pas d'inquiétude en tout cas…

FREDERIQUE VIDAL
Non, pas d'inquiétude.

NICOLAS DEMORAND
Laissez la machine faire son travail.

FREDERIQUE VIDAL
Même si j'entends déjà la petite musique de ceux qui ont dit la plateforme ne fonctionnera pas, elle a fonctionné, ceux qui disent il y aura des problèmes techniques, il n'y en n'a pas eus, ceux qui disent les profs principaux ne rempliront pas les fiches à venir, ils l'ont fait, il n'y aura pas de parcours personnalisé, on en a plus de 135.000, donc je sais que, évidemment, dès ce soir, ceux qui ont des agendas différents de la réussite des étudiants…

NICOLAS DEMORAND
Vous pensez à qui en disant ça Frédérique VIDAL ?

FREDERIQUE VIDAL
Je pense à tous ceux qui, ces dernières semaines, ont participé au blocage des examens, font tout pour créer du stress sur les lycéens et sur leurs familles, parce que leur agenda n'est pas celui de la réussite des lycéens, que tout le monde a les yeux braqués sur la manifestation de samedi, et que donc, évidemment, il y a un jeu en ce moment, que je trouve absolument délétère, qui est de faire monter le stress auprès des lycéens. Moi, les étudiants c'est toute ma vie, j'ai passé ma vie à m'occuper des étudiants, et donc je souhaite qu'on arrête de stresser et de prendre en otages les lycéens à quelques semaines des épreuves du baccalauréat, ils doivent être concentrés sur leurs épreuves et ils doivent réussir leur bac.

NICOLAS DEMORAND
Est-ce que vous avez, pouvez-vous le dire ce matin, restauré l'ordre dans les universités ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, le sujet des universités a été extrêmement compliqué. Lorsque l'on a des mouvements étudiants massifs, ça se voit généralement, là on a eu affaire, sur des endroits particuliers, c'était loin d'être toutes les universités, à des mouvements, d'abord d'inquiétudes…

NICOLAS DEMORAND
Non, mais il y a eu inquiétudes, occupations, blocages.

FREDERIQUE VIDAL
D'occupations, de blocages, de violences.

NICOLAS DEMORAND
C'est restauré aujourd'hui, l'ordre est restauré ou pas ?

FREDERIQUE VIDAL
La majorité des présidents d'université estime que les choses sont en train de reprendre le cours normal dans une université, oui.

NICOLAS DEMORAND
Des examens vont se tenir à distance puisqu'il y a des centres d'examen qui ont été bloqués, est-ce que vous garantissez la qualité de l'évaluation ? Le président de la République avait fixé la ligne « pas de diplôme en chocolat », donc tout sera bon, bien fait, validé selon des normes universitaires de qualité ?

FREDERIQUE VIDAL
Bien sûr, et c'est très important de le rappeler parce que le diplôme universitaire c'est vraiment ce qui donne toute sa valeur aux études, et donc tout le monde est extrêmement attaché à ce que la qualité de ce diplôme soit préservée. Vous parlez des examens à distance, alors c'est vrai qu'on a beaucoup parlé cette année, mais il y a des examens qui se font à distance dans les établissements depuis plusieurs années déjà et on sait parfaitement gérer cela dans les établissements.

NICOLAS DEMORAND
Est-ce que des examens pourraient se tenir en septembre malgré tout ?

FREDERIQUE VIDAL
Je n'ai pas d'information sur le fait que des examens se tiennent en septembre, moi, ce que me remontent les présidents d'université, c'est que, éventuellement, les deuxièmes cessions vont être un peu décalées dans le temps, mais personne ne me parle d'examens en septembre.

NICOLAS DEMORAND
Frédérique VIDAL, selon une note de la direction du Budget, publiée par le quotidien Le Monde, une piste serait mise sur la table, il s'agit du non-cumul part fiscale et APL étudiant, ce qui signifie que les intéressés devraient choisir entre être rattachés au foyer fiscal de leurs parents ou percevoir donc une APL. Travaillez-vous sur cette réforme ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors non, c'est une note technique qui est préparée par les services, c'est quelque chose dont on parle depuis plusieurs années, enfin voilà, de manière régulière.

NICOLAS DEMORAND
Et est-ce d'actualité ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, ce qui est d'actualité c'est le plan étudiants que nous avons annoncé avec le Premier ministre à la fin du mois d'octobre, c'est-à-dire 100 millions d'euros, le coût de la rentrée 2018 qui va être baissé de 100 millions d'euros pour l'ensemble des étudiants et des familles, avec le choix de supprimer notamment le régime de Sécurité sociale spécifique aux étudiants et de rattacher les étudiants au régime général. Donc, nous sommes dans une dynamique où nous sommes convaincus qu'il nous faut plus de jeunes dans l'enseignement supérieur, toute la diversité de la jeunesse dans l'enseignement supérieur, parce que nous avons besoin de jeunes diplômés

NICOLAS DEMORAND
Donc pas de choix entre la part fiscale et les APL, ce n'est pas dans les tuyaux ?

FREDERIQUE VIDAL
Je ne travaille absolument pas sur ce sujet, non.

NICOLAS DEMORAND
Dans la même note une piste de réforme également sur les bourses sur critères sociaux, abaisser les plafonds de ressources, geler la revalorisation des barèmes ou, a minima, en limiter la progression, renforcer le contrôle d'assiduité. Ces pistes-là, même note, même source, sont-elles à l'étude ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, on investit 2,7 milliards d'euros dans tout ce qui est social, bourses, etc., je vous rappelle là encore que pour la rentrée on a rendu les cautions locatives gratuites. Le contrôle d'assiduité pour les boursiers c'est quelque chose qui est déjà en place, donc voilà, vous voyez parfois les notes techniques sont un tout petit en retard par rapport à la réalité.

LÉA SALAME
Frédérique VIDAL, bonjour.

FRÉDÉRIQUE VIDAL
Bonjour.

LEA SALAME
La ministre des universités que vous êtes est-elle choquée qu'une dirigeante d'une section locale du syndicat étudiant l'UNEF soit voilée ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, j'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer sur ce sujet. Que cette jeune femme soit voilée c'est son droit le plus strict, ensuite c'est à l'UNEF de définir quelles sont les valeurs portées par ce syndicat aujourd'hui, qui visiblement ne sont pas les mêmes que celles d'hier, et qui l'UNEF choisit pour la représenter. Donc, je pense que la présidente de l'UNEF s'est très clairement exprimée, elle a dit que ça ne lui posait pas de problème, c'est à l'UNEF de définir ça, c'est à l'UNEF de parler de ses valeurs aujourd'hui et de dire ce qu'elle porte, et de dire qui sont ses représentants. Quant au fait que cette jeune femme soit voilée, elle a parfaitement le droit de l'être. La diversité dans les universités, j'en parlais tout à l'heure, c'est juste ce qui correspond à la sociologie du monde aujourd'hui, il y a des jeunes femmes voilées dans les universités aujourd'hui.

LEA SALAME
Vous n'avez pas du tout le même avis que Gérard COLLOMB, qui lui s'est dit choqué et reproche à Maryam POUGETOUX de vouloir marquer sa différence avec la société française, et vous n'avez pas du tout le même avis que Marlène SCHIAPPA qui y voit une promotion de l'islam politique. Vous n'y voyez pas, vous, un symbole, une promotion de l'islam politique ?

FREDERIQUE VIDAL
Moi je vois la réalité de ce qui se passe dans les établissements d'enseignement supérieur, où on accueille toute la diversité de la jeunesse, il y a des jeunes femmes qui sont voilées, il y en a qui rentrent voilées à l'université et qui en sortent, qui ne portent plus le voile, voilà.

LEA SALAME
Ce n'est pas un symbole de l'islam politique, le voile ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, ce n'est pas que le voile n'est pas un symbole de l'islam politique, mais, une fois de plus, ça c'est à l'UNEF de décider si oui ou non, avec ce que l'on est capable d'attribuer comme symbole au voile, l'UNEF souhaite, porte ses valeurs, et souhaite que cet étudiante la représente, ce n'est pas le problème de l'étudiante en question, qui a parfaitement, elle, le droit d'être voilée.

LEA SALAME
Madame la ministre, « Toi je te revois sur le campus seul, t'es mort », auriez-vous proféré ce genre de menace quand vous étiez présidente de l'université Nice Sophia-Antipolis ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors je vois évidemment à quoi vous faites référence, je voudrais juste resituer le contexte. Il y a eu un envahissement des locaux administratifs de l'université, il y a eu des personnels qui ont été blessés, dont un qui est en arrêt maladie pour traumatisme crânien, il y a eu énormément de désordre, et le président de l'université Côte-d'Azur a lui-même regrettés ces propos qui ont été proférés dans le feu de l'action.

LEA SALAME
C'est ce qu'a dit le président de l'université Côte-d'Azur à un manifestant syndicaliste, SOLIDAIRES-Etudiants…

FREDERIQUE VIDAL
Qui n'était pas étudiant.

LEA SALAME
Qui n'était pas étudiant, c'est juste, et il est effectivement accusé d'avoir blessé un vigile en lui jetant une chaise sur la tête, le contexte, c'est certes houleux, mais est-ce que vous condamnez ces menaces de mort proférées par un président d'université ?

FREDERIQUE VIDAL
Evidemment, et je le dis depuis plusieurs semaines. D'abord il faut condamner toutes les violences, qu'elles soient physiques ou verbales, ensuite il faut évidemment se méfier de la provocation, puisque c'est vraiment ce qui est recherché, parce que ça fait de l'image, parce que ça fait du buzz, ensuite, évidemment, je ne mets pas sur le même plan le fait qu'il y ait des personnes qui soient blessées parce qu'on leur a « tapoté » la tête avec une chaise, je reprends les mots de cette personne, et puis quelqu'un qui perd son calme.

LEA SALAME
Dernière question. Dans son plan pour les banlieues remis il y a 2 semaines, Jean-Louis BORLOO a une préconisation particulière, il veut créer une ENA des banlieues, qu'il appelle l'Académie des leaders, pour former des jeunes issus des quartiers à la haute fonction publique. Est-ce que c'est une bonne idée ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, personnellement je pense qu'il est très important que les jeunes des quartiers puissent accéder à la haute fonction publique, mais je ne vois pas pourquoi ils y accéderaient par une autre voie que la voie normale. Et c'est ce que nous avons fait, notamment dans la loi, en permettant à des étudiants boursiers d'intégrer toutes les filières, y compris les filières les plus sélectives, ce que nous souhaitons c'est qu'effectivement, là encore, dans la haute fonction publique, il y ait des jeunes de tous les horizons qui puissent réussir.

LEA SALAME
Donc ce n'est pas une très bonne idée ?

FREDERIQUE VIDAL
Moi je ne suis pas pour faire des boîtes différenciées en fonction de l'origine des gens.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 mai 2018

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